Archive for juin 2013

La Petite école zapatiste IV.

Texte original ici.

 

Traduction de la quatrième partie du communiqué « Les condisciples », de l’EZLN.

La première et la troisième vidéo sont vraiment excellentes!!! 😉

 

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École secondaire rebelle autonome zapatiste « 1er janvier »,
Oventic, Chiapas, janvier 2006 -photo @LeSerpentàPlumes

 

 

Les condisciples IV.

Nos maîtres ne seront pas là.

 

Juin 2013.

 

Aux adhérents de la Sexta du Mexique et du Monde :

Aux étudiantEs de la Petite école zapatiste :

 

Compañeros, compañeroas, compañeras:

 

Hé oui, en vérité vous aurez comme camarades de classe quelque chose du meilleur de ce monde.

Mais vous certainement, puisque vous serez sur ces terres en résistance, regretterez la présence de celles et ceux qui ont été, et sont, très importants pour nous, hommes et femmes zapatistes. Celles et ceux qui nous ont accompagné depuis toujours et nous ont guidé et appris par leur exemple. Celles-là et ceux-là, comme beaucoup d’autres hommes et femmes, ne sont pas de l’EZLN. Certains sont de la Sexta (adhérents de la sixième déclaration de la forêt Lacandona, ndt), d’autres du Congrès National Indigène, beaucoup d’autres ont bâti leurs propres maisons et, pourtant empruntent le même chemin que nous. Elles toutes et eux tous d’une manière ou d’une autre sont partie-prenante de nos succès, si grands ou modestes qu’ils soient.

De nos erreurs et échecs, qui ne sont pas rares ni petits, nous seuls sommes responsables.

Parce que peut-être vous demandez-vous qui nous a enseigné à résister, à lutter, à persévérer et coment.

Et, surtout, vous vous demandez pourquoi ne sont pas là, assis à vos côtés, comme d’autres étudiantEs, les peuples originaires du Mexique et du Monde, en particulier d’Amérique Latine.

La réponse est simple : parce qu’ils ont été, et sont, nos maîtres.

Ainsi seront absents les premiers des premiers, ceux sur le sang et la douleur desquels s’est érigé le monde moderne : les peuples originaires.

Ne seront pas vos condisciples les peuples indigènes ni leurs organisations les plus représentatives.

Nous ne les invitons pas à la petite école.

Peut-être vous demandez-vous si nous ne devenons pas fous, ou si c’est une sale manipulation, dans le genre des politiciens d’en-haut, pour nous substituer aux peuples indiens et nous présenter nous-même comme LE peuple indigène par excellence.

Mais non, nous ne les invitons pas seulement et simplement parce que nous n’avons rien à leur apprendre.

Pourrions-nous apprendre aux peuples indiens ce qui signifie d’être traité comme étranger sur les terres qui furent les nôtres, bien avant que le monde ne commence le décompte astucieux de l’histoire d’en-haut, et que dans notre ciel s’imposent des drapeaux étrangers ?

Leur apprendrions-nous ce qu’on ressent à être objet de moqueries pour les costumes, pour la langue, pour la culture ?

Leur apprendrions-nous ce que signifie être exploités, dépouillés, réprimés, méprisés des siècles durant ?

Que pourrions-nous leur enseigner, nous, aux frères de la Tribu Yaqui et au Mayo Yoreme sur ce que représente le vol des ressources naturelles et la nécessaire résistance face à ce pillage?

Qu’apprendre au Kumiai, au Cucapá, au Kikapú, au Pame, sur ce que c’est de se voir persécuté presque jusqu’à l’extinction, et, pourtant, persister ?

Qu’apprendre au Nahua, aux terres envahies par les mines et les fonctionnaires corrompus et, peu importe la persécution et la mort, qui continuent la lutte pour expulser les envahisseurs à la bannière de l’argent?

Qu’apprendre au Mazahua et au Ñahñu sur ce qu’on ressent à être moqué pour les vêtements, la couleur, la façon de parler, et, plutôt que d’avoir honte, peindre le vent de sons et de couleurs ?

Qu’apprendrions-nous aux Wixaritari sur la destruction et l’expropriation de la culture avec l’alibi du « progrès », et, résister, guidé par les anciens ?

On leur apprendrait au Coca, au Me´hpaa, au Teneke à ne pas se rendre ?

Au Amuzgo à lutter pour leurs droits ?

Aux Mayas que leur apprendrions-nous sur ce qu’est l’imposition, par la force, le vol et la criminalisation, d’une culture étrangère soumettant l’originale ?

Au Purépecha lui parlerions-nous de la valeur de vie de la culture indigène ?

Au Popoluca, Zapoteco, Mixteco, Cuicateco, Chinanteco, Chatino sur ce que représente de continuer à lutter envers et contre tout ?

Au Rarámuri sur la faim peu silencieuse et l’invincible dignité ?

Et dans l’Amérique latine endolorie :

Pourrions-nous apprendre quoi que ce soit à l’un de nos grands frères, le peuple Mapuche, de ce qu’est résister à la continuelle guerre d’expulsion et d’extermination ? A survivre à une longue liste de mensonges, d’offenses et de moqueries, maquillés de toutes les couleurs politiques d’en-haut ?

Et à n’importe quel peuple originaire du Mexique, d’Amérique, du Monde, que pourrions-nous leur apprendre, nous, hommes et femmes zapatistes, les plus petitEs ?

Que vont-ils apprendre de nous ?

A résister ?

Leur seule existence démontre qu’ils peuvent donner des cours à la grande école du Monde, pas en recevoir.

Non, nous n’invitons pas les peuples originaires à la petite école pour la simple raison que, dans notre histoire, c’est nous qui avons été de maladroits élèves de ces géants.

Bien sûr nous leur enverrons le matériel. Mais…

On va leur apprendre comment c’est de vivre dans une communauté, sentir ce qu’est d’avoir une autre culture, une autre langue, d’autres manières ?

A lutter ?

A imaginer et créer des résistances ?

Pas moyen.

Des peuples indiens, de toute façon, hommes et femmes zapatistes nous avons encore beaucoup à apprendre.

Alors, ils viendront plus tard, et nous irons chez eux, nous, continuer à apprendre.

Et, quand ils arriveront à la rencontre spéciale que nous feront avec eux, résonneront nos meilleures notes, les plus diverses et les plus vivantes des couleurs orneront leurs pas, et notre cœur s’ouvrira de nouveau pour accueillir celles et ceux qui sont nos grands frères, les plus grands, les meilleurs.

Parce qu’honorer celui qui enseigne, c’est aussi honorer la terre.

Ils viendront dans nos maisons, avec eux nous partagerons aliments et souvenirs.

Nous les hausserons au-dessus de nous.

Et, dressés sur nos épaules, ils s’élèveront toujours plus.

Et nous leur demanderons ce qu’ils regardent.

Nous leur demanderons qu’avec leurs yeux ils nous apprennent à voir plus loin, plus ample, plus profond, plus haut.

Que nous reçoivent leurs paroles et que nous nous abreuvions en elles.

Qu’ils nous aident à grandir et être meilleurs.

Pour eux ont été, sont et seront toujours nos meilleures accolades.

Ainsi ils ne seront pas là nos maîtres.

Mais ne soyez pas tristes. Il est certain que ces peuples, qui ont pu résister jusqu’à maintenant à toutes sortes d’attaques, sauront être généreux et, le moment venu, vous ouvrir leurs cœurs, comme nous le faisons, nous, maintenant.

Parce qu’ils nous ont appris à ne pas voir les bruits qui assourdissent et aveuglent.

Parce qu’ils nous ont appris à ne pas écouter les couleurs de la duperie et de l’argent.

Parce qu’ils nous ont appris à les voir et à nous voir, à les écouter et à nous écouter.

Parce qu’ils nous ont appris qu’être indigène c’est avoir la dignité pour toit et destin.

Parce qu’ils nous ont appris non pas à tomber, mais à nous lever.

Parce qu’ils nous ont appris la valeur qu’il y a à être de la couleur de la terre dont nous sommes.

Parce qu’ils nous ont appris à ne pas avoir peur.

Parce qu’ils nous ont appris que pour vivre, nous mourrons.

Allez. Salut et silence pour écouter le pas qui vient du plus profond des mondes qui dans le monde sont et ont été.

Depuis les montagnes du Sud-Est mexicain.

SupMarcos.

Mexique, juin 2013.

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Ecoutez et regardez les vidéos qui accompagnent ce texte.

Sub-verso, junto con Portavoz, avec la chanson « Lo que no voy a decir », avec honeur et salut. Longue vie au Peuple Mapuche:

ICI

 

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A la mémoire de Juan Vázquez Guzmán, indigène tzeltal membre du CNI (Conseil National Indigène, ndt) et adhérent de la Sexta, assassiné en avril 2013, au Chiapas, Mexique. Rappelé ici par ses compañeras y compañeros de l’Ejido (terrain collectif) San Sebastián Bachajón, et par nous toutes et tous:

ICI

 

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Ici le Aho Colectivo, avec Venado Azúl, Rubén Albarrán (Café Tacvba), Poncho Figueroa (Santa Sabina), Roco Pachukote (Sonidero Meztizo), Lengualerta, Hector Guerra (Pachamama Crew), Moyenei Valdés (Sonidero Meztizo), Valle González-Camarena, Memo Méndez Guiu et Moi Gallo pour la partie musicle, Marcoatl, el Gallo, Benjamin Ramauge, Gaby Fuchs, Damian Mendoza et Jose Matiella, exprimant clairement que WIRIKUTA NE SE VEND PAS, WIRIKUTA SE DÉFEND!

ICI

L’éducation sauce Chili…

Texte original ici.

 

Depuis plusieurs mois les étudiants chiliens manifestent pour un système éducatif de qualité et gratuit. Depuis des mois le gouvernement de Sebastian Piñera (premier président de droite depuis la fin de la dictature en 1990) et la ministre de l’éducation, Carolina Schmidt, font la sourde oreille pour maintenir un système éducatif hérité de l’ère Pinochet!

Voici la traduction du communiqué d’occupation de radio Bio Bio, trouvé sur le site du FEL, Frente de Estudiantes Libertari@s (Front des Étudiants Libertaires, que je vous invite à suivre sur twitter: @fel_chile ).

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Le FEL à Valpo! (via @fel_chile)

Communiqué d’occupation de Radio Bío Bío

Publié le 26 juin 2013
 

Dans le cadre de la journée de mobilisation de ce mercredi 26 juillet, étudiants, habitants et travailleurs du pays nous vous faisons parvenir le message suivant:

Nous utilisons ce canal parce que, ceux qui ont tenu le pouvoir politique et économique du pays, durant ces 40 dernières années, nous ont tourné le dos, repoussant nos droits, les droits de tout le peuple chilien.

Aujourd’hui nous lançons un appel simple. Nos exigences sont basiques et constituent le socle minimum pour la construction d’un nouveau Chili, un pays juste, digne et souverain pour tous ceux qui l’habitent.

1. Nous demandons un nouveau projet éducatif public et de qualité qui soit gratuit et capable de former des personnes ayant des connaissances actives et critiques, capable de construire une société meilleure.

2. Nous exigeons de mettre fin à l’actuel système budgétaire. Nous voulons éliminer les AFP (Administradoras de Fondos de Pensiones, Administrations de Fonds de Pensions, ndt) et mettre à leur place un système solidaire de répartition tripartite qui assure des retraites dignes pour tous les retraités de notre pays.

3. Nous demandons la renationalisation urgente des ressources naturelles, qui nous appartiennent de droit, en plus d’une profonde réforme fiscale, dont les recettes nous permettront de financer et solutionner les carences que nous, la majorité des Chiliens et Chiliennes, devons surmonter: l’éducation, la santé, le logement et assurer le futur de nos retraités.

Par ce message nous lançons un appel à construire un peuple devenant puissant. Aujourd’hui nous voulons représenter les millions d’hommes et de femmes qui composent notre pays et qui ont été abandonnés et exclus. Car nous sommes conscients que nos revendications ne seront pas prise en compte par la classe politique, parce que aussi bien la concertation que l’alliance ont construit ce modèle qui nous asphyxie aujourd’hui. Par là, nous entendons qu’il n’y a que par l’union des abandonnés, des opprimés, des sans-voix, les travailleurEUSEs, les habitantEs, les étudiantEs, en un mot, seul l’union de toutes et tous et à partir d’une mobilisation sociale, que nous pourrons construire ce nouveau pays.

A vous tous nous parlons avec sincérité, et nous vous disons qu’unis, l’espoir et le rêve d’un pays juste ne sera plus alors une promesse vide, mais que nous réussirons à construire un Chili où nos enfants étudieront et développeront leurs capacités au maximum, où nos travailleurs auront le salaire et les conditions qu’ils méritent et où le futur de nos retraités ne sera plus motif d’angoisse.

Pour la construction d’un nouveau Chili!

Éducation publique gratuite et de qualité!

Fin des AFP!

Renationalisation des ressources naturelles!

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Pour compléter le communiqué des étudiants libertaires, un article paru dans El Pais  (quotidien espagnol) ce jeudi 27 juin:

Les étudiants chiliens radicalisent les mobilisations à quelques jours des primaires

Leur manifestation a réuni 100 000 personnes dans le centre de Santiago, selon les organisateurs, et a été soutenu par les travailleurs du cuivre et portuaires.

Ainsi qu’ils l’avaient annoncé début juin, les étudiants ont tenu leur promesse de radicaliser leurs mobilisations. A quatre jours des primaires présidentielles qui se dérouleront dimanche prochain, la quatrième journée de protestation étudiante de l’année a pour la première fois pu compter sur l’appui des travailleurs du cuivre et portuaires, qui ont bloqué temporairement l’accès aux mines et ports pendant la matinée.

Les incidents ont commencé au petit matin dans la capitale chilienne quand une vingtaine de coins de rues ont été bloqués par des barricades et des braseros. Les faits se sont produits dans des secteurs proches des universités publiques et privées, provoquant des dommages aux locaux commerciaux voisins, à une caserne de carabiniers qui a été attaquée avec une bombe incendiaire et le chaos général de la circulation routière.

Les manifestations matinales ont provoqué la réaction immédiate du ministre de l’Intérieur, Andrés Chadwick. « Ce sont des extrémistes violents qui agissent de façon coordonnée », a accusé le secrétaire d’Etat, qui a annoncé porter plainte et a appelé les organisateurs de la manifestation de l’après-midi à contrôler les manifestants masqués et à marcher pacifiquement. Cependant, ça ne s’est pas passé ainsi et à partir de 13h les actes de vandalisme se sont déchaînés en divers points du centre de Santiago. Les scènes les plus violentes se sont produites sur la Place « Los Héroes » sur l’Alameda, l’avenue la plus importante de la ville.

Avec des dégâts sur les arrêts d’autobus, les feux rouges et le saccage de locaux commerciaux, les affrontements ont pris fin vers 18h, heure locale, par un bilan de 16 détenus, selon un rapport des carabiniers, en plus d’une dizaine d’étudiants et policiers blessés.

Les organisateurs de la manifestation ont condamné le vandalisme et ont souligné qu’ils avaient réunis plus de 100 000 manifestants. « Avec l’appui des travailleurs portuaires et ceux du cuivre à Chiquicamata et El Teniente [les gisements miniers les plus importants du pays], nous avons confirmation aujourd’hui que les revendications ne sont pas celles des seuls étudiants, mais de toute la société », a déclaré à El Pais Andrés Fielbaum, président de la Fédération des Étudiants de l’Université du Chili (FECh), la plus importante du pays.

En région, les mobilisations des travailleurs du cuivre ont commencé au levé du jour à Calma, ville du nord, où les étudiants rejoins par les fonctionnaires municipaux et les travailleurs de la mine de Chuquicamata – la plus grande du Chili – ont bloqué l’accès au gisement. Le même blocage a été organisé à la mine de cuivre El Teniente, situé à 100km au sud de Santiago. Pendant ce temps, 2000 ouvriers portuaires ont arrêté le travail à Talcahuano, San Antonio et Valparaíso, entre autres embarcadères.

Le président Sebastián Piñera a condamné les violences et a également annoncé qu’il enverrait dans les prochains jours au Congrès « un projet de loi établissant l’identification préventive en cas de désordres publics ou de manifestations massives ». Concrètement, la mesure permettra de demander leur identité aux participants à une manifestation sans pour cela qu’ils soient pris en flagrant délit d’actes répréhensibles. Pour Piñera, l’objectif de l’initiative n’est pas de restreindre la liberté, question sur laquelle diverge le président de la FECh, Andrés Fielbaum, pour qui la mesure « sent les arrestations sur simple présomption ».

Les mobilisation du jour ont eu lieu dans le cadre de la crise de l’éducation publique chilienne qui a commencé en 2006 avec pour protagonistes les lycéens. Puis, en 2011 – avec la dirigeante Camila Vallejo comme principale représentante -, les universitaires sont parvenus à imposer leur mot d’ordre de « fin des profits » et « éducation gratuite et de qualité » dans l’agenda public.

Aujourd’hui les revendications étudiantes font fondamentalement partie des propositions des pré-candidats à la présidence, particulièrement de ceux de l’opposition de centre-gauche, qui s’affronteront dimanche prochain pour les élections primaires. Selon toutes les enquêtes, l’ex-présidente Michelle Bachelet – qui a durement critiqué les émeutes – devrait sortir vainqueur à une large majorité et devrait être aux prises le 17 novembre prochain pour retourner à La Monedad (nom du palais présidentiel chilien, ndt) avec Andrés Allamand ou Pablo Longueira, les pré-candidats officiels au coude à coude pour ces élections.

Avec près de 30 universités mobilisées, il y a pour le moment une vingtaine de lycées occupés par les élèves, où doivent se dérouler les élections de dimanche. Pendant ce temps au Service Électoral et au Ministère de l’Intérieur ils travaillent afin de régler le problème, certains maires ayant proposé d’ouvrir des établissements alternatifs pour les élections. A presque 24h de l’échéance, il n’y a toujours aucune certitudes sur ce qui se passera quand les militaires devront – selon la loi – prendre le contrôle des lycées ce vendredi à 0h00.

La Petite école zapatiste III

Texte original ici.

 

Traduction de la troisième et dernière (?) partie du communiqué de l’EZLN intitulé « Les condisciples ». Vous en trouverez également une traduction sur le site du CSPCL.

 

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Arrivée des bases de soutien zapatistes à San Cristobal de las Casas, pour le lancement de l’Autre Campagne le 1er janvier 2006. – Photo @LeSerpentàPlumes

 

Les condisciples III.

Ils ne l’ont pas été, ne le sont pas et ne le seront pas…

comme invitéEs

 

Juin 2013

Aux adhérents et adhérentes de la Sexta du Mexique et du monde :

Aux étudiants et étudiantes de la Petite école zapatiste :

Compañeros, compañeroas, compañeras:

Les personnes suivantes ne seront pas vos camarades de classe à la Petite école, parce que nous ne les invitons pas :

Les législateurs qui formèrent la Commission de Concorde et Pacification (COCOPA) pour la période 1996-1997. Bien que cela aurait pu leur servir à se rendre compte qu’ils ne s’étaient pas trompé avec leur initiative pour la reconnaissance des droits et de la culture indigène, celle-là même que trahirent tous les partis politiques, les pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire.

Les législateurs de la COCOPA actuelle. Bien que cela aurait pu les aidé à trouver la porte pour renouer le dialogue avec l’EZLN.

Les présidents des partis politiques officiellement enregistrés (PRI, PAN, PRD, PVEM, PT, MC et NA). Parce que nous n’avons pas assez d’anti-acides pour soulager la colère qu’ils éprouveraient en se rendant compte de ce qui peut se faire, non seulement sans les partis politiques, mais en dépit d’eux.

Les présidents de bureaux de la chambre législative et les présidents des fractions parlementaires. Bien que cela aurait pu leur servir à constater ce que la contre-réforme de la loi indigène qu’ils maintiennent n’a pu empêcher.

Le Ministère de la Défense Nationale, Le Ministère de la Marine, le CISEN, la PGR, la Commission Nationale de Sécurité, le Ministère du Développement Social, la Cour Suprême de Justice de la Nation. Bien que cela aurait pu confirmer leurs rapports de renseignement qui leur disent l’amélioration significative du niveau de vie des communautés indigènes zapatistes malgré leur travail de contre-insurrection, leur soutien aux groupes paramilitaires et le traitement policier qu’ils donnent à une lutte juste et légitime. De plus ils auraient aussi pu constater, de première main, la persistance de ce qu’avec tant d’acharnement ils ont essayé de détruire : l’autonomie indigène.

Le Département d’État Nord-américain, la CIA, Le FBI. Bien que cela aurait pu les aider à comprendre leurs échecs répétés… et ceux à venir.

Les différentes agences d’espionnage qui se languissent d’ennui à San Cristobal de la Casas, Chiapas, et dont l’unique occupation est d’encourager les ragots qui pullulent sur les ONG locales.

Le Commandeur, celui qui les dirigent tous, devant lequel ils s’inclinent et qu’ils adulent. Bien qu’il aurait pu simplement frémir en voyant que ce cauchemar récurrent dont il souffre, a des allures de réalité.

Ils ne l’ont pas été, ne le sont pas, ne le seront pas comme nos invités.

Par contre, ils l’ont été, ils le sont et le seront comme nos persécuteurs, comme ceux qui cherchent la manière de nous détruire, de nous faire plier, de nous acheter, de nous faire nous rendre.

Ils nous espionnent, nous surveillent, nous maudissent toujours, comme aujourd’hui, comme hier, comme il y a 10, 20, 30, 500 ans.

Nous ne les invitons pas non seulement parce que notre programme d’étude n’inclut pas les groupes à l’apprentissage nul, ou pour ne pas alimenter le « bashing » dont ils seraient l’objet de la part des autres étudiants (je sais, ça c’est dommage), ou parce que nous n’avons pas d’autre façon de perdre notre temps.

Nous ne les invitons pas parce que, comme nous, nous n’allons pas cesser de résister et de lutter, eux ne cesseront pas de nous mépriser, d’essayer de nous exploiter, de nous réprimer, de tenter de nous dépouiller de ce qui est nôtre, de nous faire disparaître.

Comme nous, nous n’apprendrons jamais le langage de l’argent, eux n’apprendront jamais à respecter celui ou celle qui est différentE.

Et surtout, nous ne les invitons pas parce qu’eux et ceux qui en réalité les envoient, ne comprendront jamais pourquoi, au lieu de mourir, nous vivons.

-*-

Bon donc, rien à faire, vous ne compterez pas parmi vos condisciples d’aussi « illustres » personnages. C’est pourquoi, vous ne serez pas dans les bulletins de la presse écrite, de la radio et de la télévision, il n’y aura ni débats, ni savantes analyses. Enfin, comme on dit, l’air sera propre. Et la terre, celle qui nous vit naître, nous alimente et fait grandir, remerciera le pas digne qui la foule : le vôtre.

Allez. Salut et liberté, le pas de celles et ceux d’en-bas est bienvenue, comme est bienvenue leur cœur.

Depuis les montagnes du Sud-Est mexicain.

SupMarcos

Mexique, juin 2013

 

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Ecoutez et regardez les vidéos qui accompagnent ce texte:

Oscar Chávez y los Morales désignant les « chupacabras » (littéralement « suceur de chèvre », monstre imaginaire genre vampire, ndt) qui, comme on le voit, sont toujours les mêmes.

ICI

 

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Brève explication sur la stratégie de contre-insurrection du gouvernement mexicain et l’utilisation de groupes paramilitaires.

ICI

 

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Guillermo Velázquez et los Leones de la Sierra de Xichú, accompagnant Oscar Chávez dans ce long “Pleito entre el peso y el dólar”.

ICI

La Petite école zapatiste II

Texte original ici.

Deuxième partie du communiqué de l’EZLN intitulé « Les condisciples ». Le site du CSPCL offre également des traductions de ces communiqués… mais ayant commencé, j’ai eu envie de poursuivre leur traduction, en y apportant ma propre touche. Vous pouvez lire la version du CSPCL ici.

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Arrivé de marcos au Centre de Capacitation Indigène de San Cristobla de las Casas,
le 1er janvier 2006 pour le lancement de l’Autre Campagne zapatiste.
– Photo @LeSerpentàPlumes

 

Les condisciples II.

 

Ils nous manquent :
Les prisonniers et prisonnières politiques

 

Juin 2013.

 

Aux adhérents et adhérentes de la Sexta du Mexique et du Monde :

Aux étudiants de La Petite école zapatistes :

Compañeros, compañeroas, compañeras:

En plus de celles et ceux tombéEs dans la lutte et les disparuEs, ne seront pas avec nous et le seront, nous accompagneront à la petite école zapatistes, les prisonniers et prisonnières politiques qui, sous divers artifices judiciaires, se trouvent dans les prisons du monde ou en situation d’asile politique.

Ils sont des milliers à travers le monde, et la petitesse de nos mots ne parvient pas jusqu’à chacun d’eux. Bien qu’on prête main forte à nos camarades du Réseau National Contre la Répression et pour la Solidarité, afin d’en toucher le plus possible, il en manquera toujours.

C’est pour ça que nous avons envoyé une invitation, entre autres, à certains d’entre eux, certaines d’entre elles, qui symbolisent non seulement l’absurdité de prétendre emprisonner la liberté, mais aussi et surtout la digne résistance et la persévérance de celles et ceux qu’aucun gardes, aucun mur et aucun barreaux ne peuvent retenir.

Parmi eux, parmi elles on trouve :

Alberto Patishtán Gómez.-  Condamné à 60 ans de prison, le 19 juin marque 13 ans passés derrière les barreaux. Son crime : être mexicain, du Chiapas, indigène, professeur et sympathisant zapatiste. Bien que le caractère injuste de son incarcération ait été démontré, les autorités judiciaires retardent sa libération. Comme le dit un fonctionnaire gouvernemental : « Libérer Patishtán serait un très mauvais signal à deux égards : il deviendrait évident que le système judiciaire est une merde, et nous encouragerions la lutte pour la liberté des autres prisonniers. Ça ne peut nous convenir, par quelque bout qu’on prenne la chose. Autant attendre que se fatiguent celles et ceux qui font du bruit autour de ça. » Mais ici nous savons que le système judiciaire au Mexique est une merde, et que celles et ceux qui luttent pour la liberté des prisonniers et prisonnières politiques ne se fatigueront pas… jamais.

Leonard Peltier.-  Depuis 37 ans en prison. Son crime : appartenir au peuple Sioux Chippewa (Anishinabe-Lakota) et lutter pour les droits des peuples autochtones dans l’Union Américaine. Il fut fait prisonnier en 1976 et condamné à deux peines à perpétuité consécutives (peut-être parce que ces bourreaux voulaient s’assurer qu’il n’en sortirait ni vivant ni mort). Il est accusé d’avoir tué deux agents du Bureau Fédéral d’Investigation (FBI pour l’acronyme anglais). Les faits se sont déroulé à Pine Ridge, territoire sacré du peuple Sioux, dans le Dakota du sud, USA, où avaient été découvert des gisements d’uranium et de charbon.

Il fut condamné sans aucune preuve et bien que le dossier contienne plus de 10 000 pages de preuves de son innocence. L’accusation du FBI peut se résumer ainsi : « Quelqu’un doit payer ». Bien sûr, Robert Redford a produit un film sur ce cas, mais le film n’a pas été projeter dans les cinémas nord-américains. Pendant ce temps, les « gars » et les « filles » du FBI, tellement à leur avantage dans les séries télé, ont assassiné 250 indigènes Lakotas. Aucune enquête n’a été mené sur ces crimes.

Tout ceci dans un pays bâti sur la spoliation des territoires appartenant aux peuples originaires de cette partie du continent américain.

Mumia Abu Jamal.- Étasuniens. Prisonnier depuis plus de 30 ans. Son crime, être journaliste et activiste pour les droits des personnes discriminés pour leur couleur dans l’Union Américaine. Initialement condamné à la peine de mort, il purge actuellement une peine de réclusion à perpétuité. Les blancs l’ont accusé d’avoir tué un blanc, les blancs l’ont jugé, les blancs l’ont condamné, les blancs allaient l’exécuter, les blancs le détienne.

Tout ce ci dans un pays bâti sur l’exploitation de la sueur et du sang des esclaves amenés d’Afrique… qui, évidemment, n’avaient pas la peau blanche.

Edward Poindexter y Mondo We Langa. Étasuniens. Leur crime : lutter pour les droits de la population afro-américaine aux États-Unis. Victimes du Programme de Contre Espionnage (CONTELPRO, pour l’acronyme anglais) du FBI, ils ont été accusés de la mort d’un policier en 1970, lors de l’explosion d’une valise de dynamite. Bien qu’ils aient les aveux du véritable assassin, le FBI a manœuvré et semé des preuves contre ces deux militants de l’organisation Black Panters. De nombreuses preuves juridiques démontrent leur innocence.

Ils demeurent emprisonnés dans ce pays qui se vante de la probité et l’impartialité de son système judiciaire.

Julian Paul Assange.- Originaire d’Australie et citoyen du monde. Actuellement réfugié politique. Son crime : avoir divulgué mondialement, entre autres choses, la pourriture de la politique étrangère nord-américaine.

Assange est actuellement poursuivi par les gouvernements britannique et étasunien, les deux pays supposés être les « chevaliers blancs » de la justice et la liberté.

Bradley Manning.- Soldat de première classe de l’armée nord-américaine. Son crime : avoir divulgué une vidéo où, depuis un hélicoptère, des soldats gringos tuent quelques civiles en Irak. On compte 2 journalistes parmi les victimes. Il est également accusé d’avoir rendu public des documents sur la barbarie nord-américaine en Afghanistan et en Irak. Le principal chef d’accusation à l’encontre de Bradley Manning, et qui pourrait lui valoir la peine de mort, est d’avoir « aider l’ennemi », c’est à dire aider à faire connaître la vérité.

Tout ceci dans un pays basé sur le mensonge d’une constante menace extérieur (musulmans, asiatiques, latinos, etc., c’est à dire, le monde entier) et, d’après « l’entreprise de renseignement » récemment découverte – en fait il s’agit d’espionnage – les étasuniens aussi constituent une menace.

Antonio Guerrero Rodríguez, Fernando González Llort, Gerardo Hernández Nordelo, Ramón Labañino Salazar y René González Sehwerert.- La patrie de ces cinq personnes est Cuba, premier territoire libre en Amérique. Connus également comme « les 5 Cubains ». Leur crime : avoir fourni des informations sur les plans de groupes terroristes ayant des bases sur le territoire de l’Union Américaine. En juin 1998, Cuba remet au FBI nord-américain un rapport collecter par les 5 Cubains. Le rapport comprenait des centaines de pages de notes, de vidéos, d’enregistrements audio des activités de groupes terroristes dans l’Union Américaine.

Plutôt que de démanteler les cellules terroristes, le FBI arrête les 5 Cubains qui, de fait, avaient sauvé la vie de dizaines de personnes, principalement des touristes, qui devaient être la cible des attaques. Antonio est ingénieur, Fernando est diplomate, Gerardo est dessinateur, Ramón est économiste et René pilote d’avion. Ils sont détenus pour espionnage, bien que, lors de leur procès, ceux-là même qui les accusaient ont reconnu que le matériel qu’ils avaient collecté ne mettait pas en péril la sécurité nationale de l’Union Américaine et que Cuba ne représentait pas une menace.

Tout ceci sur le territoire de ceux qui prétendent combattre le terrorisme international.

Maria Alyójina, Yekaterina Stanislávovna Samutsévich y NadezhdaTolokónnikova.-  Russes, membres du groupe de punk-rock « Pussy Riot ». Leur crime : dénoncer la manière par laquelle Vladimir Putin s’est imposé avec la complicité du haut clergé de l’Église Orthodoxe russe. Elles ont été arrêtées et emprisonnées pour avoir joué de la musique punk dans une église. La chanson demandait à la mère de dieu qu’elle chasse Putin du gouvernement. Elles ont été condamnées à deux ans de prison pour avoir « saper l’ordre social ».

Ceci dans le pays qui se vante de s’être libéré de la « tyrannie communiste ».

Gabriel Pombo da Silva.- Anarchiste né partout et nulle part. Il a passé presque trente ans dans plus de 20 prisons différentes d’Espagne et d’Allemagne. Son crime : être conséquent. Il a déclaré à ses accusateurs : « Il n’est rien de plus déplorable qu’un esclave satisfait… un individu dépouillé de sa mémoire et de sa dignité… il est préférable d’être mené à l’échafaud pour s’être rebellé que de vivre cent années de « liberté conditionnelle » et conditionné par les peurs et les mensonges qu’on nous vend, qu’on nous inocule… » Et, concernant sa condition de prisonnier politique, il a été clair : « Je me rend compte que pour moi (comme pour beaucoup d’autres) il n’existe aucune possibilité de sortir de prison en nous basant sur leurs lois… parce que leur légalité exige de moi que je renonce à mon identité politique… Et évidemment, celui qui renonce à sa propre identité politique non seulement se trahit lui-même, mais aussi tous ceux et toutes celles qui nous ont précédé dans cette longue marche vers la dignité et la liberté. Il n’y a rien d’héroïque ni du « martyr » (de ceux-là les cimetières sont pleins) dans ces considérations. Je le crois sincèrement et de tout mon cœur, et c’est pourquoi je suis prêt à « payer le tribut » pour être cohérent avec moi-même quant à ce que je pense/ressens… »

(…)

Pourquoi je vous parle de ces prisonniers et prisonnières politiques si dissemblables et distants les uns des autres ? Parce que pour les zapatistes, la liberté n’est pas le bien d’un credo, d’une idéologie, d’une position politique, d’une « race ». Dans les vidéos vous verrez à quoi nous nous référons, ça vous aidera à écouter, ce qui est le début de l’entendement. Ce sont près de 15 minutes qui aident à se pencher sur les nombreux mondes dont le monde est fait.

Ainsi, comme elles, comme eux, des centaines de prisonniers et prisonnières politiques ont été invités à la Petite école zapatiste. A elles toutes, à eux tous nous envoyons une lettre comme celle que je joins ici. Nous espérons qu’ils la recevront, ainsi que les livres, enregistrements audio et vidéo où nous contons notre histoire. Nous espérons qu’ils accepteront l’invitation, non que nous pensions avoir quoi que ce soit à leur apprendre, mais pour qu’ils sachent comment ici on nomme la liberté.

La voici :

 

Armée Zapatiste de Libération Nationale.

Mexique.

Mai 2013.

 

A : _____________________________

De : Les femmes, les hommes, les enfants et vieillard zapatistes.

Objet : Invitation Spécial à participer à la Petite école zapatiste.

 

Compañer@:

Veuillez recevoir le salut des garçons, des filles, des vieillards, des femmes, des hommes de l’Armée Zapatiste de Libération Nationale (EZLN)

Nous t’écrivons car nous souhaitons t’inviter tout spécialement à participer à la Petite école zapatiste « La Liberté selon les Zapatistes ».

Nous sommes conscient que peut-être il te sera impossible de participer à cet événement personnellement. Mais nous savons bien qu’arrivera le jour où les portes des prisons s’ouvriront pour celles et ceux qui, comme toi, ont été fait prisonniers par l’injustice faite gouvernement. Et ces mêmes portes resteront suffisamment ouvertes pour qu’y entrent les banquiers et leurs serviteurs.

En attendant, nous nous efforçons de trouver le moyen de te faire parvenir le matériel. Il s’agit de textes avec les mots des femmes et des hommes zapatistes, si gênants indigènes mayas, et à travers desquels ils content leur propre histoire de lutte. Une histoire, certainement semblable à la tienne, pleine de ces hauts et bas continuels qui font la lutte pour la liberté, des douleurs qui l’emplissent, de l’espoir qui la déborde, et de ce besoin perpétuel, semblable au tien, de ne pas renoncer, de ne pas se vendre, de ne pas se rendre.

Peut-être qu’il n’arrivera pas tout de suite. Il est très probable que tes geôliers et bourreaux confisqueront le matériel, prétextant que le paquet contiendrait du matériel dangereux. C’est que le seul mot « liberté », lorsqu’il est vécu depuis en-bas à gauche, est l’une des nombreuses horreurs qui peuplent les cauchemars de ceux qui sont en-haut par la douleur des autres.

Peu importe, ici nous attendons, tôt ou tard, ta participation. Parce que si la liberté est notre entêtement, l’une de nos caractéristiques est la patience.

Allez. Salut et que la liberté prenne la seule forme qui soit, c’est à dire, patrimoine de l’humanité.

Au nom de tous les hommes et toutes les femmes de l’EZLN.

 

Sous-commandant Insurgé Moisés.                                   Sous-commandant Insurgé Marcos

Mexique, mai 2013

 

(Fin de la lettre d’invitation aux prisonniers et prisonnières politiques)

 

(A suivre…)

Depuis les montagnes du Sud-Est mexicain.

Sous-commandant Insurgé Marcos.

Mexique, juin 2013

 

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Écoutez et regardez les vidéos qui accompagnent ce texte:

L’évêque Raúl Vera, toujours du côté de ceux d’en-bas, parle du prisonnier politique Alberto Patishtán.

ICI

 

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Le silence et la parole selon le peuple originaire Lakota.

ICI

 

…………………………

Le groupe « The Last poets », avec « True Blues », une chanson, au rythme blues, sur l’oppression de la population afro-américaine tout au long de l’histoire.

ICI

 

…………………………..

Les acteurs nord-américains Danny Glover et Peter Coyote en solidarité avec les 5 Cubains prisonniers politiques aux États-Unis.

ICI

 

……………………………..

La performance du groupe punk Pussy Riot où elles s’opposent à Vladimir Putin.

ICI

 

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Le groupe punk « Espina Negra » avec ce morceau intitulé « Le premier anarchiste ».

ICI

[Brésil] La Police Fédérale investit le siège de la Fédération Anarchiste Gaucha – FAG

Texte original ici !

 

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La FAG est une organisation politique ayant une existence publique depuis 18 ans. Au cours de ces années nous ne nous sommes jamais cachés, nous avons toujours maintenu public notre espace où nous avons réalisé d’innombrables activités d’ordre politiques et culturelles ainsi que notre engagement dans le camp populaire et de la gauche Gaúcha et nationale. L’athénée est un lieu où, tout au long de ces trois dernières années, nous avons alterné ces activités, entretenu une bibliothèque publique et réalisé des activités régulières. Nous nous souvenons aussi qu’en octobre 2009, notre ancien siège, situé dans la Lopo Gonçalves, fut investi par la Police Civile sur ordre de la désormais gouverneuse Yeda Crusius, suite à un tract où nous la rendions responsable, et que nous continuons à penser responsable, de l’assassinant du militant du MST (Mouvement Sans Terre, ndt) Elthon Brum à San Gabriel. A cette occasion tout le matériel de notre siège, jusqu’aux ordures, fut saisi et emporté.

Cette fois, et après les nombreuses « légendes urbaines » publiées par RBS nous accusant d’être des sociopathes, on nous imagine en train de comploter en compagnie de militants d’autres pays pour l’utilisation de tactiques de guérilla urbaine, nous voyons nettement les raisons qui les pousse à semer la panique et l’incitation à réprimer notre militance.

Au même titre que les provocations et mensonges répandus par la presse réactionnaire, la répression employée par l’appareil répressif de l’Etat bourgeois n’est pas une nouveauté pour nous. Depuis nos début en tant que courant politique nous sommes devenus la cible de la saine répression du patronat alliés à l’Etat. Pendant plus d’un siècle nous avons résisté à toutes ces lâches attaques, le poing et la tête haute et ce n’est pas ce nouvel épisode qui affaiblira notre militantisme combatif.

Nous accusons enfin les gouvernements municipaux, des états, et fédéral pour cette lâche attaque contre notre organisation. Ils ne nous intimideront pas et nous continuerons à porter nos efforts à la construction d’un peuple fort, le camp d’un peuple combatif qui organise les opprimés de ce pays et leurs légitimes revendications.

 

No Pasarán!!!

A bas la répression de celles et ceux qui luttent!!!

Federação Anarquista Gaúcha – FAG

20 juin 2013

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La Petite école zapatiste

Texte original ici !
 
En attendant des traductions plus « officielles » (et certainement meilleures), voici ma traduction du communiqué de l’EZLN paru le 18 juin ici. En espérant pouvoir vous offrir très vite une traduction de la deuxième partie (en espagnol ici)
Bonne lecture!
 
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Des femmes zapatistes lors du lancement de l’Autre Campagne
à San Cristobal de las Casas, Chiapas (2006) – photo @LeSerpentàPlumes

Les condisciples I.

Premièrement, les premiers et premières :
Les disparuEs

 

Juin 2013.

 

Aux adhérentEs de la Sexta du Mexique et du monde :
Aux étudiantEs de La Petite École Zapatiste :

 

Comme vous l’ignorez sans doute, la première phase du premier cycle de cours « La liberté selon les Zapatistes » a été finalisé.

Le matériel d’appoint est là ; les maîtres et maîtresses sont prêts ; les bulletins d’inscriptions sont remplis ; les familles indigènes zapatistes qui vont les accueillir font les comptes de leurs invitéEs et préparent les échoppes, les batteries de cuisine pour les repas, arrangent les lieux où ils découcheront ; les chauffeurologues, comme les appelle le Sub Moisés, accordent les moteurs et pomponnent les véhicules qui transporteront les élèves dans leurs écoles ; les insurgéEs font et défont leur artisanat ; les musicos préparent leurs meilleurs morceaux pour égayer la fête des 10 ans, celle des diplômes des étudiants, la fin des cours ; un saint climat d’hystérie collective commence à gagner celles et ceux qui soutiennent l’organisation ; on vérifie les listes pour voir qui manque… ou qui est là en plus ; et au CIDECI, siège de l’Uniterre (Unitierra) à San Cristobal de Las Casas, Chiapas, on avance dans les préparatifs pour la petite école et la chaire « Tata Juan Chávez Alonso ».

Et, comme il fallait s’y attendre, le gouvernement fédéral et ceux des états réactivent les paramilitaires, encouragent qui provoque des confrontations, et font tout ce qu’ils peuvent pour éviter que vous (et d’autres à travers vous) ne constatiez les avancées des communautés zapatistes, et le contraste marquant avec les communautés et les organisations qui se couvrent sous le miteux manteau de l’assistanat gouvernemental.

Vous voyez, rien que du prévisible. Tant de manuels de contre-insurrection, si inefficaces, si inutiles. Toujours la même chose depuis 10, 20, 500 ans. PRI, PAN, PRD, PVEM, PT, tous les partis politiques, avec d’infimes variations dans le discours, font la même chose… et perpétuent leur échec.

Qui va dire que les gouvernements de tout le spectre politique craignent tant que s’améliore le niveau de vie des indigènes. Et nous comprenons son inquiétude nerveuse, sa panique mal dissimulée, parce que le message envoyé depuis ce côté-ci est limpide mais extrêmement dangereux avec son double tranchant : ils ne sont pas nécessaires… et ils gênent.

Au total : beaucoup de mouvements, à l’intérieur et à l’extérieur, de leur part et de la notre.

Et le tout, vu depuis la cime de ce fromager, ressemble à un désordre ordonné (j’allais dire « desmadre » (foutoir, bordel) mais on me fait remarquer que, ceux qui nous aident généreusement pour la traduction en d’autres langues, se plaignent de l’abondance de «particularismes locaux» impossible à traduire). Et on pourrait ajouter que tout se met en branle sans rime ni raison, surtout ces rythmes de balade-corrido-ranchera-cumbia des musicos qui sont comme la bande-son de tout ça, et qui ont un son, pour le moins, déconcertant.

Que tout roule finalement.

Maintenant il m’incombe de vous dire qui seront vos condisciples. Femmes, hommes et d’autres de tous âges, des quatre coins des 5 continents, d’histoires distinctes.

Et je suis monté dans le fromager non seulement par crainte d’être attaqué par un scarabée impertinent, supposé chevalier-errant, ou pour les récits mélancoliques du chien-chat… quoi que, enfin, aussi pour ça mais surtout parce que, pour vous parler des premiers et premières invitéEs, il faut d’abord scruter son cœur, ce qui revient pour nous Zapatistes, à se souvenir, à essayer de se rappeler.

C’est que les premiers et premières invitéEs sur la liste ont été, sont, seront celles et ceux qui nous ont précédé sur cette route inachevée vers la liberté, celles et ceux tombéEs ou disparuEs dans la lutte.

A elles toutes, à eux tous, nous leur envoyons une lettre d’invitation comme celle que je joint ici. On la leur a envoyé il n’y a pas si longtemps : hier, il y a un mois, il y a un an, 10, 20, 500 ans avant.

Pour comprendre le message, il n’est pas seulement nécessaire de regarder et écouter les vidéos qui l’accompagnent, il faut aussi une certaine dose de mémoire… et de rage digne.

Voilà…

Armée Zapatiste de Libération Nationale

Mexique

A tous ceux et toutes celles tombéEs ou disparuEs dans la lutte pour la liberté :

Compagnons, compagnes, compagnonnes

Recevez les salutations de…

Mmh…

Oui, peut-être as-tu raison. Peut-être qu’ont quelque chose à voir ensemble les paroles de Gieco, Benedetti, Heredia, Viglietti, Galeano, l’obstination des grands-mères et mères de la place de mai, le courage digne sans prix des dames du Sinaloa et du Chihuahua, la douleur faite recherche persistante des familles de milliers de disparus sur tout ce continent. Enfin, tout ces gens si sots… et admirables.

C’est possible. Parce que, bien que nous ignorions beaucoup de leurs noms, le connaître, la connaître c’est pour toi les connaître tous. Si bien que, si il faut trouver un responsable à ces quelques lignes, désigne la mémoire, cette perpétuelle et obstinée impertinente qui jamais ne nous laisse en paix, toujours en lutte, toujours en guerre.

Et tant mieux, dit-on, nous, indigènes, mayas, zapatistes. Heureusement que cette guerre contre l’oubli n’a pas de cesse, qu’elle continue, qu’elle grandit, qu’elle devient mondiale.

Bon, oui, peut-être est-ce aussi parce que ici nous sommes tous un peu, ou beaucoup, comme des mortEs, comme des disparuEs, frappant encore et toujours à la porte de l’histoire, exigeant une place, une petite, comme nous le sommes nous-même. Réclamant une mémoire.

Mais il nous semble, depuis qu’on retourne le problème dans tous les sens, que la coupable c’est la mémoire.

Hein ?

Bien sûr, l’oubli aussi.

Parce que c’est l’oubli qui guette, attaque, conquiert. Et c’est la mémoire qui veille, c’est elle qui défend, elle qui,

C’est pour ça cette carte d’invitation.

Mais où veut-il aller ? Oui, ce fut un problème. On a beaucoup réfléchit, ne pense pas le contraire.

Oui, peut-être ainsi fais-tu le lien avec León Gieco et sa chanson, celle de « Dans le pays de la liberté. »

Comment c’est pour ça, c’est à dire pour toi, pour vous, que nous avons appelé le cours « La liberté selon les zapatistes » ? Pour avoir une adresse où t’envoyer l’invitation ? Bien, on n’y avait pas pensé, mais maintenant que tu le dis… c’est possible. Nous nous serions évité comme ça bien des désagréments à chercher les adresses, les bureaux de poste, les e-mails, les blogs, les sites internet, les surnoms, les réseaux sociaux, et tout ce pourquoi notre ignorance est encyclopédique.

Tu sais quoi ? Ici il y a eu, et il y a encore, bien des moments difficiles. De ces moments où tout et tout le monde semble être contre nous. Des moments où mille raisons, parfois portant la robe de mort du plomb et du feu, parfois gentiment vêtu des arguments faciles du conformisme, nous ont assailli de tous côtés pour nous convaincre des bienfaits qu’on éprouve à renoncer, à nous vendre, à nous rendre.

Et si nous n’avons pas succombé, ce ne fut pas parce que nous étions puissants et que nous aurions disposé d’un grand arsenal (d’armes et de dogmes selon les circonstances).

Ce fut parce que nous étions habités par vous, par votre mémoire.

Tu connais notre obsession pour les calendriers et les géographies, cette façon si particulière de nous comprendre et de comprendre le monde.

Bon, enfin ici la mémoire n’est pas une question d’éphémérides d’un jour qui servent d’alibi à l’oubli le reste de l’année. Il ne s’agit pas de statue, de monuments, de musées. C’est, comment dirais-je ?.. quelque chose avec moins de raffut, pas si pompeux et de circonstances. Quelque chose de plus contenu, à peine comme un murmure… mais constant, entêté, collectif.

Parce qu’ici, une autre manière de dire que nous ne pardonnons pas, que nous n’oublions pas c’est de ne pas renoncer, de ne pas se vendre, de ne pas se rendre. C’est résister.

Oui, c’est, disons, « peu orthodoxe », mais c’est ce comme ça qu’on va faire. Pour nous c’est important… ou sans importance, c’est selon.

Bon, ici on t’attend.

La présente lettre nous l’envoyons au « pays de la liberté », la seule nation sans frontières mais avec tous les drapeaux… ou aucun (c’est pas la même chose mais c’est pareil), celle qui est la plus difficile à atteindre… peut-être parce que le seul chemin qui y mène est la mémoire.

Nous savons l’impossibilité actuelle dans laquelle vous êtes d’aider nos communautés, et que vous envoyer du matériel est compliqué. Mais peu importe, aujourd’hui, comme hier et demain, nous gardons pour vous une place à nos côtés.

Oui, peut-être nous croiserons-nous plus tôt, involontairement… ou volontairement… en frappant une porte ou en passant par une fenêtre, mais toujours en ouvrant un cœur.

En attendant, n’oubliez pas non plus que, lorsque nous, les zapatistes, nous disons « nous sommes là », nous vous incluons également.

Allez. Santé et que la mémoire résiste, c’est à dire qu’elle vive. Parce que vivants nous vous portons en nous et vivants nous vous aimons.

Au nom de tous et toutes les zapatistes de l’EZLN

Sous-commandant Insurgé Moisés Sous-commandant Insurgé Marcos.

Mexique, Mai 2013

(Fin de la lettre d’invitation pour celles et ceux tombéEs dans la lutte pour la liberté).

(…)

Et voilà, vous connaissez maintenant celles et ceux sur qui vous pouvez compter comme condisciples.

Ils ne seront pas loin. Non, ils n’effrayeront personne. Bon, à moins que quelqu’un craigne la mémoire et vienne chercher l’oubli. Mais comme je ne pense pas que ce soit ton cas, ou truc, c’est selon, alors tu n’as rien à craindre.

Peut-être, sans qu’on t’y invite, rencontreras-tu la grande mère-fromager, l’arbre qui soutien le monde. Si tu as la patience et l’imagination suffisantes, regarde son tronc et pose une question. Peut-être que la mère-fromager, avec ces condisciples si autres comme compagnie, te répondront dans les plis arides de son tronc. Pose la question que tu veux, mais surtout, le plus important :

Questionne ! : Comment tout ça est possible ? Et ils répondront : Avec toi.

Questionne ! : Pour qui tous ces efforts ? Et ils diront : Pour toi.

Questionne ! : Qui l’a rendu possible ? Et, peut-être dans un chevrotement, entendras-tu : Toi.

Questionne !: Où mène ce chemin ?

Et alors, la mère-fromager, la terre, le vent, la pluie, le ciel ensanglanté de lumière, tous et toutes nos tombéEs, nos disparuEs, te répondront :

Liberté… Liberté ! … LIBERTÉ !

Et maintenant donc tu sais : si, quand tu seras dans ces montagnes du sud-ouest mexicain, il pleut, il vente, le ciel recouvre et découvre sa lumière, et la terre s’humidifie, ce sera parce que, au pied de la mère-fromager, celle qui soutien le monde, quelqu’un pose des questions… et, surtout, parce qu’il reçoit des réponses.

Ce qui arrive après ? Ben, il me semble que cette histoire ce sera à vous de vous la raconter.

Allez. Salut et que la mémoire ni ne tombe ni ne disparaisse.

(A suivre…)

Depuis un recoin de la mémoire.

SupMarcos

Mexique, Juin 2013.

………….

………….

Ecoutez et regardez les vidéos qui accompagnent ce texte.

Mario Benedetti, le toujours bienvenu, avec Daniel Vigglietti, chantent, c’est à dire, crient des disparuEs, sur les disparuEs, avec les disparuEs. Dédiée aux mères et grand-mères qui ne cèdent pas, ni se rendent, ni ne se vendent.

ICI

………….

Une nouvelle fois Mario Benedetti, qui souligne de sa voix, l’impossibilité de l’oubli.

Déddiée à celles et ceux qui n’oublient pas.

ICI

………….

León Gieco chante, en auteur, « La Mémoire », la sotte, l’implacable, la féroce mémoire de celles et ceux qui ne sont pas là, mais qui ne sont ni partis ni ne partiront… tant qu’ilrestera quelqu’un pour ne pas oublier.

ICI

………….

León Gieco avec sa chanson « Le pays de la liberté », adresse vers laquelle tend la mémoire.

ICI

 

………….

Víctor Heredia explique pourquoi « Nous chantons encore », c’est à dire, pourquoi nous n’oublions pas.

ICI

Le féminisme pour ne pas mourir

Texte original ici !

 

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Dans cette société un avorton sans cervelle est plus estimable qu’une femme. Dans cette société un misogyne complexé par un petit pénis recueille plus de considération et de respect que n’importe quelle femme.

Je suppose que toutes nous sommes passées par ces moments de lassitude où nous nous sentons saturées et étouffées de vivre en questionnant tout, tout le temps, parce que cela implique de maintenir le radar allumé en regardant un film, en écoutant une chanson, en discutant ou simplement en marchant dans la rue, on essaye alors en une fraction de seconde de reconnaître des signaux sexistes, racistes, classistes ou d’hétéronormativité. Une fois que tu t’engages dans le féminisme, chaque conversation, chaque flirt, finalement toute stimulation externe, passe par le filtre mental, qui te dit si tu es dans un schéma de lutte ou dans un oasis pour te reposer un moment.

Mais ces moments de tranquillité, et même d’envie d’éteindre le radar, sont très brefs, parce que l’agressivité du milieu fait que le maintenir en veille est une question de survie. Nous vivons dans un contexte où être femme te mets en danger, si tu es noire, indigène, gitane, pauvre, immigrée, lesbienne ou trans le risque s’accroît. Pourtant cette société patriarcale colonialiste semble se nourrir de la mort de n’importe quelle femme : on nous tue comme petite fille, comme vieille femme, on nous tue parce qu’on nous trouvent bonnes ou moches, parce que nous sommes trop femmes ou pas assez, parce que nous sommes des putes ou des saintes, on nous tue si nous aimons le sexe ou si nous n’aimons pas ça, si nous sommes en bonne santé ou malades, si nous sommes des mères sacrifiées ou si nous décidons de ne pas l’être, si nous n’avons pas de travail ou si nous sommes ouvrières, prostituées, dans les centres de soin ou à la guerre. Toutes les excuses sont bonnes. Dans cette société un avorton sans cervelle est plus estimable qu’une femme. Dans cette société un misogyne complexé par un petit pénis recueille plus de considération et de respect que n’importe quelle femme.

La haine de la femme est telle que même la recherche médicale ou la mode n’accepte pas les formes réelles du corps des femmes mais tente de nous faire autres, de nous mettre des prothèses ou de nous rogner pour nous homogénéiser et de nous rapprocher le plus possible de n’importe quelle idée conjoncturelle de ce qu’est la beauté. Si des femmes meurent en chemin, ça n’a pas d’importance. Pour toutes ces raisons, le féminisme a besoin de notre amertume, de notre tristesse, de notre douleur comme combustible ; il a besoin de notre rage comme moteur parce que la misogynie est là où on l’attend le moins et nous devons être prêtes, guerrières, dignes et combatives. Il a aussi besoin que nous dansions, que nous riions, que nous jouions, que nous jouissions parce que face à la haine qui agresse et tue, notre joie et/ou nos orgasmes sont des armes puissantes. En tant que féministes, nous avons besoin de faire le chemin ensemble, de lutter collectivement, nous devons avoir un débat politique entre nous qui nous permette de construire la solidarité et la confiance, pas seulement pour les grandes luttes mais aussi pour les petites batailles du quotidien contre le macho qu’on croise, mais aussi contre la misogynie, le racisme, le classisme et l’hétéronormativité que chacune de nous porte en elle parce que nous ne pouvons pas oublier que le patriarcat opère aussi dans la subjectivité qui structure chacune de nous en tant que femme.

 Bombón

 

Quelques mots…

J’ai trouvé ce texte sur le blog Descato feminista (en espagnol). Je vous le propose parce qu’il rend bien compte, à mon sens, de la nécessité des luttes féministes. Ce texte décrit avant tout la situation au Mexique mais pour autant il doit toucher toutes celles et tous ceux qui luttent pour l’émancipation des hommes et des femmes, car au-delà des situations différentes entre le Mexique et la France, il pose la question de la condition féminine à travers le monde. Hormis des avancées ponctuelles et géographiquement limitées, « La Femme » demeure un jouet dans un monde majoritairement dominé par les hommes. La violence faite aux femmes n’existe pas seulement dans les actes les plus barbares mais aussi dans les arcanes les plus anodins de notre quotidien… et ces deux faces façonnent la même pièce qui voit les femmes endosser toujours les mêmes rôles de dominées dans nos sociétés.

La lutte des femmes ne peut être subordonnée à la lutte contre le capitalisme car si leurs essences participent d’une même volonté d’émancipation, elles démontent chacune des ressorts différents de la domination: celle du patron sur les travailleurs ou de l’homme sur la femme. De la même manière la lutte contre le racisme met en lumière un autre des moyens de la domination. En finir avec l’une au l’autre de ces figures n’entraînera pas la fin de toutes les formes de domination. C’est une révolution permanente, un combat quotidien, contre ce qui nous constitue en tant qu’êtres sociaux, contre les formes toujours renouvelées de la domination. Aucune de ces luttes ne peut se passer des autres car l’émancipation est un combat contre la domination, domination qui ne peut être réduit ni au sexisme, ni au racisme, ni au capitalisme mais dont les coups portés contre l’une de ces figures amenuise l’ensemble de la mécanique de domination qui structure nos sociétés.