Archive for août 2014

Paroles du Sous-commandant Galeano

source.

 

Traduction de la première partie de la conférence de presse de l’EZLN, à l’occasion de la rencontre entre l’armée zapatiste et le Congrès National Indigène. Discours du Sous-commandant Insurgé Galeano, paru sur le site de liaison zapatiste le 12 août 2014.

 

Première partie : paroles du SupGaleano

Transcription de la Conférence de presse de l’EZLN avec les Médias Libres, autonomes, alternatifs ou comme ils s’appellent, du 10 août 2014, à La Realidad Zapatiste, Chiapas, Mexique.

Première partie : paroles du SupGaleano

Bonjour la cité Gothique… Maintenant que vous finissez de prendre vos photos là-bas dans le kiosque, ici nous allons commencer la conférence de presse.

Asseyez-vous s’il vous plaît que nous commencions dans quelques minutes et que vous puissiez partir. S’il vous plaît mettez-vous à l’aise, compañeros, compañeras. Assis.

Bonjour la cité Gothique (c’est un clin d’œil à un compagnon qui twitte comme ça). Ce que vous venez de voir il y a un instant, en termes militaires s’appelle une manœuvre de diversion, en termes communs c’est de la magie. Et ce qui a pris quelques minutes, d’autres ont besoin de 20 ans pour que marche comme ça.

Nous aimerions commencer, profitant de la présence des médias libres, autonomes, alternatifs ou comme ils se nomment, et des camarades de la Sexta nationale et internationale, pour vous remercier. Et pour vous remercier je vais vous raconter l’histoire d’une mort.

Ce 25 août ça fera 10 ans qu’est mort le Lieutenant Insurgé d’Infanterie Eleazar. En 2004, mais dès 2003, il a commencé à souffrir d’une maladie, de celle qui n’apparaissent que dans docteur House ou quelque chose comme ça, qui s’appelle Guillain-barré, qui se manifeste par une détérioration lente de tout le système vital jusqu’à la mort. Il n’y a pas de remède, il faut maintenir le malade en vie artificielle, branché.

Il est tombé malade et ils l’ont emmené à l’hôpital de Tuxla Gutiérrez. Là ils lui ont diagnostiqué ça et ils ont commencé à lui dire qu’il valait mieux qu’il parte, que ce n’était pas grave ; bien que lorsqu’ils m’ont dit de quelle maladie il s’agissait, je savais de quoi il s’agissait ; car les médecins, qui ne voyaient en lui qu’un indigène, savaient qu’il ne pourrait pas payer le traitement. En fait c’est un traitement de survie, il n’y a pas de remède.

Mer… credi… voyons si je peux tirer les miliciens à l’ombre, sinon ici ils vont cuire sur place, Lico…

Le bandeau c’est pour que vous pensiez que j’ai un œil de verre, mais non. Moi et mes maudites idées, maintenant je dois me balader avec.

Bon, cette maladie… au Chiapas, j’imagine dans le reste du pays, la situation avec le patient c’est que le médecin calcule si il peut payer ou non le traitement. S’il ne peut pas payer, et ça selon ses calculs, on lui dit qu’il n’a rien ou on lui donne quelque placebo afin qu’il pense qu’il va guérir et on l’envoie mourir chez lui.

Nous, nous avons dit non. Nous avons commencé à puiser dans la caisse de guerre ou la caisse de résistance, jusqu’à ce qu’on ne puisse plus le soutenir. Nous nous sommes alors adressé, je vous parle de 2003 quand un certain secteur de l’intelligentsia artistique nous chérissait encore, pour leur demander leur soutien afin de pouvoir continuer à maintenir en vie ce compagnon. Ils se rirent de nous, enfin quoi, les indigènes peuvent attraper la variole, rougeole, typhoïde, tout ce genre de chose, mais pas une maladie si aristocratique, disons, car ne touchant qu’une personne sur un million, comme c’est le cas du Guillain-Barré.

Lorsque nous n’avons plus pu le soutenir, nous avons emmené le Lieutenant Eleazar à Oventic et là avec les appareils que nous avons pu nous procurer nous l’avons maintenu en vie, jusqu’à ce que le 25 août d’il y a 10 ans il meure.

Dix ans plus tard, avec le malheureux assassinat du compa Galeano, l’école et la clinique, qui étaient autonomes c’est-à-dire qu’ils étaient des zapatistes d’ici, de La Realidad, ont été détruit par les paramilitaires de la CIOAC-Historique. Et pour la reconstruction nous ne sommes pas allés demander l’aide de ces gens, mais nous sommes allés demander aux gens d’en-bas, à nos compañeros, compañeras et compañeroas de la Sexta nationale et internationale.

Le compagnon Sous-commandant Insurgé Moisés, ici présent, avec le Commandant Tacho, ensemble avec les autorités zapatistes de La Realidad, ont fait leur calcul pour le matériel, avec les camarades qui s’y connaissent en construction, et il a chiffré ça à 209 000 pesos et quelques poils de cul. Les calculs qu’on faisait c’est :

Bon, la clique est à sec, grattons ici ce qu’on peut et peut-être arriverons-nous à la moitié et l’autre moitié on pourra la chopper dans la caisse de résistance ou on demandera du soutien aux autres caracoles.

L’histoire de ce qui est arrivé, vous la connaissez car vous en êtes les protagonistes. Et par ce vous je me réfère non seulement à ceux qui sont ici, mais à ceux qui à travers vous se rendent compte de ce qui se passe ici, c’est-à-dire nos compañeros, compañeras et compañeroas de la Sexta du monde entier. Vous avez quintuplé le surplus, le dernier décompte quintuple la demande de soutien.

Nous voulions vous remercier pour ça, parce que jamais auparavant l’EZLN n’avait reçu autant d’appui et cet appui fut supérieur à ce vous avez. Parce que nous savons que les camarades de la Sexta n’ont pas donné ce qu’ils avaient en trop, mais bien ce qui leur manquait. Nous avons lu dans vos médias libres, sur vos touiteur et sur vos fessebouc, des histoires qui nous ont rempli d’orgueil.

Nous savons que beaucoup d’entre-vous ont bataillé même pour trouver l’argent pour venir jusqu’ici, même que vous grattez pour vous mettre quelque chose sous la dent, ou pour changer de – j’allais dire caleçons – , ou ce que vous utilisez, et peu importe, vous avez fait l’effort pour trouver ça et donner une preuve de ce qu’est le soutien entre compagnons et non l’aumône qui vient d’en-haut.

Alors ce que j’aimerais que vous disiez tout d’abord aux camarades du monde entier, dans leurs langues, dialectes, façons, temps et géographies, c’est merci, vraiment. Ils ont donné une belle leçon, non seulement à ces gens qui là-haut font l’aumône, aux gouvernements qui délaissent leurs obligations et qui plus est encouragent la destruction, mais ils nous ont aussi donné, à nous les zapatistes, une belle leçon, la plus belle que nous ayons reçue ces dernières années, depuis qu’est sortie la Sexta Déclaration.

Le sens de cette conférence de presse était d’accomplir ce devoir. A l’origine cette conférence de presse devait se tenir à Oventic, quand devait avoir lieu l’échange avec les peuples indiens, puis elle devait avoir lieu lors des funérailles du compagnon Galeano, l’hommage quoi. Et ce devait surtout être les derniers mots ou les adieux du Sous-commandant Marcos et les premiers mots du Sous-commandant Insurgé, désormais Galeano, qui allait alors s’appeler d’une autre manière.

Et c’est important ce que je vous dis, ce qui allait advenir, enfin comment ça avait été pensé, afin de vous proposer une autre lecture de ce que fut l’hommage à Galeano et cette transition entre la mort et la vie que fut la disparition du défunt Sous-commandant Insurgé Marcos, auquel le diable tord les narines, ça c’est sûr, quel bel homme, enfin chacun pense ce qu’il veut. C’était du sarcasme, je ne sais pas si on… peut encore distinguer ce genre de choses.

Écoutez, camarades, pour comprendre ce qui s’est passé au matin du 25 mai il faut comprendre ce qui s’est passé avant, ce qui allait se passer. J’ai lu et entendu des interprétations plus ou moins judicieuses, la plus part complètement insensées, sur ce qu’a signifié ce matin du 25 mai. Quelques-unes ingénieuses, comme par exemple, que tout ça était un truc pour éluder une pension alimentaire ou une paternité.

Mais la majorité faisait abstraction de ce qui s’était passé, par exemple, il s’est dit que les zapatistes disaient que les médias à gages n’existaient pas, que maintenant ils étaient l’ennemi, que c’était une action contre les médias à gages, etc. Mais si vous avez un tant soit peu de mémoire, dans l’invitation originale, l’évènement était ouvert à tous, lorsque ce devait être à Oventic. Ça voulait dire que les médias à gages aussi pouvaient venir.

Ce qui devait se passer c’est que Marcos allait mourir et qu’il allait faire ses adieux aux médias à gages, expliquer comment on le voyait alors, remercier et allait s’adresser et se présenter aux médias libres, alternatifs, autonomes ou comme ils se font appeler. Ce que je veux dire par là c’est qu’une lecture possible, c’est peut-être pas la plus judicieuse, en ce qui concerne la matinée du 25 mai 2014, signifie que l’EZLN est en train de changer d’interlocuteur, et c’est pour ça que je vous ai raconté l’histoire du défunt Lieutenant Insurgé d’Infanterie Eleazar, vétéran de guerre, qui a combattu en 1994.

Les zapatistes n’ont, non seulement, pas dit que les médias à gages n’existent pas, telle que la bêtise qu’a dite quelqu’un par là, ce qui se passe avec les médias à gages c’est autre chose, qui n’a rien à voir avec nous et a tout à voir avec l’avancée du capitalisme au niveau mondial.

Les médias à gages ont montré quelque chose qui est merveilleux dans le capitalisme, car c’est l’une des rares fois où on peut voir que le capitalisme convertie en marchandise ce qui n’est pas produit. Le travail des médias de communication est supposément de produire de l’information, la faire circuler de façon à ce qu’elle soit consommée par ses différents publics ou récepteurs, et le capitalisme est parvenu à ce que les médias soient payés sans rien produire, c’est-à-dire, pour ne pas informer.

Ce qui s’est passé ces dernières années c’est qu’avec l’avancée des médias de communication de masse non détenus par le secteur privé, c’est-à-dire qui sont en litige ou en bagarre, ou qui sont tel un terrain de lutte comme l’internet, la presse traditionnelle a commencé à perdre du pouvoir, pouvoir de diffusion et bien sûr, de capacité de communication.

Jai ici quelques donnés et je vais citer lauteur, Francisco Vidal Bonifaz, parce quil demande quà chaque fois quon utilise ses données on le cite, qui fait une analyse du tirage des principaux journaux du Mexique (note : probablement que celui qui parle se réfère au livre « Les Propriétaires du Quatrième Pouvoir », éditions Planète, où lauteur, Francisco Vidal Bonifaz fait une analyse exhaustive de la presse au Mexique. Dans ce livre et sur le blog « La Roue de la Fortune«  on peut trouver ces données, ainsi que les tirages de chaque publication, le statut économique et éducatif de leurs lecteurs, etc. Le livre et le blog sont recommandés à tous ceux qui veulent connaître plus profondément ce qui concerne la presse mexicaine. Note de courtoisie des « Tiers Compas »).

Les principaux journaux au Mexique, par cette espèce de provincialisme inversé qu’ont les chilangos (habitants de Mexico, péjoratif, ndt), considèrent comme journaux nationaux ceux qui sont produit au DF (District Fédéral, ndt), même si le tirage de ceux qu’il y a en province sont plus important.

En 1994, entre les différents journaux, ils sont tirés, parfois plus au propre qu’au figuré, à plus d’un million d’exemplaires. En 2007 la production était tombée à 800 milles, le nombre de lecteurs aussi avait diminué scandaleusement. D’une manière ou d’une autre le journalisme d’investigation et d’analyse, qui est le terrain qui aurait permis aux médias à gages de rivaliser avec l’information instantanée que rend possible internet, a été abandonné et laissé de côté.

Les médias à gages – en réalité ce n’est pas une insulte, c’est une réalité, c’est un média qui vit de rémunérations, non ? -. Quelqu’un dit « non, c’est que ce truc de médias à gages, ça paraît fort, très fort, utilisez plutôt médias commerciaux ». Ça semble pire média commercial que média à gages.

Les journaux ne vivent pas de la diffusion, c’est-à-dire de la vente de leurs matériaux, ils vivent de la publicité. Donc pour vendre de la publicité ils ont besoin de montrer à ceux qui vont acheter des espaces de publicité à qui ils s’adressent et qui sont leurs lecteurs. Par exemple, il faut dire que – ce sont des données de 2008 car après tous les journaux ont verrouillé l’information à leur sujet -, El Universal et Reforma parviennent à presque 70% de toute la publicité achetée dans la ville de Mexico, le reste, 30%, les autres journaux se les disputent.

Donc chaque journal a un profil, disons, de lecteur, une classe à qui il s’adresse, son niveau d’éducation, tout ça, et c’est ce qu’ils présentent à celui qui achète la page de propagande. C’est-à-dire, si je suis El Despertador Mexicano et que mes principaux consommateurs sont indigènes eh bien je vends au Huarache Veloz (sandale véloce, ndt) une pleine page de publicité pour qu’il vende ses sandales, ou du pozol, ou n’importe quoi.

Rien de moins que tous les journaux de la presse, même ceux qui se disent de gauche, présentent dans leurs analyses le profil de leurs lecteurs, tous, absolument tous, ont entre 60 et 70% de leurs lecteurs parmi les classes ayant un haut pouvoir d’achat. Les seuls qui reconnaissent que leurs lecteurs ont un faible pouvoir d’achat et un faible niveau d’éducation sont Esto, l’Ovaciones et La Prensa. Tous les autres journaux s’adressent aux classes supérieures, ou disons, à ceux d’en-haut.

Il est évident que cette classe avec un meilleur pouvoir d’achat peut avoir accès à l’information dans sa forme la plus instantanée. Pourquoi attendre pour voir ce qui va se passer, ce qui se passe dans d’autres parties du monde, que sorte le journal, si à l’instant je peux savoir ce qui se passe à Gaza, par exemple ? Pourquoi je devrais attendre le journaliste ou le lire si ici je peux le voir ?

Il n’y a ici aucun terrain de compétition car la super vélocité de ces médias de communication fait que les exclusivités ou les scoops s’estompent devant la concurrence de cette vitesse. Donc tous ces médias, même les progressistes, se disputent pour le classement, c’est-à-dire, pour ce public de classe moyenne-haute et supérieure, il y a une autre classe richissime, qui est bien au-delà de tout ça, je pense que ce sont ceux qui produisent l’information.

Les médias à gages n’ont que deux options pour survivre, car ils sont rémunérés. Ou ils achètent leur survie à ceux qui peuvent encore payer, c’est-à-dire la classe politique, qui fait leurs pubs et leur propagande mais dans un autre sens, même s’ils voient les tarifs de chaque journaux pour déployer une pleine page, une demie-page, un trois-quart, jusqu’au module proposé, qui est le plus petit, il y a un tarif spécial pour les publications non commerciales, les gouvernementales, et d’autres tarifs pour les nouvelles, par exemple les interview, dont personne ne comprend ce qu’elles font dans un journal car cela n’intéresse personne ce qu’a à dire tel personne, c’est de la rémunération. Les tarifs les plus élevés sont pour le non-commercial, c’est-à-dire ceux que payent le gouvernement, et les nouvelles, les insertions payées déguisées en information.

L’autre option qu’ils avaient était de développer le journalisme d’investigation et d’analyse que n’offrait pas internet. Qu’il n’offrait pas jusqu’à ce qu’apparaissent ces espaces comme ceux auxquels nous nous référons comme médias libres, autonomes, alternatifs (etc. je dirais à présent, car tout fout le camp). Ce qui pouvait plutôt être fait, de ce qui se passe, de l’information qui coule ainsi de manière renversante, c’est d’en faire une analyse, une dissection, d’ajuster et de chercher ce qu’il y a derrière, par exemple, de la politique du gouvernement israélien à Gaza ou de la politique de Manuel Velazco au Chiapas, ou de la même manière un peu partout.

N’importe qui avec un minimum de discernement s’informe de ce qui se passe à travers les journaux. Vous, vous êtes de mauvais exemples car vous n’êtes ni de la classe moyenne-supérieure et moins encore de la supérieure, si vous l’étiez vous ne seriez pas là. C’est à dire les potes, la bande dit « non, je veux savoir ce qui se passe au Chiapas, je vais lire la profonde analyse journalistique d’investigation de Elio Enriquez ». Personne ne le fait.

Personne ne dit « qu’est-ce qui se passe à Gaza ? Je vais lire Laura Bozzo pour qu’elle me dise ce qu’elle explique ». Non, ce terrain a été totalement abandonné, à la place c’est à travers les sites et les blogs que le terrain est couvert.

Ce langoureux disparaître ou reculer des médias à gages n’est pas de la responsabilité de l’EZLN, et bien évidemment n’est pas non plus de la responsabilité du défunt SubMarcos. C’est de la responsabilité du développement du capitalisme et de cette difficulté à s’adapter. Les médias à gages vont devoir évoluer pour devenir des médias de divertissement, c’est à dire, si tu ne peux pas t’informer au moins divertis-toi avec moi. Si tu ne tombes pas dans le journalisme d’analyse et d’investigation, dont n’importe quel reporter honnête, d’un média à gages, peux te dire « non, c’est que ça il ne le publieront pas. » ; et le journal gagne plus à ne pas publier qu’à publier ce genre d’articles.

C’est en cela que je vous disais que la non production se change en une marchandise, dans ce cas le silence. Si un journaliste moyennement décent et avec un minimum d’éthique fait une enquête sur l’implication des gouvernements des états de Salazar Mendiguchía, Juan Sabines Guerrero et Manuel Velazco avec la CIOAC-Historique, il sortirait qu’il y a beaucoup d’argent en circulation ici, dont celui que distribue Madame Robles de la campagne nationale contre la faim.

Mais ne pas publier cet article se vend mieux que de le publier, car qui va le lire, ce sont les ennemis de ces grands de la patrie qui vont le lire ? Alors qu’en se taisant et mieux encore en parlant du bon tournant pris par la capitale Tuxla Gutiérrez avec les ouvrages urbains lancés par Toledo, qui est le maire, et Manuel Velazco, et cela ça se vend bien, bien que ce ne soit que pure mensonge. Nous, nous vérifions les twitters des journalistes, ce sont des journalistes à gages, ils travaillent dans des journaux à gages évidemment, mais bien sûr ils sont informé de ça, de l’image de guerre que renvoie la capitale du Chiapas pour ces travaux complètement anachroniques et absurdes qu’ils font.

Par exemple, voilà des gens qui viennent du Veracruz, je crois que ces gens dirais « bon, eh bien nous pour savoir ce qui se passe au Veracruz nous lisons le Heraldo de Xalapa – oui il existe. Ils vont dire « écoutez, ne nous entubez pas Sub, pourquoi tout ça si ceci n’a rien à voir ».

Alors le problème que tous nous avons à travers le monde est, si ni l’information, ni l’analyse, ni l’enquête ne sont plus dans les médias de communication, si elles y ont jamais été, alors où va-t-on les trouver. Il y a un vide dans l’espace médiatique qui est disputé, hein.

Ce qu’il fallait également mettre en avant à travers cet adieu c’est que les médias qui se sont tant vanté de créer des personnages, ils se vantaient par exemple d’avoir créer, eux, Marcos, bien que depuis ils se soient efforcés de créer des personnages et non seulement ils ne sont pas parvenu à bâtir une personnalité internationale, encore moins national, même s’ils les payent, comme López Obrador.

Ça ne se peut pas. Aujourd’hui les personnalités qui ont surgi, qui ont ému ou fait bouger en quoi que ce soit l’information au niveau national, ne viennent pas des médias, mais plutôt malgré eux. Je ne sais pas si je vais bien le dire, Julian Assange, avec la révélation de tous les documents a démontré aux médias de communication au niveau mondial qu’ils n’informaient pas de ce qui se passait, s’est converti en référence. Bien qu’il fasse partie d’un collectif les médias travaillent sur lui. Il y a même un film sur lui en tant que personnage, bien que nous sachions tous que c’est un collectif.

Madame Chelsea Manning, qui a subi une opération pour devenir Chelsea Mannig, et Snowden, ce qu’ils ont tous fait c’est révéler ce qui est caché et ce qui aurait du être le travail des médias de communication de le révéler. Mais ceux qui ont vraiment dérangé le monde de l’information sont des collectifs où l’individu est complètement dilué, comme les Anonymous, dont on dit maintenant « on ne sait rien des Anonymous, ils ne se montrent pas ». Ce qui est absurde puisque s’ils sont anonymes pourquoi leur demanderions-nous de se montrer.

Enfin, ce que nous avons vu c’est que l’anonymat du collectif est ce qui est sur le point de remplacer et de plonger dans la crise cet effort médiatique de ceux d’en-haut pour trouver des individualités et des personnalités.

Nous, nous pensons que ça a tout à voir avec la formation du média. Si au sein des médias à gages il y a une structure qu’envierait n’importe quelle armée quant à sa verticalité, son autoritarisme et son côté arbitraire, avec un média collectif, c’est à dire un média alternatif, libre, autonome, etc, c’est une autre façon de travailler et une autre manière de faire.

Disons que dans les médias à gages celui qui fait l’information importe le plus. Si vous regardez les articles qu’il y a eu dans les médias à gages lors du vingtième anniversaire du soulèvement, en janvier de cette année, la plus part des nouvelles parlent de ce qu’on fait les journalistes il y a 20 ans, pas de ce qui s’est passé : « moi j’ai interviewé Marcos », « moi j’ai réalisé telle interview », « moi j’ai été le premier à entrer », « moi j’ai écrit le premier livre ». Quelle tristesse qu’en 20 ans ils n’aient rien fait d’autre que de se souvenir.

Mais c’est ce critère qui compte. L’exclusivité. Vous ne savez pas ce qui importe tellement pour un journaliste et ce que ça l’amène à faire, à ce qu’il fasse, pour avoir une exclusivité. Le fait de pouvoir avoir l’exclusivité de la dernière interview de Marcos ou la première de Galeano vaut, coûte, même s’il elle ne se publie pas, car comme je l’ai expliqué, taire est aussi une marchandise et peut se vendre.

Par contre je veux croire, moi, que dans les collectifs dont vous faites partie vous et d’autres qui n’ont pas pu venir, la façon de travailler fait que l’information pèse plus que ce lui qui la produit. Bien sûr, il y en a quelques-uns qui ont encore besoin d’apprendre à rédiger, mais la grande majorité rivalise en ingéniosité, en analyses, en profondeur et en enquête sur ce qui se passe.

Ce que nous, nous voyons c’est, dans ce bordel qu’est le monde capitaliste, où nous trouvons l’information. Si nous allons sur internet et que nous googlisons, comme on dit aujourd’hui, Gaza, alors nous pouvons trouver que les palestiniens sont des assassins qui s’immolent simplement pour détruire moralement l’armée israélienne, ou inversement. Vous pouvez trouver ce que vous voulez. Où vas-tu trouver l’information de ce qui se passe réellement ? L’idéal serait que les palestiniens nous disent ce qui se passe, pas à travers d’autres.

Dans ce cas, par exemple, nous, nous disons, ce ne serait pas mieux de savoir ce que disent les zapatistes ? plutôt que quelqu’un nous dise ce qu’il croit qu’ils auraient du dire, même pas ce qu’ils croient que nous avons dit, c’est ce que nous aurions du dire.

Comme certains disent que dans le texte de la lumière et l’ombre, Marcos dit qu’il ne va plus jamais écrire, donc Galeano ne va pas pouvoir écrire, bien qu’ils ne se soient pas rendu compte que lorsque tout le monde s’était dit au revoir, le chat-chien était resté. On peut voir beaucoup de chose ici mais ça n’a pas d’importance maintenant.

Ce que nous voulons montrer c’est, la meilleur information est celle qui vient de l’acteur pas de celui qui couvre ce qui se passe. Ceux qui peuvent faire ça ce sont les médias libres, autonomes et alternatifs. Ce que je vous dis, compañeros et compañeras et compañeroas, est une tendance, ce n’est pas ce qui va se passer tout de suite. C’est à dire, ne faites pas les beaux, en disant « oué maintenant on est au top et le monde dépend de nous ».

C’est une tendance que nous, nous voyons par cette malédiction qui nous fait voir les choses avant qu’elles n’arrivent. Nous voyons que les médias à gages, en tant que médias d’information, sont franchement en décadence, pas de leur propre fait hein, ça a à voir avec leur manière d’avoir embrassé une classe politique qui elle aussi se délite, pour survivre et ça, ça se comprend.

Nous, nous ne critiquons pas le fait que quelqu’un travaille pour un média et vive de ça. Mais nous pensons que la dignité et la décence ont une limite et qu’il y a des limites qui ont été franchies, mais ça c’est quelque chose de personnel, et nous, nous ne jugeons pas cela. Ce que nous voyons c’est que le problème dans un média à gages c’est la survie, alors leur survie passe par un côté qu’ils ne suivent pas et ils suivent plutôt l’immédiateté.

A long terme le média à gages, en tant que quelque chose que tu achètes et consommes, va disparaître. Pourquoi tu achètes le journal si tu peux le consulter en ligne ? Mais en plus tu ne vas pas chercher l’information ici, tu ne vas pas chercher l’analyse de ce qui se passe.

Nous disons alors, si nous voulons savoir ce qui se passe au Michoacán, l’idéal serait que ceux du Michoacán nous disent ce qui se passe.

Nous pensons, si les gens d’autres parties du monde ou du pays veulent savoir ce qui se passe avec les zapatistes qu’il y ait au moins un espace où ils puissent entrer.

Ce que je veux dire par là c’est que nous ne voulons pas de militants pour ça, militants de la communication zapatiste, pour ça existe cette maudite idée des tiers médias. Nous voulons des écoutes, c’est à dire que les gens qui veulent se rendre compte se rendent compte de quelque chose de vrai, ou d’une analyse profonde ou d’une vraie enquête, en prenant en compte l’importance d’une nouvelle ou d’une information, et non qui la produit.

Nous, nous voyons qu’à long terme les médias libres, autonomes, alternatifs, vont combler ou peuvent combler – nous ne savons pas si ils le feront -, peuvent combler ce vide qui se creuse actuellement dans l’échange d’information au niveau mondial. Internet ne le comble pas bien qu’ils le pensent, sur internet tu peux trouver ce que tu veux, si tu es pour quelque chose tu trouves les arguments favorables, si tu es contre quelque chose ici même tu trouveras les arguments contre.

Il y a donc un besoin pour cette information d’avoir un espace où s’installer, qu’elle soit lisible. Et ça c’est, nous, nous disons qu’à grands traits et en une tendance, c’est ce que vont couvrir les médias de communication alternatifs, autonomes, libres ou comme ils s’appellent.

Et ça c’est ce que nous voulions dire lorsque ça devait être à Oventic, que vous n’avez pas la putain d’idée du boulot qui va vous tomber dessus. Ce n’est pas que nous vous bourrons le mou pour que vous veniez à La Realidad, maintenant allez de tel côté et là-bas vont les tiers médias, ou les cinquièmes, à quoi ça ressemble, les cinquièmes non, j’ai pensé, mais c’est une blague, alors il vaut mieux mettre les tiers médias (note : il est évident que celui qui parle est affecté par la fait d’être borgne, parce qu’en réalité il aurait du dire « les tiers compas », et nous vous envoyons donc une protestation énergique pour que vous la publiiez dans le même espace et avec la même importance que son lapsus. Note de courtoisie des « Tiers Compas »).

Non, ce qui vous arrive c’est l’espoir de beaucoup de gens. Nous, nous n’avons aucun espoir en vous, nous avons confiance en vous, pas en vous seuls qui êtes ici mais en ce que vous êtes, la tendance que vous puissiez couvrir cet espace.

Le problème que nous voyons maintenant est ce lui de la paye. Les médias autonomes, libre, tout ça, se maintiennent… la plus part du temps ceux qui y entrent coopèrent mais ont un autre boulot, et donc le média autonome, libre, alternatif, est comme les tiers médias (nota : lapsus et protestation réitérés. Cordialement « Les Tiers Compas »), c’est à dire qu’il fonctionne comme il peut car il faut aller au boulot, il faut vite y aller pour pouvoir toucher sa paye. Ou ils durent pendant qu’il y a de l’argent, et quand il n’y a plus d’argent et bien le média disparaît. Il se peut aussi qu’il dure, pourvu que ça ne se passe pas comme ça, lorsque le calendrier impose sa logique aux participants, c’est à dire, lorsqu’ils grandissent et mûrissent, comme disent ceux d’en-haut, et délaissent les folies et les révoltes.

Bref, nous pensons que vous avez ce problème et que vous devez le résoudre d’une manière ou d’une autre, je ne sais comment. Je vois que sur certains sites apparaissent maintenant des choses comme des conseils pour maigrir, comment ne pas vieillir, grill pour la peau, je ne sais pas comment ils disent, lifting, ce qu’ils se mettent, des choses comme ça et de l’ésotérisme et tout le bordel. Bon, que celui qui voit ce média alternatif, ne se fie pas à tout ça, il touche quelque chose. Certains font ça, mais même pour qu’ils leur donnent ça, ils doivent montrer que quelqu’un visite leur site, quelqu’un de plus que vous.

Nous plaisantions il y a bien des années avec ceux qui se chargeaient du site avant tout ça, qui disaient « non, tel communiqué a fait tant de visites ». Je leur disais « mensonge, c’est nous qui faisons des clic, clic, clic, clic, clic, mais non ».

Je ne sais pas, la même chose qui vous a amené à travailler en collectif, à part que plusieurs eh bien le font de manière artisanale urbaine ou je ne sais pas comment on dit, que vous produisez tout ça, au mieux le même en collectif vous pourriez trouver la manière de faire que le média ne disparaisse pas, qu’il se maintienne et grandisse. Vous n’avez pas d’autre choix, compagnons, je suis désolé de vous donner cette information, mais ou vous grandissez ou vous allez disparaître. Même ceux qui sporadiquement sortent des informations, il ne leur reste que ça parce qu’entre vous aussi il commence a y avoir ce développement. Souhaitons que cette disparité de développement se fasse sur la profondeur des analyses, sur la capacité d’enquête et de je ne sais quoi d’autre, et non parce que certains auront résolu le problème de la paye et d’autres non.

Je laisse ça là, car il y a beaucoup de monde qui attendent plus de vous que ce vous pouvez imaginer.

Bien donc pour résumer. Les médias à gages existent, ils sont réels, ils ont leur importance, cette importance diminue tendanciellement et ce qu’a fait l’EZLN c’est changer radicalement sa politique médiatique. Nous ne voulons pas parler à ceux d’en-haut, le Sous-commandant Moisés va vous expliquer ça plus précisément dans la partie de questions réponses, qui consiste à ce que les médias zapatistes, à ce que nous fassions les questions et que vous, vous donniez les réponses, pas l’inverse.

Ce qu’a donc fait l’EZLN c’est de dire : voilà, ne nous intéresse plus ceux à qui nous nous adressions à travers Durito, le Vieil Antonio, la presse à gages quoi, mais maintenant nous nous intéressons aux gens qui comprennent le fait même du chat-chien ; cette reconnaissance de la différence et la reconnaissance qu’il y a des choses que nous ne comprenons pas et que ce n’est pas parce que nous ne les comprenons pas que nous allons les juger ou les condamner – comme un chat-chien qui existe, vous n’allez pas me croire mais il existe, il est réel.

Ce qui nous intéresse, nous, c’est de parler avec vous et vous écouter vous, et par là je veux dire aux gens qui à travers vous nous écoutent et qui à travers vous parlent avec nous. Si nous voulons savoir ce qui se passe de tel côté, nous cherchons d’abord sur les médias libres, alternatifs, il y a peu d’info hein, mais c’est bien mieux que n’importe quel média à gages, où en plus il faut s’inscrire avec une carte de crédit pour pouvoir lire Laura Bozzo qu’il y a un peu partout.

Qu’est-ce qui a donc altéré ce plan d’adieux ? C’est à dire de dire aux médias à gages « merci pour ce que… », même si la majorité d’entre eux furent des complices involontaires et malgré eux, de ce qu’ils ont été, ce qu’ils ont vu il y a un baille, une manœuvre de diversion ou un acte magique, et vous avertir, vous, de la malédiction, ben qui vous tombe dessus, quoi.

La plus part d’entre-vous sont jeunes. Nous autres, nous pensons, que la révolte n’a rien à voir avec le calendrier, ne devrait rien avoir à voir avec le calendrier, parce que nous, nous voyons des gens qui ont maintenant l’âge, n’ont pas le jugement parce que eh bien…(inaudible), mais qui restent des révoltés. Et nous, nous avons l’espoir que vous suiviez, même si ce n’est pas vous, au pire certains se partageront le travail, « bon, vous, vous chercher les fonds, et nous ça, et on tourne, ou quelque chose comme ça », mais ne laissez pas tomber ce travail, c’est vraiment important.

Qu’est-ce qui s’est passé ? Car si vous tenez compte de ce plan d’origine où allaient venir tous les médias à gages, qui était toujours maintenu deux semaines avant, 15 jours avant que ne soit dit non, vous n’entrerez pas à l’hommage à Galeano.

C’est une mort qui est survenue. Là-dessus je n’ai lu, je ne dis pas que ça n’existe pas, qu’un article de John Gibler, qui se trouvait passer par là. Il racontait qu’il disait à quelqu’un ce qu’avait été l’hommage à Galeano et cette personne avec laquelle il parlait lui disait « mais tout ça juste pour un mort ? », et lui, essayait de dire eh bien c’est qu’un mort, lui expliquant du mieux qu’il pouvait, quoi. Et nous, nous voulons lui dire l’important qu’est pour nous un mort.

Si nous laissons passer une mort nous en laisserons passer deux, si nous laissons passer deux il y en aura dix, puis cent, puis mille, puis des dizaines de milliers comme pour la guerre contre le supposé narcotrafic faite par Calderon, on a laissé passer une mort et ensuite il y en a eu des dizaines de milliers. Nous, non. Peut-être mourrons-nous de mort naturelle ou de mort juste, c’est à dire en luttant, mais nous ne permettrons pas que quiconque, aucun de nos compañeros et compañeras et compañeroas ne soit assassiné impunément, nous ne le permettrons pas. Et nous ferons tout nos efforts même s’il n’y en a qu’un, même le plus ignoré, ou le plus méprisé, ou le plus inconnu.

Et la colère que nous avions avec Galeano, c’est que ce compagnon Galeano était celui qui se chargeait de recevoir ceux de la presse à gages, il leur portait leurs sacs, les emmenait à cheval jusqu’au lieu des interview ou des reportages, les recevait dans sa maison et leur donnait à manger. Ceux qui ignorèrent et méprisèrent sa mort, et portèrent au nu les paramilitaires comme s’ils étaient des héros, victimes de l’arbitraire, allons bon, à l’heure où ils arrivaient ils ne prenaient même pas la peine de lui demander son nom et pendant 20 ans, lui s’est chargé de les recevoir, avec certains d’entre-eux il a même fait des paris sur le foot pendant les mondiaux de foot.

Nous nous attendions à la réaction de l’un de ceux avec qui il avait développé une telle relation, mais ils ne savaient même pas qui il était. Ils venaient interviewer Marcos, ils venaient voir Marcos, ils ne voyaient que le cheval, que l’arme, que ce qu’il avait lu, bien que le défunt Marcos savait évidemment quels livres il avait lu. Ils voyaient toutes ces choses et ils n’étaient nullement intéressés par celui qui les recevait.

Peut-être pouvons-nous comprendre qu’il ne les intéressait pas, après tout c’était un indigène, qui de plus n’avait même pas de visage, mais qui leur donnait à manger, porter leurs affaires, les aider avec le cheval, les accompagnait, leur disait où fouiller, de quoi il fallait se protéger, tout ça. Nous comprenons qu’il n’était pas important pour eux mais pour nous si, il était important, Galeano, comme tous et chacun des zapatistes. Nous avons fait tout ce bordel et nous continuerons à faire tout ce bordel à chaque fois, car nous ne permettrons pas la moindre mort, il n’y en aura aucune qui restera impunie.

C’est pour ça que nous avons tout changé, et la colère que nous avions fut celle qui mena le Sous-commandant Moisés, qui est celui en charge actuellement de tout ça, à dire que n’entrerait personne de la presse, et personne de la presse à gages n’entra alors qu’au début ils devaient tous entrer.

C’est ici, dans cette pièce qu’on a amené le cadavre du compagnon Galeano. Il y a une vidéo où on voit le cadavre, ils l’entourent et il y a les compagnons qui reprochent à ceux de la CIOAC la mort de Galeano. Ils ne les ont pas touché, camarades, moi qui suis supposé me contrôler et tout je les aurais au moins bousculé. Rien, ils leur crient dessus mais ils ne les touchent pas. N’importe où ailleurs, et ici même, ils auraient été lynchés parce qu’ils étaient responsables de cette mort et là gisait le cadavre.

Nous, nous sommes arrivés ici. Nous étions à Oventic pour les préparatifs, moi je m’entraînais avec une chaise-roulante, j’étais arrivé là-bas le jour-même à cheval, là j’allais arrivé en chaise-roulante afin d’alimenter ce qui dit que j’étais très malade, bien bousillé, bon ensuite, à la fin, j’allais me lever parce que mes genoux me faisaient mal à force de m’entraîner.

Lorsque nous avons appris nous sommes venus ici et nous avons vu, et voyez ce qui n’est pas sorti dans la presse ni ne sortira, celui-là, sortant ici, celui-là, celui-là celui-là, celui-là, ce sont eux qui étaient à la bagarre et venaient ici, à la porte du Caracol pour se moquer des camarades qui s’étaient enfermés ici pour qu’ils ne les agressent pas, ils étaient ici comme vous l’êtes vous-même.

Et ils se moquaient de comment il dansait, disaient-ils du défunt, à cause des coups de gourdin qu’ils lui donnaient, ils plaisantaient de la façon dont ils lui avaient tiré dessus, de comment ils lui avaient donné les coups de machettes, toutes ces choses que nous avons publié dans l’enquête car ce sont des douleurs qui nous appartiennent. Le Sous-commandant Moisés a fini l’enquête, elle ne sera pas rendu publique pour éviter la vengeance. Elle sera remise au Frayba avec les noms et tout, nous savons maintenant qui ils sont.

Nous étions dans cette situation, compas, et nous ne pouvions vous donner la moindre réponse car c’était ici une prairie sèche, qui pour peu, une petite étincelle, prendrait feu entièrement, et il y aurait eu un bain de sang ici. Nous nous sommes retenus et retenus mais cette colère ne nous a pas lâché. Elle ne nous a toujours pas lâché.

Donc la réponse, John Gibler, c’est que pour les zapatistes une mort injuste est de trop et c’est pour ça que nous sommes prêts à tout.

Cette conduite des médias impose une logique inhumaine, absurde, hors de propos partout dans le monde. Regardez, par exemple les enfants de Palestine ont démontré une grande patience à mourir, parce que il y en a un qui meurt et personne n’y prend garde, et il faut additionner les cadavres pour que d’abord les grands médias de communication regardent, et qu’ils continuent à mourir pour que sortent les images. Et ils continuent à mourir pour que les images soient vues et ils doivent mourir d’une manière scandaleuse hein, de manière à indigner, pour que les gens d’en-haut commencent à dire « écoutez, non, qu’est-ce que vous êtes en train de faire là », ou pour faire quelque chose.

Chaque fois nous, zapatistes, sommes toujours surpris par le peu d’humain qu’il y a dans l’humanité d’en-haut. Pourquoi faut-il tant de sang pour qu’ils disent quelque chose ? Et ensuite il se trouve qu’ils modèrent leur position : « Ok, tuez-les mais ne le montrez pas, car ça nous met en lumière. »

Robert Fisk, qui écrit dans El Independiente, de Grande Bretagne, disait ce que nous disons d’une autre manière : les grands médias de communication sont en crise car les gens qui les lisent – qui sont de la classe supérieure, avec un fort pouvoir d’achat et bien informés, d’après ce qu’ils disent – sont indignés d’être traités en idiots par les médias de communication qui essayent de présenter le massacre en cours à Gaza comme s’il s’agissait d’un affrontement ou comme si la faute incombait au Hamas. Les gens se sentent insultés quoi, ce n’est pas parce qu’ils ont de l’argent qu’ils sont bêtes, certains le sont évidemment, mais si ils sont intelligents ils se sentent insultés, et il le reconnaissait dans un article, en disant « nous sommes en crise, les gens ne nous croient plus, ne nous prennent plus au sérieux, mais en plus ils nous demandent des comptes ». Ailleurs ça fait longtemps que ça se passe comme ça, comme ici au Mexique.

Et bien ce qui se passe en Palestine, de ce dont personne ne parle, de cette patience mortelle des enfants palestiniens, nous disons que c’est la responsabilité du gouvernement d’Israël. Nous faisons toujours la différence entre les gouvernements et les peuples, nous savons que c’est la tendance naturelle, bien qu’en d’autres occasions nous ayons dit que le problème n’est pas le sionisme ou l’antisémitisme, les bêtises du style que continuent à dire les grosses têtes.

Nous ne pouvons dire que, parce que le gouvernement d’Israël est assassin, le peuple d’Israël est assassin, parce que sinon vous allez dire que le peuple mexicain est idiot car le gouvernement mexicain est idiot, et nous, au moins, nous ne sommes pas idiots. Il y a des gens en Israël, nous ne savons pas combien ils sont, nobles, conscients, honnêtes, pas forcément de gauche, car la condamnation de ce qui se passe en Palestine n’a rien à voir avec la position politique, c’est une question de décence humaine, personne ne peut voir se massacre et dire qu’il ne se passe rien ou que c’est la faute de quelqu’un d’autre.

Ce que je vous expliquais au sujet de la crise des médias à gages et de l’émergence des médias libres, alternatifs ou autonomes, c’est une tendance dans laquelle s’inscrit le long chemin des médias libres ou autonomes, il va se passer des choses, et je ne voulais pas vous les dire, mais il faut les dire.

Il y a des gens qui vont s’évanouir, comme disent les camarades, c’est quand l’un se rend, quand il abandonne son travail, la lutte, c’est qu’il s’évanouit disent-ils, c’est qu’ils cessent de lutter.

Les gens à qui les médias à gages vont faire ça, vient par là – manger de la merde, a dit le sous-directeur d’un journal, mais on va te payer pour manger de la merde -, ce sera parce qu’ils écrivent bien, parce qu’ils ont de bonnes analyses, ou parce qu’ils cadrent bien les photos ou les vidéos ou peu importe.

Et certains partiront, d’autres qui vont trahir diront : « non, putain, ce texte n’est pas vrai, j’ai tout inventé » ou n’importe quoi d’autre. Et d’autres vont renoncer. Le renoncement c’est un mot que comprennent bien les compas, qui veut dire que tu es en chemin et tu dis « ah non, et encore non, par ici non, je vais plutôt par là ». Presque toujours dans ce cas-là ça tient non pas à abandonner un boulot, parfois certains doivent travailler pour vivre, mais d’abandonner une position vis à vis de ce qu’est le maniement de l’information, dans le cas des médias libres, autonomes ou alternatifs.

Les problèmes qui vont apparaître tiennent à l’argent, c’est à dire qu’il va vous falloir survivre. La survie. Ça c’est un problème, non seulement en tant que médias mais aussi en tant qu’êtres humains qui ont toujours besoin de se nourrir. Non ? Même si certains sont en train de dépasser ça mais…

Ce que nous voulons que vous sachiez également, et à travers vous d’autres médias libres, c’est que nous, nous reconnaissons ces efforts et sacrifices. Nous savons que c’est difficile de venir jusqu’ici pour quelqu’un qui a une paye, pour quelqu’un qui n’a pas de paye c’est héroïque. Nous vous reconnaissons ça, nous connaissons ça, nous savons et nous vous saluons. Soyez assurés que si quelqu’un doit tenir compte de ce que vous êtes en train de faire, c’est nous.

Où chercher l’information ? Dans les médias à gages ? Non. Sur les réseaux sociaux ? Non plus. Sur l’instable et houleuse mer du réseau ? Pas plus, je te dis que tu peux y trouver n’importe quoi.

Il y a donc un vide sur où trouver l’information. Le média que vous utilisez en ce moment est aussi votre limite, vous arrivez jusqu’à plus de gens mais c’est aussi la limite car les gens qui n’ont pas un accès à internet de vitesse moyenne, je vous défie de charger une de vos pages, mer… credi, voilà qu’il y a une autre guerre, un autre soulèvement ou même que nous avons gagné la guerre avant de la charger entièrement. Il devrait y avoir une version plus légère ou quelque chose comme ça, celle de smartphone ou peu importe. Mais la plus grande partie de vos interlocuteurs, ou de ceux qui devraient être vos interlocuteurs ne les utilisent pas, mais ça, ça peut changer.

Nous disons que dans ces moments le principal moyen de communication est l’écoute, c’est pour ça que nous nous référons à vous comme « écoutes ». Il y a des gens, c’est ce que je disais à Moi, qui ont besoin de parler, peu leur importe si on ne les écoute pas, ils doivent parler et à tout propos. Mais il y a des gens pour qui c’est important d’être écouté, et pour que vous les écoutiez ils misent, parce que ce message ou cette parole arrivera plus loin.

La préoccupation des compañeros, compañeras, du CNI qui sont venu.e.s, c’est qu’ils étaient chargés d’être écoutés. À la différence de l’Autre Campagne. Je me souviens de ces multiples cauchemars, du divan collectif du « frappez-vous, nous y allons », que fut l’Autre Campagne, où chacun disait ce qui lui venait, sans que lui importe si on l’entendait ou non, si on le comprenait ou non, le truc c’était que sorte à ce moment-là, comme on dit, son envie. En plus c’était gratuit, imagine ce que ça te coûte chez le psychanalyste ou le psychiatre ou comme on dit maintenant.

C’était juste pour vous avertir que le média est aussi la limite et qu’il faut chercher. La source directe apparaît maintenant comme la principale, et nous, nous disons : les peuples originaires sont les spécialistes de l’écoute. En réalité je vous préviens de ce qui va arriver avec le festival mondial de la révolte et de la résistance, que ce soit une sorte d’exhortation à ce que ça ne soit pas la copie des réunions de La Otra, celles de préparations et tout, parce que ces compañeros et compañeras des peuples originaires sont des spécialistes dans l’art d’écouter, de la communication par excellence.

Que celui qui est l’acteur, ou qui subi, ou qui exerce une action, te dise comment il le voit, ceci n’implique pas qu’il y ait une analyse. C’est ce que tu me dis mais moi, je vois telles choses. C’est le travail de l’informateur hein.

Et nous voyons aussi dans ce maniement des médias, à partir de la malheureuse mort de Galeano, qu’il existe aussi dans les médias cette différence entre l’aumône et le soutien. Chez les médias à gages quand ils te portent attention tu dois les remercier, et c’est quelque chose qu’ils n’ont pas pardonné aux zapatistes, « en quoi pouvons nous encore vous filer un coup de main », ils diraient « et ne mordez pas la main qui vous est tendue ». Nous ne voulons pas digérer ça, nous crachons sur la main, parce que l’attention des médias est pour eux aussi une aumône.

À l’inverse, pour les médias libres, alternatifs, autonomes, etc, ce n’est pas une aumône. C’est un devoir qu’ils accomplissent, qu’ils remplissent malgré toutes les difficultés qu’ils ont, et c’est ce que nous appelons un « média ami ». Je sais bien que Tacho vous a mis en miettes, c’est pour ça que nous avons sorti les tiers compas, quoi (note : maintenant celui qui parle l’a dit correctement. Cordialement « Les Tiers Compas »).

Mais c’est ça la différence entre un média à gages et un média ami. Ce n’est pas que l’un a de l’argent, ou paye, ou non. La différence c’est que pour certains nous sommes une marchandise, qu’ils parlent ou non de nous ; et pour d’autres nous sommes un espace de lutte comme celui qu’ils ont et comme il y en a des milliers dans tous les coins du monde.

Lors de l’événement d’hier, qui était ouvert à la presse, seuls trois journalistes sont venus, quatre, l’un était des trois vicomtes qui ont calomnié la mort de Galeano, celui-là n’est pas entré. Les trois autres : l’un était de Processo, un qui fait un travail de presse sur la frontière sud et un autre qui travaille avec Aristegui. Jusqu’à maintenant seul celui de Processo a sorti quelque chose, mais aucun autre média n’est venu, je ne sais pas si c’est du genre Paquita du quartier, ou par dépit, enfin peu importe.

Combien de morts, car ce n’était pas un événement de l’EZLN, mais du CNI, ou combien de morts faut-il au CNI pour qu’ils leur jettent un regard. « Beaucoup », diraient les médias, pour que ça devienne une marchandise, et ensuite voir si ça se vend quand on te mentionne ou si ça se vend quand on ne te mentionne pas.

La différence pour nous c’est que le soutien que l’on donne à un camarade ne suppose aucune condition car on sait qu’en réalité ça fait partie de la même lutte.

Ce que nous voyons alors dans ce panorama chaotique que je vous présente, c’est qu’avec l’ultra rapidité et le bourrage, le bariolage de l’information qu’il y a, il est paradoxal que le meilleur niveau ou le niveau suprême de communication soit l’échange, ce niveau direct.

Les compas ont découvert quelque chose que vous, vous avez découvert dans votre travail, qui est le pouvoir de l’écoute. S’il n’est pas possible que nous écoutions tous ceci alors il y a besoin de quelqu’un qui se saisisse de cette parole et la jette derrière, comme on dit chez nous, c’est à dire chez les peuples, c’est ce que font les « écoutes ». Et c’est ce que vous, d’une manière ou d’une autre, vous faites.

Mais vu que ça c’est le (selon nous, mais bon vous savez, nous on y connaît rien en médias de communication), le niveau suprême est maintenant l’échange et pour autant ceux qui le font le mieux sont ceux qu’il faut écouter. J’ai bien l’impression que les peuples originaires sont balaises la-dedans, la patience, tout ça, mais de tout ça le Sous-commandant Moisés va vous parler plus avant.

Voilà ce que je tenais à vous dire. Compañeros et compañeras, il n’y aura pas de question parce qu’il me semble qu’en 20 ans vous m’avez demandé tout ce que vous aviez à me demander, et je crois avoir reçu un certificat d’impunité pour ne plus rien répondre, mais ça on vous le devait.

Nous allions encore le faire en cette matinée mais comme je suis maintenant de tiers média (note : mmh… celui qui parle n’apprend pas. Les tiers compas !) et que je voyais qu’on vous piratait tout, nous avons dit non, mieux vaut se lancer car ce n’est pas juste ce que font les médias à gages, parce que ce fut en plus, ce ne fut pas un vol, ce fut une spoliation de mépris. C’est à dire, je vais me l’approprier mais je ne vais pas dire de qui ça vient parce que qui se soucie de ce putain de tweet ou de ce putain de site que personne ne regarde.

Quels sont les reproches, d’après ce qu’on nous a dit, que nous faisaient les grands médias de communication qui sont arrivés à San Cristobal : « Ce Marcos est fou, il choisit des gens qui n’ont même pas dix visites sur leur site – alors donnez-leur plus de clic (inaudible), qu’ils arrivent peut-être à cent – et pas nous qui avons des millions de lecteurs ».

On vous devez bien ça, camarades, alors voilà. Galeano ne va pas rester muet, parfois Tacho va parler, parfois Moisés, parfois Galeano, ou n’importe qui d’autre, le chat-chien, peu importe. L’important ici c’est le changement d’interlocuteur, premièrement. Deuxièmement, l’important c’est cette tendance que nous voyons dans votre apparition en tant que médias libres, autonomes, alternatifs, etc.

Le fait que nous ayons créé les tiers médias (note : Arghhhh ! L-e-s T-i-e-r-s C-o-m-p-a-s!) pour que vous n’ayez pas à vous arrêter à ce bordel de venir jusqu’ici, pour vous envoyer du matériel. Ce n’est pas seulement qu’on reconnaît et valorisons votre travail, ce que nous reconnaissons surtout et valorisons c’est le sacrifice et tout ce que vous faites pour vous retourner et regarder par ici.

Pour cela aussi nous vous remercions, vous spécialement et tous les camarades de la Sexta en général.

C’est tout, cité Gothique. (note : celui qui parle a voulu imiter la voix du supervillain Mr Bane, mais ça l’a pas fait).

Fin de l’intervention du SupGaleano

(Transcription depuis l’enregistrement original à la charge des « Tiers Compas ». Et donc, avec les protestations et quelques énervements pour les lapsus, mais bon, c’est ça le boulot, qu’on pâtit, hein)

Copyleft : « les tiers compas » 12 août 2014. Est permise la reproduction sans recourir à l’auto-érotisme, la circulation underground et la consommation en mode « fermez tout il y a de la boue ».

los tercios compas

Les miroirs de la résistance

source.

Traduction de la deuxième déclaration CNI-EZLN, publié le 10 août 2014 sur le site du Collectif Pozol.

« LES MIROIRS DE LA RÉSISTANCE »

2e DÉCLARATION DE L’ÉCHANGE CNI-EZLN. SUR LA SPOLIATION DE NOS PEUPLES

« La terre qui nous a vu naître, qui nous donne la vie et au sein de laquelle nous finissons par reposer pour l’éternité. Pour cela nous sommes de toutes les couleurs dont nous sommes, toutes les langues que parlent nos cœurs, pour cela nous sommes des peuples, nous sommes des tribus et nous sommes des nations. Nous sommes les gardiens et les gardiennes de ces terres, de ce pays, le Mexique, de ce contient et du monde. »

(EZLN, août 2014)

 

A la Sexta nationale et internationale

Aux peuples du monde qui résistent en faisant fleurir les révoltes

La spoliation de ce que nous sommes en tant que peuples originaires est cette douleur qui nous unit dans l’esprit de la lutte que nous commémorons aujourd’hui à travers notre compagnon David Ruíz García, mort en partageant la douleur des frères de l’Armée Zapatiste de Libération Nationale suite à l’assassinat du compagnon Galeano et pour que nous soyons Un dans notre histoire et dans notre espoir.

La mort du compagnon, qui renaît aujourd’hui en un collectif de 28 peuples, couleurs et langues réunis au Caracol Zapatiste de La Realidad, nous inspire au cours de cet échange comme peuples originaires une joie de nous rencontrer, de nous savoir vivants, aussi vivants que les peuples, les langues, l’histoire collective qui devient mémoire, résistance et justesse envers notre mère qui est la terre qui est aussi en vie et à qui nous nous devons.

La lutte que nous sommes est diverse et l’ennemi nous le nommons spoliation car c’est ce que nous voyons, nous mourons et vivons tous les jours, de façon collective comme l’est le maïs, comme l’est le compagnon Galeano, comme l’est le compagnon David et comme le sont nos frères et sœurs emporté.e.s par la vie dans cette guerre d’extermination.

Cette spoliation est tellement diverse qu’elle n’a qu’un seul nom, et s’appelle capitalisme.

Dès le début, le capitalisme a grandi à partir de la SPOLIATION et l’EXPLOITATION. SPOLIATION et INVASION, sont les mots qui décrivent le mieux ce qu’on appelle la conquête de l’Amérique, spoliation et vol de nos terres, de nos territoires, de nos savoirs, de notre culture. SPOLIATION, accompagnée de guerres, de massacres, d’emprisonnement, de morts et encore des morts, qui deviennent vie collective parce que ici nous sommes les peuples que nous sommes, que nous continuons d’être.

Après la guerre d’Indépendance, l’irruption de la nouvelle nation, la réforme libérale et la dictature de Díaz, le Mexique naît en niant nos peuples, grâce aux constitutions et lois qui privatisaient nos terres et prétendaient légitimer le pillage de nos territoires. Des milliers de nos frères, des dizaines de nos peuples ont été exterminés à travers des campagnes militaires et de leur déplacement massif.

Malgré un million d’indigènes et paysans morts pendant la révolution, les lois agraires qui surgirent ensuite ont été inspirées par Venustiano Carranza et Álvaro Obregón, les assassins d’Emiliano Zapata, avec pour but de protéger les latifundios, empêcher la restitution des terres, des eaux, de l’air et des montagnes commune des peuples et convertir la propriété commune en système ejidal (ejido : champ commun d’un village, lié à celui-ci, qu’on ne cultive pas et où on a l’habitude de réunir le bétail ou d’établir des aires agricoles). C’est à dire qu’ils ont voulu nous tuer encore et encore, nous tuer en tant que peuple et nous tuer dans notre individualité. Et après tant de morts, nous continuons d’être des peuples vivants et collectifs.

Les réponses à la spoliation et à l’extermination ont été la révolte et la résistance. Des centaines de révoltes en Basse-Californie, Sonora, Chihuahua, Nayarit, Jalisco, Guanajuato, Michoacán, Querétaro, Veracruz, État de Mexico, San Luis Potosí, Hidalgo, Morelos, Puebla, Guerrero, Oaxaca, Chiapas, Yucatán, Campeche, et Quintana Roo, et remarquablement la révolution zapatiste ; elles ont défié la société colonialiste, toutes se sont passées après la réforme libérale, explosant dans le mouvement armé de 1910 et défendant les armes à la main la possession commune de la terre jusqu’aux temps de la réforme agraire et l’expropriation pétrolière de Cardenas.

Actuellement les capitalistes néolibéraux, avec l’appui de tous les partis politiques et les mauvais gouvernements avec à leur tête le criminel et chef paramilitaire Enrique Peña Nieto, appliquent les mêmes politiques de spoliation à grande échelle qu’appliquaient les libéraux du dix-neuvième siècle, les carranzas ou les obregones, s’appuyant sur la militarisation et la para-militarisation, conseillés par les corps d’intelligence étasuniens, dans ces régions où les résistances sont confrontés à la spoliation.

De même que les gouvernements de ces époques, les gouvernants actuels remettent nos territoires et les biens qu’on dit de la Nation aux grandes entreprises nationales et étrangères, cherchant la mort de tous les peuples du Mexique et celle de notre mère terre, mais la mort au sein de nos peuples renaît en collectif.

Nous redisons que nos racines sont dans la terre, et les spoliations que nous avons dépeint au cours de la Chaire Tata Juan Chávez Alonso en août 2013, sont notre douleur et notre rage ; lieu de naissance de notre détermination et de notre révolte. Qui sont notre lutte sans renoncement et notre propre vie. Ce sont des spoliations toujours aussi vives qu’alors et qui de plus se sont multipliées avec de nouvelles formes et en de nouveaux recoins, qui deviennent luttes et résistances dans lesquelles nous voyons des miroirs qui se reflètent dans le miroir que nous sommes :

Miroir 1 : Sur la côte nahua de l’état du Michoacán, la convoitise envers les richesses naturelles ont été le motif depuis 2009 de 31 assassinats et 5 disparitions du fait des Caballeros Templarios qui jouent de la corruption dans les structures du mauvais gouvernement qui ont protégé la spoliation des terres communales pour de supposés petits propriétaires qui sont aussi des têtes du crime organisé dans la région, le pillage illégal de minerais et bois précieux pour exportation par des entreprises transnationales chinoises depuis les ports de Manzanillo et Lázaro Cárdenas que gère le mauvais gouvernement et sa corruption qui a laissé une vague de deuil, de douleur, brutalité face à laquelle la communauté de Ostula s’est renforcée avec la révolte croissante qui lui permet de maintenir la sécurité et d’arrêter le pillage de ses ressources. Tout ceci alors que les mauvais gouvernements ne cessent de menacer de démanteler l’autodéfense indigène comme droit, d’emprisonner ou tuer les leaders communautaires, ce qui est un avis de destruction.

Miroir 2 : Le territoire nahua et totonaco du Totonacapan, Veracruz, a été détruit par les lumières, la libération de gaz éventée, des rejets toxiques de pipeline abîmés qui ont dévasté les sources d’eau de la région. Tout ceci au nom du Projet Paleocanal de Chicontepec, maintenant renommé Huiles Tertiaires du Golf où sont exploités 29 champs pétrolifères sur une superficie de 1875 mètres carrés, où sont exploités 1500 puits pétrolifères dans 14 municipalités de la région, tuant des fleuves et des rivières par des centaines d’épanchements qui trouvent leurs origines dans les 2220 réparations réalisées jusqu’en 2010, et faisant persister la menace de 33 000 réparations selon les informations de la Commission Nationale des Hydrocarbures. Ici ont été réalisé des fracturations par explosion de dynamite éventée et fracturations hydrauliques (fracking) dans 1737 puits dans toute la zone. Sur cette même bande a également été autorisé de nombreuses concessions minières qui mettent en danger l’intégrité du territoire.

Miroir 3 : Le peuple Wixárika, bien qu’il se trouve plongé au limites des états de Jalisco, Nayarit et Durango, possède un territoire continu et son organisation autonome est forte et ancestral. Aujourd’hui il affronte les attaques sur différents fronts simultanément, depuis les anciennes invasions agricoles sur lesquelles, bien que leur restitution ait été ordonnée en faveur de la communauté de San Sebastián Teponahuaxtlán, la décision n’a toujours pas été exécutée à causes des imprécisions limitrophes entre les états. Son territoire est traversé par des routes dont l’objectif est la spoliation des ressources naturelles de la région comme dans le cas de la communauté Santa Catarina Cuexcomatitlán qui depuis 2008 a fait arrêter grâce à de fortes mobilisations l’imposition de la route Amatitán- Bolaños- Huejuquilla. Actuellement le gouvernement de l’état de Jalisco refuse de réparer les dégâts causés à la forêt, au chemin communal et aux sites sacrés bien que la communauté ait obtenu des décisions de justice favorables.

Dans l’état du Durango, la communauté Wixárika Autonome de Bancos de San Hipólito poursuit sa grande lutte pour la reconnaissance de son territoire ancestral, exerçant l’autonomie comme unique voie pour continuer d’exister comme peuple originaire.

Le territoire pour nos peuples n’est pas qu’agraire mais aussi cérémoniel et pour le peuple Wixárika, le principal de ses sites sacrés se trouve dans le désert de Wirikuta, San Luis Potosí, qui en plus d’être menacé par 5 entreprises minières qui possèdent plus de 78 concessions, on y perpètre le pillage sans aucune autorisation d’antimoine, d’uranium, d’or et d’argent dans les zones de San José de Coronados et la Presa Santa Gertrudis, dans les municipalités de Catorce et Charcas.

Miroir 4 : Dans la municipalité de Villa Guerrero, Jalisco, la communauté Autonome Wixarika-Tepechuana de San Lorenzo de Azqueltán qui bien qu’étant en possession d’un titre de la vice-reine depuis 1733, elle n’a pas été reconnue sur son territoire et au contraire, a été mis à la merci de caciques et de gouvernements la superficie qui a toujours été a eux. La forêt est ravagée, le territoire envahi et ses sites sacrés détruits, comme le Cerro (la colline) Colotlán, où le mauvais gouvernement a donné son aval et de l’argent aux propriétaires terriens pour qu’ils utilisent des centaines de pierres de cérémonies taillées comme barrières de pierres pour de prétendus ouvrages de protection des sols. Ce qui n’est pas seulement une spoliation mais un génocide.

Miroir 5 : Dans l’isthme de Tehuantepec, où vivent le peuple Ikoots et Binniza des communautés de San Mateo del Mar et San Dionisio del Mar, tout comme le peuple de Juchitán et le quartier Álvaro Obregón ; les entreprises Endesa, Iberdrola, Gamesa et Unión Fenosa Gas Natural Fenosa, Demex, filiale de Renovalia Energy, Électricité de France (EDF), Eolicas del Sur, Zapotecas de Energía, Grupo Mar, Preneal, Ener green Power, spolient les terres communales et détruisent des lieux sacrés dans toute cette région, où sont occupées de manière illégale plus de 32 000 hectares où ils ont installé 1600 éoliennes à Juchitan et Union Hidalgo pour les parcs éoliens Biiyoxo et Piedra Larga I et II sur les terres communales depuis 2001. Actuellement l’assemblée des habitants de Union Hidalgo s’oppose à l’expansion de ces parcs sur les terrains communaux de Palmar, El Llano, les aires protégées de mangrove au sud des communautés Binizaa. Territoire défendu par nos camarades de l’Assemblée Populaire du Peuple Juchiteco, Assemblée des Peuples Indigènes de l’Isthme de Tehuantepec en Défense de la Terre et du Territoire (APIITDTT).

Dans la même zone de l’isthme, la région de San Miguel Chimalapas et Santo Domingo Zanatepec, Oaxaca, a été envahie par 3 concessions minières autorisées en faveur de la Coopérative la Cruz Azul sur le lot minier qu’ils appellent le Chincuyal, de la Mine Cascabel sur le lot minier Mer de Cuivre et de la Mine Zalamera sur le lot minier Jackita, subventionnée par la Mine Orum Gold Corporation, les mêmes qui recouvrent une superficie de 7310 hectares sur les terrains de nos peuples. Là il existe une invasion de la part du gouvernement de l’état du Chiapas, de bétail riche et par l’Armée Mexicaine.

Au nord de l’isthme de Tehuantepec, au sud de Veracruz, le territoire Nahua Popoluca de la Sierra de Santa Martha, se trouve menacé par un projet minier qui recouvre trois concessions appelées La Morelense1, la Morelense 2 et La Ampliación qui met en danger l’environnement et l’intégrité de cette zone indigène.

Miroir 6 : Dans la communauté ñatho de San Francisco Xochicuautla et Huitzizilpan, ainsi que dans une large bande du Alto Lerma, État de Mexico, ils prétendent imposer le projet routier privé Toluca-Naucalpan à la charge de l’entreprise Autovan, affectant un total de 23km de forêt, en plus de la construction de milliers de maisons d’habitation et clubs de golf faisant partie du projet dénommé Grande Réserve Santa Fé. Ce territoire est défendu par nos frères du Front des Peuples Indigènes en Défense de la Mère Terre.

Miroir 7 : Dans la communauté nahua de Tuxpan, Jalisco, sous la pression des mauvais gouvernements et des investisseurs nationaux et étrangers, les indigènes ont du louer les terres ejidales à des entreprises transnationales de production d’avocat dont le siège est au Michoacan, et sont dépouillés par des serres étrangères comme Driscolt et Aguacates Los Tarascos, qui engendre une modification climatique en évitant qu’il pleuve.

Miroir 8 : La communauté coca de Mezcala, Jalisco, continue de souffrir et de défendre son territoire face à l’entrepreneur Guillermo Moreno Ibarra qui maintient envahie une propriété dans la zone forestière de la communauté et en préservant leur possession et propriété ancestrale sur l’île sacrée dans laquelle les mauvais gouvernements ne voient qu’un business de plusieurs millions qu’ils peuvent mettre en vente pour les entreprises touristiques étrangères.

Miroir 9 : Sur le territoire Chinanteco, dans l’état du Oaxaca, ils ont imposé des réserves écologiques qui prive les peuples du contrôle territorial, alors que dans le même temps le mauvais gouvernement développe des projets de destruction et de mort telle la route Tuxtepec-Huatulco et le Couloir Touristique Chinanteco.

Miroir 10 : À Huexca, Morelos, zone nahua de l’est de l’état, ils ont imposé l’une des deux centrales Thermoélectriques en zone de risque volcanique dans le cadre du Projet Intégral Morelos, promu par l’entreprise Abengoa et la Commission Fédérale d’Électricité, avec le soutien des trois niveaux de gouvernement, l’Armée Mexicaine et la police d’état. De la même manière, comme partie du dit projet ils cherchent à construire un aqueduc pour l’extraction d’eau du fleuve Cuautla, ce qui affectera 22 ejidos de la municipalité de Ayala.

Miroir 11 : À Amilcingo et Jantetelco, dans le Morelos, zone nahua de l’est de l’état et dans la région nahua de la Vallée de Puebla, dans les communautés de San Geronimo Tecuanipan, San Lucas Atzala, San Andres Calpan, Santa María Zacatepec, San Lucas Tulcingo, Santa Isabel Cholula, San Felipe Xonacayucan, Santa Lucia Cosamaluapan, San Isidro Huilotepec, San Buenaventura Nealtican, San Juan Amecac et autres communautés de Puebla et Tlaxcala ils prétendent imposer un gazoduc de 160km en zone de risque volcanique, également en tant que partie du Méga-projet Intégral Morelos, promu par la CFE, les entreprises espagnoles Elecnor, Enagas et l’italienne Bonatti. Dans toutes les communautés les trois niveaux de gouvernement de ces états ont exercé une pression brutale ces deux dernières années.

Miroir 12 : À Tepoztlán, Morelos, appartenant au peuple nahua, ils veulent spolier le territoire de la communauté non seulement de ses terres mais de la biodiversité de son territoire et culture millénaire pour l’agrandissement de l’autoroute La Pera-Cuautla, pour laquelle ils avaient arracher des arbres ancestraux et des sites sacrés qui étaient restés sur le territoire depuis de nombreuses générations, favorisant ainsi l’arrivée d’entreprises privées et l’industrialisation des zones les plus riches en ressources naturelles de l’état du Morelos. La réponse des mauvais gouvernements fut une campagne de dépréciation à l’encontre des peuples originaires afin de justifier la spoliation.

Miroir 13 : Sur le territoire nahua de la communauté de Ayotitlan, dans la Sierra de Manantlán dans l’état du Jalisco, le pillage de deux millions de tonnes de fer et de bois précieux avec l’appui du crime organisé s’est fait avec des meurtres et des disparitions d’habitants des communes et de travailleurs des ejidos.

Miroir 14 : Dans la communauté nahua de Zacualpan, dans l’état du Colima, ces derniers mois un entrepreneur du nom de Verduzco, avec la complicité du gouvernement de l’état et du Ministère de l’Agriculture, a essayé d’imposer une mine de fer, d’or, d’argent et de manganèse sur le Cerro Grande, dans les bois duquel est produite la totalité des eaux qui approvisionnent Colima et Villa de Alvarez ; pendant que sur le Cerro Grande le gouvernement promeut des programmes d’une prétendue sauvegarde écologique, prétexte au nom duquel il a dépouillé la communauté de ses eaux communales.

Miroir 15 : La communauté de Cherán, Michoacán, sur le plateau Purhépecha, a subi la dévastation et le vol de milliers d’hectares de bois, de tailleurs de montagnes liés à la délinquance organisée avec la complicité du mauvais gouvernement, qui a exercé une violence sans précédent contre les habitants de la commune ; ceux-là mêmes qui exercent leur droit ancestral à l’autodéfense du territoire dans le cadre de l’autonomie et de la libre détermination, qui ont construit leur propre mode de gouvernement à partir des us et coutumes.

Miroir 16 : En territoire maya de Campeche, la spoliation se déguise en location de terres dans les communautés de la région des Chenes par des groupes dénommés mennonites, où le mauvais gouvernement leur remet de l’argent pour renforcer la spoliation des territoires, en plus d’imposer le semis de culture de soja transgénique.

Pendant ce temps dans les régions indigènes de la dénommée Rivière Maya ils ont accéléré les processus de privatisation pour des projets touristiques nationaux et étrangers, ainsi que la destruction d’innombrables lieux sacrés.

Le peuple Maya de Bacalar, dans l’état de Quintana Roo, subit l’imposition de cultures de soja transgénique qui met en danger leurs graines originelles, leur santé et leur alimentation en tant que peuple originaire, du fait des entreprises Monsanto, Singenta et Pioneer avec la complicité des mauvais gouvernements.

Le Peuple Maya du Yucatán est menacé par divers méga-projets tel le parc éolien à Dzilam de Bravo, les semences de maïs transgénique, le projet du train Transpéninsulaire, et le développement immobilier qui bénéficie à quelques entrepreneurs et politiciens corrompus.

Miroir 17 : Dans le village Tzeltal de Chilón, Chiapas, ils prétendent imposer la construction de l’autoroute San Cristobal-Palenque sur le territoire de la communauté.

Miroir 18 : La communauté nahua de San Pedro Tlanixco dans l’état de Mexico, a été dépouillé de ses sources et eaux du fleuve Texcaltenco au moyen de concessions au bénéfice de riches entrepreneurs agro-industriels de la municipalité de Villa Guerrero, ce qui a coûté la prison à ses leaders communautaires.

Miroir 19 : Dans l’état du Guerrero, les municpalités de Xochistlahuaca, Tlacoachistlahuaca, et Ometepec, des centaines de communautés amuzgas, mixtecas et afrométis, sont menacées par les travaux de canalisation du fleuve San Pedro afin de l’amener jusqu’à la ville de Ometepec, atteinte au droit basique à la vie que nous avons en tant que peuple.

Miroir 20 : La communauté nahua de Xoxocotla, au sud-ouest du Morelos, dans des zones voisines du site sacré appelé Xochicalco est menacée par l’imposition d’un projet minier qui comprend 7 concessions de 3 municipalités qui couvrent une superficie de 15000 hectares à Xoxocotla, Temixco, Xochitepec et Miacatlán, dans les communautés Tetlama, Alpuyeca, Coatetelco, La Toma, Xochicalco.

Miroir 21 : Sur le territoire Yaqui dans l’état du Sonora, l’appétit pour les eaux du fleuve Yaqui a servi de prétexte aux agressions historiques contre la tribu et actuellement ils prétendent amener l’eau jusqu’à la ville de Hermosillo au moyen de l’aqueduc Indépendance (ici), au préjudice aussi bien des Yaqui, comme des centaines d’hectares de la tribu mayo yoreme et les agriculteurs de la Vallée du Yaqui.

Miroir 22 : Le peuple Náyeri, dans l’état du Nayarit a histroriquement été le gardien du fleuve San Pedro, où se trouve leur site sacré appelé Muxa Tena, qui se trouve aujourd’hui menacé par la construction du barrage Las Cruces.

Miroir 23 : Dans l’état du Sonora, avec la construction du barrage Los Pilares seront détruits les sites sacrés du peuple Guarijío.

Miroir 24 : Bachajón, Chiapas, peuple Tzeltal, est dépouillé de sa terre, de son eau et de sa culture pour la construction de complexes touristiques aux cascades d’Agua Azul, en plus des routes et hôtels, au moyen de la répression par des paramilitaires.

Miroir 25 : Le peuple Ch’ol de Xpujil, dans l’état du Campeche a été déplacé de son territoire par l’imposition du décret de Réserve de la Biosphère de Calakmul qui superpose à la communauté le noyau de cette aire, restreignant absolument son accès au territoire.

Miroir 26 : En territoire Nahua et Totonaco de la Sierra Nord de Puebla, dans les municipalités de Tlatlaqui, Zacapoxtla, Cuetzalan, Zoquiapan, Xochiapulco y Tetela, Zautla, Ixtacamaxtitlán, Olintla, Aguacatlán, Tepatlán, Xochitlán, Zapotitlán, Zoquiapan y Libres, les projets mortifères des capitalistes cherchent à s’approprier de chaque recoin du territoire, à travers l’extraction de minerais à ciel ouvert et barrages hydroélectriques. Aujourd’hui 18 % du territoire de la Sierra Nord de Puebla a été concédé à des entreprises minières, maintenant que le gouvernement a autorisé 103 concessions aux entreprises mexicaines Groupe Ferrominero, Industries Peñoles et Groupe Frisco, ainsi qu’à la canadienne Almaden Minerals. D’un autre côté il existe 6 projets hydroélectriques qui affecteraient 12 fleuves sur une superficie de 123 000 hectares répartie sur 18 municipalités.

Miroir 27 : Le territoire du peuple Kumiai a subi des invasions massives dues au manque de reconnaissance, à l’imposition des ejidos et aux proclamations de biens nationaux sur leurs terres. Ces dernières années on leur a imposé des projets éoliens sur leurs terres et sur le territoire du peuple Kiliwa.

Miroir 28 : La communauté de Nurío Michoacán sur le plateau Purépecha a été dépouillé de la plus grande partie de son territoire par des décisions dictées en leur temps par les autorités agraires de l’État Mexicain qui ont provoqué de nombreux morts au cours d’affrontements entre communautés voisines.

Miroir 29 : Dans les communautés de Bochil, Jitotol et Pueblo Nuevo, appartenant au peuple Tzotzil des Altos, Chiapas, ils dénoncent l’existence de projets de barrages menaçant leur territoire.

Ce sont les spoliations que nous subissons, qui nous font comprendre dans l’urgence l’atteinte à notre vie et maintenant nous leur disons aux puissants, aux entreprises et aux mauvais gouvernements, à la tête desquels se trouve le criminel chef suprême des paramilitaires Enrique Peña Nieto, que nous ne nous rendons pas, que nous ne nous vendons pas et que nous ne céderons pas.

Notre mémoire est vivante car nous sommes elle et à elle nous nous devons et nous faisons remarquer qu’il n’y a pas meilleure mémoire que celle de nos peuples, qu’alors qu’aujourd’hui nous sommes réunis pour nous voir les uns les autres et que notre lutte ne prendra pas fin. S’ils n’ont pu nous tuer en 520 ans de résistance et de révolte, ils ne pourront le faire ni maintenant ni jamais. Bien, ceux qui sont peuples du maïs savent que son champ est collectif et de couleurs différentes, si différentes que nous voulons aussi nous faire appeler par un mot unique, rebelle et anticapitaliste, avec ceux qui sont nos frères de la Sexta Nationale et Internationale. Aujourd’hui comme la maïs, nous renouvelons notre décision de construire depuis en-bas et à gauche un monde où tiennent beaucoup de monde.

« LE COEUR DE NOTRE MÈRE TERRE VIT DANS L’ESPRIT DE NOS PEUPLES »

“EL CORAZÓN DE NUESTRA MADRE TIERRA VIVE EN EL ESPIRITU DE NUESTROS PUEBLOS”

ANDIÜMAATS NANGAJ IüT MEAWAN NÜTs KOS NEJ ÜÜCH IKOOTS MONAPAKÜY (LENGUA OMBEAYETS/IKOOT)

NA MA JOIIY RA PUIY Y RA VENI GUI JIINI (OTOMÍ)

LADXIDO GUIDXILAYU NABAANI LU XQUENDA CA GUIDXI XTINU (LENGUA DIIDXAZA/BINNIZA)

I PUJUK’AL LAK´ÑA LUM KUXUL TYI CHULRL LAK LUMALO’ (CHOL)

TE YO TALN TEJ NANATIL LUM CUXUL SOL XCHULEL TEJ LUMALTIC (TZELTAL)

LI YOON JMETIK BALUMILÉ KUXUL XCHULEL TAJ TEKLUMALTIK (TZOTZIL)

JAS J’UJOL JAJ NANTIK LU’UM ZAK’AN JAB’AYALTZIL JAJ CHONA B’LLTIK (TOJOLABAL)

IN YOLOTL TO TLALTICPAC NEMI IEKAUILKOPA TO ALTEPEUAN (NAHUA)

TA TEI YURIENAKA IYARIEYA TAKIEKARIPA YEYEIKA (WIXARIKA)

U KUXTAL K-LÚUMIL TÍAN TI U YÓOL LE KÁAJILO’OB. (MAYA PENINSULAR)

JUCHARI MINTSÏTA P’ARHAKPINIRHU IREKASÏNI TSÏPIKUANIRHU JUCHARI IRETA (LENGUA PURE/P’URHEPECHA)

TU TLAL UI NANA IYULO ISTOK I TUNAL PAN CHINANKOME (NAHUA)

XNAKU KIN TSEKAN TIYAT STAKGNAMA CHI KGALHI LISTAKGNI NAK KIN PULATAMANKAN (TOTONACO)

BI MAMA NAX BI TZOKOY JEJPA NETZANKUYJO BI KOXEN KUMKUYDE KAY JENAN (ZOQUE)

UU JIAPSI Y iiTOM AYEE VUIAPO ITOM JIPSICO JIAPSA ITOM PUEBLOMPO (MAYO YOREME)
NA’ T’SATS´OOM TYUAA MAYA NA’ M´AA NAQUII´ NTAAYA JA NA NNA NCUEE (ÑOMDAA/AMUZGO)

compartición-EZLN-CNI-630x330

Depuis La Réalité Zapatiste, Août 2014.

POUR LA RECONSTITUTION INTÉGRALE DE NOS PEUPLES

PLUS JAMAIS UN MEXIQUE SANS NOUS !

CONGRÈS NATIONAL INDIGÈNE

ARMÉE ZAPATISTE DE LIBÉRATION NATIONALE

Premier Festival Mondial des Résistances et des Révoltes contre le Captialisme

source.

Traduction de l’appel à organiser le « Premier Festival des Résistances et des Révoltes contre le Capitalisme » daté du 9 août et publié le 10 sur le site du Collectif Pozol.

                          Vidéo via

L’EZLN invite au Festival Mondial Des Résistances et des Révoltes contre le Capitalisme « Là où Ceux d’En-haut détruisent, Nous, Ceux d’En-bas, reconstruisons »

samedi 9 août 2014

Invitation au Festival mondial des résistances et des révoltes

« Nous sommes venus pour partager les souffrances et les douleurs que nous cause ce système Néolibéral. Mais pas seulement. Nous sommes aussi certainement venus partager les précieux savoirs, les expériences de lutte, d’organisation, les provocations et défis face aux capitalistes envahisseurs Néolibéraux qui nous causent tant de maux. »

(EZLN, août 2014)

Aux frères et sœurs de la Sexta nationale et internationale :

Nos peuples étant réunis pour cet Échange des Peuples Zapatistes et du Conseil National Indigène « David Ruiz García », nous avons parlé de nos douleurs, nos paroles et expériences de lutte, révolte et résistance.

Ensemble nous savons que nos révoltes sont nos « NON » aux politiques de destruction appliquées par le capitalisme dans le monde entier. Et nous savons que dans nos résistances se trouvent les graines du monde que nous voulons.

Ces révoltes et résistances ne sont pas seulement celles des peuples originaires du Mexique. Elles marchent aussi dans les pas des peuples originaires de tout le continent et dans tous les coins de cette planète où des individus, des groupes, des collectifs et organisations ne disent pas seulement « NON » à la destruction, mais qui aussi avancent en reconstruisant quelque chose de nouveau.

Au cours de ce partage, dont nous savons qu’il a été rendu possible en grande partie grâce à l’appui des frères et sœurs de la Sexta nationale et internationale, nous avons confirmé que notre terre-mère, porteuse de toute vie sur la planète, est en danger et avec elle l’humanité toute entière ; nous voyons que c’est le capitalisme néolibéral qui provoque tant de douleur, tant de destruction et tant de mort, que c’est lui qui nous spolie, nous exploite, nous méprise et nous réprime.

En défense de la terre-mère, en lutte pour l’humanité contre le néolibéralisme, il n’existe pas de petite lutte.

Frères et sœurs de la Sexta nationale et internationale, parce que nous savons que ce capitalisme sauvage et mortifère n’est pas invincible, comme on nous l’apprend, outre l’expérience zapatiste, les révoltes et résistances qui fleurissent sur toute la planète, et vos douleurs qui sont nos douleurs, vos luttes qui sont nos luttes, et vos rêves qui sont nos rêves, nous voulons partager avec vous les mots, les expériences, les chemins et la décision commune de la possibilité d’un monde où tiennent beaucoup de mondes. Nous concrétiserons les pas que nous faisons pour parvenir à notre rêve, il est nécessaire pour nous de partager, de savoir ce que nous pensons, nous écouter pour savoir comment sont nos luttes, pour connaître nos révoltes et apprendre des nos résistances.

Nous, peuples, tribus et nations, nous sommes accordés dans cette assemblée pour réaliser avec vous le « Premier Festival Mondial des Résistances et des Révoltes contre le Capitalisme » avec pour devise « LÀ OÙ CEUX D’EN-HAUT DÉTRUISENT, NOUS, CEUX D’EN-BAS, RECONSTRUISONS ».

Ce gigantesque partage mondial se tiendra entre le 22 décembre 2014 et le 3 janvier 2015 dans les différents lieux :

  • Ouverture dans la communauté Ñatho de San Francisco Xochicuautla, Lerma, État de Mexico, le dimanche 21 décembre 2014.
  • Échanges dans les communautés de San Francisco Xochicuautla et à Amilzingo, Morelos les 22 et 23 décembre 2014.
  • Grand Festival Culturel dans le District Fédéral les 24, 25 et 26 décembre 2014.
  • Suite des échanges dans les communautés Binnizá de Juchitán, Oaxaca, et dans la péninsule du Yucatán, les 28 et 29 décembre 2014.
  • Fête de la révolte et de la résistance anticapitaliste au Caracol de Oventic les 31 décembre 2014 et premier janvier 2015.
  • Conclusions et clôture, proclamations et déclarations, au CIDECI, San Cristóbal de las Casas, Chiapas, les 2 et 3 janvier 2015.

Nos échanges dans ce « Premier Festival Mondial des Résistances et Révoltes contre le Capitalisme » se fera entre les peuples zapatistes, les peuples, tribus, nations et quartiers du Congrès National Indigène, les peuples originaires du continent, et peuples, collectifs et individus adhérents de la Sexta nationale et internationale du monde entier.

Dans les prochains jours, nous vous donnerons plus de détails concernant cet appel.

Nous, peuples qui sommes de maïs, nous serons, en échangeant avec vous, comme le champ de maïs qui fleurit, pour renforcer nos résistances et protéger notre mère terre sur ce nouveau chemin que nous voulons partager.

Depuis La Réalité Zapatiste, Août 2014

Pour la reconstruction intégrale de nos peuples

Plus jamais un Mexique sans nous

CONGRÈS NATIONAL INDIGÈNE

ARMÉE ZAPATISTE DE LIBÉRATION NATIONALE

Plus les individus, groupes, collectifs, organisations de la Sexta dans le monde entier répondant à cet appel.

ezln-630x330

Les zapatistes remercient leurs soutiens

EZLN-660x330

La plus belle leçon donnée aux Zapatistes depuis le lancement de La Sexta, selon le SCI Galeano

Pendant son intervention, le Sous-commandant Galeano a également averti « nous ne permettrons pas qu’un seul de nos camarades ne meure impunément », et il insiste sur le fait qu’il ne fallait pas laisser passer une seule mort parce qu’après il y en aura des dizaines de milliers comme pendant le sextenat de l’ex président Calderón, raison pour laquelle il s’est interrogé sur le nombre de morts nécessaires au sein du Congrès National Indigène pour que leurs dénonciations soient prises en compte…

Premier compte-rendu de la reconstruction de La Réalité Zapatiste

source.

Traduction du Premier compte-rendu de la reconstruction de La Réalité Zapatiste, « matière informative » générée par « Los Tercios Compas« , collectif derrière lequel ça ne m’étonnerait pas qu’on retrouve, entre autres plumes, celle d’un certain sous-commandant récemment disparu (si vous voyez de qui je veux parler). Mais les apparences sont souvent trompeuses et les chiens peuvent être des chats ou inversement… et même les deux à la fois!

Le texte et les photos ont été publié sur le site de liaison zapatiste le 8 août 2014.

 

los tercios compas

 

Premier compte-rendu de l’avancée de la Reconstruction de La Realidad Zapatiste.

(Éclaircissement : d’après ce qu’ils nous ont dit, en guise de mauvaise nouvelle, les compas des Médias libres, alternatifs, autonomes ou comme ils se font appeler, ne pourront pas arriver pour la clôture et les déclarations finales de ce premier Échange (et, donc, ne vont rien pouvoir rapporter sur les travaux de reconstruction de l’école et de la clinique qu’ont détruit les paramilitaires de la CIOAC-Historique), à cause, au motif ou pour la raison qu’ils n’avaient pas de quoi payer, pas la thune, l’argent, la maille, le pèze, la money, le soutien financier, les liquidités, la solvabilité économique, les crédits, etc., pour voyager jusqu’ici. Pour cette raison, cause ou motif, « Les Tiers Compas », toujours prêts à soutenir les Médias amis, ont mobilisé une équipe spéciale multimédia, multitâches et multidisciplinaires, à la pointe de la modernité quoi, avec gavé de gigas et de pozol dans les besaces, pour sortir photos et interview pouvant être diffusées. Au cours de, comme on dit, la « postproduction » du matériel informatif, nous est parvenu une autre information disant que les compas des Médias ont finalement trouver le moyen, la forme, bref le business, pour arriver à venir jusqu’ici et faire le boulot d’envoyer au loin ce qui se passe ici. Enfin bref, comme on dit, ils vont arriver. Ah ça valait bien la peine de s’casser l’cul. Enfin de toute façon on vous envoie le matos, pour si ça peut servir à quelque chose. Allez, hein.)

-*-

Interview réalisée le 5 août 2014, tard dans la soirée (c’est à dire : après le pozol), dans la communauté de La Realidad Zapatiste, dans les montagnes du sud-est mexicain. Conditions météorologiques : la chaleur est épouvantable, parfois on se passerait bien du passe-montagnes, mais pas le choix, que faire d’autre.

Compañera : Bonjour, camarade.

M : Bonjour, camarade.

Compañera : Comment vous vous appelez ?

M : Moi je m’appelle M.

Compañera : Quel travail fais-tu ?

M : Je suis autorité de ce village de La Realidad. J’appartiens au commissariat ejidal (de l’ejido, terrain communautaire, ndt) de cette communauté, La Realidad.

Compañera : J’ai une question. Qu’en est-il de la construction de l’école ?

M : La construction de l’école a commencé le 31 du mois passé, donc ça ne fait que quelques jours. Ça fait même pas huit jours, ça commence à peine. Ils commencent à peine aujourd’hui avec les castillos (tour métallique tressée que l’on pose là où les murs doivent se croiser, voir photo 4 et 5, ndt), à mettre les castillos, ce qui est la base principale. La construction comportera 25 ou 26 castillos, jusqu’à présent ils ont à peine réussi à poser six castillos.

Voilà ce qu’il en est de la construction actuellement, ça ne fait pas longtemps que ça a commencé. Ça fait à peine six jours qu’on a commencé.

Compañera : Qu’est-ce qui manque comme matériel ?

M : Là, on a presque tout en terme de matériel. Nous avons été faire nos achats à la quincaillerie, et voilà tout est prêt. Ce qu’il faut maintenant c’est faire arriver tout le matos ici, au village de La Realidad. C’est à dire, on a tout ce qu’il faut comme baguettes, tout ce qui est fils de fer, tout ça. Maintenant ce qu’il faut, c’est faire venir le block, 430 paquet de ciment et 9 ballots de planches (Note : un ballot contient 10 planches liées en un seul paquet) et des clous pour la construction de la maison.

Voilà ce que nous avons à faire, que les matériaux arrivent jusqu’ici, à la communauté. Priez que la plus grande partie des matériaux est déjà ici, à La Realidad.

Compañera : Et quand aurez-vous terminer la construction ?

M : D’après les maçons présents, les maîtres d’œuvres, selon eux, leurs calculs devraient les amener à finir en 80 jours. Voilà ce que eux, ils ont calculés, les maîtres. C’est ce qu’ils nous ont dit, ce qu’il faut compter.

Compañera : Et comment vous vous organisez pour le travail ?

M : Eh bien, ici pour le travail on s’organise à tour de rôle. On va tourner, ça dépend du nombre de personnes que vont demander les maîtres, c’est à dire le maçon. S’il dit « non, bon aujourd’hui j’ai besoin de 10 personnes, et pour demain j’en ai besoin de huit ». Et alors selon ses besoins il va demander et voilà comment y vont les gens, à tour de rôle. Ce jour-là ce sont ces 8 là, un autre jour 8 autres et comme ça en fonction du nombre indiqué par le maître. C’est comme ça qu’on s’organise. Le travail que nous faisons ici, c’est le peuple de La Realidad qui fait le travail, et les maçons et bien ce sont des compagnons qui dirigent les travaux. Voilà comment c’est organisé.

Compañera : A quoi pensez-vous que la construction va ressembler ?

M : Bon, eh bien, les maîtres, les maçons, nous ont demandé comment nous voulions la maison, à quel genre de maison nous voulions qu’elle ressemble. Alors nous, nous leur avons dit nous voulons comme ça et comme ça, de deux étages. Alors quelqu’un, c’est un architecte, nous a fait un dessin selon ce qu’on lui disait vouloir.

Pour que vous puissiez voir on en a quelques-uns ici, voilà à quoi ça va ressembler, ils nous ont dessiné les constructions de la maison, c’est à dire le modèle, le type. Voilà à quoi va ressembler le modèle. Sur celui dans ma main droite, on la voit de face, et sur celui ici dans ma main gauche, on voit l’arrière. C’est le modèle, la forme que va prendre la construction, une fois la construction terminée, c’est ce qu’on pourra voir. Voilà ce qu’on veux pour cette maison.

Compañera : Et cette grande maison qu’on voit là, qu’est-ce que vous allez en faire ?

M : Et bien cette maison, depuis bien longtemps, avant même que ne survienne le problème, celui du 2 mai, cette maison qui est à nous, longtemps avant, nous pensions, le peuple s’organise, on a dit qu’on allait faire un magasin collectif du peuple, entre compañeros et compañeras.

Alors on a dit :

– On va faire une maison divisé en deux pièces. Une pièce pour les compañeras, pour qu’elles l’utilisent, pour les robes des compañeras, une pièce pour les compañeros.

C’était ça le plan, c’était un magasin collectif du peuple de La Realidad, mais comme est arrivé ce qui est arrivé et alors quand ça s’est passé, on a commencé à se dire que…

– Et maintenant ? Ils ont niqué l’école, ils ont niqué la maison de santé. Maintenant qu’est-ce qu’on va faire ? Alors nous avons commencé à discuter, comme peuple de La Realidad nous avons commencé à discuter de ce que nous allions faire. Des propositions sont apparues, comme quoi nous allions arranger l’école, qu’il fallait la remettre debout, la réparer et d’autres ont dit :

– Non. Y’a pas moyen. On ne va pas la construire là.

Alors on s’est mis à réfléchir, des propositions on a commencé à dire :

– Mais pourquoi ? Celui qui dit qu’il faut réparer, pourquoi ? Et celui qui dit que non, pourquoi ?

Il nous a alors fallu arriver à une solution, une sortie où nous avons dit :

– Qu’elle reste ainsi, et alors elle reste ainsi.

Pourquoi ? Le motif, ou la raison, c’est ce que nous avons dit :

– Nous n’allons pas pleurer pour ce qu’ils ont détruit et ce ne sera pas un obstacle qui nous éloignera de notre éducation. Non. S’ils ont détruit celle-ci on va continuer à en construire une autre. On ne va pas rester sans éducation à cause d’une école.

En ce moment nous n’avons pas d’école, nous allons devoir prêter une maison ou on va passer de maison en maison pour enseigner à nos fils, nos enfants. Et celle-là on va la laisser pour qu’ils voient, ces bœufs, ces cioaquistas, pour que tout au long de leur chienne de vie ils voient leur bordel, leur assassinat, et qu’après leurs enfants, à ces cioaquistas, se rendent compte et demandent pourquoi cette école est dans cet état.

Alors, quelle bonne histoire ils vont raconter à leurs enfants, ces pères, que vont-ils pouvoir dire d’autre que « bof, j’en sais rien ». Alors ces enfants vont se rendre compte que c’est ce qu’on fait leurs pères. L’enfant va devoir faire un choix « est-ce ce que je ferai ça ou plutôt je ne ferai pas ça ? ». L’enfant prendra son chemin, il prendra ses décisions, s’il va faire pareil que son père, ce qu’il a fait. Voilà, c’est la raison que nous avons exprimé.

Laissons cette école, et cherchons plutôt un autre endroit où la faire.
Alors nous avons dit :

– Afin que les enfants ne reste pas sans éducation, nous avons ici cette maison prévue pour le magasin, ce que nous voulons maintenant c’est qu’elle serve d’école.

Alors le peuple a dit :

– C’est bien. Alors on oublie, n’y pensons plus comme à un magasin. Pensons à une école, une maison école.

Alors on a dit :

– Ça va pas aller ces petites pièces, deux petites pièces mais enfin – alors on est tombé d’accord, et cette maison est maintenant destiné à devenir une école.

C’est comme ça, cette maison qu’on voit ici est destinée à être une école, qui pour l’instant, pendant que les enfants ne vont pas à l’école, ils ne sont pas encore entrés en cours, alors pour l’instant ont l’utilise comme auberge pour les brigades de construction de l’école autonome, mais elle est prévue pour devenir une école. Cette maison qu’on voit là.

Compañera : Bien, très bien camarade, merci beaucoup de nous avoir parlé.

M : de rien, camarade.

P8060001 2)   P8060002 3)

P8060005 4)   P8060009 5)

P8060015 6)   P8060020 7)

P8060021 8)   P8060037 9)

-*-

En reportage pour « Les Tiers Compas » : la compañera insurgée des transmissions Angelina au microphone, et la compañera insurgée d’infanterie Erika derrière l’appareil photo.

En attendant que nous parvienne l’enregistrement par le Conseil de Bon Gouvernement, nous autorisons la reproduction consensuelle et responsable, la circulation coronaire (bonne pour le cœur, hein) et la consommation sans limite à la montée et à la descente (ou comme on dit le « upload » et le « download »).

Hommage au compagnon David

source.

Traduction du communiqué publié le 5 août sur le site de liaison zapatiste.

tumblr_lnnt1eR7hm1qm7amgo1_500

« terre et liberté »

Discours du compagnon du Congrès National Indigène, Armando García Salazar, du peuple hñahñ´ de San Francisco Xochicuautla, lors de l’hommage au défunt compagnon DAVID RUIZ GARCÍA dans le cadre de l’Échange entre Peuples Originaires et les Peuples Zapatistes, le 4 août 2014.

ET DEUX TOUTES PETITES CHRONIQUES AU SUJET DU DIT HOMMAGE.

I.- Discours du compagnon Armando García Salazar, au nom de la famille et camarades du défunt compagnon David Ruiz García.

Bonjour à tous, à toutes.

Bonjour frères, sœurs, anciens et anciennes, enfants et tous les compas qui représentent ce mouvement.

Il y a deux mois un neveu, un fils, est venu sur ces terres en soutien à notre frère Galeano, malheureusement il fut victime d’un accident sur le chemin du retour.

Lui, dans son ardeur à lutter pour défendre la justice et le droit des indigènes, était dans ce mouvement depuis huit années. Il avait très envie de parvenir à connaître tous les frères zapatistes, et pourquoi ne pas le dire, a serrer la main du Sous-commandant Marcos. C’était son plus grand espoir. Il y parvint. Il était venu jusqu’à La Realidad.

Malheureusement le destin est comme ça. Aujourd’hui pourtant, nous, ses frères, sa famille, sommes ici une nouvelle fois. Nous n’avons pas reculer parce que David le voulait ainsi.

Lui, depuis ses débuts dans la lutte, se demandait pourquoi à quelques-uns beaucoup et à beaucoup bien peu? Je n’ai jamais pu lui répondre parce que moi-même je n’ai toujours pas compris. Pourtant lui croyait qu’un jour cela changerait, et nous le faisons.

Nous tous présents ici avons un objectif. Nous tous ici présents portons une conviction et nous faisons ce que beaucoup de gens ont fait : élever la voix, ne pas laisser l’un de nous, réclamer ce qui est à nous et dégager d’ici celui qui nous a envahi.

Ceci était l’un des objectif de David, et moi humblement je suis venu en commission ce jour pour faire ce que que nous avons comme us et coutumes dans notre communauté : venir laisser une croix sur le lieu de son accident.

Merci beaucoup frères zapatistes.

David, lors de sa première visite dans ce bel état l’avait dit, « je dois y arriver et je dois faire valoir également la voix de notre tribu, de notre peuple indigène qui est l’otomí ou hñahñu ».

Merci beaucoup de m’avoir écouté et d’échanger nos expériences en ce lieu.

Merci mes frères.

II.- DEUX CHRONIQUES

UNE…

Une cérémonie a eu lieu pour le début de l’échange avec le CNI et les Zapatistes et le compagnon commandant Tacho a lu le discours. Après qu’il ait fini, avec toutes les compañeras et tous les compañeros qui s’étaient réuni.e.s sous le kiosque nous sommes allé.e.s à l’hommage au compagnon David Ruiz García sur le lieu de l’accident.

Quelqu’un de la famille du compagnon décédé David a dit qu’il était prévu qu’il vienne pour poser une croix.

Nous sommes sortis, nous avons marché en deux colonnes, un compagnon nous montrait le lieu précis de l’impact et jusqu’à celui de la mort du compagnon David pour y mettre la croix. Le sous-commandant insurgé Moisés a commencé à nettoyer la zone et le compagnon commandant Tacho et un autre compagnon creusaient un trou pour y semer la croix. Pendant ce temps les camarades du CNI ont commencé à brûler un genre d’encens, ils avaient une braise avec une coupelle et ils ont commencé à prier et chanter, selon leurs manières de rendre hommage au compagnon de lutte David. Ils étaient là avec leur peine face au décès et en voyant les compañeras y compañeros, ils étaient prêt à continuer à lutter.

Ils ont chanté une chanson qui s’intitulait « héros et martyrs », puis ils ont gravi une petite pente pour aller planter la croix, là c’est la pure rocaille et la croix est restée plantée, avec des bouquets de fleurs et un bougeoir. Ils ont à nouveau prié, chanté. Il y eut des vivas : VIVE DAVID, VIVE GALEANO ET LA LUTTE CONTINUE et des applaudissements. L’un des camarade de lutte du compagnon David a dit que le compagnon David serait présent ici et dans chacune des luttes dans notre pays, et ils ont remis au compagnon sous-commandant insurgé Moisés une couverture, puis il fit connaître sa parole, que le compagnon David était venu à nous et resterait avec nous en territoire rebelle, et que le meilleur du compagnon David avait su où rendre l’âme au dernier moment. Enfin l’un des membre du CNI demanda à ce qu’on chante l’hymne zapatiste et nous sommes rentrés.

L’AUTRE…

Compañeros et compañeros de ce jour, 4 août 2014. Aujourd’hui ce fut l’ouverture des camarades du Congrès National Indigène.

D’abord le commandant Tacho fit son discours. Celui-ci terminé, le compagnon sous-commandant insurgé Moisés prit la parole et dit que nous allions aller là où s’était produit l’accident du compagnon David. Nous sommes arrivés au lieu de l’accident et la famille du compagnon David avait amené une croix en fer, ils avaient aussi des bouquets de fleurs, et des graines de haricots et de maïs, qu’ils ont semées. Ils ont chanté quelques chansons pour le compagnon. A vrai dire la famille était très peinée mais tout à la fois elle se montrait forte parce qu’ils veulent suivre l’exemple du compagnon David, qui n’est pas mort n’importe où mais en territoire zapatiste. Lorsque tout cela fut terminé, la famille remis un palicate et une broderie, ils l’ont remis au compagnon sous-commandant insurgé Moisés, qui ensuite fit son discours, que le compagnon David avait su où il avait perdu la vie, et qu’il serait à jamais avec nous. Puis nous sommes retournés et avons repris les travaux.

-*-

Dans la rédaction et derrière les appareils photos, elles ont rapporté l’information pour Les Tiers Compas, la camarade insurgée des transmissions Angelina et la camarade insurgée d’infanterie Erika.

Note : « Les Tiers Compas » qui, comme son nom l’indique, ne sont pas des médias ni même libres, ni autonomes, ni alternatifs, mais plutôt comme ils s’appellent, mais ce sont des camarades… je crois. C’est un collectif dispersé dans divers calendriers et géographies, et ils seraient complètement anonymes si ses adhérents n’étaient trahis par leur irrévérencieuse révolte. Ce sont les masse-médias de l’EZLN et ils fonctionnent quand ils peuvent, c’est à dire pas très souvent. Il est constitué d’êtres humains et d’animaux, bien que parfois on ne puisse distinguer les uns des autres. Il inclut celles et ceux qui travaillent et corrigent les textes et les images, ils le font depuis le cyberespace, ils enlèvent, ils mettent et, parfois avec succès, ils réussissent à ce que soit publié quelque chose d’à peu près compréhensible.

Leur logo est un chat-chien apposant son sceau « d’eau » là où il faut, c’est à dire en-bas et à gauche.

L’enregistrement auprès du Conseil de Bon Gouvernement est toujours en cours parce que tout le monde est à l’échange.

Sont autorisée la reproduction sans fins de peuplement, la circulation en sens interdit et la consommation non consumériste.

Tenant lieu de validation : Miaou… ou était-ce un ouah ?

 

INAUGURATION DU PREMIER ÉCHANGE DES PEUPLES ORIGINAIRES DU MEXIQUE AVEC LES PEUPLES ZAPATISTES.

source.

Traduction du discours du commandant Tacho lors de l’ouverture des rencontres entre peuples originaires du Mexique et peuples zapatistes, publié sur le site de l’enlace zapatista, le 3 août 2014.

 

quetzalli_by_maluchan-d3cbz2h

 

PAROLES DU COMMANDANT TACHO, AU NOM DU COMITÉ CLANDESTIN RÉVOLUTIONNAIRE INDIGÈNE-COMMANDEMENT GÉNÉRAL DE L’EZLN, LORS DE L’OUVERTURE DU PREMIER ÉCHANGE DES PEUPLES ORIGINAIRES DU MEXIQUE AVEC LES PEUPLES ZAPATISTES.

3 AOÛT 2014.

COMPAÑERAS ET COMPAÑEROS DU CONGRÈS NATIONAL INDIGÈNE :

COMPAÑERAS ET COMPAÑEROS DES PEUPLES ORIGINAIRES VENUS NOUS RENDRE VISITE :

Nous vous saluons en espérant que toutes et tous sont bien arrivé.e.s en ces terres zapatistes.

Après ce long voyage que vous avez fait depuis des terres lointaines, pour nous rencontrer ici sur cet autre coin de ces terres rebelles Zapatistes du sud-est mexicain.

Compañeras et compañeros:

Bienvenu.e.s, compañeras et compañeros des peuples originaires, gardiens et gardiennes de la Terre-mère.

Bienvenu.e.s aux peuples, nations et tribus.

Bienvenu.e.s frères et sœurs :

NAHUAS.
PURÉPECHAS
MAYA PENINSULARES
MAZAHUA
ZOQUE
WIXARIKA
MIGRANT
TEPEHUANO
COCA
HÑAHÑU
MAYO
TRIQUI
NAZA BI
BINNI ZAA
CHINANTECO
IKOOT
AFROMEXICAIN
POPOLUCA
TZOTZIL
CHOL
TOJOLABAL
TZELTAL
TOTONACO
CHOL
KUMIAI
AMUZGO
HUARIJIO
MIXE
ÑHATO
CHONTAL

BIENVENUS PEUPLES ORIGINAIRES !

Bienvenues et bienvenus à toutes et à tous les représentant.e.s bases de soutien des peuples Zapatistes.

Bienvenus compagnons sous-commandants insurgés.

Sous-commandant insurgé Moisés.

Sous-commandant insurgé Galeano.

Du Commandement général de l’Armée Zapatiste de Libération Nationale.

Nous espérons que toutes et tous sont bien arrivé.e.s afin de pouvoir mener à bien ce premier échange si important entre le Congrès National Indigène et les peuples Zapatistes.

Échange qui porte le nom du compagnon « David Ruiz García ».

Nous envoyons également nos plus sincères salutations à toutes et tous nos camarades insurgé.e.s.

Aux compañeras et compañeros, anciens et anciennes, jeunes et enfants, bases de soutien de l’Armée Zapatistes de Libération Nationale.

Ainsi qu’à toutes les compañeras et tous les compañeros des Forces Mexicaines de Milices de toute l’EZLN.

Aux membres de tous les MAREZ (Municipalités Autonomes Rebelles Zapatistes) et à toutes et à tous les camarades qui forment les Conseil de Bon Gouvernement.

Compañeros et compañeras du Congrès National Indigène.

Nous sommes venus pour partager les souffrances et les douleurs que nous cause ce système Néolibéral.

Mais pas seulement.

Nous sommes aussi certainement venus partager les précieux savoirs, les expériences de lutte, d’organisation, les provocations et défis.

Face aux capitalistes envahisseurs Néolibéraux qui nous causent tant de maux.

Ces envahisseurs ne sont pas repus, le vol et le saccage que firent les conquistadors en 1492 ne leur a pas suffi.

Ces conquistadors firent face à la résistance des peuples, tribus, nations, originaires de ces terres, de ce pays qu’est le Mexique.

Ils ont assassinés celles et ceux qui refusèrent de se soumettre au pouvoir de la monarchie espagnole.

Ces vilains bourreaux envahisseurs souillèrent leurs mains de sang indigène, ils ont volé les richesses que veillaient nos plus vieux anciens.

Mais ils n’ont pas seulement persécutés les peuples indiens du Mexique et de toute l’Amérique Latine avec pour but de faire disparaître l’existence des peuples originaires et de bannir leur existence.

Ça, ils n’y sont pas parvenus, la preuve en est que nous sommes ici présents.

Ainsi a été perdu la communication des peuples de nos ancêtres, la relation des peuples s’est perdue.

Mais le savoir et l’intelligence de nos plus vieux anciens se sont cachés de l’invasion espagnole.

Ainsi firent-ils pour qu’une nouvelle fois existent les peuples originaires.

Nous avons grandi à l’ombre de l’oubli des puissants, et ainsi passèrent les 500 ans dans tous les coins de notre patrie mexicaine.

Nous, les peuples originaires, avons été ignorés, trompés, oubliés, exploités, pendant plus de 500 ans rendus esclaves sur le domaine.

Et voilà que revient l’invention des puissants néolibéraux, cette machine de destruction de disparition de nos peuples.

Ils l’ont faite plus grande et moderne protégées par des lois et des mauvais gouvernements pour nous envahir une nouvelle fois.

Avec leur nouveau plan de spoliation, nous expropriant de notre mère la terre, avec toute la machinerie du pouvoir de l’argent et piller toutes les richesses que possède la terre-mère, qui les veille ici depuis des millions d’années.

Avec cette machine qu’accompagnent la mort et la destruction de nos peuples et de notre mère la terre.

Et quand nous disons ces deux mots tant connus de nos peuples, ces mots de mort et destruction, nous tournons notre cœur et notre regard vers le peuple PALESTINIEN. Parce que nous entendons, nous lisons qu’ils parlent du « conflit de Gaza », comme si il y avait deux forces égales qui s’affrontent, comme si en disant « conflit » on cachait la mort et la destruction et que comme ça la mort ne tuerait plus et la destruction ne détruirait plus.

Mais comme indigènes que nous sommes, nous savons bien que ce qui se passe n’est pas un « conflit », mais UN MASSACRE, que ce qu’il y a c’est le gouvernement d’Israël menant une guerre d’extermination contre le peuple PALESTINIEN. Le reste, ce sont des mots qui veulent cacher la réalité.

Mais nous savons aussi, comme indigènes que nous sommes, que le peuple de PALESTINE résistera et se lèvera de nouveau et reprendra sa marche et saura alors que, bien que loin sur les cartes, les peuples zapatistes les embrassent maintenant comme ils l’ont fait avant, comme ils le feront toujours, c’est à dire que nous les embrassons avec notre cœur collectif.

Et ici, dans notre carte, cette machine de guerre du pouvoir de l’argent, est sans cerveau, il est sans mémoire, méchant, ce sont des animaux sauvages, contre nos peuples indigènes du Mexique.

Peu leur importe la destruction, la mort de peuples entiers, de tribus et nations.

Nous, peuples originaires du Mexique sommes sans protection face aux lois et mauvais gouvernements.

L’espoir qui existe n’est autre que nous-mêmes.

Personne ne viendra nous sauver, personne, absolument personne ne va lutter pour nous.

Ni partis politiques, ni politiciens, ni lois, ni rien n’est là pour nous.

Compañeras et compañeros. Les partis politiques, les lois, et les mauvais gouvernements l’ont clairement démontré.

Ils ne vont pas pouvoir continuer à nous tromper, comme ils l’ont démontré ces 83 années. Tous ceux-là sont au service des transnationales capitalistes.

C’est pourquoi nous devons lutter ensemble pour nous défendre et défendre notre mère la terre.

La terre qui nous a vu naître, qui nous donne vie et finalement au sein de la quelle nous reposons éternellement.

Pour cela nous sommes de toutes les couleurs que nous sommes, toutes les langues que parlent nos cœurs, pour ça nous sommes des peuples, nous sommes des tribus et nous sommes des nations. Nous sommes les gardiens et les gardiennes de ces terres, de ce pays le Mexique, de ce contient et du monde.

Donc, camarades, aujourd’hui est le premier pas et la recherche de la façon dont nous devons faire notre défense commune, il est temps.

Avec savoir et intelligence nous travaillerons ces jours.

Aujourd’hui nous ouvrons notre première rencontre de partage au nom du compagnon David Ruiz García, que son cœur continue à marcher à nos côtés, il est 10 heures et 21 minutes, ce jour du 3 août 2014.

Au nom du Comité Clandestin Révolutionnaire Indigène-Commandement Général de l’Armée Zapatiste de Libération Nationale, et au nom de toutes les femmes, les enfants, les hommes et les anciens de l’Armée Zapatiste de Libération nationale…

Je déclare formellement ouvert ce premier Échange.

Soyez toutes et tous les bienvenu.e.s.

Que soit bienvenue la parole de celles et ceux qui résistent et luttent. Bienvenu l’oreille qui écoute et le cœur compagnon.

Merci beaucoup.

Depuis La Réalité Zapatiste

Commandant Tacho.

Mexique, août 2014. Dans la 20e année du début de la guerre contre l’oubli.

 

Note concernant les photos :

Attention : Au sujet du crédit des photos, si elles sont mauvaises ou floues et, en général, inutiles, mettez qu’elles sont de CNN, EFE, AFP, Reuters, AP ou Notimex ou n’importe quelle de ces agences qui désinforment sur le crime en cours contre le Peuple Palestinien. Si elles sont bonnes, plus ou moins, et, en général, servent à autre chose que de voler des bites sur vos sites, alors mettez « Photo avec l’aimable autorisation du collectif de masse-média de l’EZLN « Les Tiers Compas » qui, comme son nom l’indique, ne sont pas des médias ni même libres, ni autonomes, ni alternatifs, et sont plutôt comme ils s’appellent, mais sont des camarades. Sont permis la reproduction, circulation et utilisation, toujours et à condition que ce ne soit pas à des fins ésotériques ni rien d’autre avec beaucoup de x. Permis du CBG en cours. »

 

Ils sont bien arrivés

source.

Traduction du communiqué de l’EZLN daté du 3 août et publié sur le site de l’enlace zapatista.

ezln

ARMÉE ZAPATISTE DE LIBÉRATION NATIONALE

MEXIQUE.

3 Août 2014.

Pour la Sexta au Mexique et dans le Monde :

Pour les médias libres, autonomes, alternatifs ou comme ils se font appeler:

Compas :

Recevez nos salutations zapatistes.

PREMIÈREMENT.- Je vous écris pour vous informer qu’ils sont arrivés, et bien arrivés, les participants du Congrès National Indigène pour ce Premier Échange des Peuples Zapatistes et des Peuples Originaires du Mexique « Compagnon David Ruiz García ». Et aussi que sont arrivé.e.s les compañeras et compañeros bases de soutien qui viennent partager leur histoire de lutte.

Je vous mets ici les données :

1.- Du Congrès National Indigène et groupes sociaux, peuples, tribus, et nations originaires du Mexique sont arrivés 312 participants de :

NAHUA
PURÉPECHA
MAYA DE LA PENINSULE
MAZAHUA
ZOQUE
WIXARIKA
MIGRANT
TEPEHUANO
COCA
HÑAHÑU
PAME
TRIQUI
MIXTECO
BINNI ZAA
CHINANTECO
IKOOT
AFROMEXICAIN
POPOLUCA
TZOTZIL
CHOL
TOJOLABAL
TZELTAL
TOTONACO
KUMIAI
AMUZGO
MÉTIS
HUARIJÍO
MIXE
ÑHATO
CHONTAL

2.- Du côté des peuples zapatistes participent :

.- 50 intervenantes et intervenants.

.- 50 rapporteuses et rapporteurs

.- 1200 écoutes des peuples zapatistes.

Total : 1300 bases de soutien zapatistes.

Toutes et tous sont arrivé.e.s entier et entières. Je vous le dit pour que vous préveniez chez vous et qu’ainsi les familles de celles et ceux venu.e.s de loin ne s’inquiètent pas.

DEUXIÈMEMENT.- Sur proposition des camarades du Congrès National Indigène, l’acte de clôture de ce premier échange, le samedi 9 août 2014, sera ouvert à la presse en générale.

TROISIÈMEMENT.- Sont spécialement invités à assister à la clôture les compañeras et compañeros de la Sexta Nationale et Internationale.

QUATRIÈMEMENT.- Sont spécialement invités à assister les compañeras et compañeros des médias libres, autonomes, alternatifs ou comme ils se font appeler.

CINQUIÈMEMENT.- Les camarades de la Sexta Nationale et Internationale peuvent arriver dès le vendredi 8 août 2014, et repartir à leur convenance.

Nous demandons aux médias libres, autonomes, alternatifs ou comme ils se font appeler, de, s’il vous plaît, voir si vous pouvez rester un jour de plus après la clôture pour la fameuse conférence de presse que nous vous devions, et que nous ne vous avons pas donné la dernière fois parce que nous avons vu qu’il vous fallait vous dépêcher parce que les médias à gages vous volaient le matériel que vous aviez fait lors de l’Hommage au défunt compagnon Galeano. Le capitalisme est ainsi, volant ce que d’autres produisent. Voyons donc si vous pouvez vous organiser pour sortir ce qu’il faut sur la clôture et ensuite nous ferons la conférence de presse.

Et le SupGaleano me dit de prévenir les médias libres, autonomes, alternatifs ou comme ils se font appeler qu’ils viennent préparés car nous allons, nous, les interviewer. Il dit qu’il va y avoir dans notre revue REBELDÍA ZAPATISTA une section qui va s’appeler « Les canards jettent les fusils » et ici iront les interviews que nous feront d’eux. Le SupGaleano dit que vous comprendrez bien pourquoi cette partie de la revue se nomme ainsi.

Et pour finir pour aujourd’hui je vous envois quelques photos qu’a prises le SupGaleano des préparatifs d’ici. Voyons si on peut les envoyer parce que l’internet est très lent, tellement qu’on dirait un escargot boiteux. Il dit qu’aux photos il faut leur mettre comme titre « L’Alternative Zapatiste contre le Fond Monétaire International et la banque usurière : le banc mobile zapatiste ». Si finalement on ne peut envoyer les photos, et bien vous verrez le banc mobile zapatiste lorsque vous viendrez.

Vous pourrez aussi voir comment avancent les travaux de reconstruction de la clinique et l’école qu’ont détruit les paramilitaires de la CIOAC-Hisorique.

Et donc ce serait bien que vous publiiez des photos, des vidéos ou peu importe pour que les gens bons qui ont appuyé cette cause juste puissent voir dans leurs médias libres, autonomes, alternatifs ou comme ils se font appeler, que nous sommes en train de faire ce que nous avons dit contrairement aux mauvais gouvernements qui gardent tout, tout en disant qu’ils font des avancées sociales alors qu’ils nous volent purement et simplement.

Bon c’est tout pour l’instant, compañeras et compañeros de la Sexta Nationale et Internationale. Demain lundi, après l’inauguration, vont commencer les travaux d’échange. Nous vous enverrons ici-même le discours d’introduction que doit prononcer le compagnon Commandant Tacho au nom de toutes et tous les zapatistes.

C’est tout.

Depuis les montagnes du Sud-est Mexicain.

Sous-commandant Insurgé Moisés.

Mexique, 2 Août 2014. Dans la 20e année du début de la guerre contre l’oubli.