la présidentielle n’aura pas lieu

Poésie des meutes:
collage de slogans, entendus en manif, glanés sur les vitres, les murs, les banderoles.
Murs blancs, peuples muet ! dit-on. Depuis le début du mouvement contre la loi « travaille », le peuple pose ses couleurs sur les façades de ses cellules grises…

 

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À l’assaut du ciel.
Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s’annonce…
Nous sommes le peuple qui manque,
L’être et le néon.
Arrache la joie aux jours qui filent…
Nous sommes l’étoffe dont sont tissés les rêves.
Nous sommes de ceux qui font l’amour l’après-midi,
Nous naissons de partout, nous sommes sans limite!
Le ciel sait que l’on saigne sous nos cagoules contre la loi « travaille » !
Accommodez-vous de nous, ne nous accommodons pas de vous.
Ne nous vouons pas au pouvoir, dévouons-nous à pouvoir !
Donnons du sens à nos actes, ne soyons plus automates !
Et qu’il vienne! Le temps dont on s’éprenne !
Nos nuits sont plus belles que vos jours !
La révolte est notre seule boussole.
Paillettes et barres à mine…
Nos casseurs ont du talent,
Nos vies contre votre béton.
Nos éboueurs ont du talent.
L’enfance est notre seule patrie !
On veut 100 balles et le mois de mars !
On passera en avril quand on le décidera…
Nos banderoles ont de la gueule et des dents !
Si c’est eux qui ont raison, je ne suis pas raisonnable.
Nique les porsches, on veut des faucons millenium !
Si on se jette dehors avec le diable au corps,
c’est qu’on refuse de vivre comme des morts!
Se salarier pour étudier ou étudier pour se salarier?
Je veux vivre de grève si vivre c’est travailler.
Travailleurs de tous pays qui repasse vos chemises?
Nous sommes de celles qui s’organisent :
on ne repassera plus jamais vos chemises !
Notre éducation nous prépare à la soumission.
Arrêtons d’être des copies qu’on forme !
Ne vivons plus comme des esclaves !
On a rien et on en veut encore.
Notre sport préféré: l’émeute!
Organizadons-nous !
Spinozad partout !
Grèce générale !
Occupons tout!
Bloquons tout!
À très vitre…

 

Les banks pillent les états,
l’état ruine le peuple.
caca pipi talisme
Paradis pour les uns,
pas un radis pour les autres…
Une chaîne de télé ça reste une chaîne,
Ouvre les yeux éteins la télé !
Retrait de la loi travail
ou on spoil
Game Of Thrones !
Leurs règles ont toutes une tombe.
Néolibéralisme mange tes morts !
Le travail est en crise, achevons-le!
Ni loi ni travail, de la révolte en pagaille !
La bourgeoisie au RMI, le patronat au RSA.
Le lacrymo gène, le fumi gène… on ne vous dérange pas trop?
Ils ont du sang sur les mains, on a que nos colères et nos poings!
Le travail est la pire des polices… détruisons les 2!
Que fait la police? Ça crève les yeux!
Qui sème le gaz récolte le pavé.
Arrêtez de nous arrêter!
Embrasons la police…
Tout le monde déteste la police.

 

1789 les casseurs prennent la Bastille !
Une pensée aux familles des vitrines…
Dites-le avec des pavés !
acabadabra nous revoilà!
Je pense donc je casse,
L’émeute reforme la meute,
Nous sommes un peuple de casseur-cueilleurs!
Agir en primitif, prévoir en stratège…
kass kass bank bank !
Blackbloquons tout !
Paris est une fête…
Paris soulève-toi avec rage et joie !
Sans pétrole la fête est plus folle.
Paris, on nasse très fort à vous,
Pour l’unité il faut des ennemis communs.
Il est grand temps de rallumer les molotov.
Si en mai il n’y avait pas eu de pluie, le feu aurait déjà pris.
Il pleut des perles d’espoir ! 50 nuances de bris.
La liberté se prend comme se donne la vie…
avec violence et dans le bruit !
L’action est la sœur du rêve.
Et si le casseur, c’était ta sœur ?
Mort au symbolique, vive le réel.
Rêve général!
Ceux qui rêvent sans agir, cultivent le cauchemar…
Si vous nous empêchez de rêver, nous vous empêcherons de dormir.
C’est pas la manif qui déborde, c’est le débordement qui manifeste!
Deux émeutes par semaines, oh mon dieu qu’elles sont belles!
On n’entre pas dans un monde meilleur sans effraction !
Valls prend ton temps on s’amuse énormément.
Quand le gouvernement ment, la rue, rue…
Le vrai désordre c’est l’injustice.
En cas de 49.3 brisez la vitre!
Ça passe et ça casse!
Jusqu’ici tout va bien,
c’qui compte c’est pas la loi travail,
c’est l’insurrection qui vient!
La barricade ferme la rue mais ouvre la voie !
Il est l’heure de destituer le gouvernement,
Dernière sommation avant l’insurrection.
En cendres tout devient possible!
Pour la suite du monde
Demain est annulé !
Le monde ou rien,
Demain c’est plus très loin !
L’avenir ne nous dit rien et c’est réciproque…
La fin d’un monde s’annonce par des signes contradictoires.
Renverser l’irréversible et rendre l’éphémère permanent.
Une autre fin du monde est possible ;
Quand tout s’arrête, tout commence.
Demain s’ouvre au pied de biche.
Dans saboter il y a beauté.
Sans vous la vie est belle.
Tout bloquer devient vital !
Soyons ingouvernable!
Continuons le début !
Vainqueurs par chaos !
À ceux qui se soulèvent tôt…
2017, les urnes en miettes !
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Le triomphe de l’anarchie

Par curiosité je me suis rendu à la première nuit debout de Limoges et malgré mes appréhensions et quelques dérapages « chemtrailiens » (assez vite évacués par l’AG), la soirée a été plutôt agréable et un souffle semblait prendre entre les enfants qui couraient, le brasero, nécessaire pour contrer la fraîcheur de la nuit, et les AG et travaux en petits groupes.

 

Rene Biname en concert pendant la grande manifestation #NDDL "pour l'abandon du projet d'aéroport et pour l'avenir de la #ZAD", là où les travaux ne commenceront pas, Notre-Dame-des-Landes, le 27 fevrier 2016.

Rene Biname à la manif contre l’aéroport NDDL et son monde le 27 fevrier 2016 (cc) ValK

J’y suis retourné le lendemain, à l’AG annoncée. De plusieurs centaines nous étions passés à quelques dizaines… ce qui, en militant non tombé de la dernière pluie, ne m’a pas étonné et même à l’inverse j’étais plutôt surpris que nous soyons encore si nombreux (le pessimisme des anciens ne trouve d’équivalent que dans l’optimisme de la jeunesse).
Les discussions ont malheureusement tournées autour du dépôt en préfecture de la déclaration pour faire nos AG tous les soirs sur la place. J’ai ressenti un certain malaise que je n’arrivais pas à m’expliquer. Ce n’est que plus tard, une fois posé chez moi que ça m’est venu. Il régnait une sorte de naïveté sur les débats. Comme si le fait que nous consentions, pour commencer, à rentrer dans les clous nous protégerait de toute évacuation policière. Comme si le fait d’être propre et lisse suffirait à faire venir à nous les masses qui subissent le système. Comme si le gouvernement, les patrons, l’armée, la police, voyant les masses se soulever feraient leur mea-culpa et rendraient armes, pouvoir et moyen de productions à la glorieuse révolution partie de quelques place de France.
Si il est évident que la masse joue, ce n’est pas dans la victoire mais dans l’établissement d’un rapport de force. Un mot d’ailleurs aussi tabou hier soir que les mots lutte ou classes sociales.
Et j’ai repensé à cette chanson « Le triomphe de l’anarchie »… parce que si nous voulons bâtir un monde nouveau, nous ne pourrons faire l’économie de détruire celui qui existe aujourd’hui. Nous ne pourrons, même en en faisant un constat amère, éviter toute confrontation avec le pouvoir. Le pouvoir ne tombera pas tout seul. C’est à nous de le faire tomber. Mais il ne suffira pas de faire tomber des têtes comme nos terribles ancêtres, car pour une qui tombe il en repousse plusieurs autres, non, il nous faudra le saper à la base, une destruction minutieuse de l’ordre existant, pour ne pas nous laisser reprendre par les vieux réflexes acquis par des générations de travailleurs exploités.

L’esclave ne se libère pas de ses chaînes en évinçant le patron. S’il continue à travailler dans les mêmes conditions de son propre fait il n’est pas plus libre qu’avant. Il lui faut repartir de zéro, rebâtir sur les ruines de la maison du maître. Sinon la révolution n’aura été qu’un petit tour de manège, certes agréable, mais qui le laissera sur sa faim, tel un enfant pleurant toutes les larmes de son corps à la fin du tour de carrousel. Alors, oui certainement que je m’escrimerai encore quelques temps à aller voir ce qui se dit, ce qui se passe autour de ces nuits debout… car c’est peut-être ce qui s’est passé de plus intéressant depuis longtemps. Mais je crains que ça ne finisse en pétard mouillé au lieu d’une jolie explosion générale.

« Tu veux bâtir des cités idéales,
Détruis d’abord les monstruosités.
Gouvernements, casernes, cathédrales,
Qui sont pour nous autant d’absurdités.
Sans plus attendre, gagnons le communisme
Ne nous groupons que par affinités
Notre bonheur naîtra de l’altruisme
Que nos désirs soient des réalités »

 

merci à ValK pour la photo :)

AUTOPRESCRIVEZ-VOUS DONC PLUTÔT ÇA :

source.

Traduction du [email protected], de la lettre envoyé par l’EZLN aux autorités judiciaires mexicaines par le SupGaleano, ex SupMarcos, publiée sur le site de Liaison zapatiste, le 25 février.

Depuis le 23 février, après vingt années, les mandats d’arrêt contre le porte-parole historique de l’EZLN, ainsi que 12 membres de la rébellion, ont été suspendus par la justice mexicaine. Depuis 1995, le SupMarcos et les 12 guérilleros étaient poursuivis pour rébellion, terrorisme, apologie du délit, port d’arme de feu à usage exclusif de l’armée…

Une annonce saluée comme il se doit par le porte-parole des zapatistes.

 

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Résistance et Rébellion I

source.

 

Traduction collective de l’intervention du Sup Moisés au séminaire zapatiste « La Pensée Critique face à l’Hydre Capitaliste » publiée le 6 mai sur le site de liaison zapatiste. Vous pouvez donc retrouver cette traduction sur le site d’Espoir Chiapas, ainsi que sur le site de Liaison Zapatiste.

Photos: ValK

Le sⒶp

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Paroles du Sous Commandant Insurgé Moises
6 mai 2015
Bonjour, compagnons et compagnes, frères et sœurs.
Je vais partager avec vous la façon dont nous, hommes et femmes, utilisons comme armes la résistance et la rébellion.
Avant de commencer avec ça, la façon dont nous faisons la résistance et la rébellion, je veux vous rappeler que nous sommes armés. Nos armes sont là, comme un outils de plus pour notre lutte, comme nous l’appelons maintenant. Nos armes sont un outils de lutte, comme une machette, un marteau, une bêche, une pelle, une houe, ce genre de choses. Parce que chaque outil a une fonction, mais l’arme, sa fonction est, si tu l’utilises, de tuer.
Alors, au début, quand nous sommes sortis à l’aube de l’année 1994 est apparut le mouvement de milliers de mexicains et mexicaines, partout, de toutes parts jusqu’à être des millions, qui ont fait pression sur le gouvernement, le chauve, comme nous l’appelons, Salinas le chauve, qui a dût s’asseoir et discuter avec nous; et en même temps à nous aussi on nous a dit que nous devions dialoguer et négocier.

 

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Le SupGaleano au micro et le SupMoi à ses côtés

Bon, nous avons donc entendu, la voix du peuple mexicain. Alors on a donné l’ordre de nous, nous retrancher derrière la lutte violente; nous avons alors découvert, grâce aux compagnes, parce que nous avons eu nos morts au combat, que ces compagnes ont commencé à se battre d’une autre manière, disons. parce qu’alors le gouvernement, des mois, un an, deux après, a voulu nous acheter, comme nous disons, il voulaient que nous recevions pour oublier la lutte.
Alors de nombreuses compagnes ont parlé et ont dit que pourquoi étaient morts les compagnons à l’aube de 94. De même qu’eux, elles, c’est à dire les combattants sommes allés au combat contre l’ennemi, alors nous devons considérer comme ennemi aussi celui qui veut nous acheter, c’est à dire ne pas recevoir ça, ce qu’ils veulent nous donner.
C’est comme ça que ça a commencé. Ça a été difficile parce que nous ne pouvions pas entrer en contact d’une zone à l’autre parce que c’était plein de militaires, alors peu à peu nous sommes entrés en contact avec les compagnons d’une zone à une autre pour commencer à répandre la parole de ce qu’avait commencé à dire les compagnes, qu’il ne fallait pas recevoir ce que donne le mauvais gouvernement, de même que les combattants sont allés au combat contre les ennemis qui nous exploitent, de même nous devons faire comme principe de base qu’il ne faut pas recevoir ça. Alors, peu à peu, ça s’est étendu à toutes les zones.
Maintenant nous pouvons donner plusieurs sens à ce que sont résistance et rébellion pour nous, parce que nous avons découvert, par la pratique, c’est à dire que nous pouvons donner une théorie comme on dit. Pour nous résistance veut dire être fort, dur, pour répondre à tout, n’importe quelle attaque de l’ennemi, du système; et rebelle c’est être courageux, courageuses pour répondre autant ou pour agir, selon ce qui convient, être courageuses, courageux pour faire les actions ou ce que nous avons besoin de faire.
Alors nous avons compris que la résistance ce n’est pas seulement résister à ton ennemi, ne pas recevoir ce qu’il donne, l’aumône ou les restes. Nous avons découvert qu’en résistance, il faut résister aux menaces ou aux provocations faites par l’ennemi, comme par exemple, les bruits d’hélicoptères; rien qu’avec le bruit des hélicoptères tu commences à avoir peur, parce que la tête te préviens qu’il va te tuer, alors tu pars en courant et c’est là qu’ils te voient, et c’est là qu’ils te mitraillent. Alors c’est ne pas avoir peur, il faut avoir de la résistance, c’est à dire il faut devenir assez fort pour ne pas courir quand tu entends le bruit. Si déjà rien que le sale bruit de l’hélicoptère fait peur, effraie, et il faut juste ne pas en avoir peur, rester tranquille.
Nous découvert cela que ce n’est pas juste ne pas recevoir. Notre rage, notre colère contre le système aussi nous devons y résister, et ce qui est difficile ou bon, difficile et bon en même temps, c’est que cette résistance et cette rébellion il faut les organiser. Pourquoi difficile? C’est que nous sommes des milliers à utiliser cette arme de la résistance et nous sommes aussi des milliers qui pouvons utiliser la rage, alors, comment contrôler ça, et l’utiliser en même temps pour lutter, ce sont deux choses difficiles, c’est pour cela que j’ai commencé par dire que nous avions là nos armes.
Mais ce que nous avons vu c’est que sachant organiser la résistance et en ayant de l’organisation d’abord, bien sûr, il ne peut pas y avoir juste de la résistance et de la rébellion si il n’y a pas d’organisation, alors organiser ces deux armes de lutte nous a beaucoup aidé pour avoir, disons que cela ouvre l’esprit, la façon de voir.
Je me souviens d’une assemblée de compagnons et compagnes, de quelle façon, car il s’y fait un travail politique, idéologique, beaucoup de discussions, beaucoup d’orientations aux villages sur la résistance et la rébellion. Alors je me souviens que les compagnons et les compagnes mettent en balance, celle qu’on appelle la lutte politique pacifique et la lutte violente. Certains de nos compagnons et compagnes disent alors: Qu’est-il arrivé à nos frères du Guatemala? -nous nous posons la question- 30 ans de lutte violente et qu’ont maintenant nos frères.
Pourquoi devons-nous bien organiser la résistance dans la lutte politique pacifique? Pourquoi devons-nous préparer notre résistance militaire? Laquelle nous convient?
Nous nous rendons alors compte que ce que nous aimons c’est la vie, comme ce que nous disions avant la société civile mexicaine, que la mobilisation qu’ils ont faite le 12 janvier 94 c’est qu’il aiment nos vies, que nous ne mourrions pas. Comment devons-nous faire cela? Que d’autre devons nous faire pour faire la résistance et la rébellion?
Nous avons découvert là qu’il faut résister aux moqueries que les gens vont faire sur notre gouvernement, sur notre autonomie. Il faut résister aux provocations de l’armée et de la police. Il faut résister aux problèmes posés par les organisations sociales. Il faut résister à toutes les informations qui apparaissent dans les médias, quand ils disent qu’il n’y a plus de zapatiste, qu’ils n’ont plus de force, dans ce cas, que le défunt Marcos est en train de négocier avec Calderon en cachette, ou que Calderon lui paye ses frais de santé parce qu’il est sur le point de mourir, enfin, il est déjà mort, en effet il est mort (inaudible), mais pas parce qu’il est allé (inaudible) Calderon, mais pour donner vie à un autre compagnon.
Donc tous ces bombardements psychologiques, on peut dire, pour démoraliser nos troupes, une montagne de choses auxquelles il faut résister.
Ensuite nous avons découvert la résistance à nous mêmes, parce que nous avons commencé à avoir divers travaux, des responsabilités, dans notre cas il y a des problèmes à la maison, peut-être pas chez vous, naissent les problèmes et la résistance commence à s’appliquer individuellement, et en même temps la résistance s’applique collectivement.
Quand c’est individuel c’est lorsque mon père, ma mère ou ma femme « Ou es-tu? Que fais-tu?Avec qui es-tu? etc, non? Alors on doit résister pour ne rien faire de mal comme taper la femme ou lâcher son travail, parce que sinon il y a des réclamations, parce qu’il n’y a pas de maïs, pas de haricots, pas de bois, et il y a des problèmes avec les enfants. C’est la que la résistance devient individuelle.
Quand la résistance est collective c’est qu’il y a de la discipline, c’est à dire, avec accord. C’est que nous nous mettons d’accord sur la façon dont nous allons affronter certains problèmes. Par exemple, je vais vous donner un exemple récent. Ça fait… je crois en février, un groupe de gens avec un autre groupe d’un terrain récupéré, sur lequel vivent ces gens qui ne sont pas zapatistes, à qui nous ne disons rien, mais eux ils ont dans l’idée de devenir propriétaires des terres, alors ils font les démarches pour légaliser les terres.
On voit alors que monsieur Velasco leur a dit qu’il faut un certain nombre de personnes, alors ces gens commencent à chercher d’autres gens du village, et alors ces membres là arrivent armés. Ils ont été jusqu’à 58 personnes, et ont commencé à envahir le terrain des compagnons, la terre récupérée. Alors nous n’allons pas laisser les compagnons.
  • Combien sont-ils?
  • Presque 60.
  • Il suffit que nous apportions 600 armes et on en fini, parce qu’après toutes leurs moqueries.
Ils ont mis du liquide à brûler dans l’enclos des compagnons, avec ce liquide ils ont tué un étalon, et avant ça, avaient détruit des maisons des compagnons. Alors les compagnons étaient vraiment rebelles, en colère, ils ne voulaient plus qu’on leur fasse de mal. Les compagnons interviennent:
– souvenez-vous compagnons que nous sommes un collectif.
Ils disent aux compagnons, les 600 réunis:

 

  • Souvenez vous de l’orange, Que dit-on lorsque un fruit est abîmé? Que se passe t-il?
  • Ah oui. Oui mais ces cons là eux est-ce qu’ils comprennent ça?
  • Ces cons là ne vont pas faire la loi, on est chez nous.
Qu’arrive t il à une orange ou une lime si on l’abîme? Elle pourrie complètement? Et qu’est ce que ça veut dire? Que nous allons infester le reste de notre organisation. Nous devons demander à la base si nous devons répondre par la violence, alors nos bases savent que nous entrons dans un autre mode. Déjà que nous y pensions, ce que nous sommes en train de faire maintenant, mais nos bases n’autorisent pas que cela se passe comme ça.
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Les milles voix de la pensée critique pour faire face à l’Hydre capitaliste.

Nous avons donc dit à nos compagnons que ceux qui étaient très rebelles, énervés, en colère, ne vont pas y aller, dites juste à vos représentants que vous n’irez pas parce que si vous y allez, vous allez tuer, alors c’est mieux que vous n’y alliez pas, dites-le à votre responsable pour qu’il sache, celui qui ne va pas au rapport, c’est son problème. Pareil pour ceux qui ont très peur, qu’ils n’y aillent pas non plus. Seulement ceux qui comprennent doivent y aller, il ne faut pas aller provoquer, mais il faut aller travailler la terre, c’est à dire travailler les champs, la maison et ce qu’il faut construire. A l’aube, les 600 sont partis, sans armes. Ils se sont mis d’accord sur qui allait commander.
C’est comme ça que ce fait le contrôle des deux choses, la colère mais aussi la peur. On cherche, on donne des explications, on parle, on se fait comprendre, parce que c’est vrai, que la plupart des compagnons ne va pas permettre ça.
Cette résistance que nous travaillons depuis déjà 20 ans, nous a coûté beaucoup de travail au début parce que ce sont des situations auxquelles nous sommes confrontées et que nous devons savoir résoudre. Je vais vous donner un exemple, Pourquoi est-ce que ça nous coûte de changer? Pendant le gouvernement de Salinas ils donnaient des projets, ils donnaient des projets en liquide, c’est à dire qu’ils donnaient des crédits, que recevaient les compagnons, imagine-vous alors qu’ils sont miliciens, caporaux, sergents, c’est à dire zapatistes. Alors de ce que donne ce salaud la moitié est pour les balles, l’arme et l’équipement et avec l’autre moitié on va acheter une vache, c’est à dire qu’avec ce que donne le gouvernement on s’est procuré une vache, c’est pour ça que le gouvernement n’a plus donné, seulement aux gens des partis politiques.
C’est de là que vient cette idée des compagnons, ce que je suis en train de dire, à ce moment nous avons décidé de ne plus recevoir. Ça a été dur, mais les compagnons ont compris. Ils ont dit, oui nous allons le faire, nous allons faire cette résistance. Cette négation nous donne le résultat que lorsque nous allons nous réunir, ils disent « j’ai pas pu venir parce que je suis en résistance, je n’ai pas d’argent, je ne peux pas payé le trajet », c’est le prétexte, ce n’est pas parce que non, c’est pour se cacher, c’est un prétexte.
Mais comme nous avons pris au sérieux le fait de ne rien prendre du système, nous avons découvert qu’il faut travailler dur la terre mère, ça je vous l’ai raconté ces derniers jours ici. C’est comme ça que les compagnons ont commencé à avoir leurs produits et ils se sont rendu compte qu’il vaut mieux travailler la terre et ainsi oublier ce que donne le gouvernement.
Dans la résistance et la rébellion nous nous sommes rendu compte de la sécurité de l’organisation dans laquelle nous sommes. Nous avons découvert une montagne de choses, par exemple, ce que je suis en train de vous dire, que nous ne parlons pas avec le gouvernement, ni nos bases, ni même avec des assassinats. Nous avons découvert qu’avec résistance et rébellion on peut gouverner et qu’avec résistance et rébellion on peut développer ses propres initiatives.
Notre manière de résister, soit dans le domaine économique, soit dans le domaine idéologique, politique, chaque zone s’organise. Certaines ont plus de possibilités, d’autres moins de possibilités, alors nous expérimentons. Par exemple les compagnons de Los Altos durant leur vie achètent le maïs, ils sèment peu, ils doivent en acheter la plus grande partie; et dans d’autres zones ce qu’ils font c’est amener le mais, au lieu de l’acheter en commerces, aux entrepôts du gouvernement, et que l’argent des compagnons de Los Altos aille au gouvernement, il vaut mieux qu’il aille à un autre Caracol. Parfois ça fonctionne bien, parfois ça fonctionne mal, mais c’est le mal que nous produisons nous-même, parce que oui, on en transporte des tonnes, et les compagnons chargés de rassembler le maïs ne le vérifient pas et les compagnons de base de soutien, ces cons, mettent au milieu (inaudible) du maïs, et les autres compagnons ne le vérifient pas non plus, alors il passe et s’en va. Quand il arrive à son lieu de destination, là où il va être consumé, là oui il est vérifié, et on se rend compte qu’ils vendent du maïs (inaudible) entre compagnons.
Alors nous corrigeons, parce qu’il ne s’agit pas de ça. Si nous résistons il faut bien organiser la résistance. L’échange, comme on dit, ou le troc ne fonctionne pas pour nous, parce que en Los Altos on ne peut pas emmener des tonnes de pommes ou de poires, ça ne se vend pas dans la jungle, et c’est ce que produisent beaucoup les compagnons, des légumes. Alors non, nous sommes en train de voir comment faire, nous en discutons, et nous en sommes à la moitié, sur comment nous organiser.
Je vais vous donner une série d’exemples. En 98, lorsqu’ils ont démantelé nos municipalités autonomes, quand il y avait encre le Croquetas, le Albores comme gouverneur à Tierra Y Libertad, là-bas au Caracol I, à La Realidad, les policiers judiciaires sont entrés, ils ont détruit la maison de la municipalité autonome et les compagnons miliciens surtout, demandent à riposter aux judiciaires, qui sont en fait des soldats, ils étaient déguisé en judiciaires, et on leur a dit non. On est allé voir les bases d’appui, parce que les compagnons miliciens étaient en colère, parce qu’on leur avait détruit leur maison de l’autonomie.
Nous allons alors dans les villages, et ils nous disent: qu’ils la détruise, l’autonomie nous l’avons là et nous l’avons là, la maison n’est pas une maison. Nous avons reçu du soutien et avec plus de raison on donne l’ordre que les miliciens ne fasse rien et nous payons le prix de la colère, et nos miliciens disaient « maudits commandants ». Nous avons appris que parfois la colère de la base, que l’on voit qui ne va pas nous servir dans ce que nous voulons, c’est alors le comité clandestin qui paye, ou le régional, qui sont tenus pour responsables.
un autre exemple c’est lorsqu’ils nous ont détruit notre premier Aguascalientes, l’armée. C’est la même chose, nous étions prêts, insurgés et miliciens, parce que nous savions que si on nous prend une partie on se sent vaincu, c’est que nous pensons de façon très militaire. Parce que militairement si tu perds une bataille t’es foutu et tu as envie de la récupérer, mais tu dois en faire le double pour la récupérer. Encore une fois cela nous oriente.
  • Que voulons-nous, la mort ou la vie?
  • Ben la vie.
  • Alors qu’il viennent ces salauds, nous ne les tuerons pas mais qu’ils ne nous tuent pas non plus.
  • Comment allons-nous faire si les embuscades sont déjà tendues?
  • Donc il faut envoyé la communication.
Nous avons dû retirer et ainsi nous avons évité beaucoup de mort, de notre côté et aussi du côté ennemi. Dans une des embuscades il y eu (inaudible), et c’est là qu’il est tombé, ensuite (inaudible), au général qui est tombé à Momon, le général Monterola, il était colonel je crois, à cette époque.
Ce fût la même chose dans le Caracol de la Garrucha quand il y a eu le démantèlement des municipalités autonomes Ricardo Flores Magon. La même chose, on fait dire qu’il ne faut pas répondre à la violence que provoque l’ennemi et le gouvernement. Et ainsi nous avons connu plein de provocations que cherchent ceux qui se laissent manipuler, dans ce cas les gens des partis politiques.
C’est ce qui est arrivé aux compagnons qui ont reçu beaucoup de ces coups, provocations, ce sont les compagnons du Caracol de Morelia, celui d’Oventik, de Garrucha et de Roberto Barrios, là où les paramilitaires ont été très cruels c’est à Roberto Barrios et à Garrucha, en Morelia, en Oventik.
Par exemple, à San Marcos Aviles, là où se trouvent nos bases, ils ont importuné tellement de fois. Ce que font les paramilitaires c’est t’obliger à tomber, ça se voit qu’ils sont bien entraînés par l’armée et le gouvernement, parce qu’ils t’usent; tu as ton café, ton haricot, ton maïs, ils t’arrachent les plants que tu sèmes, coupent le bananier, emportent l’ananas que tu as planté, ils t’usent quoi. Jusqu’au jour où nos bases ont dit assez, heureusement que cette rébellion et cette résistance sont organisées en collectif, alors les compagnons et les compagnes bases de San Marco Aviles se présentent à la Junta de Bon Gouvernement pour dire: Nous sommes venu dire que nous ne supportons plus, tant pis si nous mourons mais nous les emporterons avec nous.
La Junta de Buen Gobierno et le Comité Clandestin appellent les compagnons et leurs expliquent: nous n’allons pas vous dire non, d’abord parce que nous sommes une organisation, deuxièmement si il y a un survivant parmi vous il ne pourra pas rester chez vous, il devra se cacher parce que ces salauds ne vont pas le laisser vivant ou vivante, parce que ce qu’ils veulent c’est en finir avec les bases. Ce que vous devez faire c’est un écrit, faite un enregistrement et nous le ferons parvenir à ce maudit gouvernement, pour qu’ils sachent que ceux qui sont là vont mourir et nous aussi, et alors qu’il arrive ce qui doit arriver.
Ensuite nous avons cherché un autre moyen. Les compagnons et compagnes ont fait l’enregistrement et nous avons cherché le moyen de le faire parvenir au gouvernement, c’est toujours d’actualité. Alors, nous savons, que le gouvernement a donné de l’argent aux gens des partis politiques d’ici, ils se sont calmé parce que c’est la façon du gouvernement de les calmer. C’est tout ce qu’ils font, c’est la méthode du gouvernement, leur donner un projet ou un peu d’argent à partager, il l’a toujours fait. Qui sait ce qu’il va se passer maintenant parce qu’il ne va plus y avoir d’argent du gouvernement.
Juste pour mentionner ceci, sur la façon de résister, parce que nous avons essayé, Parce que ce dont nous nous rendons compte c’est pourquoi allons-nous tuer un autre indigène. Ça ça nous met en colère, si je vous le disais comme nous le disons dans nos assemblées c’est horrible, parce que dans ces cas là nous n’arrêtons pas d’insulter le gouvernement. Ce qui nous met en colère c’est comment ces salauds les manipulent; et aussi pourquoi, pardon pour le mot, il y a des cons et des connes qui se laissent manipuler contre leur propre race.
Par exemple, ceux de la ORCAO. Une partie de la ORCAO est en train de se rendre compte que ce qu’ils font est complètement mal, mais il y a une autre partie qui n’en a rien à faire, pour de l’argent, et ils continuent de nous menacer. Il y a un mois les compagnons de Morelia, ont dû résister tout ce que leur a fait ceux de la ORCAO. La CIOAC? On en parle même pas, il y a le Compagnon Galeano et ce qui s’est passé à Morelia, ceux sont les mêmes de la CIOAC Historique.
Alors, comme nous nous aimons la vie, et grâce à notre forme de résistance, nous avons éviter de nous tuer plus entre nous à cause de la manipulation du gouvernement.
Nous avons résisté aussi à ceux qui viennent, c’est que nous avons de la visite de Mexico, on leur dit ou ils nous disent à nous, ils disent à nos villages, que pourquoi nous ne continuons pas la lutte armée, que pourquoi nous sommes réformistes, d’autres nous demandent pourquoi nous sommes extrémistes, qui croire? Non, Il faut résister à ces paroles, parce que les gens parlent, et notre réponse c’est qu’il y a ce qui ce dit et il y a ce qui se fait, parce que c’est facile de parler, je peux crier et tout ça, mais quand tu y es c’est pas la même chose, ça change.
Grace à la résistance, compagnons, compagnes, sœurs et frères, nous ne disons pas que les armes ne sont pas nécessaires, mais ça va de paire avec, comme on a dit: la désobéissance, mais une désobéissance organisée, c’est vrai, ici n’intervient pas la mauvais gouvernement grâce aux compagnons, aux compagnes, alors nous savons que nous allons pouvoir faire mieux, mieux organiser la résistance et la rebellions en démontrant que nous ne demandons permission à personne.
Que nous nous mettons d’accord sur ce que nous nous devons faire, c’est ce qui nous pousse, en plus de que la génération qui est avec nous maintenant, c’est à dire ceux qui ont 20 ans, Garçons et filles, disent: nous sommes prêts et prêtes, mais montrez-nous ce qu’on veut, comment gouverner. Maintenant les zones, avec l’organisation de la résistance et de la rébellion forment la nouvelles génération de jeunes hommes et de jeunes femmes pour accomplir ce que nous avons déjà dit, que pour les siècles et les siècles et pour toujours, on dirait que c’est religieux, mais, c’est rebelle; parce que c’est pour toujours, alors il faut que les générations soient formées pour que le petit-fils de Absalon Castellanos Dominguez ne revienne jamais, ou Javier Solorzano, l’un des grand exploitant agricole.
Nous avons beaucoup de travail pour nous améliorer. Cela ne veut pas dire, compagnons, compagnes, frères et sœurs, cela ne veut pas dire que nous renonçons à nos armes sinon que c’est une compréhension politique, idéologique, rebelle, qui nous permet de voir comment transformer vraiment en arme de lutte notre résistance. Les compagnons des Conseils de Bon Gouvernement nous disent que nous avons besoin d’une autre instance, alors nous demandions aux compagnons du CCRI: Pourquoi vous dites ça compagnons, compagnes? Ils disent: « nous le ressentons pour quoi est né la Junta de Buen Gobierno ».
Nous en discutons, ils nous ont dit, expliqué. Quand les MAREZ, les municipalités autonomes rebelles zapatistas étaient livrés à eux-mêmes, certaines ont des projets, d’autres n’en n’ont pas, d’autres rien, lorsque la Junta de Buen Gobierno se forme elle commence à contrôler les municipalités pour qu’elles soient équitables, les mêmes projets. Maintenant comme Junta de Buen Gobierno ils se rendent compte que de nouveau ce n’est pas équitable. Certains ont plus de projets parce qu’ils sont plus proches, prés des routes, et les autres sont très loin, alors non, mais nous en tant que Junta du Bon Gouvernement nous ne pouvons pas, nous devons soumettre en assemblée et à la répartition des zones, c’est là que l’on doit décider si c’est le moment de former une autre instance, parce que en plus nous organisons cette résistance et rébellion contre cette tourmente qui arrive. Alors encore plus les compagnons disent: c’est le moment, notre moment ils disent, c’est le moment d’avoir une autre instance, nous allons devoir agir dans la résistance et la rébellion, maintenant oui en inter zones, les milliers de zapatistes doivent lutter dans la résistance et la rébellion, alors ils doivent s’organiser. Mais grâce à ce terrain de lutte, de résistance et de rébellion c’est ce qui nous a aidé, nous a donné la direction de comment y arriver. Et si avec ça, parce qu’on ne va demander la permission à personne, pour nous c’est fini le temps où on ne nous reconnaissait pas la Loi sur les Droits et la Culture Indigène, nous partons; si ils veulent toujours pas nous la respecter alors nous avons l’outil.

Paroles de la Commandante Miriam de l’EZLN

source.

Traduction collective de l’intervention de la Commandante Miriam de l’EZLN au séminaire zapatiste « La Pensée Critique face à l’Hydre Capitaliste » publiée le 6 mai sur le site de liaison zapatiste. Vous pouvez donc retrouver cette traduction sur le site d’Espoir Chiapas, ainsi que sur le site de Liaison Zapatiste.

Photos: ValK

Le sⒶp

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Participation des compañeras zapatistas. 
Séminaire « La pensée Critique face à l’Hydre Capitaliste », 
6 mai 2015
20150504_170340_Mx_CiDeCi_Seminaire_contre_l-Hydre_Capitaliste_w1024_par_ValK

Parole aux femmes pendant le séminaire zapatiste

Commandante Miriam
Bonsoir compañeras et compañeros.
C’est à mon tour de vous parler un peu de comment était la situation des femmes avant 1994.
Depuis l’arrivée des conquistadors, nous avons souffert la triste situation des femmes. Ils nous ont volé nos terres, ils nous ont enlevé notre langue, notre culture. C’est comme ça qu’est arrivée la domination du caciquisme, des propriétaires terriens, et que sont arrivées la triple exploitation, l’humiliation, la discrimination, la marginalisation, la maltraitance, l’inégalité.
Parce que ces sales patrons nous traitaient comme si nous leur appartenions, ils nous envoyaient faire tout le travail dans les haciendas, sans considérer si nous avions enfants, maris ou si nous étions malades. Ils ne nous demandaient pas si nous étions malades. Si nous n’arrivions pas au travail, ils envoyaient leur garçon de ferme ou leur esclave laisser le maïs devant la cuisine pour que nous leur préparions leurs tortillas.
Et ainsi, pendant longtemps, nous avons travaillé dans la propriété du patron. Nous moulions le sel parce que le sel n’était pas comme nous le connaissons maintenant, le sel qu’on achète tout fin, le sel qu’ils utilisaient avant était gros, il faisait de grosses boules et c’était les femmes qui devaient le moudre ; et ils arrivaient pour faire moudre le sel pour le bétail, pour enlever la peau des grains de café quand c’était l’époque de la récolte du café. Si vous entrez à six heures du matin, vous sortez à cinq heures du soir. Toute la journée, la femme doit s’occuper de tous les sacs de café qu’on lui donne à faire.
20150506_200304_Mx_CiDeCi_Seminaire_contre_l-Hydre_Capitaliste_w1024_par_ValK

« Ils nous vendaient comme si nous étions de la marchandise, pendant tout le temps qu’a duré l’acasillamiento, il n’y a pas eu de répit pour nous les femmes. »

C’est comme ça que travaillaient les femmes. C’est comme ça qu’elles ont travaillé, maltraitées, à chercher l’eau, et la misère, c’est-à-dire ils lui donnent une misérable paye, ils leur donnent juste une petite poignée de sel ou une petite poignée de café moulu, c’est la paye qu’ils donnent aux femmes.
Et ainsi sont passées des années durant lesquelles les femmes souffraient, et quand parfois nos enfants pleuraient et que nous leur donnions le sein, ils nous criaient dessus, ils se moquaient de nous, nous insultaient physiquement, ils nous disaient que nous ne savions rien, que nous étions inutiles, que nous étions un poids pour eux. Ils ne nous respectaient pas, ils nous traitaient comme si nous étions des objets.
Eux, ils font ce qu’ils veulent aux femmes, ils choisissent les femmes jolies ou les jeunes filles jolies pour qu’elles soient leur maîtresse et abandonnent leurs enfants n’importe où, ça leur est égal que les femmes souffrent, ils les traitent comme si c’était des animaux avec des enfants qui grandissent sans père.
Ils nous vendaient comme si nous étions de la marchandise, pendant tout le temps qu’a duré l’acasillamiento, il n’y a pas eu de répit pour nous les femmes.
Je vais vous parler un peu de l’acasillamiento. L’acasillamiento, c’est quand ils arrivent dans les haciendas ou les fermes, qu’ils arrivent avec toute la famille, et qu’ils y restent, et qu’ils travaillent pour le patron parce que ce sont les hommes qui sèment le café, qui le nettoient, qui le récoltent, ils doivent aussi nettoyer les enclos, semer le fourrage, tout ça, travailler le champs de maïs, la culture des haricots, mais tout ça pour le patron ; c’est le travail que font les hommes.
Mais il y a en plus autre chose dont je peux vous parler, quelque chose comme l’acasillamiento, en plus, il y a ceux qu’on appelle domestiques ou esclaves, qui de toute façon vont rester pour toujours dans l’exploitation, des femmes et des hommes. Mais ces hommes et ces femmes qui sont esclaves ou domestiques, qui restent dans l’exploitation, sont des hommes et des femmes qui parfois n’ont pas de famille. Une famille arrive à l’exploitation juste pour travailler et parfois le papa, la maman tombent malades et ils meurent, et les enfants orphelins restent et le patron prend ces enfants et ils grandissent là, dans l’hacienda. Et que font ces enfants ? Parce qu’il ne les garde pas comme fils adoptifs mais comme esclaves. Ces enfants grandissent et il leur donne du travail, si le patron à des animaux de compagnie, enfin, il a des animaux de compagnie, que ce soit un chien, un singe, ou n’importe quelle sorte d’animal, il les confie à son domestique et il doit s’en occuper. Où va le singe, le domestique doit aller, il doit s’en occuper, il doit le laver, il doit nettoyer l’endroit où il dort, c’est comme ça que ça se passe.
Et ensuite, quand le patron faisait une fête, autrefois les curés venaient dans les grandes haciendas et ils baptisaient leurs enfants, ou célébraient leurs anniversaires, ou le mariage de leurs filles, ce sont les curés qui les mariaient. Et puis ensuite ils font des repas tous ensemble et ces rats demandaient de garder la porte pendant qu’eux faisaient la fête, célébrant entre compadres, entre amis, tout ça, pendant que le domestique garde la porte, il ne laisse même pas rentrer un chien là où ils festoient. Il doit y être toute la journée, tout le temps que dure la fête du patron.
Et les femmes esclaves ce sont elles qui préparent à manger, qui lavent la vaisselle, qui s’occupent de l’enfant du patron ou qui s’occupent des enfants de ses convives.
C’est comme ça que vivent les gens dans les haciendas, et il ne faut pas croire qu’il leur donne de ce qu’il y a à manger à la fête, ils ont du pozol s’il y a du pozol, des haricots s’il y a des haricots, ce qu’ils ont l’habitude de manger pendant que les patrons mangent de bonnes choses, mais seulement avec leurs amis.
Et ensuite, quand le patron veut aller en ville, de son hacienda à la ville il faut marcher pendant 6 jours, et le domestique le suit, ou si les patrons ont des enfants qui parfois sont invalides, le domestique doit porter l’enfant du patron jusqu’à la ville. Et si la patronne veut retourner à son hacienda, le domestique doit retourner jusque là-bas et de nouveau porter son enfant.
Et c’est comme pour la récolte du café avec tout ce qu’ils cultivent dans l’hacienda, et ce même domestique doit être attentif aux mules, avec les mâles, je ne sais pas si vous vous y connaissez en chevaux, ils doivent seller, desseller le cheval du patron, garder le bétail et apporter le chargement jusqu’à la ville où vit le patron. S’il vit à Comitán, les domestiques doivent aller jusqu’à Comitán, ils partent de l’hacienda et ils doivent y aller parce qu’on leur a dit qu’ils étaient muletiers. Et c’est ainsi qu’à cette époque ont souffert beaucoup d’hommes et de femmes esclaves.
S’il y a des arbres fruitiers dans l’hacienda, s’ils grimpent dedans pour cueillir des fruits, ils ne les laissent pas les cueillir, ils les font descendre à coup de fouet, je ne sais pas si vous imaginez, à coup de fouet, ils le frappent. Le domestique n’a pas le droit de cueillir des fruits sans la permission du patron parce que tout ce qu’il récolte, il doit l’emmener à la ville. C’est ainsi qu’ont souffert les hommes et les femmes.
Après tant de souffrances des femmes ou tant d’exploitation de l’acasillamiento, les hommes se sont rendus compte de comment ils maltraitaient leurs femmes. Certains ont pensé qu’il valait mieux partir de l’hacienda en acasillamiento. Un par un, ils sont partis et ils se sont réfugiés dans les montagnes parce qu’il y avait toujours les collines, les propriétaires terriens ne s’étaient pas accaparés les collines, ils les avaient laissées, et c’est là-bas qu’ils se sont réfugiés.
Après que certains soient partis dans les montagnes, il est passé un certain temps et ils se sont rendu compte qu’il valait mieux se rassembler et former une communauté, c’est alors que d’autres ont recommencé à gagner les montagnes. Ils se sont rassemblés, ils ont discuté et ils ont formé une communauté dans laquelle ils pouvaient vivre. C’est comme ça qu’ils ont formé la communauté.
Mais une fois installés dans les communautés, comme le patron, ou autrement dit comme l’acasillado a une autre vision, les hommes, comme ils ont travaillés avec le patron, ils sont chargés de mauvaises idées, et ils les appliquent à la maison, comme des petits chefs. Ce n’est pas vrai que les femmes se sont libérées, ce sont les hommes qui sont devenus les petits chefs de la maison.
Et une fois de plus, les femmes ont du rester à la maison comme si c’était une prison, pour que les femmes ne sortent pas une nouvelles fois, elles se sont trouvées enfermées à nouveau.
Dès la naissance, nous ne sommes pas les bienvenues dans ce monde parce que nous sommes des femmes, parce que c’est une petite fille qui est née, on ne nous aime pas. Mais si c’est un garçon qui naît, les hommes font la fête, ils sont content parce que c’est un garçon. En fait, ils ont une mauvaise habitude qu’ils tiennent des patrons. Une habitude qui dure depuis tant de temps. Et après, quand les femmes naissent, on les considère comme inutiles par contre, si c’est un garçon, lui il va pouvoir travailler.
Mais la bonne chose, celle qu’ils ont faite, c’est qu’ils ne se sont pas séparés et qu’ils ont formé la communauté, ils ont commencé à nommer des représentants de la communauté et ils ont commencé à faire de réunions, ils ont passé du temps ensemble. Ce qui est bien, c’est qu’ils n’ont pas laissé tomber cette idée, ils ne l’ont pas laissée tomber, au contraire, ils l’ont encouragée. Les patrons et la conquête ont voulu faire disparaître leur culture, mais ils n’ont pas réussi car les communautés se sont formées.
Mais les hommes sont ceux qui dirigent à la maison, et les femmes sont celles qui obéissent aux ordres. Et s’il te dit que tu vas te marier, tu vas te marier, c’est-à-dire qu’on ne va pas te demander si tu veux te marier, ou pas, avec l’homme qui vient te demander, parce que le papa a déjà bu « le coup », autrement dit, avant, il a déjà bu le verre qui t’oblige à partir avec l’homme que tu ne veux pas.
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« Dès la naissance, nous ne sommes pas les bienvenues dans ce monde parce que nous sommes des femmes (…) »

C’est ainsi que nous souffrons ensuite avec nos époux parce qu’ils disent que les femmes ne servent qu’à faire la cuisine, qu’elles ne servent qu’à servir leur mari et s’occuper des enfants. Et comme les hommes ne prennent même pas leurs enfants dans leurs bras, autrement dit, ils n’aident pas les femmes, il te donne juste un enfant, après ça lui est égal comment tu vas t’en occuper. Et comme on dit parfois nous les femmes -je vais vous dire vraiment ce qu’il s’est passé pendant des années- chaque année il naît un bébé, chaque année et demie il naît un bébé, en fait les enfants grandissent en se suivant, un an ou un an et demi plus tard il y en a déjà un autre, comme ça, comme de petites échelles, ils grandissent. Mais le papa ne se préoccupe pas de si la femme souffre parce qu’elle doit aller chercher du bois, parce qu’elle doit cultiver le champ de maïs, parce qu’elle doit nettoyer la maison, balayer, s’occuper des animaux, laver le linge, s’occuper des enfants, changer les couches, tout ça, tout ça c’est le travail des femmes.
C’est pour ça que nous disons que nous souffrons la triple exploitation de la femme, parce que la femme doit être dès trois ou quatre heures du matin à la cuisine, selon combien d’heures l’homme met pour se rendre travail, il faut qu’elles se lèvent tôt pour préparer le pozol, le café, le petit-déjeuner de l’homme. L’homme part travailler, il revient dans l’après-midi, il veut que la réserve d’eau soit pleine, que son bain soit prêt ; l’homme se douche, il part se promener et jouer, la femme doit rester de nouveau toute la journée à la maison, en attendant la nuit puisqu’elle n’a toujours pas pu se reposer, à huit heures elle peut aller se coucher.
Et c’est comme ça que nous avons beaucoup souffert. L’homme ne s’inquiète pas de si tu es malade, de comment tu te sens, il ne te le demande pas. C’est comme ça que ça s’est passé. C’est comme ça qu’elles vivaient en réalité, ainsi ont vécu les femmes, nous ne mentons pas parce que nous savons ce qu’elles l’ont vécu.
Et aussi quand ils vont à l’église ou dans un centre de cérémonie où ils font la fête, les femmes aussi y vont, parfois, mais en se cachant le visage. C’est-à-dire que tu ne dois pas lever la tête, tu dois marcher comme ça, à genoux, sans regarder autour de toi, en te couvrant la tête comme ça avec ton châle, pour que ton visage se voie juste comme cela.
Et pendant longtemps l’homme a traîné ces mauvaises idées, ces mauvais apprentissages. C’est comme ça que ça s’est passé compañeros. Comme si nous n’étions rien. Comme si seuls les hommes pouvaient avoir l’autorité, comme si seuls eux pouvaient sortir dans les rues et participer à la vie de la communauté.
Il n’y avait pas d’école. Puis, dans certaines communautés, il y a eu des écoles mais nous n’y sommes pas allées non plus car nous sommes des femmes, ils ne nous laissent pas aller à l’école parce qu’ils disent que nous n’y allons que pour chercher un mari, et qu’il vaut mieux qu’on apprenne à travailler à la cuisine puisque de toute façon nous allons avoir un mari et qu’il faut donc tout apprendre pour pouvoir le servir.
Et quand il nous frappe, quand notre époux nous insulte, on ne peut pas se plaindre. Et si on demande de l’aide aux institutions du mauvais gouvernement, c’est pire, parce qu’ils soutiennent les hommes, ils leur donnent raison et nous, nous restons muettes, humiliées, honteuses d’être femme.
Nous n’avions pas le droit de participer aux réunions parce qu’ils disent que nous sommes idiotes, inutiles, que nous ne servons à rien. Ils nous laissaient à la maison. Nous n’avions aucune liberté.
Et personne ne s’occupait de la santé bien qu’il y avait des cliniques, des hôpitaux du mauvais gouvernement, en fait on ne s’occupait pas de nous parce que nous ne parlions pas l’espagnol et nous retournions chez nous et souvent beaucoup de femmes et d’enfants mourraient de maladies guérissables parce que de toute façon nous ne sommes rien pour eux, ils nous discriminent parce que nous sommes indigènes, ils nous disent que nous sommes des indiens va-nu-pieds, qu’on ne peut pas entrer ni dans les cliniques, ni dans les hôpitaux, ils ne nous le permettent pas, ils ne s’occupent que des gens qui ont de l’argent.
Tout ça nous l’avons souffert en personne pendant des années, nous n’avons jamais eu l’opportunité de dire ce que nous ressentions, à cause des enseignements des conquistadors et des mauvais gouvernements.
C’est tout, compañeros. L’autre compañera continue.

Vote ou ne vote pas, organise-toi!

source.

Traduction collective de l’intervention du SupMoisés au séminaire zapatiste « La Pensée Critique face à l’Hydre Capitaliste » publiée le 3 mai sur le site de liaison zapatiste. Vous pouvez donc retrouver cette traduction sur le site d’Espoir Chiapas, ainsi que sur le site de Liaison Zapatiste.

Photos: ValK

Le sⒶp

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SUR LES ÉLECTIONS : S’ORGANISER.

 

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Un regard malicieux du SupMoisés durant le séminaire

Avril 2015.

Aux compagnes-compagnons de la Sexta:

À celles et ceux en train de lire parce que ça les intéresse sans être de la Sexta :

Ces jours-ci, comme évidemment à chaque fois qu’il y a ce qu’ils appellent « processus électoral », nous entendons et nous voyons qu’ils ressortent que l’EZLN appelle à l’abstention, c’est à dire que l’EZLN dit qu’il ne faut pas voter. Ils disent ça et d’autres bêtises encore, ceux qui par paresse ont la grosse tête, qui n’étudient même pas l’histoire, ni même ne cherchent. Et ce jusqu’à faire des livres d’histoire et des biographies et se faire payer pour ces livres. C’est à dire qu’ils se font payer pour dire des mensonges. Comme les politiques.

Bien sûr, vous savez que ne nous intéressent pas, nous, ces choses que font ceux d’en-haut pour essayer de convaincre les gens d’en-bas qu’ils tiennent compte d’elles et eux.

Comme zapatistes que nos sommes nous n’appelons pas à ne pas voter, pas plus qu’à voter. Comme zapatistes que nous sommes, ce que nous faisons, chacun comme il peut, c’est de dire aux gens de s’organiser, pour lutter, pour obtenir ce dont ils ont besoin.

Nous, comme beaucoup d’autres parmi les peuples originaires de ces terres, nous connaissons déjà les manières des partis politiques, et c’est une mauvaise histoire de mauvaises personnes.

Une histoire qui pour nous comme zapatistes que nous sommes, est maintenant une histoire passée.

Je crois que c’est le défunt Tata Juan Chávez Alonso qui a dit que les partis partagent les peuples, les divisent, les font s’affronter, se battre jusqu’entre familiers.

Et c’est bien ce que nous voyons de temps à autre sur ces terres.

Vous savez que dans plusieurs communautés où nous sommes, eh bien il y des gens qui ne sont pas zapatistes, et qui restent ainsi sans s’organiser, vivant mal et attendant que le mauvais gouvernement leur donne leur aumône pour en tirer quelques photos montrant que le gouvernement est bon.

Alors nous voyons que, à chaque fois qu’il y a des élections, certains se mettent en rouge, d’autres en bleu, d’autres en vert, d’autres en jaune, d’autres décolorés, et voilà. Et ils se disputent entre eux, parfois même entre membre d’une même famille ils se battent. Pourquoi ils se disputent ? Eh bien pour voir qui va les commander, à qui ils vont obéir, qui va leur donner des ordres. Et ils pensent que si telle couleur gagne, eh bien ceux qui ont soutenu cette couleur vont recevoir plus d’aumône. Et alors nous voyons qu’ils disent qu’ils sont très conscients et sûrs d’être partisans, et parfois même ils se tuent entre eux pour une satanée couleur. Car c’est le même qui commande aujourd’hui qui veut la place, parfois il est revêtu de rouge, ou de bleu, ou de vert, ou de jaune, ou il prend une nouvelle couleur. Et ils disent qu’ils sont du peuple et qu’il faut les soutenir. Mais ils ne sont pas du peuple, ce sont les mêmes gouvernants qui un jour sont députés locaux, d’autres sont syndics, d’autres sont permanents d’un parti, qui sont maintenant maires et c’est comme ça qu’ils passent d’un siège à l’autre, et passent également d’une couleur à l’autre. Ce sont les mêmes, les mêmes noms, c’est la famille, les fils, les petits-fils, les oncles, les neveux, les parents, les beaux-frères, les fiancés, les amants, les amis des mêmes enfoirés et foireux de toujours. Et ils disent toujours les mêmes mots : ils disent qu’ils vont sauver le peuple, que désormais ils vont bien se comporter, qu’ils ne vont plus voler autant, qu’ils vont aider les défavorisés, qu’ils vont les sortir de la pauvreté.

Bon, eh bien alors ils dépensent leurs petits sous, qui bien sûr ne sont pas à eux mais qu’ils tirent des impôts. Mais ces foireux et fumiers ne les dépensent pas à aider ou à soutenir les défavorisés. Non. Ils les dépensent à mettre leurs placards et leurs photos sur leurs propagandes électorales, dans les pubs des radios et télévisions commerciales, dans leurs journaux et revues payantes, et ils apparaissent même au ciné.

Enfin bon, ceux qui dans les communautés sont très partisans en temps d’élection et très conscients de la couleur qu’ils portent, lorsque a gagné qui a gagné, tous prennent cette couleur, parce qu’ils pensent qu’ainsi ils leur donneront un petit cadeau.

Par exemple, maintenant ils vont leur donner leur télévision. Bon, comme zapatistes que nous sommes, nous disons qu’ils leur donne une boîte à merde, parce que cette télévision va leur apporter un paquet de merde.

Mais si avant ils leur donnaient ou ne leur donnait pas pleinement, maintenant ils ne donnent et ne donneront rien.

S’ils leur donnaient, eh bien c’était pour les rendre paresseux. Ils ont même oublié comment travailler la terre. Ils sont juste là, attendant qu’arrive la paye du gouvernement pour la dépenser en boisson. Et ils sont là dans leurs maisons, se moquant de nous parce que nous allons cultiver, et eux ne font qu’attendre que rentre la femme, la fille, pour l’envoyer chercher les provisions, le soutien du gouvernement.

Ainsi, jusqu’à ce que cela n’arrive plus. Ils ne les préviennent pas, ça ne sort pas dans les médias à gages, personne ne vient leur dire qu’ils sont leurs sauveurs. Simplement il n’y a plus de soutien. Et ce frère, cette sœur se rend compte qu’il, qu’elle n’a plus rien, qu’il n’y a plus rien pour la boisson, mais pas plus pour le maïs, les haricots, le savon, les culottes. Et donc, hé bien, il doit retourner cultiver le champ qu’il avait abandonné, couvert de mauvaises herbes à ne plus pouvoir y marcher. Et comme il a oublié le travail, alors ses mains se couvrent d’ampoules et hop il ne peut même plus tenir la machette. Comme s’ils l’avaient transformé en inutile qui ne vivait que d’aumônes et non de travail.

Et ça, ça se passe maintenant. Ça ne sort pas dans les informations des mauvais gouvernements. Au contraire, ils disent que oui, beaucoup de soutien. Mais dans les villages plus rien n’arrive. Où donc est l’argent que le mauvais gouvernement dit donner pour la campagne d’aumônes pour la faim ? Enfin bon, on sait que là-haut ils leur ont déjà dit qu’il allait y avoir moins d’argent et qu’ensuite il n’y en aurait plus. Vous croyez que si le paysan est maintenant habitué à l’aumône et a oublié de travailler, celui d’en-haut, qui lui apportait son soutien, il travaille ? Hé bien non, celui d’en-haut aussi est habitué à recevoir gratuitement. Il ne sait pas vivre honorablement en travaillant, mais il ne sait que vivre en ayant un poste dans le gouvernement.

Enfin bon, il arrive comme ça qu’il y a moins d’argent, puis que plus rien n’arrive. Tout reste en haut. Un peu pour le gouverneur, et puis pour le juge, et le policier, et le député, et le maire, et le syndic, et le leader paysan et ensuite pour la famille du partisan hé bien il n’arrive rien.

Mais avant ça arrivait, mais ça n’arrive plus. « Qu’est-ce qui se passe ? », demande le partisan. Et il pense que cette couleur ne sert plus, et il essaye une autre couleur. Et c’est pareil. Dans les assemblées de partisans ils se mettent en colère, ils cirent, ils s’accusent entre eux, s’appellent traîtres, vendus, corrompus. Et il s’agit de ça, ceux qui crient et ceux sur qui on crie sont bien des traîtres, des vendus et des corrompus.

Et donc, comme on dit, la base des partisans, hé bien, se désespère, s’angoisse, est en peine. Il n’y a plus de moqueries parce que dans nos maisons zapatistes il y du maïs, il y a des haricots, il y a des légumes, il y a un peu d’argent pour les médicaments, les vêtements. Et du travail collectif on sort de quoi nous soutenir entre nous en cas de besoin. Il y a l’école, il y a la clinique. Ce n’est pas que le gouvernement vienne nous aider. C’est que nous-mêmes nous nous aidons entre compagnons zapatistes et avec les compañeroas de la Sexta.

Alors vient le frère partisan tout triste et il nous demande ce qu’il fait, cet idiot.

Bon, hé bien sachez ce qu’on répond :

Nous ne lui disons pas de changer de parti pour un autre qui maintenant semble le moins pire.

Nous ne lui disons pas de voter.

Nous ne lui disons pas de s’enrôler comme zapatiste, parce que nous savons bien, par notre histoire, que tout le monde n’a pas la force de cœur pour être zapatiste.

Nous ne nous moquons pas de lui.

Nous lui disons tout simplement de s’organiser.

« Et ensuite, qu’est-ce que je fais ? », nous demande-t-il.

Et nous lui disons alors : « Là tu verras toi-même quoi faire, ce qui vient dans ton cœur, dans ta tête, et que personne ne vienne te dire quoi faire ».

Et il nous dit : « c’est que la situation est vraiment terrible ».

Et nous, nous ne lui racontons pas de mensonges, nous ne lui faisons pas de grands baratins, ni discours. Nous ne lui disons que la vérité :

« Ça va être pire ».

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« Les solutions viennent du peuple, pas des leaders, ni des partisans. »

Nous savons bien que ça se passe comme ça.

Mais, en tant que zapatistes aussi, nous sommes conscients qu’il y a toujours des gens qui, dans d’autres parties de la ville et de la campagne, tombent ainsi dans ce truc de partisans.

Et puis bon, ça semble très attirant ces trucs de partisans, parce que là-bas on gagne de l’argent sans travailler, sans galérer pour gagner quelques centavos et avoir quelque chose de digne pour manger, s’habiller, se soigner.

Et puis ce que font ceux d’en-haut c’est de tromper les gens. C’est ça leur travail, ils en vivent.

Et nous voyons bien que oui, il y a des gens pour croire que oui, maintenant la situation va s’améliorer, que ce dirigeant-là, oui, il va résoudre le problème, que oui il va bien se comporter, qu’il ne vas pas beaucoup voler, qu’il ne transigera qu’un peu, qu’il faut essayer.

Alors nous, nous disons que ce sont les pièces de petites histoires qui vont passer. Qu’ils doivent de leurs yeux se rendre compte que ce n’est pas quelqu’un qui résoudra le problème, mais que nous devons le résoudre nous-même, comme collectifs organisés.

Les solutions viennent du peuple, pas des leaders, ni des partisans.

Et ce n’est pas que nous le disions parce que ça sonne bien. C’est parce que nous l’avons déjà vu dans la réalité, c’est parce que nous le faisons déjà.

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Il se peut qu’il y a longtemps, certains partisans de gauche, avant qu’ils ne s’institutionnalisent, aient cherché à créer une conscience dans le peuple. C’est pas qu’ils cherchaient le Pouvoir par les élections, mais à bouger le peuple pour qu’il s’organise, et lutte, et change le système. Pas seulement le gouvernement. Tout, tout le système.

Pourquoi est-ce que je dis partisans de la gauche institutionnelle ? Hé bien, parce que nous savons qu’il y a des partis de gauche qui ne sont pas dans les magouilles d’en-haut, qu’ils ont leur manière, mais qu’ils ne se vendent pas, ne se rendent pas, ni ne changent leur idée qu’il faut en finir avec le système capitaliste. Et parce que nous savons, et nous comme femmes et hommes zapatistes nous ne l’oublions pas, que l’histoire de la lutte d’en-bas s’est aussi été écrite avec leur sang.

Mais la paye c’est la paye et en-haut c’est en-haut. Et les partisans de la gauche institutionnelle ont changé d’idée et maintenant c’est chercher le poste pour l’argent. Aussi simple que ça : l’argent. C’est-à-dire la paye.

Ou bien vous croyez que créer une conscience se fait en méprisant, en humiliant, en réprimandant les gens d’en-bas ? En leur disant qu’ils sont des bouffeurs de tortas qui ne pensent pas ? Qu’ils sont ignorants ?

Vous croyez que se crée une conscience s’ils demandent leur vote aux gens et en même temps les insultent en leur disant qu’ils sont des crétins qui se vendent pour une télévision ?

Vous croyez qu’ils créent une conscience si, quand tu leur dis « écoute, toi, partisan de gauche, ce foireux ou enfoiré, dont tu dis qu’il est l’espoir, il a déjà porté une autre couleur et c’est un rat », ils te répondent que tu es vendu au peña nieto?

Vous croyez qu’ils créent une conscience s’ils disent des mensonges aux gens, que les zapatistes nous disons qu’il ne faut pas voter ; simplement parce qu’ils voient que peut-être ils ne les feront pas signer leur registre, c’est-à-dire pour plus de paye, et ils cherchent juste un prétexte et quelqu’un à accuser ?

Vous croyez qu’ils créent une conscience si ce sont toujours les mêmes, ceux qui avant été jaunes, ou rouges, ou verts, ou bleus ?

Vous croyez qu’ils créent une conscience s’ils disent que ne doivent pas voter ceux qui n’ont pas fait d’études et qui sont pauvres parce qu’ils sont des ignorants qui ne votent que pour le PRI ?

Si le Velasco du Chiapas donne des baffes avec la main, ces partisans donnent des baffes avec leur racisme mal dissimulé.

Regardez, la seule conscience qu’ils créent, ces partisans, c’est qu’en plus d’être orgueilleux, ce sont des imbéciles.

Qu’est-ce qu’ils croient ?

Qu’après avoir reçu insultes, mensonges et réprimandes, les gens d’en-bas vont courir se mettre à genoux devant leur couleur, voter pour eux et les prier de les sauver ?

Ce que nous disons en tant que zapatistes : c’est la preuve que pour être politicien partisan d’en-haut il faut être un crétin ou une crapule ou un criminel, ou les trois à la fois.

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« Nous n’appelons ni à voter, ni n’appelons à ne pas voter. Ça ne nous intéresse pas. »

Nous, femmes et hommes zapatistes, disons qu’il ne faut pas craindre que le peuple commande. C’est le plus sain et sensé. Parce que le peuple lui-même fera les changements dont il a vraiment besoin. Et ainsi seulement existera un nouveau système pour gouverner.

Ce n’est pas que nous ne comprenions pas ce que veut dire élire ou élection. Nous, femmes et hommes, les zapatistes, avons un autre calendrier et géographie de comment faire des élections en territoires rebelle, avec résistance.

Nous l’avons déjà le nôtre en tant que peuples qui élisent vraiment, et il n’y a pas de millions dépensés et encore moins de tonnes de déchets plastiques, de bâches avec leurs photos de voleurs et de criminels.

Bien sûr ça ne fait qu’à peine 20 ans que nous avançons en élisant nos autorités autonomes, avec une véritable démocratie. Avec ça nous avons avancé, avec la Liberté que nous avons conquise et avec l’autre Justice du peuple organisé. Où s’impliquent les milliers de femmes et d’hommes afin d’élire. Où toutes et tous trouvent un accord et s’organisent pour surveiller que soit accompli le mandat des peuples. Où les peuples s’organisent pour voir ce que seront les tâches des autorités.

C’est-à-dire comment le peuple commande son gouvernement.

Les peuples s’organisent en assemblées, où ils commencent par donner leurs avis et de là commencent à venir des propositions et ils les étudient les propositions, leurs avantages et inconvénients, et ils analysent quelles sont les meilleures. Et avant de décider ils les rapportent à tous les peuples pour leur approbation et retour à l’assemblée pour la prise de décision selon la majorité des décisions des peuples.

Voilà la vie zapatiste dans les peuples. C’est une culture de vérité.

Il vous semble que c’est très lent ? C’est pour ça que nous disons que c’est selon notre calendrier.

Il vous semble que c’est parce que nous sommes des peuples originaires ? C’est pour ça que nous disons que c’est selon notre géographie.

Il est certain que nous avons connu bien des erreurs, beaucoup de failles. Il est certains que nous en connaîtrons d’autres.

Mais ce sont nos failles.

Nous, femmes et hommes, les commettons. Nous, femmes et hommes, les payons.

Pas comme chez les partisans dont les dirigeants faillissent et en plus font payer, et ceux d’en-bas sont ceux qui payent.

C’est pour ça qu’en ce qui concerne les élections à venir au mois de juin, ça ne nous fait ni chaud ni froid.

Nous n’appelons ni à voter, ni n’appelons à ne pas voter. Ça ne nous intéresse pas.

Plus encore, ça ne nous inquiète même pas.

Nous, femmes et hommes zapatistes, ce qui nous intéresse c’est d’en savoir plus sur comment nous résistons et affrontons les multiples visages du système capitaliste qui nous exploite, nous réprime, nous méprise et nous vole.

Parce que ce n’est pas seulement d’un bord et d’une façon que le capitalisme opprime. Il opprime si femme. Il opprime si employé. Il opprime si ouvrier. Il opprime si paysan. Il opprime si jeune. Il opprime si enfant. Il opprime si professeur. Il opprime si étudiant. Il opprime si artiste. Il opprime si tu penses. Il opprime si tu es humain, ou plante, ou eau, ou terre, ou air, ou animal.

Peu importe combien il le parfume et le lave, le système capitaliste « dégoulinant de sang et de saleté par tous ses pores, de la tête aux pieds » (à vous de trouver qui l’a décrit ainsi et où).

Donc notre idée ne sert pas à promouvoir le vote.

Pas plus qu’à promouvoir l’abstention ou le vote blanc.

Notre pensée ne sert pas à donner des recettes de comment faire face au problème du capitalisme.

Ce n’est pas non plus pour imposer notre pensée à d’autres.

Le séminaire sert à voir différents visages du système capitaliste, pour essayer de comprendre s’il a de nouvelles façons de nous attaquer ou si ce sont les mêmes façons qu’avant.

Si d’autres pensées nous intéressent c’est pour voir si c’est bien certain ce que nous voyons venir, une crise économique énorme qui va s’ajouter à d’autres maux et va faire beaucoup de mal à toutes et tous, de tous et toutes parts, dans tout le monde.

Si alors il est certain que ça vient, ou que ça y est, hé bien il faut penser s’il est utile de faire la même chose que ce qui s’est fait avant.

Nous pensons que nous devons nous obliger à penser, à analyser, à réfléchir, à critiquer, à chercher notre propre pas, notre propre manière, dans nos lieux et en nos temps.

Maintenant je vous demande à vous qui lisez ceci : que vous votiez ou que vous ne votiez pas, ça vous fait mal de penser comment va le monde dans lequel nous vivons, de l’analyser, de le comprendre ? Penser de façon critique vous empêche de voter ou de vous abstenir ? Ça vous aide ou pas pour vous organiser ?

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Complément des élections :

Seulement pour que ce soit bien clair et que vous ne vous laissiez pas tromper sur ce que nous disons ou ne disons pas.

Nous comprenons qu’il y a ceux qui croient qu’ils vont pouvoir changer le système en votant aux élections.

Nous disons, nous, que c’est terrible parce que c’est le même Commandeur qui organise les élections, lui qui dit qui est candidat, lui qui dit comment voter et quand et où, lui qui dit qui a gagné, lui qui l’annonce et lui qui dit si ça a été réglo ou pas.

Mais bon, il y a des gens qui pensent que oui. C’est bien, nous, nous ne disons pas non, mais nous ne disons pas non plus oui.

Donc, votez pour une couleur ou un décoloré, ou ne votez pas, ce que nous, femmes et hommes, nous disons c’est qu’il faut s’organiser et prendre en mains celui qui gouverne et l’obliger à obéir au peuple.

Si vous pensez ne pas aller voter, nous, femmes et hommes, nous ne disons pas que c’est bien, nous ne disons pas non plus que c’est mal. Nous disons seulement que nous croyons que ça ne suffit pas, qu’il faut s’organiser. Et bien sûr, que vous vous prépariez parce qu’on va vous rejeter la faute des misères de la gauche partisane institutionnelle.

Si vous pensez aller voter et que vous savez pour qui vous aller voter, hé bien pareil, nous ne nous prononçons pas si c’est bien ou mal. Ce que nous disons bien sûr c’est de vous préparer parce que vous allez être très en colère à cause des pièges et des fraudes qu’ils vont faire. Parce qu’ils sont experts en tromperies ceux qui sont au Pouvoir. Parce que ce qui va arriver a été décidé par ceux d’en-haut.

Nous savons aussi qu’il y a des leaders qui trompent les gens. Ils leur disent qu’il n’y a que deux voies pour changer le système : ou la lutte électorale ou la lutte armée.

Ceux-là disent ça parce qu’ils sont ignorants ou voyous, ou les deux à la fois.

D’abord, eux ne luttent pas pour changer le système, ni pour prendre le Pouvoir, mais pour être gouvernant. Ce n’est pas la même chose. Ils disent que maintenant qu’ils sont au gouvernement, de là ils vont faire de bonnes choses, mais ils prennent garde de laisser clairement entendre qu’ils ne changeront pas le système, mais qu’ils vont seulement enlever ce qui est mauvais.

Peut-être qu’il serait bon qu’ils étudient un peu et apprennent qu’être au gouvernement ce n’est pas avoir le Pouvoir.

On voit qu’ils ne savent pas non plus que s’ils enlèvent le mauvais du capitalisme, il n’y aura plus de capitalisme. Et je vais vous dire pourquoi : parce que le capitalisme c’est l’exploitation de l’homme par l’homme, de beaucoup par quelques-uns. Même en ajoutant les femmes aussi, ça ne change pas. Même en ajoutant les Autres aussi, ça ne change pas. Ça continue d’être le système où quelques-un-e-s s’enrichissent sur le travail des autres. Et ils sont peu les autres d’en-haut, et ils sont nombreux les autres d’en-bas. Si ces partisans disent que ça c’est bon et qu’il n’y a qu’à surveiller qu’ils ne dépassent pas les bornes, c’est bien, qu’ils le disent comme ça.

Mais pour arriver au gouvernement il n’y a pas seulement deux voies comme ils le disent (la voie armée et la voie électorale). Ils oublient que gouverner peut aussi s’acheter (ou ont-ils déjà oublié comment le Peña Nieto est arrivé au gouvernement?). Et ce n’est pas tout, peut-être ne savent-ils pas qu’on peut commander sans être au gouvernement.

Si ces gens disent qu’on ne peut qu’avec les armes ou par les élections, la seule chose qu’ils disent c’est qu’ils ne connaissent pas l’histoire, qu’ils n’ont pas bien étudié, qu’ils n’ont pas d’imagination, et qu’ils ne sont que quelques voyous.

Il suffirait qu’ils regardent un peu vers le bas. Mais ils se sont tordus le cou à tant regarder vers le haut.

C’est pourquoi nous, hommes et femmes, les zapatistes, nous ne nous fatiguons pas de dire, organisez-vous, organisons-nous, chacun en son lieu, luttons pour nous organiser, travaillons à nous organiser, pensons à commencer à nous organiser et rencontrons-nous afin d’unir nos organisations pour un Monde où les peuples commandent et ou le gouvernement obéit.

En résumé : comme nous l’avons dit avant, comme nous le disons maintenant : vote ou ne vote pas, organise-toi.

Et bon, nous, femmes et hommes, zapatistes, nous pensons qu’il faut avoir une bonne pensée pour s’organiser. C’est-à-dire qu’on a besoin de la théorie, la pensée critique.

Avec la pensée critique nous analysons les modes de l’ennemi, qui nous opprime, nous exploite, nous réprime, nous méprise, nous vole.

Mais aussi avec la pensée critique nous voyons comment est notre chemin, comment sont nos pas.

C’est pourquoi nous lançons un appel à toute la Sexta pour qu’ils fassent des réunions de réflexion, d’analyses, de comment ils voient leur monde, leur lutte, leur histoire.

Nous les appelons à faire leur propre pépinière et à partager avec nous ce que là-bas ils sèment.

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« Nunca ya kikitaybajtic bitilon zapatista. Ça veut dire : nous ne cesserons jamais d’être zapatistes. »

Nous, comme femmes et hommes zapatistes, nous allons continuer comme nous nous gouvernons déjà, avec le peuple qui commande et le gouvernement qui obéit.

Comme le disent les compagnons et compagnes zapatistes : Hay lum tujbil vitil ayotik. Ça veut dire : nous sommes bien comme nous sommes.

Un autre : Nunca ya kikitaybajtic bitilon zapatista. Ça veut dire : nous ne cesserons jamais d’être zapatistes.

Encore un : Jatoj kalal yax chamon te yax voon sok viil zapatista. Ça veut dire : Jusqu’à la mort et même là encore je porterai mon nom d’être zapatiste.

Depuis les montagnes du sud-est mexicain.

Au nom de toute l’EZLN, des hommes, des femmes des enfants et des anciens de l’Armée Zapatiste de Libération Nationale.

Sous-commandant Insurgé Moisés.

Mexique, Avril-Mai 2015.

Notes d’une vie

source.

Traduction par la #TradTeam de l’hommage du Sup Galeano au professeur zapatiste Galeano, publié le 2 mai sur le site de liaison zapatiste. Vous pouvez donc retrouver cette traduction sur le site d’Espoir Chiapas, ainsi que sur le site de Liaison Zapatiste.

Le sⒶp

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Professeur Zapatista Galeano: Notes d’une vie.
2 mai 2015
Compagnons et compagnes de l’Armée Zapatiste de Libération Nationale:
Compagnons et compagnes de la Sexta:
À ceux qui nous rendent visite:
Je dois maintenant vous parler du compagnon professeur Zapatiste Galeano.
Parler de lui pour qu’il vive à travers la parole. Vous parler de lui pour que, peut-être vous compreniez notre colère.
Et nous disons « professeur zapatiste Galeano» parce que c’est le poste ou la position ou le travail qu’il occupait lorsqu’il a été assassiné.
Pour nous, hommes et femmes zapatistes, le compagnon professeur Galeano représente toute une génération anonyme du mouvement zapatiste. Anonyme pour l’extérieur, mais protagoniste fondamental dans le soulèvement et durant ces presque 20 ans de rébellion et de résistance.
La génération qui, étant jeune, était dans ce que l’on appelle les organisations sociales et a connu la corruption et le mensonge qui nourrissent ses dirigeants, s’est préparée à la clandestinité, s’est soulevée avec les armes contre le gouvernement suprême, a résisté à nos coté aux trahisons et persécutions, et a guidé la résistance de la génération qui est aujourd’hui en charge des communautés indigènes.
La mort violente, absurde, implacable, cruelle, injuste l’a rattrapé au poste de professeur.
Un peu plus et elle l’aurait rattrapé en tant qu’autorité autonome.
Avant ça elle l’aurait rattrapé comme guide.
Encore avant, la mort aurait tué le milicien.
Beaucoup de lunes avant, le mort aurait été un jeune qui en savait suffisamment et le nécessaire sur le système, et cherchait, comme beaucoup d’autres hommes et femmes encore, le meilleur moyen de le défier.
Il y a un an, un trio de journalistes, à la solde du gouvernement de Ario Velasco et sa court pourrie, a émis un mensonge sur son assassinat.
Celui qui a pris les photos blessantes des sois-disant coups, soigneusement bandés, des assassins, est allé en récompense promener à New York d’autres photos mercenaires.
Ceux qui ont gobé toute crue la merde gouvernementale et l’ont diffusée en première page, ont fait écho à ceux qui maquillent les informations et présentent son assassinat comme le résultat d’un affrontement.
Les complices qui se sont tu par intérêt économique ou calcul politique continuent de simuler qu’ils font du journalisme et non de la publicité mal dissimulée.
Peu de jours avant la présente convocation, nous avons lu dans la presse payée que « l’héroïque » « la dévouée », « la professionnelle », « l’impeccable » police du district fédéral à Mexico, avait eu un « affrontement », c’est le terme employé, avec un groupe de personnes non-voyantes. Les satanés aveugles s’en sont pris avec leurs « armes », leurs cannes, aux pauvres policiers qui ne faisaient rien d’autre que l’accomplissement de leur devoir et ont dut répondre à coups de matraques et de boucliers pour faire voir, aux non-voyants, que la loi est la loi pour ceux d’en bas, et pas pour ceux d’en haut.
Il y a peu également, et avec le prétexte des spéculations saisonnières qui reviennent non seulement dans le milieu journalistique mais aussi sur les réseaux sociaux, quand on parle de quelque chose pour cacher qu’il n’y a rien d’important à dire ni à informer, une journaliste, de celle qui revendique « professionnalisme » et « objectivité », écrivait sur la mort du frère en lutte et ramasseur de pluies, Eduardo Galeano, et sous entendait un lien erroné entre le Galeano écrivain et le Galeano professeur, milicien et zapatiste.
En citant le compagnon zapatiste Galeano, la journaliste corrompu insistait sur le fait qu’il était mort lors d’un affrontement et réutilisait les photos de son collègue, le touriste de New York.
Je précise que c’est une journaliste, non par misogynie, mais pour la raison suivante: comme il est courant dans les médias, si courant que parfois on en parle même pas, les meurtres de femmes sont également maquillés de façons à ce qu’elles soient « mortes » et non « assassinées ».
Prenons n’importe quel exemple, un foyer ou une rue n’importe laquelle, un endroit n’importe où, une date quelconque: il y a une dispute, une bagarre, ou même pas, parce que c’est lui qui commande, l’homme agresse la femme, la femme se défend et parvient à le griffer, l’homme la tue sous les coups, à coups de poings, à coups de couteau, à coup de balles, à coups de mépris. L’homme est soigné et les griffures soignées et bandées.
De ce fait, la journaliste, « professionnelle et « objective », comme elle dit l’être, écrira la note suivante: « une femme est morte lors d’une querelle avec son conjoint, l’homme présente des blessures dues à la bagarre. On joindra des photos du pauvre homme blessé, après avoir été soigné par les services médicaux. La famille de la femme auteur de l’agression a refusé que son corps soit photographié ». Fin de l’article et à l’encaissement.
Ainsi sont les notes journalistiques de nos jours: des aveugles armés de cannes affrontent des policiers armés de boucliers, matraques et gaz lacrymogènes. Des femmes armées d’ongles affrontent des hommes armés de couteaux, de garrots, de pénis.
Voici les affrontements couverts par les médias corrompus, même si certains se font passer pour des médias libres, comme certains qui se sont inscrits ici, en pensant que nous ne les identifierions pas et que nous ne les laisserions pas entrer si ils étaient à la solde d’intérêts divers. Mais nous les identifions et ils sont là et « couvrent » cet événement.
Le compagnon professeur Galeano n’est pas mort lors d’un affrontement. Il a été séquestré, torturé, vidé de son sang, roué de coups de bâtons, de coups de machettes, assassiné et balancé. Ses agresseurs avaient des armes à feu, pas lui. Ses agresseurs étaient plusieurs hommes et femme, lui était seul.
La journaliste « professionnelle » et « objective » réclamera les photos et l’autopsie, et n’obtiendra ni les unes ni l’autre. Parce que si elle ne se respecte pas elle-même, et qu’elle ne respecte pas son travail, et que c’est pour ça qu’elle écrit ce qu’elle écrit sans que personne ne la questionne et en plus en se faisant payer pour ça; nous Zapatistes, homes et femmes, si nous respectons nos morts.
 
Il y a plus de 20 ans, durant la bataille de Ocosingo, qui a duré 4 jours, des combattants zapatistes ont étés exécutés par les fédéraux après avoir été blessés au combat. Les armes à feu des zapatistes ont été remplacées par des armes de bois. La presse avait alors été appelée à s’acquitter de sa paye sous la surveillance des troupes gouvernementales. Apparu ainsi le tissu de mensonges, répété depuis jusqu’à en vomir et aujourd’hui encore, disant que les troupes de l’EZLN s’attaquait avec des armes de bois au mauvais gouvernement. Seulement le petit problème c’est que quelqu’un avait pris des photos des zapatistes qui une fois tombés n’avaient rien entre les mains. Et avait mis ses photos en opposition avec les photos présentées officiellement. Il y a eu beaucoup d’argent versé pour que les photos représentant la vérité ne soient pas diffusées.
Maintenant, en ces temps modernes de crise économique des médias à la solde, un art, la photographie journalistique, est devenue une marchandise mal payée, qui parfois ne provoque que des nausées.
je ne vais pas vous donner les détails de chacune des blessures du compagnon Galeano, ni vous montrer les photos de son cadavre bafoué. Je ne vous rapporterai pas le cynisme narratif avec lequel ses assassins donnèrent des détails du crime comme si il s’agissait d’un exploit.
Il faudra du temps. Les confessions des bourreaux apparaîtront à la lumière. On aura les détails des tortures, des célébrations pour chaque goutte de sang, la beuverie de la mort cruelle, l’euphorie qui suivie, la gueule de bois morale et éthylique des jours suivants,la culpabilité qui les assaillait, la justice qui les rattrapait.
Les communautés zapatistes se souviendront du compagnon maître zapatiste Galeano, sans raffut ni première page. Sa vie et non sa mort apportera de la joie à notre lutte pour des générations. Des centaines d’enfants des communautés tojolabales, tzeltales, tzotziles, choles, zoques, mames et métisses porteront son nom. Et il y aura bien la petite fille qui s’appellera Galeana.
Les 3 membres de la noblesse médiatique, qui ont appelé à la guerre par la diffusion d’un mensonge, ceux qui se sont tu par lâcheté, et la journaliste « professionnelle et objective », continueront d’être médiocres, ils vivront médiocres, mourrons médiocres, et l’histoire continuera son cours sans qu’ils ne manquent à personne.
Et juste pour en finir avec les stupides suppositions, le nom du compagnon professeur zapatiste Galeano ne vient pas de l’infatigable cueilleur des paroles d’en bas que fût Eduardo Galeano. Ce lien est une invention des médias.
Même si cela a l’air bête, le nom de lutte du compagnon vient du rebelle Hermenegildo Galeana, d’ailleurs originaire de Tecpan, dans ce qui est maintenant l’état du Guerrero, et qui réussi à être sous lieutenant du chef de l’indépendance José Maria Morelos y Pavon. Hermenegildo Galeana faisait parti des troupes insurgées lorsque, le 2 mai 1812, on mit fin au siège que l’armée réaliste maintenait à Cuautla, anéantissant au passage les troupes du général Félix Maria Calera. La résistance insurgée écrivait alors une page brillante de son histoire militaire.
Il est commun chez les peuples zapatistes que hommes et femmes appliquent les genres à leur manière très personnelle. Ainsi, par exemple « le » plan devient « la » plan. Le compagnon a masculinisé le nom de famille Galeana en Galeano. Et ceci des années avant notre apparition publique.
Il n’y a pas grand chose d’autre à dire sur le compagnon professeur Galeano.
Ses proches et ses compagnons hommes et femmes, qui nous honorent aujourd’hui de leur présence, le feront mieux, de même que le Sous-comandant Insurgé Moises.
Moi, je souffre encore de son absence.
Je ne m’explique toujours pas la cruauté avec laquelle on s’est acharné contre lui, en voulant le tuer avec des armes et avec des articles journalistiques.
Je ne comprends toujours pas le silence complice et le désintérêt de ceux qu’il avait soutenu et aidé avec générosité, qui lui ont tourné le dos à sa mort après avoir profité de sa vie.
C’est pour cela que je pense que, puisqu’il s’agit de sa vie, c’est mieux que ce soit le Compagnon Galeano qui vous parle.
Les passages suivants que je vais vous lire, viennent du carnet de notes du compagnon Galeano. Le cahier, avec ces écrits et d’autres ont été remis à la direction Générale de EZLN par la famille du compagnon que nous regrettons aujourd’hui.
Apparemment les écrits débutent en 2005 et les derniers datent de 2012.
Voici:
«  Pour tous ceux qui lisent cette brillante histoire et pour qu’un jour mes enfants et mes compagnons ne disent pas il a disparu.
J’écris mes actions et mes pas dans la lutte, mais je suis aussi critique pour que vous connaissiez aussi mes erreurs et que vous ne commettiez pas les mêmes. Mais cela ne veut pas dire que je ne suis pas un compagnon.
Bon je vais commencer depuis ma jeune vie de civil avant.
Quand j’avais environ 15 ans j’avais toujours participé aux œuvres et actions d’une organisation appelée « Unions communales de la Jungle ».
Je savais aussi que j’étais exploité parce que le poids de la pauvreté qui pesait sur mes épaules brûlées suffisait à me rendre compte que l’exploitation existait encore, et qu’un jour quelqu’un viendrait nous relever et nous montrer le chemin, pour nous guider.
Bon, comme je vous l’ai dit au début j’ai participé à un tour que nous avons fait (nombre illisibles) indigènes pour essayer d’échanger des idées de travail productif. C’est comme ça que s’appelait ce programme qu’ils avaient fait selon nos conseillers de cette Union, dans laquelle nous militions.
Bon, à moi cela m’a servi pour apprendre beaucoup de choses. D’abord je me suis rendu compte de comment ils ont essayé de nous tromper ces maudits conseillers Juarez et Jaime Valencia entre autres. Nous sommes allés jusqu’à Oaxaca, à un endroit où il y a des indigène comme nous, qui avaient aussi une organisation appelée X dirigés par un prêtre qui était avec eux. Mais qui connaissent la même oppression que nous.
Bon, nous avons donc parcouru plusieurs villes du pays. C’est là que je me suis rendu compte combien de gens mendient dans la rue, sans toit et sans avoir à manger. Je me suis vraiment rendu compte que ce devait être notre objectif, échanger des idées pour tenter de voir comment exiger une vie digne pour tous ceux qui vivons dans des conditions de pauvreté humiliante à cause des gouvernements.
Je me suis aussi rendu compte de quelque chose que j’ai détesté et je n’ai plus jamais été dépendant de ces hommes menteurs et manipulateurs qui font semblant d’être avec ceux d’en bas. Ils organisaient tous ces mouvements pour s’enrichir sur notre dos, les cons que nous étions croyaient en leur frauduleuse et fausse idée.
Pourquoi est-ce que je dis ceci? Vous allez voir comment ça s’est passé. En fait ils faisaient la promotion de programmes du gouvernement pour nous tromper, et qu’à notre tour nous trompions les gens de nos communautés. Pour ce tour, le gouvernement a versé une subvention de 7 millions de pesos, ce qui à l’époque était une grosse somme parce qu’on parlait en milliers, pas comme maintenant en pesos. A l’époque on nous a dit que le gouvernement avait donné 7 millions, mais qu’on ne nous donnerait pas tout, seulement 3 millions et que le reste servirait pour les prochaines tournées, et nous n’avons plus jamais entendu parler de cet argent.
Évidement, ils ne nous l’ont pas dit, mais les maudits conseillers ont gardé cet argent, pendant que nous mangions des chips avec un petit morceau de fromage, là-bas à Oaxaca, et que nous dormions dans le couloir de la préfecture de Ixtepec dans l’état de Oaxaca, eux où étaient-ils? et bien devinez, ils dormaient dans de bons hôtels et mangeait dans de bons restaurants. Et nous sommes revenus au Chiapas.
Nous sommes arrivés à Puerto Arista. Là pour couronner le tout ils ont acheté des caisses de bières. Les 3 millions qu’administraient les responsables des dépenses ce sont alors sois-disant terminés. Ils nous ont dit que nous allions devoir manger des gâteaux et des sodas parce qu’il n’y avait plus d’argent.
Mais moi je savais que ce n’était pas vrai, Que les trésoriers nous faisaient croire qu’il n’y avait plus d’argent, mais qu’ils avaient passé un accord avec ces salauds de conseillers. Moi je leur ai dit que nous refassions les comptes pour vérifier si c’était vrai qu’il n’y avait plus d’argent. Mais ma proposition n’a pas été acceptée et ils m’ont dit que la campagne s’arrêtait là, à Motozintla. Ils m’ont donné 40 mille pesos (d’alors) pour rentrer chez moi, parce qu’ils avaient compté que c’était ce que j’allais dépenser en transports jusqu’à Margaritas puis jusqu’à La Realidad, que je me débrouille avec ça. J’en ai chier, 40 mille anciens pesos que Salinas a converti en 40 nouveaux pesos. Et c’est dans ces conditions que je suis rentré dans mon village, triste et furieux à la fois.
C’est en 89, que j’ai connu un vrai conseiller, un homme qui se faisait passer pour un humble travailleur vendeur de perruches. Nous étions presque devenus amis, mais bien que nous nous connaissions bien, il ne m’avait jamais dit qui il était ni ce qu’il voulait et faisait réellement. Nous nous retrouvions souvent au Cerro Quemado, nous discutions, je voyais qu’il avait son sac à dos « plein », comme nous les appelons ici, et enveloppés il avaient ses outils de travail. C’est ce que me disait mon ami. Combien d’autres comme moi connaissait l’histoire de mon ami sans savoir la vérité, restait encore à découvrir combien de mensonges racontait mon ami de l’époque. Des mensonges pour faire la vérité, des mensonges pour faire la Réalité, des vrais mensonges. C’était mon pote, et moi si maladroit je ne comprenais pas ce qu’il se passait.
Jusqu’au jour où j’ai revu mon ami, mais cette fois il n’était pas habillé comme un humble travailleur, ni portait de sac à dos et n’avait pas non plus de cage à oiseaux.
Que portait-il alors? Vous voyez, mon ami était là, mon pote, tout en noir et marron, avec sac à dos et chaussures, et arme à l’épaule. Mon ami était en fait un courageux guerrier et soldat du peuple. j’étais étonné et je suis rentré, triste et sans comprendre ce qu’il se passait.
Ce fût mon erreur, ne pas comprendre rapidement ce que voulait cet homme.
Comme il a compris que je l’avais reconnu, ils m’ont fait venir à la maison de sûreté avec mes parents et mes frères. Mais finalement mon père n’a pas voulu s’enrôler, mes frères non plus, mais moi je n’avais rien d’autre à faire ni à dire. C’est comme ça que je suis vraiment entré dans l’organisation. Ils m’ont emmener pour m’entraîner. A l’époque ils étaient presque tous zapatistes. Nous sommes allés nous entraîner. Ensuite on m’a nommé caporal et ainsi jusqu’à ce que s’enrôlent tous mes proches.
Jusqu’au jour où j’ai su qui était et comment s’appelait mon véritable ami menteur: Il était à l’époque le Capitaine insurgé Z. Il était là cet homme qui avait dût parcourir tous les villages indiens du Chiapas, toutes ses montagnes,ses fleuves et ses vallées. Il marchait la nuit en tant que guerrier; le jour comme un simple travailleur, en semant petit à petit la graine de la liberté jusqu’à ce qu’elle pousse et donne des fruits.
 
Sa souffrance a été grande, mais il a récolté de jolis fruits qu’il a emmené. Et il a obtenu avec orgueil le grade de Major grâce à son intelligente et courageuse action et préparation.
Mais il n’y avait pas que lui, Il y avait un autre grand homme courageux et inoubliable révolutionnaire dans l’histoire de notre clandestinité, le nommé et cher Sous-commandant Insurgé Pedro, « l’oncle » surnommé ainsi avec respect par tous les compagnons de notre lutte. Aimé par tous parce qu’il était un véritable exemple qui a partagé son savoir révolutionnaire. Il a été un véritable maître en discipline et compagnonnage.
Exemplaire parce qu’il disait qu’il irait aux fronts lors des combats, et que si c’était nécessaire de mourir pour notre peuple, il le ferait.
Le 28 décembre (1993) Le compagnon Sup I. Pedro m’a dit, Tu vas à Margaritas pour acheter l’essence et les piles dont nous avons besoin, dit au compagnon Alfredo qu’il prenne « l’Ami », c’est à dire la voiture de la communauté, mais ne lui dit pas que la guerre va commencer.
Et je suis parti. Nous avons partagé des grains de mais pour endormir le chauffeur, parce quil était urgent de partir et comme ça il ne se douterait pas de ce quil allait arriver. Mais il savait, comme un ragot, que la guerre allait commencer, et il posait des questions, mais je ne lui ai rien dit, c’était les ordres, et je les ai respecté bien que ce soit mon compagnon. Même à mes parents je nai pas dit ce quil allait arriver, parce que eux vivaient déjà à Margaritas. Nous avons roulé toute la nuit et toute la journée.
Le 29 ( décembre 1993) nous sommes rentrés vers 4 heures de laprès-midi à la Réalidad. Javais accompli ma première mission. je suis allé au rapport et il ma dit: Prépare toi parce que nous allons nous battre, en une demi heure les policiers de Margaritas se seront rendu. Cela est resté gravé pour toujours. et dautres exploits du Sup C. I. Pedro.
Encore aujourdhui le 30 (décembre 1993) sorti à Margaritas. Il y a eu aussi beaucoup daccidents en chemin. Lavancée de nos troupes a été incroyable. Sans que lennemi ne sen rende compte, nous avancions comme des fantômes au milieu de la nuit noire, seulement éclairés par les phares des voitures et des bus zapatistes.
Avant darriver à Margaritas, il y a un endroit, avant darriver à Zaragoza. Prés de ce village on nous a réparti nos taches révolutionnaires: premier groupe, prise de la préfecture; second groupe, prise et barrage de la route Margaritas – Comitan; troisième groupe, prise et barrage de la route San Jose Las Palmas – Altamirano, quatrième groupe, route Indépendencia – Margaritas; cinquième groupe, prendre la radio Margaritas.
C’était le matin de ce glorieux 1 janvier, quand nous n’étions plus des fantômes sortis de la nuit, nous étions enfin le EZLN à la lumière du jour. Tout le monde nous regardait avec étonnement et respect pour notre action courageuse.
Cest comme ça que le SUP C. I. Pedro est tombé au combat contre les policiers. Il est mort comme un grand courageux, en tuant plusieurs policiers. Il les a juste affronté. Sa rage contre les assassins du peuple était si grande que sa vie nimportait pas, il a ainsi tenu sa parole: mourir pour le peuple ou vivre pour la patrie.
Quelle a été ma surprise lorsquon nous a prévenu que notre bien aimé chef était tombé. Jai ressenti une douleur si grande, mais il avait accompli sa mission, et avait bien préparé sa succession aux commandes. Parce quil savait quil allait se battre et que pendant une guerre il peut se passer ce genre de choses.
Cest alors que prend les commandes et que lon voit de nouveau en action ce courageux guerrier, mon ami le Major Insoumis Z. Nos missions, malgré la douloureuse perte de notre grand chef, étaient dirigées par le Major I. Z. Un groupe est allé prendre la finca du Général Absalon Castellano Dominguez, lont fait prisonnier et lon amené jusquaux montagnes, pour après le juger pour tous les crimes commis durant son gouvernement, il en était lauteur intellectuel. Malgré tout ce quil traînait, sa culpabilité et d’être lassassin de tant denfants, de femmes et de vieux à Wololchan, on respecta ses droits comme prisonnier de guerre. Il na jamais été torturé. Au contraire, ce que mangeait les troupes, il en mangeait aussi. Ainsi notre compagnon prouva une fois de plus son éducation, et la bonne formation militaire reçue pendant sa clandestinité. Le respect des vies de ceux qui sont fait prisonniers pendant une guerre doit être respecté. Et nous rappelons à tous ceux qui nous lisent que le respect se gagne en respectant ceux den-bas, mais aussi ceux den-haut si ces derniers respectent ceux den-bas. Merci. Mourir pour vivre. Galeano. »
(il continue)
« A Margaritas je faisais parti du barrage de la route Margaritas San José las Palmas. De là nous sommes sommes allés à la route Margaritas-Comitan. Nous sommes resté là toute la nuit du 1er janvier jusqu’à ce quon nous donne lordre de prendre lentrepôt de la Conasupo qui était à Espiritu Santo. Avec dautres compagnons insoumis nous sommes allé prendre des vivres pour les troupes. Puis nous avons reçu lordre de retrait vers les montagnes et nous sommes allés à Guadalupe Tepeyac en faction. Nous étions en embuscade de La Realidad au kilomètre 90 du Cerro Quemado, puis on ma envoyé récupérer un véhicule 3 tonnes qui appartenait à un type appelé J. de Guadalupe Los Altos.
Je ne savais pas bien conduire. Je ne connaissais que la théorie de la conduite, et là je suis passé à la pratique et jai bougé le véhicule. Jai fait tout le chemin jusqu’à La Realidad en première. J’étais attendu, et la compagne capitaine L et dautres insurgés mont dit « Allez Galeano », mais je leur ai répondu « jai jamais conduit et encore moins des poids lourds ».
Mourrir pour vivre. Galeano » (entre 2005 et 2009)
(Il continue)
« Cest pas grave, à la guerre tout est permis », ma répondu la compagne et nous sommes parti, mais après le Cerro Quemado, javais pris confiance, jai commencé à aller plus vite, mais dans un virage jai trop tourné le volant et je suis sorti de la route et me suis retrouvé dans les plantes à 15 mètres de la route. Mais bon, jen suis sorti comme jai pu et jai continué pour accomplir ma mission.

 
A partir de ce jour, jai conduit tous les jours, jusqu’à ce quun hélicoptère nous voit et nous mitraille. Il ma tiré dessus pendant 10 ou 20 minutes, mais j’étais bien caché sous une pierre. Seuls la poussière et lodeur de la pierre et de la poudre arrivaient jusqu’à moi. Jai attendu que cesse le feu et que lhélicoptère sen aille pour sortir de ma cachette et continuer ma mission. La mission consistait à aller chercher les miliciens qui étaient à Momon. Je suis allé et venu avec mon ami et chef militaire le compagnon Major Insurgé Z. Nous avons toujours été ensemble pendant la guerre, même les jours de cessez le feu.
Dans les missions du premier Aguascalientes à Guadalupe Tepeyac, j’étais à la fouille des gens qui venaient à la Convention Démocratique. On me forma pour être garde du corps, et j’étais garde du corps de nos dirigeants.
Puis, le jour de la trahison de Zedillo, le 9 février nous avons mis des obstacles sur la route à Cerro Quemado. Larmée était déjà à Guadalupe Tepeyac. Mais nous avancions quand même dans lobscurité et on creusait des tranchées, on coupait des arbres pour barrer la route à larmée fédéral vers La Realidad.
Nous sommes restés dans les montagnes plusieurs jours, jusqu’à ce que le peuple du Mexique et du monde se mobilise de nouveau et freine la persécution de nos dirigeants et des troupes de lEZLN. Après plusieurs jours et nuits de campement dans les montagnes, nous sommes rentrés dans nos villages.
Jai participé à toutes les rencontres que notre groupe organisa. Jai été garde du corps de nos chefs militaires. jai participé à la marche des 1 111 Zapatistes à la ville de Mexico.
Dans toutes les marches jai voyagé avec orgueil comme chauffeur du « Conejo », du « Tata », du « Chocolate ». Emmenant toujours nos compagnons aux marches pour exiger l’accomplissement de nos revendications. Quand tous les sergents se sont dégonflés et que je suis resté on ma nommé sergent. Jai participé aux groupes juvéniles régionaux dans la clandestinité et en temps de guerre. De plus de mille façon nous avons fait la guerre à lennemi, même si le mauvais gouvernement en a fait autant.
Nous devons reconnaître le long chemin parcouru peu importe les sacrifices et les privations.
Cest ce qui nous a rendu forts et me maintient sur le chemin de la lutte, jusqu’à obtenir la liberté dont notre peuple a besoin. Il y a encore du chemin à parcourir, parce que déjà quil est long et difficile, peut-être près, peut-être loin, mais nous triompherons.
Ensuite on a organisé les réunions du Bon Gouvernement, et jai été choisi comme chauffeur du premier camion qua eu le Conseil du Bon Gouvernement. Il sappelait « Le Diable ». Jai été enlevé avec un autre compagnon, et ils nous ont emmené attachés dans le camion à la CIOAC-Historica. Je suis resté attaché plusieurs heures avant d’être transféré dans une prison à Saltillo. Puis à Justo Sierra, sans manger, attaché, sans communication. Ils voulaient que jexige la libération dun délinquant mais je nacceptais pas d’être échangé parce que moi j’étais innocent et lui un voleur de ceux qui pullulent toujours dans les organisations sociales.
Jai été prisonnier 9 jours jusqu’à ce quils rendent compte quil allaient avoir des problèmes avec les droits de lhomme et avec lEZLN. Ils ont rendu le camion au bout de 3 mois. On lui a ensuite changé de nom (au camion) et on la appelé le « kidnappé historique ». Ainsi a commencé la labeur des Conseil du Bon Gouvernement et de lautonomie. Mourir pour vivre. Galeano. (24 janvier 2012).
Cest la dernière date indiquée dans son cahier. Avec cette brève autobiographie il y a quelques poèmes, sans doute de lui, et quelques chansons damour et choses comme ça.
De mon coté, Je nai rien à ajouter sauf que le compagnon professeur zapatiste Galeano était comme nimporte quel compagne ou compagnon zapatiste, Quelquun qui vaut bien la peine de mourir pour le faire vivre de nouveau.
En terminant ces lignes, peut-être y a t-il une réponse à une question latente. Une question semée à la moitié de lhistoire et qui ne s’écrit pas avec des mots:
Quoi ou qui a rendu possible quun espace de lutte soit le lieu de rencontre entre le philosophe zapatiste et lindigène zapatiste?
Comment sans cesser d’être professeur, le philosophe est devenu zapatiste, et lindigène, sans cesser d’être zapatiste, est devenu professeur?
Il se passe des choses dans le monde qui rendent possible cette absurdité et dautres.
Pourquoi, pour vivre, lègue-t-on aux siens une pièce cachée du puzzle de son histoire?
Pourquoi, pour ne pas partir, nous a-t-il laissé, en lettres, un regard vers lui-même et son histoire avec nous, hommes et femmes zapatistes?
Cest ce à quoi nous tentons de répondre chaque jour, à chaque heure, partout.
Au moment de mettre le point final à ces mots, il me vient que la réponse, ou au moins en partie, est assise à cette table, elle est en tous ceux qui sont derrière et devant moi, elle est dans les mondes qui rejoignent le notre par la lutte de ceux, qui avec une fierté secrète, se font appeler zapatistes, professionnels de lespoir, transgresseurs de la loi de la gravité, des gens qui sans sursaut à chaque pas se répètent: POUR VIVRE NOUS MOURRONS.
Depuis les montagnes du sud est mexicain
Sous-Commandant Insurgé Galeano
Mexique, 2 mai 2015
Je passe la parole à la compagne auditrice zapatiste Selena.

Luis le zapatiste

source.

Traduction collective (@ValKaracole, @EspoirChiapas, et moi) de l’hommage du Sup Marcos/Galeano au philosophe et zapatiste Don Luis Villoro Toranzo, publié le 2 mai sur le site de liaison zapatiste. Vous pouvez donc retrouver cette traduction sur le site d’Espoir Chiapas, ainsi que sur le site de Liaison Zapatiste.

Le sⒶp

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ARMÉE ZAPATISTE DE LIBÉRATION NATIONALE.

Mexique,

2 mai 2015

 

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Introduction.

Bonnes après-midis, jours, nuits à celles et ceux qui écoutent et à celles et ceux qui lisent, sans qu’importent leurs calendriers et leurs géographies.

Celles qui maintenant sont rendues publiques, sont les paroles que le défunt Sous-commandant Insurgé Marcos avait préparées pour l’hommage à Don Luis Villoro Toranzo, celui-là même qui devait se faire en juin 2014.

Il supposait, lui, que seraient présents les proches de Don Luis, en particulier son fils, Juan Villoro Ruiz, et sa compagne, Fernanda Sylvia Navarro y Solares.

Quelques jours avant que ne soit célébré l’hommage, fut assassiné notre compagnon Galeano, maître et autorité autonome, qui a fait et fait parti d’une génération de femmes et d’hommes indigènes zapatistes qui se forgea dans la clandestinité de la préparation, dans le soulèvement, dans la résistance et dans la révolte.

La douleur et la rage que nous avions ressenti à l’époque et aujourd’hui s’ajoutèrent, en ce mois de mai d’il y a un an, à la tristesse pour la mort de Don Luis.

Il y eut alors une série d’événements, dont l’un fut de faire mourir celui qui fut jusqu’alors le porte-parole et le chef militaire de l’EZLN. Le décès du SupMarcos se concrétisa au matin du 25 mai 2014.

Parmi les restes, comme nous disons nous, hommes et femmes zapatistes, qu’a laissé le défunt supmarcos il y a un livre sur la politique, promis à Don Pablo González Casanova en échange d’une boîte de biscuits à la crème, une série de textes et de dessins inclassables (plusieurs remontent à ses premiers jours en tant qu’insurgé de l’EZLN), et le texte en hommage à Don Luis Villoro dont je ferai la lecture dans quelques instants.

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Lorsque, au commandement général de l’EZLN, avec le sous-commandant insurgé Moisés nous parlions de ce que serait ce jour avant et aujourd’hui, nous nous rendions compte que, en mettant une vie dans la balance, nous réunissions des morceaux qui jamais ne parvenaient à se compléter.

Que toujours nous restions avec une image inachevée, brisée. Que ce que nous avons et avions, nous rendaient urgent la recherche et la découverte de ce qu ‘il manquait.

« Manque ce qui manque », disons-nous obstinément, femmes et hommes zapatistes.

Pas avec résignation, jamais avec conformisme.

Mais pour nous rappeler que l’histoire n’est pas accomplie, que lui manque des pièces, des dates, des lieux, des calendriers et des géographies, des vies.

Que des morts et des absences nous en avons beaucoup, trop.

Et que nous devrions agrandir la mémoire et le cœur pour qu’aucun ne manque, oui, mais aussi pour qu’ils ne soient pas immobilisés, pour qu’ils soient complétés l’une ou l’autre fois par notre marche collective.

Nous imaginons ainsi que ce jour, cette après-midi, cette nuit, toujours un matin, pourrait bien être un échange de pièces pour continuer à essayer de compléter la vie de celui que vous avez connu et connaissez comme le docteur Luis Villoro Toranzo, professeur de la Faculté de Philosophie et de Lettres de la UNAM, fondateur du groupe Hiperion, disciple de José Gaos, chercheur de l’Institut de Recherches Philosophiques, membre du Collège National, président de l’Association Philosophique du Mexique, et membre honoraire de l’Académie Mexicaine de la Langue. « Maître, père et compagnon », comme le dit peut-être son épitaphe.

Il y a des compas, des femmes, des hommes, des autres qui ont une place spéciale parmi nous, hommes et femmes zapatistes de l’EZLN. Ce ne fut pas un cadeau ou un don. Cette place spéciale ils l’ont gagné par un acharnement et un engagement bien loin des projecteurs et des estrades.

C’est pourquoi, quand ils nous quittent irrémédiablement, nous ne nous faisons pas l’écho du bruit et de la poussière qu’a l’habitude de soulever leur mort. Nous attendons. Notre attente est donc un hommage silencieux, sourd. Comme fut silencieuse et sourde leur lutte à nos côtés.

Nous laissons alors s’éteindre le bruit, qu’une autre mode succède à celle qui simule consternation et peine, que retombe la poussière, que le silence redevienne repos serein pour ceux qui nous manquent.

Peut-être parce que nous respectons cette vie maintenant absente, parce que nous respectons son temps et son mode. Et parce que nous espérons que, le calendrier avançant, son silence fera une place pour nous écouter.

Pour là-bas dehors, je le dis comme pour signaler un fait, pas comme un reproche, le docteur Luis Villoro Toranzo fut un intellectuel brillant, une personne sage à qui peut-être on ne peut reprocher que la proximité que de son vivant il eut avec les peuples originaires du Mexique, en particulier avec ceux qui se soulevèrent en armes contre l’oubli et qui résistent au-delà des modes et des médias.

Pour celles et ceux qui n’ont pas connu vivant le docteur Luis Villoro Toranzo, il y a et, je l’espère, il y aura des tables rondes, des rééditions, des analyses dans des revues spécialisées ou non.

Notre parole du jour ne passera pas par ces chemins. Non que nous ne connaissions pas son œuvre historique et philosophique, mais parce que nous sommes ici pour accomplir un devoir, régler un dû, accomplir un engagement.

Parce que vous, là-bas dehors, vous connaissez Luis Villoro Toranzo en tant que penseur brillant, mais nous, femmes et hommes zapatistes, nous le connaissons comme…

Comme ?

Nous savons que nous n’avons qu’une seule de tant de pièces.

Et nous sommes venus ici, à cet hommage, pour remettre à celles et ceux qui ont partagé et partagent le sang et l’histoire avec lui, une pièce que, nous croyons, non seulement ils n’avaient pas, mais que peut-être ils n’imaginaient même pas.

L’histoire ici en-bas, du côté zapatiste, a beaucoup de chambres murées. Des compartiments étanches où s’accomplissent des vies différentes avec une apparente indifférence, et où seule la mort fait tomber les murs pour que nous voyions et apprenions de la vie qui ici s’écoula.

Et nous opérons, comment dire ? Une permutation ? Un changement de lieux ?

En ouvrant le compartiment, en faisant tomber le quatrième mur, en entrant, nous troquons : cette mort au musée, cette vie à la vie.

« Des compartiments étanches », ai-je dit. Notre façon de lutter implique cette part d’anonymat qui, seulement pour certain.e.s d’entre-nous, est désirable. Mais peut-être aurons-nous ensuite l’opportunité de revenir là-dessus.

Vous avez écouté le Sous-commandant Moisés parler à nos compañeras et compañeros des communautés zapatiste d’une partie de ce que fut Don Luis Villoro Toranzo dans notre lutte.

L’immense majorité d’entre-elles et eux ne le connaissait pas, ne l’ont pas connu. Et comme elles et eux, nous avons des compañerascompañeros et compañeroas qui ignorait jusqu’à son existence.

Ce savoir soudain que nous avons eu compagnons et compagnes, que nous ne savions même pas qu’ils existaient, jusqu’à ce qu’ils n’existent plus, n’est pas quelque chose de nouveau pour nous, femmes et hommes zapatistes.

Peut-être est-ce notre manière, en nommant la vie de celui qui manque, de le faire exister d’une autre façon.

Comme si c’était notre manière d’amener au collectif l’indigène zapatiste Galeano avant, Don Luis Villoro maintenant.

Notre manière de les bousculer, de les presser, de leur crier « Hé ! Aucun repos ! », de les ramener et qu’ils poursuivent la lutte, le boulot, la besogne, le travail, le chemin, la vie.

Mais ce n’est pas une vie que je vais vous relater. Pas plus, évidemment, qu’il ne s’agit d’une mort.

C’est plus, je ne suis pas venu ne rien vous raconter. Je viens vous dessiner un contour, plus ou moins défini, plus ou moins net, d’une pièce d’un puzzle gigantesque, terrible, merveilleux.

Et ce que je vais vous conter vous semblera fantastique.

Peut-être que mon frère sous protestations (sous ses protestations à lui), Juan Villoro, devinera ensuite dans mes paroles à peine un fil d’une pelote absurde et complexe, plus proche de la littérature que de l’histoire. Peut-être que ça lui servira plus tard pour compléter ce livre qu’il ne sait pas encore qu’il écrira.

Peut-être que Fernanda pressent l’irruption d’un concept qui semblait absent, signalant un vide dont la satisfaction donnera un bouleversement théorique à toute une pensée. Peut-être que ça lui servira plus tard pour commencer une réflexion qu’aujourd’hui elle ne sait pas qu’elle entreprendra.

Je ne le sais pas. Peut-être que lui, elle, celles et ceux qui ne sont pas là, l’archiveront simplement dans le dossier des « H », comme « hommage », comme « hurlement », comme « humain », comme « Hydre », comme dans les « Histoires »…

“Il était une fois…”

 

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Le SupGaleano lors de l’hommage à Don Luis – photo @ValK

Je dois être, pour des raisons de sécurité, propositivement imprécis sur la géographie et le calendrier, mais c’était l’aube et c’était le quartier général de l’EZLN.

Peut-être qu’une brève description du commandement général zapatiste en désillusionnera plus d’un, plus d’une, plus d‘unE.

Non, il n’y a pas de carte gigantesque avec des lumières de toutes les teintes ou des punaises de couleurs, recouvrant l’un des murs.

Non, il n’y a pas d’équipement moderne de radiocommunication avec des voix en plusieurs langues.

Il n’y a pas de téléphone rouge.

Il n’y a pas d’ordinateur moderne avec de multiples écrans acharnés à chiffrer et déchiffrer la vertigineuse statique de lamatrix cybernétique.

Ce qu’il y a c’est une paire de tables, deux ou trois chaises, quelques tasses avec des restes de café froid, des papiers mal chiffonnés, des cendres de tabac, de la fumée, beaucoup de fumée.

Parfois il y a aussi un bol de pop-corn rance, mais seulement au cas où serait nécessaire un échange avec quelque être insolite.

Parce que, vous n’allez pas le croire, mais ce qui en d’autres lieux est appelé « Duel judiciaire », s’appelle ici « Fais gaffe y’a d’la boue ».

Je ne m’étendrai pas sur cette façon particulière de résoudre les différents judiciaires entre êtres qui sont plus qu’éloignés de la jurisprudence réelle ou fictionnelle. Il suffit de dire que le bol de pop-corn rance a sa raison d’être.

Il a pu y avoir, pas toujours, c’est certain, un ordinateur portable et une imprimante. Je ne donnerai ni marque ni modèle, il suffit de dire que l’ordinateur travaillait à coup d’insultes et de menaces, et que l’imprimante avait un sens particulier du libre-arbitre puisqu’elle se refusait à imprimer ce qui ne lui paraissait pas digne d’aller au-delà de l’écran.

Bien sûr, il y avait habituellement dans l’écran de cet ordinateur, invariablement un traitement de textes et un écrit qui n’en finissait pas de mettre un point final…

Des virus ? Les seuls qui peuvent passer à travers la liane qui servait à se connecter à l’un des tunnels du réseau. Ou peut-être étaient-ce des araignées, ou des bestioles fuyant la susdite liane pendant qu’une petite lumière clignotait alarmée.

Mais laissons l’imagination de chacun compléter le tableau.

Je pourrais enjoliver et vous dire que ce matin-là j’étais, moi, en train de lire un traité de philosophie hellénique, ou les Fables d’Hyginus, ou le traité Sur les Dieux d’Apollodore d’Athènes, ou Los Doze Trabajos de Hércules, oui, avec un « z », d’Enrique de Villena, l’Astrologue, mais non.

Ou je pourrais vous dire, et vanter mon modernisme, en vous disant que moi, j’étais sur le réseau alternatif, prenant un cours en ligne avec un, une, unE hacker anonyme. J’allais devenir célèbre, mais si c’est anonyme on ne peut être célèbre. Si ? Ou peut-être est-ce un collectif organisé : « toi, clique sur reload, toi appuie sur la touche control, non, ne touche pas la lettre « z » parce que ça fout un de ces bordels et après tu te retrouves à chatter avec un être incompréhensible dans les montagnes du sud-est mexicain. Enfin, un nickname et un avatar, presque les équivalents à un nom de guerre et un passe-montagnes, qui, patient, explique les fondations d’un terrain de lutte. Comme dans toute nouvelle langue qu’on apprend, ce qu’il faut connaître en premier ce sont les insultes. Et donc savoir que « noob » est l’équivalent de « ta mère ».

Ou je pourrai vous raconter, et réitérer le cliché, que j’étais dans une joute multi-parties d’échec interocéanique avec le collectif appelé « les Irréguliers de Baker Street » installé sur la blonde Albion.

Mais non.

Ce que moi je faisais en réalité, c’est de tenter de mettre un point final à un texte qui en attendait un depuis 20 ans, mais…

Apparu alors dans le linteau de la porte le relais, le garde, la sentinelle, la vigie ou comme vous préférez dire :

– « Sup, il y a quelqu’un qui veut te parler » -, dit-il laconique après le salut militaire.

– Qui ? – demandais-je presque pour la forme car je supposais que c’était l’insurgée Erika avec l’une de ces énigmes compliquées sur l’amour et ce genre de choses.

– « Un certain Don Luis, c’est ce qu’il dit. D’un certain âge, un sage » -, répondit l’insurgé.

– Don Luis ? Je ne connais aucun Don Luis -, dis-je avec colère.

– Sous-commandant – j’entendis sa voix, et sa silhouette se découpa sur le seuil.

Le garde parvint à balbutier : « il est entré sans prévenir, je lui ai dis d’attendre, il n’a pas obéi »,

« Ah, il n’a pas obéi, évidemment. Laisse-le », ai-je dit à la vigie et nous nous sommes donné l’accolade avec Don Luis Villoro Toranzo, né à Barcelone, Catalogne, État Espagnol, le 3 novembre de l’an 1922.

Je lui offris un siège.

Don Luis s’assit, retira son béret et se frotta les mains en souriant. À cause du froid j’imagine.

Je vous avais dit qu’il faisait froid ce matin-là ?

Hé bien il faisait sacrément froid, sacrément comme lorsqu’il n’y a pas une lumière pour tiédir l’obscurité, comme aujourd’hui. C’est plus encore, le froid mordait les joues comme un amant obsédé.

Don Luis ne semblait pas l’avoir noté.

« Il fait froid à Barcelone ? », je lui demandais, un peu comme un salut de bienvenue, un peu aussi pour le distraire pendant que j’éteignais discrètement l’ordinateur.

Je rangeais finalement le portable, demandais du café pour 3 et rallumais la pipe, bourrée comme elle l’était de vieux tabac humide.

Je ne me souviens plus maintenant si Don Luis a répondu à la question sur le climat à Barcelone.

Mais qu’il attendait patiemment que je finisse par m’avouer vaincu, et que j’arrête d’essayer de raviver les braises du brûloir.

« Vous n’auriez pas du tabac par hasard ? », lui demandais-je anticipant déjà avec désillusion la réponse négative.

« Je ne me souviens plus », dit-il, et il continuait de sourire.

Il se référait au froid à Barcelone ou à si il a apporté du tabac ?

Mais ce n’étaient pas les principales questions qui s’accumulaient dans la marmite éteinte de la pipe.

Avant de demander au docteur en philosophie Luis Villoro Toranzo ce que diable il faisait ici, laissez-moi vous expliquer…

En ce temps, le quartier général de l’EZLN était le « Lit de nuages », ainsi nommé parce qu’il se trouvait sur les hauteurs d’une montagne et, en-dehors de quelques jours pendant la saison sèche, étaient continuellement couvert de nuages. Bien que, évidemment le commandement général soit itinérant, il logeait parfois ici, bien que plus brièvement que les nuages.

« Le Lit de Nuages ».

Arriver là-haut n’est pas facile. D’abord vous devrez traverser des pâturages et des hautes herbes. Mauvais avec la pluie, mauvais avec le soleil. Après quelques 2 heures d’épines et d’insultes, on arrive au pied de la montagne. D’ici s’élève un étroit sentier qui suit le contour de la colline de manière qu’il y a toujours un abîme sur la droite. Non, ce ne furent pas des considérations politiques qui décidèrent ce tracé en spirale ascendante, mais la capricieuse découpe de ce pic montagneux au milieu de la sierra. Même si quelqu’un n’arrêtait pas de grimper jusqu’à être presque arrivé aux portes de la baraque du commandement général de l’ezetaelene, on aurait réalisé quelques œuvres de génie militaire de manière à ce que la vigie ait le temps et la distance pour avertir opportunément.

De là, le cheminement d’accès à la caserne était propositivement difficile. À la rudesse de la montagne, nous avions ajouté des baguettes pointues, des tranchées et des épines, de manière à ce qu’il ne fut possible d’y transiter que un par un.

Lorsque j’étais jeune et beau, avec une charge moyenne – disons quelques 15-20 kilos -, il me fallait à moi, quelques 6 heures depuis la base de la colline. Maintenant que je ne suis plus que beau, et sans charge, ça me prend 8 à 9 heures.

Notre têtu pré-modernisme et notre mépris des campagnes électorales empêchent que nous ayons des héliports sur nos positions. Ainsi qu’on ne peut y arriver qu’en marchant.

Avec ces références, il était logique que la première question qui affleure fut :

« Et comment êtes-vous arriver jusqu’ici Don Luis ? »

Lui, a répondu : « En marchant », avec la même tranquillité que s’il avait dit « en taxi ».

Don Luis semblait entier, sans agitation visible, son béret intact, son sac sombre avec à peine quelques brins de liane et de branches, son pantalon de velours à peine tâché et seulement en biais, ses mocassins d’une pièce. Tout complet. S’il devait y a voir quelque chose à noter c’était sa barbe de quelques jours et l’absurdité manifeste de sa chemise claire, avec le col amidonné ouvert.

À moi cette montée me prend au moins 3 rafistolages de la chemisette, 4 du pantalon, un renforçage sur chaque botte, et une paire d’heures à essayer de retrouver mon souffle.

Mais Don Luis était là, assis en face de moi. Souriant. Hormis une légère rougeur sur les joues, on aurait effectivement put dire que, en effet, il venait de descendre du taxi.

Mais non. Don Luis avait répondu « en marchant », et donc aucun taxi.

J’étais sur le point de lâcher une grande ribambelle de reproches à propos de la santé, des calendriers fait excuses, l’impossibilité qu’à son âge avancé, il tente de faire des choses absurdes, comme escalader une montagne et se présenter, à l’aube, au commandement général de l’ezetaelene, mais quelque chose me retint.

Non, ce ne fut pas le fait indiscutable qu’il se trouvait bien ici.

Ce fut que le sourire de Don Luis était devenu nerveux, inquiet, comme lorsqu’on ne craint pas de demander, mais d’avoir des réponses.

Alors je posais la question qui devait marquer cette matinée :

« Et qu’est-ce donc que vous voulez Don Luis ? »

« Je veux être embauché comme zapatiste », répondit-il.

Il n’y avait pas dans sa voix la moindre trace de moquerie, de sarcasme ou d’ironie. Pas plus que de doute, de crainte, d’insécurité.

J’avais fait face auparavant à ce qu’un citadin ou une citadine déclare ainsi ses intentions, (bien que pas par ces mots, parce qu’ils ont plutôt l’habitude de vouloir lancer des slogans incendiaires et des phrases ronflantes où il y a beaucoup de morts et peu ou rien de vive), même si, évidemment, ils ne dépassent pas le gardien.

Je m’étranglais, et la pipe n’étais même pas allumée pour feindre que c’était à cause de la fumée. Résigné face au manque de tabac sec, je me limitais à mordiller le bec.

« Je veux être embauché comme zapatiste », il a dit. Don Luis avait utilisé une expression verbale plus habituel du quotidien dans les communautés zapatistes, que de l’Académie Mexicaine de la Langue.

Dans ce cas, j’appliquais le protocole :

Je lui détaillais les difficultés géographiques, temporelles, physiques, idéologiques, politiques, économiques, sociales, historiques, climatiques, mathématiques, barométriques, biologiques, géométriques et interstellaires.

À chaque difficulté, le sourire de Don Luis perdait quelque chose de sa nervosité et gagnait en sécurité et en aplomb.

En finissant la longue liste des inconvénients, le visage de Don Luis semblait avoir reçu une place au Collège National, au lieu du « NON » diplomatique que je lui avais refiler.

« je suis prêt », dit-il après le craquement du dernier morceau sain du bec de ma pipe.

J’ai essayé de le dissuader en mentionnant les inconvénients de la clandestinité, du fait de se cacher, de l’anonymat.

« En plus », ajoutais-je avec froideur, « il n’y a plus de passes-montagnes ».

Il était évident que ce n’était pas moi qui avait le meilleur rôle. Mais pour autant je me réinstallais dans le siège et je bougeais nerveusement les choses sur la table, je ne trouvais pas l’explication logique à l’absurde de la situation.

Don Luis accommoda son béret sur l’argent de sa chevelure clairsemée.

J’ai pensé qu’il allait prendre congé mais, lorsque je me redressais pour appeler le garde pour qu’il le raccompagne, il dit :

« Ça c’est mon passe-montagnes », dit-il en montrant son béret.

Lorsque j’arguais que le passe-montagnes devait occulter le visage de façon à ce que seul le regard demeure, il me rétorqua :

« Ne peut-on occulter le visage sans le couvrir ? »

À ce moment-là j’ai remercié pour deux choses :

Une, que dans le continu bougé des choses sur la table, j’avais trouvé une boulette de tabac sec.

L’autre, que le question du docteur en philosophie Luis Villoro Toranzo, me donnait du temps pour essayer d’accommoder les pièces et comprendre ce dont il était question ici.

Et donc, je me protégeais derrière les mots pour mieux penser :

« C’est possible, Don Luis, mais pour y arriver vous devez modifier comme on dit l’environnement. Se faire invisible c’est, donc, ne pas attirer l’attention, être un de plus parmi beaucoup d’autres. Par exemple, il est possible de cacher quelqu’un qui a perdu l’œil droit et qui utilise un bandeau, en faisant en sorte que beaucoup utilisent un bandeau sur l’œil droit, ou que quelqu’un qui attire l’attention se mette un bandeau sur l’œil droit. Tous les regards iront vers celui qui attire l’attention, et les autres bandeaux passent au second plan. De cette manière, le véritable borgne devient invisible et peut bouger à son aise. »

« Je doute que vous parveniez à ce que dans le milieu académique et universitaire tous utilisent un béret noir ou que quelqu’un attirant puissamment l’attention l’utilise. Par exemple, si vous arriviez à ce que Angelina Jolie et Brad Pitt utilisent un béret noir, hé bien, alors oui, ne vous offusquez pas Don Luis, personne ne s’intéresserait à vous ».

« En plus le béret renvoie plus au Che Guevara qu’à la philosophie idéaliste de la science. Vous savez vous-même que, bien que ce soit une jungle, l’institut de recherches philosophiques n’est pas précisément un centre de subversion, dirons-nous »

« Mais », interrompit-il, encaissant sans difficulté le coup, « une autre façon de ne pas attirer l’attention, c’est-à-dire, de passer inaperçu, c’est de ne pas changer la routine, de continuer comme de coutume. En me voyant avec le béret noir, ils ne verront rien de bizarre. Au contraire, si je mettais un passe-montagnes, hé bien ça, ce serait un changement radical. Ils me verraient. J’attirerais l’attention. Ils diraient « c’est le professeur Luis Villoro avec un passe-montagnes, il est devenu fou, le pauvre, peut-être cache-t-il une récente déformation, ou les traces de la vieillesse, ou de la maladie, ou d’un crime inconfessable ». Et, mutatis mutando, si on arrête de faire quelque chose de routinier ou de coutume, on attire l’attention. Par exemple, Sous-commandant, si vous arrêtez la pipe, ça attire l’attention. Si vous mettez un bandeau sur l’œil, autre exemple, ils s’y intéresseront plus et ils commenceront à spéculer si vous l’avez perdu ou si il est bleu à cause d’un coup ».

« Bien joué », dis-je en prenant note discrètement.

Don Luis continua : « Si je mets le béret, n’importe qui me voyant ne dira rien, il pensera que je continue d’être le même ».

Il ajouta alors comme une conclusion logique :

« Et mon nom de guerre sera « luis villoro toranzo ».

« Mais Don Luis », réfutais-je, « c’est vraiment votre nom ».

« Correct », dit-il en levant l’index droit. « Si je prends ce nom de guerre, personne ne saura que je suis zapatiste. Tous penseront que je suis le philosophe Luis Villoro Toranzo ».

« N’avez-vous pas dit qu’en se couvrant le visage les zapatistes se montraient ? »

J’acquiesçais sachant où il voulait en venir.

« Et voilà, avec le béret et le nom je me montre, c’est-à-dire, je me cache ».

« N’était-ce pas là le paradoxe ? »

J’aurais pu dire « Touché », mais j’étais si déconcerté que mon français resta dans la malle des oublis.

Le reste de la nuit-aube je la passais à argumenter contre et lui à contre-argumenter en faveur.

Laissez-moi vous dire, il faut bien le reconnaître, que son raisonnement logique était impeccable, et avec grâce et bonne humeur il évitait l’une et l’autre fois les pièges fallacieux avec lesquels j’ai l’habitude de faire trébucher les intellectuels les plus renommés.

Oui, je deviens sarcastique, donc que personne ne se sente offensé.

Le truc, ou le muche, c’était que Don Luis Villoro Toranzo, aspirant à être zapatiste dont le nom de guerre serait « Luis Villoro Toranzo » et que, pour mieux se cacher, il se montrera d’avantage avec un béret noir comme passe-montagnes, a défait un à un les obstacles et les objections qu’avec une nécessité certaine, je lui opposais.

« L’âge », lui ai-je dit comme dernier argument et défaillant presque.

Il m’acheva avec : « Si je ne me souviens pas mal, vous, sous-commandant, vous avez quelques fois indiqué que la limite était une seconde avant le dernier soupir ».

La lumière du levé du jour dessinait les gribouillis de l’horizon lorsque je décidais d’assumer la meilleure posture dans ce cas : j’alléguais la démence.

« Voyons Don Luis, même si pour moi ce serait, évidemment, un honneur, c’est clair, ce n’est pas à moi de décider, évidemment. Je suis, évidemment, disons l’examinateur synodal, c’est vrai, mais celui qui qualifie c’est un autre, évidemment. De plus, de là suit le responsable local, évidemment, le régional, évidemment, le comité, évidemment, le commandement général de l’armée zapatiste de libération nationale, évidemment. Pourquoi ne rentrez-vous pas plutôt chez vous et je vous préviendrai lorsque je saurai quelque chose ? »

Mais… alors que je disais cela, entra dans le commandement général l’autre indigène qui nous complète avec Moy et moi.

« Ah », dit-il, « je vois que tu lui a déjà parlé »

« Oui », dis-je, « mais il est sot en ce qu’il veut devenir zapatiste ».

« Bien », dit l’autre, « en réalité je parlais au compa Luis Villoro Toranzo, pas à toi ».

« Il avait déjà parlé avec moi, je lui ai dit qu’ainsi qu’il le souhaitait il passerait avec toi pour que tu examines ses arguments ».

« Mais voilà : je l’ai fait entré dans l’unité spécial. Maintenant il est pour nous le collègue Luis Villoro Toranzo ».

« Je lui ai déjà expliqué que, selon nos manières, nous l’appellerons seulement « Don Luis », je crois donc qu’il ne reste plus qu’à lui donner la bienvenue et lui assigner son travail ».

Et le compañero zapatiste Luis Villoro Toranzo se mit debout et, avec une prestance admirable, dans la ferme position du salut à l’officier.

« Et quel sera le travail qui lui sera assigné ? » parvins-je à demander au milieu de la brume de ma confusion.

« Et bien celui qui va de soi pour lui : le relais », dit l’autre et il sortit.

Je pourrais presque m’aventurer à dire que Juan, Fernanda et celles et ceux qui maintenant m’écoutent et me liront ensuite, ont pris ces mots comme un de plus parmi ces récits qui peuplent les montagnes du sud-est mexicain, remontées encore et encore par les scarabées, les petits garçons irrévérencieux et les petites filles irrévérencieuses, les fantômes, les chat-chiens, les petites lumières frissonnantes et autres absurdités.

Mais non. Il est temps que vous sachiez enfin que Don Luis Villoro Toranzo a repris du service dans l’EZLN un matin de mai, il y a de cela bien des lunes.

Son nom de guerre était « Luis Villoro Toranzo » et au commandement général de l’EZLN nous le connaissions en tant que « Don Luis » pour des raisons de brièveté et d’efficacité.

Le lieu c’était le quartier général « Lit de Nuages », où était rangée sa chemisette marron pour les passages qu’il commit bien des fois avant de mourir.

Que puis-je vous dire de plus ?

Il a parfaitement accompli sa mission. En tant que sentinelle de l’un des postes de garde de la périphérie zapatiste il fut attentif à ce qui se passait, du coin de l’œil de la pensée critique il a vu des changements et des mouvements qui, pour l’immense majorité des intellectuels autoproclamés progressistes, passèrent inaperçus.

Produit de l’alerte de l’escargot à sa charge, vous écouterez, et certains autres liront, ces jours-ci, les réflexions que nous avons eu au sujet de ces changements et mouvements.

UN CADEAU À LA MANIÈRE ZAPATISTE

C’était une autre aube. Don Luis, celui qui était alors le Lieutenant-Colonel et qui est aujourd’hui le Sous-commandant Insurgé Moisés, et moi avions commencé la discussion vers les 1700 heures de la ligne de front sud-oriental.

Vers les 2100 le désormais SupMoy s’excusa parce qu’il devait se retirer pour vérifier les positions environnantes.

La façon de débattre de Don Luis avait sa particularité : là où d’autres gesticulent et haussent la voix, lui souriait avec une vague absence. Là où d’autres argumentaient à coups de slogans, lui disait une sottise – « Juste pour se donner du temps », je me disais à moi-même.

D’habitude ces discussions ressemblaient à des rencontres d’escrime. Même si je dois bien le dire, la plus part des fois je fus abattu. Ça s’est passé ainsi un certain nombre de fois. Don Luis, alors, rit et lâcha : « Abattu, mais non perdu ! » Moi je repris corps par les mots, lui faisant remarquer qu’il serait mal vu qu’un philosophe néopositiviste, cite, consciemment ou non, le deuxième épître aux Corinthiens de l’apôtre Paul. Et lui, rusé souriant, « et ce serait encore plus mal vu qu’un chef zapatiste identifie la citation ». Il se mit alors debout et récita dramatiquement : « Nous sommes pressés de toute manière, mais non réduits à l’extrémité; dans la détresse, mais non dans le désespoir; persécutés, mais non abandonnés; abattus, mais non perdus » et ensuite s’adressant à moi : « c’est bizarre que tu n’aies pas dit qu’il s’agissait du chapitre IV, versets 8 et 9 ».

Encore endolori par la raclée argumentative, je répondais : « J’ai toujours pensé que ce texte ressemblait plus à un communiqué zapatiste décrivant la résistance, qu’une partie du Nouveau Testament ».

« Ah ! La résistance zapatiste ! », s’exclama-t-il avec enthousiasme.

Puis : « Vous savez Sous-commandant ? Vous devriez ouvrir une école ».

« Pas une, beaucoup », lui dis-je.

Ça devait être dans les années 2005-2006, des années avant Don Luis avait rejoins nos rangs et les Conseils de Bon Gouvernement s’engageaient sur les besoins en santé et éducation dans les zones, régions et communautés.

Don Luis précisa alors : « Non, je ne me réfère pas à ces écoles. Bien sûr, il faut en ouvrir de nombreuses, il n’y a pas de doute. Moi je parle d’une école zapatiste. Pas une où on enseigne le zapatisme, mais une où se montre le zapatisme. Une où on n’impose pas de dogmes, mais où on questionne, on se demande, où on s’oblige à penser. Une dont la devise serait : « Et toi alors ? ».

En réalité l’idée de Don Luis n’était pas original. Déjà avant, elle avait été ébauchée, avec des énoncés différents, par Pablo González Casanova et Adolfo Gilly.

Mais notre idée n’était pas et n’est pas d’enseigner, pas plus que « montrer ». Mais provoquer. Le « Et toi alors ? » n’attendait pas de réponse, mais incitait à la réflexion.

Bref, je continue :

Le débat se fit conversation, de la même façon qu’un torrent atteint une grande plaine dans son serpentement et se change en débit placide. Placide, oui, mais inarrêtable.

C’était maintenant le matin. Le garde de nuit nous prévint que Moy était toujours occupé et il nous offrit du café. À mon regard Don Luis répondit avec un geste affirmatif. Je ne sais même pas vraiment si Don Luis buvait du café, il laissait toujours sa tasse sans y toucher. Alors retombait la chaleur de la conversation. Je me rends compte maintenant que je ne lui ai même jamais demandé s’il avait l’habitude d’en boire. Quelqu’un pourrait supposer, évidemment, philosophe, évidemment, « café » c’est pour un philosophe comme un nom indésirable. Ou peut-être il en buvait. Nous sommes au Chiapas quoi. Venir au Chiapas et ne pas boire de café c’est… comme aller au Sinaloa et ne pas manger de chilorio, comme aller à Hambourg et ne pas se bouffer un hamburger, comme aller à La Realidad (la Réalité en français, ndt) et ne pas l’y trouver.

Le truc c’est que, sans nous en rendre vraiment compte, nous parlions de cadeaux.

« Imagine ce que serait le cadeaux parfait », proposais-je.

« Le plus surprenant », répondit-il sans y penser.

« Non, celui pour lequel il n’y a aucun remerciement. », répliquais-je.

« Comment? », me demanda-t-il intrigué.

« Comme par exemple une énigme, ou une pièce de puzzles. C’est-à-dire, un cadeau sans raison d’être. S’il n’y a pas de raison, la surprise augmente », dis-je.

« Certainement, mais pour celui qui le donne, ce pourrait être un cadeau de ne pouvoir être remercier pour le cadeau », dit-il comme pour lui-même.

Alors que l’argumentation logique se faisait de plus en plus embrouillée, je pensais plutôt, moi, que Don Luis fatiguait. Mais non, il était animé et il avait le regard brillant, comme si…

Je me levais et lui touchait le front. Je ne dis rien, je me dirigeais seulement vers la porte et je dis au garde: « Que la compa de santé vienne ».

Don Luis avait de la fièvre. L’insurgée de santé prescrivit de l’antipyrétique, un bain d’eau froide et beaucoup de liquide. Don Luis ne s’opposa à rien. Mais dès que la compañera se retira, il dit: « il suffit d’un peu de repos » et il s’endormit. Il fut comme ça durant 2 jours, se réveillant à peine pour manger et aller aux toilettes.

Puis remis de tout, il me dit qu’il devait se retirer, il me recommanda de relire ses compte-rendus de vigilance et il fit ses adieux.

Avant de passer le seuil de la porte, sans se tourner vers moi et plutôt pour ça, il murmura: « C’est ça, un cadeau pour lequel on ne peut remercier. Ce serait très zapatiste ». Il mit son béret, me dit quelque chose d’autre et s’en alla.

Maintenant, après plus de 12 lunes de son absence, je peux vous dire ce qu’il m’a dit en faisant ses adieux ce matin-là, avec le soleil levant les lumières et les ombres.

« Compagnon sous-commandant insurgé marcos », me dit-il en se mettant au garde à vous avec une vitalité remarquable.

« Compagnon Luis Villoro Toranzo », lui dis-je en suivant ma vieille habitude pour marquer ainsi que j’étais prêt à écouter.

« Je veux te demander quelque chose »

Sans tomber dans l’abandon de l’informel, j’imputais cela à sa nouvelle profession.

« Ne va pas raconter ça à qui que ce soit, pour le moment », demanda-t-il.

« Bien sûr », lui dis-je, « je comprends. Le secret, la clandestinité, tout ça, que ne la famille ne le sache pas »

« Ce n’est pas ça », me dit-il.

« Je veux que tu le dises après »

« Quand? », je lui demandais.

« Tu sauras quand ce sera le bon moment. Pour le dire à notre manière: « quand sera venue le calendrier et la géographie ». ».

« Et pour quoi? » lui demandais-je curieux.

« C’est un cadeau que je veux faire à mes enfants et à ma compagne ».

« Monsieur Don Luis, ne vous emmerdez-pas, offrez plutôt une cravate verte mouchetée de rouge à Juan, à Miguel une rouge mouchetée de vert, ou vice et versa; à votre fille Renata un vase et à Carmen, un cendrier, ou vice et versa. Comme vous voulez, comme dans toute bonne famille, ils vont se disputer. À Fernanda un cahier de notes, ceux avec des lignes. Ils sont inutiles et horribles tous ces cadeaux, mais ce qui compte c’est l’intention ».

Don Luis ria de bon cœur. Puis plus sérieux il continua:

« Racontez-leur mon histoire. Ou plutôt, cette partie de mon histoire. Alors elles et eux comprendront que je ne me cachais pas à eux. J’ai seulement gardé ça comme un cadeau. Parce que l’enchantement des cadeaux c’est que ce sont des surprises. Vous ne croyez pas? »

« Dites-leur que je leur offre ce morceau de ma vie. Dites-leur que je le leur ai caché non comme on cache un crime, mais comme on garde un cadeau ».

« Voyez Sup, bien des choses seront dites sur ma vie, certaines bonnes, certaines mauvaises. Mais cette partie, je crois, leur bouleversera tout, mais non par la peine et la douleur, mais par la joie espiègle de ce vent frais qui nous manque tant lorsque la peine de l’absence et le gris du sérieux, des formalités et des nominations, se convertissent en pierre et épitaphe. »

« Bien, Don Luis », lui dis-je, « mais n’écartez pas l’idée des cravates, du vase, du cendrier et du carnet de notes ».

Il s’en alla en souriant.

C’est ainsi Juan, Fernanda, proches de Don Luis Villoro Toranzo, que pendant bien des années j’ai gardé tel un secret cette pièce du grand puzzle que fut la vie de Don Luis.

Pas cette fois-là, mais plus tard, lorsque la rage et la douleur naquirent du corps massacré du compa maître zapatiste Galeano, je compris alors la raison pour laquelle garder cette pièce de sa vie.

Ce n’est pas qu’il le leur ait caché parce qu’il en avait honte, ni parce qu’il aurait craint qu’ils le trahissent avec l’ennemi aux milles têtes, ou parce qu’ainsi il éviterait qu’ils n’essayent de le dissuader.

C’est parce qu’il voulait leur faire ce cadeau.

Une pièce qui provoque, qui encourage, qui agite, juste comme sa pensée faite vent espiègle en nous.

Une pièce de plus de la vie de Don Luis.

La pièce qui s’appelle Luis Villoro Toranzo, le zapatiste de l’EZLN.

Il est tombé et tombé dans l’accomplissement de son devoir, couvrant la position de sentinelle dans ce monde absurde, terrible et merveilleux qui est celui que nous nous engageons à construire.

Je sais bien qu’il a laissé un héritage de livres et une brillante trajectoire intellectuelle.

Mais il m’a aussi laissé ces mots pour qu’aujourd’hui, je vous les dise:

« Parce qu’il y a des secrets qui ne font pas honte, mais rendent orgueilleux. Parce qu’il y a des secrets qui sont des cadeaux et non des affronts »

Maintenant et seulement maintenant, alors que je vous remets ces feuilles, vous pourrez lire comment s’intitule ce texte dans lequel est enveloppé, avec mes mots maladroits, la pièce du puzzle qui s’appelle:

“Luis Villoro Toranzo, le zapatiste”.

Allez. Salut et recevez de nous toutes et tous l’accolade que vous a laissé caché chez nous le compa zapatiste Don Luis.

Depuis les montagnes du Sud-est Mexicain, et maintenant sous terre.

Sous-commandant Insurgé Marcos.

Mexique, 2 mai 2014.

Rendu public le 2 mai 2015.

Paroles du Sup Moises: « S’organiser pour pouvoir se Libérer »

source.

 

Traduction collective (@ValKaracole, @EspoirChiapas, et moi) de la contribution du Sup Moisés au séminaire de l’EZLN, publié le 6 mai. Vous pouvez donc retrouver cette traduction sur le site d’Espoir Chiapas, ainsi que sur le site de Liaison Zapatiste.

Le sⒶp

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Compañeras et compañeros zapatistes des villages bases d’appui de l’Armée Zapatiste de Libération Nationale,

Compañeras, compañeroas et compañeros de la Sexta nationale et internationale,
Sœurs et Frères du Mexique et du Monde,
Nous saluons la famille du compañero Luis Villoro,
Bienvenues sur les terres rebelles qui luttent et résistent, en terre zapatiste
C’est un honneur d’être avec nous avec les Bases d’Appui Zapatiste des 5 zones,
Bienvenue à la famille du compañero Maestro Zapatiste Galeano,
Recevez nos accolades. Compañeras et compañeros de la famille du compañero Galeano tout comme la famille du compañero Luis Villoro
Nous devons vous donner et savoir vous donner, honneur à ceux qui méritent notre honneur pour la mission accomplit des compañeros Galeano et Luis Villoro.
Compañeros, compañeras, compañeroas, frères et sœurs, aujourd’hui nous sommes ici, non pas pour nous souvenir, par le manque d’existence physique des compañeros Galeano et Luis Villoro.
Nous sommes venus ici, pour nous rappeler et pour parler, la lutte qu’ils ont menée, dans leurs vies, dans leurs travaux de luttes, leurs résistance de lutte qu’ils ont menés.
Nous ne sommes pas venu nous souvenir de la mort, mais de ce qu’ils ont laissé vivant, par leurs vies de lutte et de travail, nous devons faire que restent vivantes leurs vie de lutte et le travail qu’ils ont accompli.
Nous sommes ceux et celles qui devons faire qu’ils vivent pour toujours, ceux et celles qui donnent la vie pour un monde nouveau, construit par les peuples.
Nous ne sommes pas ici pour élever une statue.
Une statue ne vas pas donner la vie, un musée ne va pas donner la vie, ils ne parlent pas
Ceux qui parlent c’est nous, c’est nous qui devons faire qu’ils vivent et ainsi durant des générations il y aura une statue et un musée dans nos cœurs et pas seulement un symbole.
Ça nous a fait plaisir et donné de la joie que vous nous parliez plus de leur vie de lutte du compagnon zapatiste Luis Villoro, qui dans d’autres parties est connu par ses théories, ici nous le connaissons pour sa pratique, dans d’autres parties il est reconnu philosophe et ici nous le connaissons zapatiste.
Ceux qui ont été à son côté dans la lutte et le travail, ceux qui ont travaillé avec lui, nous vous remercions, car vous nous avez parlé plus de lui, de ses autres morceaux de vie.
Ainsi nous comme zapatistes, nous vous parlons d’un autre morceau.
Par exemple du compagnon Luis Villoro, grâce à lui, et à d’autres personnes comme lui, il y a des maisons cliniques et des maisons écoles pour l’éducation zapatiste.
C’est son effort, son travail.
Mais ce n’était pas suffisant ainsi, on a eu besoin de gens qui construisent comme le compa Galeano, et ensuite des gens qui travaille pour que soit promu et commence à marcher ce que d’aucun-e rêvent et enfin organiser les élèves.
Et cela, ce fut cela que le compa Galeano a construit, et travaillé, et a fait marcher.
C’est ainsi que nous sommes organisés les peuples zapatistes.
Ainsi le compa Galeano a réussit à être Maître, grâce à l’aide du compa Luis Villoro et d’autres comme lui
Il nous a respecté et nous le respectons, il nous a traité d’égal à égal, nous a cru et nous l’avons cru, on est arrivé à travailler dans une même construction, sans nous voir physiquement, c’est à dire on peut construire les choses, sans que lui ou elle soit là personnellement.
C’est ainsi, par exemple, que la Sexta dans le monde travaille à la construction d’une école et clinique à La Realidad Zapatiste sur le sang de notre compagnon Galeano
Les compas luis Villoro et Galeano ne se connaissaient pas et comme vous le voudrez ils étaient ensembles pour construire une même liberté.
Du compa Galeano aussi nous écoutons des parties de sa vie de lutte
Premièrement il a décidé de lutter, et ensuite il a eu des soutiens, ensuite organiser pour la construction et ensuite organiser qui va faire le travail de promoteurs, et en dernier voir les élèves.
Cela requiert une organisation:
Car le compa Galeano a été et est un milicien, chef de milice capo, et ensuite sergent. Représentant Régional du groupe juvénile , membre des MAREZ municipalité autonome Rebelle Zapatiste, maître de l’école Zapatiste, et il était élu pour être membre de la Junta De Buen Gobierno
Cela requiert de l’organisation
De là il a travaillé et après a pu être maître et il a été donné des classes de ce qui a été dit, dans beaucoup de partie du monde avec le discours de « la liberté selon les zapatistes »
Car il est nécessaire de s’organiser pour pouvoir se LIBERER du système capitaliste.
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Le SupGaleano au CIDECI pendant le séminaire « La Pensée Critique face à l’Hydre Capitaliste » – photo @Valk

Car seul, le peuple va se libérer, personne ne va lui donner sa liberté, ce n’est pas un homme ou femme, leader, qui va lui donner la liberté
car les capitalistes ne vont pas renoncer ou ne vont pas s’en vouloir et arrêter d’exploiter le peuple.
Car on ne va pas pouvoir humaniser le système capitaliste.
Pour en finir avec ce système, il faut le détruire, c’est pour ça qu’il faut s’organiser.
Et le compa Luis Villoro, l’a vu que c’est ainsi ce que font les zapatistes, il n’a pas hésiter à accompagner, à lutter, à travailler et à appuyer la lutte et l’organisation qu’a représenté par sa vie le compa Galeano.
Nous souhaitons qu’il y ait plus de Luises, Luisas et Luisoas Villoros, Villoras et Villoroas là bas.
On arrête pas de s’organiser, car on a besoin de l’organisation pour la construction et s’organiser pour surveiller ce que tu as déjà construit, et ainsi vont les choses, celles où il faut être organiser.
Pour que ne revienne pas l’exploitation du même être de personnes, comme maintenant ils exploitent les hommes et femmes et ceux qui ne sont ni hommes ni femmes.
Pour que le peuple se prenne en main, s’autogouverne par lui même.
Cela nécessite de l’organisation. L’organisation est peuple, femmes, hommes et autres.
Et maintenant que nous avons écouté les paroles que vous nous avez dites, nous voulons vous dire ceci:
Il y a ceux qui pensent que nous sommes une organisation d’indigènes ou de Mexicaines et Mexicains, mais Non.
Nous sommes une organisation de zapatistes, indigènes et non indigènes, tout comme nous venons de le voir ici, que nous rendons hommage à 2 compañeros zapatistes.
Nous sommes au Mexique car c’est ainsi que ça nous est arrivé, c’est notre géographie.
Tout comme ceux qui lutte pour la liberté du peuple Kurde, ça leur est arrivé là où ils sont.
Tout comme ça arrive là où on se trouve. Comme lutte la Sexta au Mexique et dans le monde, ils le font là où ils se trouvent.
C’est pour cela que nous parlons de la géographie de tout un chacun, le coin du monde où chacun se lève, se rebelle, et lutte pour sa liberté, pour la liberté.
Ici ce dont on a besoin c’est de savoir clairement comment c’est être zapatiste.
Être zapatiste c’est être bien décidé, décidée, décidé-e, bien prêt, prête, prêt-e.
Il ne faut pas se vanter, sinon travailler, organiser et lutter silencieusement jusqu’à arriver aux dernières conséquences, c’est à dire la théorie et la pratique.
Ce n’est pas être zapatiste que de se mettre un passe-montagne et voila, mais c’est s’organiser et détruire le système capitaliste.
Ce n’est pas être zapatiste que de dire avec des mots « je suis zapatiste », mais c’est être décidé.e de lutter jusqu’à la mort.
Ce n’est pas être zapatiste que de parler de zapatisme, mais c’est travailler collectivement avec les villages organisés.
Ce n’est pas être zapatiste seulement quand c’est la mode comme ils nous disent, et ne plus l’être quand on souffre d’une attaque du mauvais système ou du mauvais gouvernement.
Ce n’est pas être zapatiste que de mettre un uniforme, se déguiser, nous disons, pour aller se rendre au mauvais gouvernement, car le zapatiste ne se rend pas
Ce n’est pas être zapatiste que de dire je suis commandant de l’EZLN et faire que les dialogues se passent avec l’argent et les projets du mauvais gouvernement, car le zapatiste ne se vend pas
Ce n’est pas être zapatiste de chercher et réussir à se placer sous ceux qui veulent des postes et des paies, et qui luttent seulement chaque 6 ans, ou lorsque se met en route le marché des charges.
Le zapatiste lutte pour un changement total et lutte toute sa vie, il ne se rend pas. C’est à dire qu’il ne change pas ses pensées selon la mode, ou selon ce qui lui convient ou selon quelle couleur est la plus jolie sur le marché.
Ce n’est pas être zapatiste d’être des deux cotés, parti politique et zapatiste. Car les gens des partis ne veulent qu’un changent la couleur de celui qui dirige. En échange le zapatiste veut changer tout le système, pas une partie mais tout. Et que le peuple dirige et que personne ne le dirige.
Ce n’est pas être zapatiste de ne jamais avoir peur. Oui on l’est parfois, mais on le contrôle et on continue la lutte
Ce n’est pas être zapatiste que d’avoir beaucoup de rage et de ne pas s’organiser, mais qu’il faut s’organiser et avec beaucoup de dignité
Qui dit lorsque vous allez être zapatiste? Les peuples.
Qui dit comment c’est d’être zapatiste? les peuples.
Qui dit quand arrêter d’être zapatiste? Les peuples.
Il n’y a personne qui dit « tu as terminé » mais tu dois continuer jusqu’à ce que tu meures accomplissant ton devoir sacré de libérer le peuple exploité, et bien que ce soit jusqu’à la mort, on continue de lutter.
C’est pour cela que nous rendons cet hommage, pour nous rappeler et vous rappeler que bien que vienne la mort essayer de nous oublier, nous continuons vivant dans nos villages, dans la lutte pour la lutte et par la lutte des peuples et ainsi continue la vie et elle gagne, et se termine la mort et elle perd.
Merci
Sous Commandant Insurgé Moisés.
Mexique, Mai 2015.

L’importance de la critique dans le développement du mouvement révolutionnaire

source.

 

Traduction du texte publié le 12 novembre 2007 sur El Foro Anarquista. Je le publie aujourd’hui car si la pensée critique doit permettre, comme le suggère le titre du séminaire zapatiste qui s’est ouvert aujourd’hui, de combattre « l’Hydre capitaliste », la pensée critique doit également pouvoir s’exprimer au sein du mouvement libertaire, et au-delà dans l’ensemble du mouvement d’émancipation sociale, afin de ne pas s’enfermer dans le sectarisme idéologique…

De fait, le texte – dont je ne partage pas forcément chaque virgule ou chaque mot – pointe une tendance lourde de notre mouvement: l’absence de culture du débat! Cette analyse, je la partage et pense également qu’elle nous empêche de jeter des ponts non seulement avec d’autres tendances du mouvement social, mais aussi avec une large part de la population, qui aurait tout à gagner d’un mouvement luttant pour l’émancipation.

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L’importance de la critique dans le développement du mouvement révolutionnaire

 

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I.

Il n’est pas peu fréquent d’entendre, lorsqu’on parle des différences entre l’anarchisme et les autres courants de la gauche, que l’anarchisme est un courant « libre de dogmes », « non fermé sur lui-même », et « ouvert à l’approfondissement au moyen de la libre critique ». Ça a été répété jusqu’à saturation, inlassablement, et de lieu-commun ça a été assumé comme quelque vertu suprême de l’anarchisme. Cependant, le plus petit contact avec la réalité des cercles anarchistes nous dévoile une réalité bien différente de ces auto-complaisantes déclarations. Malgré tout ce qui se dit sur le manque de « dogmatisme » de l’anarchisme, ce qu’on voit fréquemment est un manque de réflexion mêlée systématiquement au plus récalcitrant des dogmatismes, où l’analyse sereine de la réalité est remplacée par une série de catégories aprioriques et incomparables avec la réalité. Loin de trouver une ambiance favorable au développement de la critique, nous trouvons un mouvement paranoïaque qui tend à prendre la critique comme une attaque et qui est trop timide pour débattre en termes effectifs des différences réelles en son sein. Et nous trouvons un mouvement qui, loin d’accepter les différences, en débattant depuis un point de vue élevé, est toujours prêt à excommunier. Un état de fait qui n’est pas le défaut de telle ou telle publication ou de tel ou tel personnage du mouvement (même s’il est évident qu’il y en a certains qui portent cette tendance à des niveaux pathologiques), mais un défaut profondément enraciné dans le mouvement libertaire qui suinte dans presque tous les secteurs et tous les courants de celui-ci.

En vérité, l’anarchisme a même de nombreuses failles. Nous souffrons en tant que mouvement de bien des choses, nous sommes encore un mouvement en herbe, malgré notre longue histoire. Mais l’une des carences qui fait le plus mal est l’absence d’une tradition authentique du débat. Et bon, là où il n’y a pas de discussion, il y a dogmatisme, et là où il y a dogmatisme, il y a ignorance. Là où la discussion ne s’envole pas librement, ce qui domine est le manque de dynamisme dans les idées et le décalage avec la réalité. Une telle ambiance ne peut favoriser le développement d’un mouvement sain, avec des ambitions de transformation du monde actuel.

II.

Nous manquons d’une tradition de débat. Nous sommes beaucoup trop habitués à « nous dénoncer » au lieu de débattre. Il y a trop de personnes dans notre mouvement plus proche de l’esprit de Torquemada que de l’esprit de Bakounine. Nombreux sont ceux qui préfèrent perdre leur temps « en surveillant » les démarches d’autres anarchistes et en dénonçant tout ce que eux considèrent comme une déviance, plutôt que d’apporter à la construction concrète d’un mouvement. L’anarchisme apparaît ainsi, plus que comme un outil de transformation du monde, comme un ensemble de dogmes élémentaires, de rudiments politiques mal digérés, de consignes vagues et générales qui remplacent la réflexion politique sérieuse. Le simplisme prend l’espace de la pensée articulée. Nous avons trop d’autoproclamés défenseurs de la foi et trop peu d’anarchistes disposés à défier le présent pour explorer de nouveaux chemins pour l’anarchisme face à un monde qui ne cesse de tourner.

Au lieu d’accepter les différences d’opinion comme telles et de procéder à des échanges, respectueusement, énergiquement, mais toujours avec un esprit constructif, nous dénonçons et nous disqualifions. Nous ne savons pas débattre et fréquemment nos débats sont tombés dans le piège des principes et toutes les divergences tactiques sont élevées jusqu’à la catégorie des débats de principes éternels de l’anarchisme. Pierre Monatte, le vieil anarcho-syndicaliste français, se plaignait lors du Congrès d’Amsterdam (en 1907!) qu’« existent des camarades qui, pour tout, même pour les choses les plus futiles, ressentent le besoin de soulever des questions de principe » [1]. Avec ça, il semble qu’à chaque différence nous jugions la raison d’être anarchiste et les positions divergentes sont caricaturées comme « autoritaires », « totalitaires », « marxistes », « réformiste », etc. Des trompe-l’œil bien utiles pour éviter d’aborder les discussions de façon politiques et non hystérique. Dans notre mouvement, lamentablement, on tend à enjoliver, toute argumentation, d’innombrables adjectifs qualificatifs qui n’apportent rien, absolument rien, à l’éclaircissement du sujet débattu. Ainsi, chaque débat au sujet de l’anarchisme se termine en une lutte pour voir qui est le « plus » anarchiste, qui conserve la ligne sacrée… et non qui a raison à la lumière de la réalité.

Il semblerait que dans cette ambiance de « dénonciations » et d’absence de débat, la réalité elle-même ne serait qu’un aspect secondaire apportant peu ou rien à toute matière étant sur le tapis.

III.

Ce sectarisme et ce dogmatisme se voient également reflétés dans notre propagande. Nous sommes même arrivé à l’extrémité que certaines publications entières de l’anarchisme gâchent une énorme quantité de papier et d’encre à attaquer d’autres anarchistes, au lieu de débattre sereinement ou d’attaquer ceux qui réellement emmerdent la vie de millions de personnes dans ce monde [2]. Ceux qu agissent de cette manière portent un coup énorme au mouvement : non seulement ils alimentent les tendances centripètes dans l’anarchisme, mais en plus ils persuadent les lecteurs non familiarisés avec nos idées, que l’anarchisme est un mouvement à l’esprit mesquin, étroit et petit, ébloui par ses propres vanités et insensible aux véritables problèmes de notre temps. Pourquoi rejoindre un mouvement trop occupé à des tâches inquisitoriales pour se préoccuper de la problématique quotidienne de l’ensemble des opprimés, des pauvres, des exploités, des marginalisés ? [3]

Cette virulence dans les attaques contre ceux qui pensent ou agissent de façon différente et ce sectarisme, sont arrivés à leur paroxysme avec les possibilités ouvertes par internet et la communication virtuelle.

N’importe qui peut à l’heure actuelle insulter gratuitement et lâchement, depuis le confort de son foyer et avec la protection offerte par l’anonymat, des organisations ou des référents du mouvement libertaire qui mettent en lumière leur visage et leur lutte. N’importe qui peut laisser libre cours à ses envies destructrices et à son esprit misérable pour dévaloriser les efforts faits, bien souvent avec d’énormes sacrifices par des camarades qui mouillent le maillot pour construire dans les faits une alternative libertaire. Avec toutes les possibilités ouvertes par internet d’échanger des expériences et de débattre, il est parlant que la majorité des forums soient extrêmement pauvres et que lorsque les commentaires sont nombreux, ce soit seulement pour insulter ou pour disqualifier. Ceci est une réalité extrêmement triste et douloureuse pour qui souhaite être honnête dans la lutte.

Ceci est le propre des mouvements éloignés de la réalité, et en vérité, même dans les rangs anarchistes, nombreux sont ceux qui manquent de contact – dans un sens organique, évidemment – avec le monde populaire ou manquent d’efforts pour mener un travail constructif au milieu des exploités. Il ne suffit pas de connaître la lutte par les livres d’histoire, mais il faut savoir l’incarner au jour le jour. Avec des gens déracinés des luttes et des organisations populaires nous croyons qu’un débat effectivement constructif est difficile, et bon en manquant d’expérience pratique, ils sont incapables de maintenir la discussion sur le plan de la réalité et ils sont facilement portés vers l’Olympe des principes abstraits. Et de là aux dénonciations de « trahison de l’anarchisme ». Ceci est son véritable terrain, et c’est pour ça que face aux différences sa réaction naturelle est de se réfugier dans la sécurité de son propre groupuscule, une poignée de gardiens de la foi.

IV.

Ces problèmes auxquels nous nous référons n’est, en rien, un sujet nouveau. Il y a 85 ans ils étaient signalés de manière incisive par Camilo Berneri dans un article dont le ton, à qui a passé un bon bout de temps à militer dans le mouvement anarchiste, sonnera tristement actuel et familier :

(…) Nous sommes immatures. Le démontre ce qui a été débattu à propos de l’Union Anarchiste en faisant des subtilités sur les mots parti, mouvement, sans comprendre que la question n’est pas de forme mais de substance, et que ce qui nous manque n’est pas l’extériorité du parti mais la conscience de parti.

Qu’est-ce que j’entends par conscience de parti ?

J’entends ici quelque chose de plus que le ferment passionnel d’une idée, que l’exaltation générique d’idéaux. J’entends le contenu spécifique d’un programme partidaire. Nous sommes dépourvus de conscience politique dans le sens où nous n’avons pas conscience des problèmes actuels et nous continuons de défendre des solutions acquises dans notre littérature de propagande. Nous sommes utopiques et voilà. Qu’il y aient de nos éditeurs qui continuent de rééditer les écrits des maîtres sans jamais ajouter de note critique démontre que notre culture et notre propagande sont aux mains de gens qui tentent de maintenir sur pieds le même pantin plutôt que de pousser le mouvement à sortir du prêt-à-penser afin de se forcer à la critique, à ce qui est fait pour penser. Qu’il y aient des polémistes qui essayent de coincer l’adversaire plutôt que de chercher la vérité, démontre que parmi nous il y a des franc-maçons, au sens intellectuel. Nous y ajoutons les pisse-copies pour qui l’article est un soulagement ou une vanité et nous avons un ensemble d’éléments qui entravent le travail de rénovation initié par une poignée d’indépendants prometteurs.

L’anarchisme doit être large dans ses conceptions, audacieux, insatiable. S’il veut vivre et accomplir sa mission d’avant-garde il doit se diversifier et conserver haut son étendard bien que cela puisse l’isoler dans le cercle restreint des siens. Mais la spécificité de son caractère et de sa mission n’exclut pas une plus grande inscription de son action dans les fractures de la société qui se meurt et non dans les constructions aprioriques des architectes du future. De même que dans les recherches scientifiques l’hypothèse peut illuminer le chemin de l’expérimentation mais que s’éteint cette lumière lorsqu’elle se révèle fausse, l’anarchisme doit conserver cet ensemble de principes généraux qui constituent la base de sa pensée et le moteur passionnel de son action, mais il doit savoir affronter le complexe mécanisme de la société actuelle sans œillères doctrinales et sans attachement excessif à l’intégrité de sa foi (…)

L’heure est venue d’en finir avec les apothicaires des formules compliquées qui ne voient pas plus loin que leurs récipients pleins de fumée ; l’heure est venue d’en finir avec les charlatans qui enivrent le public avec de belles phrases pompeuses ; l’heure est venue d’en finir avec les simplets qui ont trois ou quatre idées clouées dans la tête et qui exercent en tant que vestale du feu sacré de l’Idéal distribuant les excommunications (…)

Celui qui a un gramme d’intelligence et de bonne volonté, qui fait l’effort de sa propre pensée, qui essaye de lire dans la réalité quelque chose de plus que ce qu’il lit dans les livres et les journaux. Étudier les problèmes d’aujourd’hui signifie éradiquer les idées non pensées, ça signifie amplifier la sphère de son influence en tant que propagandiste, ça signifie faire faire un pas en avant, et même un bon saut en longueur, à notre mouvement.

C’est précisément chercher les solutions en se confrontant aux problèmes. C’est précisément pour nous d’adopter de nouvelles habitudes mentales. De même que le naturalisme surpassa la scolastique médiévale en lisant le grand livre de la nature plutôt que les textes aristotéliciens, l’anarchisme surpassera le pédant socialisme scientifique, le communisme doctrinal enfermé dans ses boîtes aprioriques et toutes les autres idéologies cristallisées.

J’entends par anarchisme critique un anarchisme qui, sans être sceptique, ne se satisfait pas des vérités acquises, des formules simplistes ; un anarchisme idéaliste et en même temps réaliste ; un anarchisme, en définitive, qui greffe de nouvelles vérités sur le tronc de ses vérités fondamentales, qui sache tailler les vieilles branches.

Pas un travail de facile démolition, de nihilisme hypercritique, mais de rénovation qui enrichisse le patrimoine original et lui ajoute des forces et des beautés nouvelles. Ce travail nous avons à le faire maintenant, parce que demain nous devrons reprendre la lutte, qui ne s’ajuste pas bien à la pensée, spécialement pour nous qui ne pouvons jamais nous retirer dans les pavillons lorsque la bataille redouble.

Camillo Berneri

(Pagine Libertarie, Milán, 20 novembre 1922)[4]

Les mots de Berneri nous blessent par leur acuité, mais avant tout, par leur douloureuse actualité. Prime encore, dans la discussion, l’envie de défaire l’adversaire plus que celle d’avancer et d’apprendre. Priment encore l’esprit de secte au-dessus de l’esprit de parti. Ceci fait que, à la moindre différence, les groupes se divisent. Ce n’est pas que nous soyons partisans de l’unité à tout prix ; l’unité n’a de sens que lorsqu’il y a des pratiques et des idées fondamentales convergentes (pas identiques, puisque les différences sont fondamentales pour le développement d’une ligne politique). Mais nous sommes de farouches adversaires du sectarisme et de la division pour des mesquineries.

V.

L’article de Berneri cité n’est pas seulement très important pour la critique qu’il fait du mouvement, mais en plus, parce qu’il remet à sa place l’importance du développement de la pensée critique dans notre mouvement. Je crois que notre mouvement ne sait toujours pas prendre le pouls de l’importance du développement de la critique et du débat en son sein.

Il existe une relation directe entre le niveau de discussion dans un mouvement politique et son dynamisme. Et seul un mouvement dynamique prend l’initiative politique et sait influer sur la réalité. Ce facteur, le dynamisme, laisse à désirer dans les médias anarchistes. Nous sommes trop habitués à traiter la divergence d’opinion de deux manières apparemment opposées : ou nous nous insultons, insinuant que ceux qui pensent différemment ne sont pas de vrais anarchistes, ou nous ignorons les différences en disant qu’au final dans l’anarchisme tout a cours (même les idées les plus extravagantes). Le résultat de ces deux mécanismes d’affrontement du dissentiment est identique, cependant, et c’est qu’en fin de compte il n’y a pas de discussion. Ou nous nous enfermons dans des chapelles différentes, ou nous montons une unique grande arène où tous coexistent mais où personne ne touche aux thématiques brûlantes pour ne pas heurter les « susceptibilités ».

Bien que superficiellement ils semblent être des extrêmes diamétralement opposés, le « tout a cours » dans l’anarchisme et le sectarisme dogmatique sont identiques dans le fait que les deux font échouer la discussion et l’avancée des idées.

VI.

Je crois, que si nous ne savons débattre entre nous, nous saurons alors encore moins débattre avec d’autres secteurs du monde populaire et il en résultera que nous échangerons la lutte politique (l’échange et le questionnement des idées et pratiques) pour un infatigable et insupportable prêche entre convaincus. Un résultat suffisamment parlant est qu’une grande majorité de publications de « divulgation » anarchiste semblent être adressées à d’autres anarchistes bien plus qu’à ceux à qui nous devrions divulguer nos idées : à cette large masse de personnes qui ne pensent ni n’agissent de manière anarchiste [5].

De la même manière qu’entre nous la différence d’opinion ou de pratique est synonyme d’anathème, à l’encontre du reste du mouvement révolutionnaire ou de la gauche, ou même du peuple, nous montrons le même entêtement. « Réformistes », « Fascistes rouges », « Autoritaires » sont des termes abusifs qui n’ont que peu de sens, voir aucun à ce niveau, précisément, pour avoir été tant pervertis. Des termes qui, au lieu de nous aider à éclaircir les divergences et jeter des ponts dans les discussions, nous isolent, sans nous aider ni à persuader ni à éclaircir les véritables points du débat. Tous les problèmes de méthodes et de conceptions avec le reste de la gauche sont réduits à une simple formule « vous voulez prendre le pouvoir et nous non ». J’ai toujours pensé au côté absurde de cette énoncé : n’importe qui réellement aveuglé par l’obsession de détenir le pouvoir ferait mieux de s’allier aux partis de gouvernement ou de la bourgeoisie, plutôt que de militer dans un parti communiste ou d’inspiration socialiste, ce qui indubitablement peut lui attirer plus de problèmes que de bénéfices matériels dans l’immédiat. C’est autre chose ce qui arrive lorsque ces partis arrivent à avoir quelque pouvoir entre leurs mains, ou lorsqu’ils parviennent à développer une bureaucratie ayant une quelconque parcelle de pouvoir au sein d’un quelconque mouvement influent. Mais j’insiste, ceci est un problème de méthodes plus que des sinistres intentions originelles.

Ceci n’exclut pas qu’au sein de la gauche, comme n’importe où, il y ait des gens malhonnêtes, des gens opportunistes, des gens avec un esprit étriqué et incapables de comprendre la réalité au-delà de leurs étroites œillères partisanes, ou encore pire, des gens qui fassent passer les intérêts de leur secte avant ceux de l’ensemble du peuple. Mais entre accepter ceci et supposer que nous sommes le seul secteur révolutionnaire bien intentionné, pur et dévoué, il y a une énorme différence.

VII.

Luigi Fabbri, dans son document fondamentale « Les influences bourgeoises dans l’Anarchisme » se plaignait alors en 1918 du problème du langage utilisé entre anarchiste pour débattre, mais également envers d’autres secteurs populaires ou de gauche. Sa plainte est particulièrement révélatrice pour tout ce que j’ai essayé d’exposer. Fabbri nous dit :

« Le but de la propagande et de la polémique est de convaincre et persuader. Donc bon : on ne convainc pas et on ne persuade pas par la violence du langage, avec des insultes et des invectives, mais avec la courtoisie et l’éducation des manières. [6]. »

Et il continue :

« (…) Mais la violence du langage dans la polémique et dans la propagande, la violence verbale et écrite, qui s’est parfois résolu douloureusement par des actes de violence matérielle contre des personnes, la violence qui, surtout, je le déplore, est celle utilisée contre d’autres partis progressistes, plus ou moins révolutionnaires, ce qui importe peu, qui sont composés d’opprimés et d’exploités comme nous, des gens qui comme nous sont animés par le désir de changer pour le meilleur la situation politique et sociale actuelle. De tels partis, qui aspirent au pouvoir, lorsqu’ils y parviennent, seront indubitablement des ennemis des anarchistes, mais comme ceci est encore loin d’arriver, comme leurs intentions peuvent être bonnes et que beaucoup des maux qu’ils veulent éliminer nous voulons également les voir disparaître, et comme nous avons beaucoup d’ennemis communs et qu’en commun nous auront, sans doute, à livrer plus d’une bataille, il est inutile, quand ce n’est pas préjudiciable, de les traiter avec violence, étant donné que pour l’instant ce qui nous divise est une différence d’opinion, et traiter violemment quelqu’un parce qu’il ne pense pas ou n’agit pas comme nous est une prépotence, un acte antisocial.

La propagande et la polémique que nous menons envers les éléments des autres partis, tend à les persuader de la bonté de nos raisons, à les attirer dans notre sphère. Ce que nous avons dit précédemment dans les grandes lignes, c’est-à-dire, qu’on persuade mal celui qu’on traite mal, s’applique plus particulièrement lorsqu’il s’agit d’éléments assimilables : des ouvriers, des jeunes, des intelligences déjà éveillées, des hommes qui sont sur le chemin de la vérité. Le choc de la violence, au contraire, loin de les pousser, les arrête en chemin, par réaction. Certains de leurs chefs peuvent agir de mauvaise foi, mais dites-moi : sommes-nous sûrs que parmi nous il n’y a pas aussi des personnes qui agissent de la même manière ? Nous devons tâcher de les attaquer en les attrapant, comme on a l’habitude de dire, la main dans les sac, lorsqu’il est évident qu’ils agissent de mauvaise foi, et ne pas se mettre à attaquer tout le parti. Il est certain que beaucoup de leurs doctrines sont erronées, mais pour démontrer leur erreur les insultes ne sont pas nécessaires ; certaines de leurs méthodes sont nocives pour la cause révolutionnaire, mais en agissant, nous, de manière différente et en faisant de la propagande par l’exemple et la démonstration raisonnée, nous leur montrerons que nos méthodes sont meilleures.

Toutes les considérations de ce travail m’ont été suggérées par la constatation d’un phénomène que j’ai observé dans notre camp. Nous nous sommes tant habitués à donner de la voix toujours et à tout propos, que nous avons perdu graduellement la valeur des mots et de leur relativité. Les mêmes adjectifs méprisants nous servent de la même manière à attaquer de front le curé, le monarque, le républicain, le socialiste, et même l’anarchiste qui ne pense pas comme nous. Et ceci est un défaut primordial. Si une quelconque différence se fait jour, c’est plutôt au bénéfice de nos pires ennemis. On peut dire que les anarchistes et les socialistes nous n’avons jamais usé de tant d’insolence envers le curé et le monarque qu’envers les républicains, et que les anarchistes n’en ont jamais autant dit aux bourgeois qu’ils n’en ont dit aux socialistes. Et je dirais plus encore : spécialement ces derniers temps, il y a eu des anarchistes qui ont ont traité d’autres anarchistes, qui ne pensaient pas exactement comme eux, comme jamais ils n’ont traité les clercs, les exploiteurs et les policiers réunis.

(…) je crois qu’il vaudrait mieux que nous nous attachions à nous connaître, et, surtout, à travailler sans jamais perdre de vue qu’en face nous avons l’ennemi, le véritable ennemi qui guette le moment de notre faiblesse pour nous assener ses coups. Parce que nulle part comme au milieu des partis où l’action est l’unique raison de vivre, on ne peut dire avec de meilleurs raisons que l’oisiveté est le pire des vices et le premier d’entre eux est celui de la discorde. » [7]

On ne peut être plus lapidaire et précis que dans cet jugement. Et une nouvelle fois nous voyons que, en 90 ans nous avons appris extrêmement peu et qu’il nous manque encore beaucoup pour avancer dans la construction d’un espace sain de débat, où nous pouvons apprendre et avancer.

VIII.

Pour nous, la critique et le débat doivent être des outils pour la construction, avant tout. Ne nous intéresse pas le débat pour démontrer « qui a raison », ni le débat à des fins purement sportives, mais celui servant à chercher le chemin le plus judicieux pour affronter les problèmes auxquels notre mouvement est confronté et dans un esprit véritablement constructif. Il est certain qu’une telle forme de débat doit avoir pour point de départ la pratique, car nous croyons que le débat doit être fermement ancré dans la réalité pour ainsi éviter les distorsions propres à la méconnaissance pratique ou de l’idéalisme en résultant. De plus, seule la discussion fondée sur des expériences équivalentes peut générer un langage commun et productif. Si donc on critique une organisation pour sa manière de faire les choses, certainement, nous devons être capables de montrer qu’existe une autre manière de les faire ou, qu’au moins nous puissions suggérer des alternatives. Bien qu’il soit nécessaire d’avoir présent à l’esprit à chaque moment qu’il est rare qu’une position soit entièrement bonne et que, en fin de comptes, c’est la même pratique, le développement de la réalité, laquelle se voue à trancher les positions les plus judicieuses des moins judicieuses.

Bien, un autre point important est que si la critique révolutionnaire ne s’accompagne pas d’une pratique, elle est alors insignifiante. Bon, quel sens peut avoir une critique se vantant d’être révolutionnaire si elle n’est pas disposée à se convertir en verbe, dans l’action indispensable pour qu’il y ait un vrai mouvement révolutionnaire et non en pure dilettantisme intellectuel ? Le révolutionnaire, à la différence du politicard, ne parle pas depuis le parterre, depuis la place de spectateur : le révolutionnaire doit parler depuis l’action et depuis l’effort, aussi humble qu’il puisse paraître, de se convertir en alternative au présent. Je tends à être aussi sceptique envers les hypercritiques que des ultra-révolutionnaire qu’on ne voit jamais dans aucune expérience concrète et qui jamais ne se sont sali les mains. Ceci est une vision constructive de la critique : une qui se forge à la chaleur de la construction concrète et non du seul esprit de destruction de l’effort de l’autrui.

Le débat doit, de plus, être mis au service de la pratique, bref, la dynamique qu’il génère doit servir à enrichir nos expériences. Et vice versa, la pratique amène ensuite de nouveaux éléments pour avancer dans la théorie, et comme disait Berneri, vers un anarchisme qui sache tailler les anciennes branches, qui sache insérer des vérités nouvelles à ses vérités fondamentales et qui sache se rénover, parce que bon c’est l’immobilisme intellectuel le principal facteur de notre incapacité à comprendre complètement les phénomènes d’un monde qui est en perpétuel transformation.

Mais la critique n’a pas seulement pour rôle de nous aider à mieux comprendre notre réalité et à développer des concepts, des préceptes et des propositions plus judicieuses face aux nécessités de notre époque. Le débat est aussi important pour avancer et se défaire d’idées erronées, mal formulées ou insuffisantes. Comme me disait un jour un camarade : « tu n’es pas parvenu à me convaincre par notre débat, mais au moins, il m’a servi à découvrir mes propres faiblesses et donc à renforcer mes idées ». Ce n’est pas tomber dans un dialogue de sourds, à condition de nous répondre et d’écouter les arguments de l’autre. Plus encore, c’est une aide cruciale pour avancer, puisqu’elle donne de la force aux idées et elles apparaissent alors mieux argumentées, plus convaincantes et plus judicieuses. Tout en nous défaisant des idées fausses ou disparates.

Enfin, la critique et le débat sont extrêmement importants pour jeter des ponts vers d’autres courants. En développant ça nous pouvons approcher ceux qui ont été attirés par d’autres courants, nous pouvons gagner d’autres organisations à nos positions ou nous pouvons apprendre d’elles et nous rendre compte que, dans certains aspects précis de notre politique, nous faisions erreur. Seul là où a été jeté le pont d’une saine discussion, il peut y avoir une pratique libre de tout sectarisme qui, respectant les différences, soit capable de conjuguer les efforts là où il y a unité de points de vue.

IX.

Ces paroles ne sont pas écrites avec l’intention de dénoncer ou désigner tel ou tel camarade comme sectaire. Je ne crois pas non plus qu’il existe aucun courant libre de ce vice qui s’est converti en coutume dans nos cercles. Bien souvent est aussi coupable celui qui provoque que celui qui se laisse provoquer et suit le courant. Nous savons tous qu’il y a « des francs-maçons au sens intellectuel » dans le mouvement ; nous savons tous qu’il y a des dévots du « Saint Office » ; eux n’ont pour nous la moindre bienveillance. On en a rien à secouer, comme on dit, car nous savons que rien de ce qui est fondamentale pour parvenir à une société libre ne se tranche de ce côté-là. Mais ce qui est préoccupant, c’est qu’eux parviennent à rallier d’autres camarades ou organisations qui se révèlent précieux pour cet obstacle. Et pire encore, que la culture du débat ait comme référent commun tracé par cet esprit insignifiant. Et pire encore : que les camarades qui, depuis certains aspects ou perspectives, qui seraient présent dans la lutte et la construction n’aient pas encore appris à générer ces dynamiques d’échange salutaire. C’est ce qui est vraiment préoccupant.

La gauche traditionnelle a été sectaire, a été dogmatique et a fréquemment ignoré la réalité qui l’entoure. Je ne crois pas que les anarchistes, en général, aient été meilleurs. Il est temps de donner l’exemple. Ce que nous devons viser c’est construire des espaces de discussion et changer les habitudes malsaines au sein de notre mouvement, qui n’apportent rien au débat et entravent le développement du nécessaire esprit critique dont a tant besoin le mouvement révolutionnaire pour faire face aux difficiles tâches de régénération sociale que nous avons devant nous.

[1] Dans “‘Anarchisme & Syndicalisme’ Le Congrès Anarchiste International d’Amsterdam (1907)” Ed. Nautilus-Monde Libertaire, 1997, p.161.

[2] Cet attrait pour la dénonciation est arrivé, lamentablement, à des extrémités morbides dans les médias argentins et espagnols.

[3] Luigi Fabbri, le fameux anarchiste italien, dit que la première fois qu’il a vu des journaux anarchistes ceux-là ne l’ont pas convaincu et que si ça avait du être par la propagande écrite des anarchistes, il ne se serait jamais rapproché du mouvement. Lamentablement, beaucoup de notre presse aujourd’hui, par sa virulence contre le reste de l’anarchisme et de la gauche tient plus un rôle de contre-propagande que de propagande proprement dit.
[4] Dans “Camillo Berneri: Humanisme et Anarchisme” Ed. de Ernest Cañada, ed. Los libros de la Catarata, 1998, pp.43-46.

[5] Il y a évidemment des articles (comme celui-là même que j’écris) ou des publications qui sont dirigées principalement au public libertaire, qui est son véritable auditoire. Jene me réfère certainement pas dans cet article à ce type de publications, mais à celles qui explicitement se disent de « propagande », de « diffusion », de « divulgation », etc…

[6] Luigi Fabbri, “Influences Bourgeoises de l’Anarchisme”, éd. Solidarité Ouvrière (Paris), 1959, p.53.

[7] Ibid. pp.56-59.

Auteur(s): José Antonio Gutiérrez
Notas: Publicado el 12 de noviembre de 2007.
Source: anarkismo.net
http://es.theanarchistlibrary.org/librar…evoluciona