Archive for novembre 2014

Le « pacifisme » : une justification aux disparitions forcées ?

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Traduction d’un article publié sur le site de contre-information libertaire Proyecto Ambulante le 24 novembre.

 

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Le « pacifisme » : une justification aux disparitions forcées ?

Tout a long de ces dernières semaines il y a eu débat, aussi bien sur les réseaux sociaux que dans les rues au sujet des cagoulés, violents, « vandales », anarchistes et sur la façon dont leurs actions obéissent à une stratégie d’État afin de justifier la répression ; nombreuses sont les personnes qui ont exigé de l’État qu’il contienne et emprisonne ces jeunes qui ont opté pour l’action directe. Prendront-ils conscience des conséquences que trahissent leur discours ?
Hier j’ai lu un texte intitulé « Géographie infernale. Chronique de l’évacuation du Zocalo à la fin de la marche #20NovMx #Ayotzinapa » de Tryno Maldonado, lequel condense tout le discours « pacifiste » qui a été élaboré tout au long de ces semaines ; dans sa « chronique » plutôt qu’un récit de la journée il finit par pointer du doigt « les supposés « anarchistes » qui parviennent à semé la violence », qui n’étaient « (…) qu’une poignée visiblement isolée à côté de la rue Corregidora, face à la façade du Palais National. L’énorme rassemblement pacifiste – beaucoup de familles et de personnes âgées parmi eux – les appelle à la non-violence et se démarque visiblement, loin de ceux qui prétendent instaurer le chaos pour donner un prétexte à la répression. » Comme si le chaos et la répression n’étaient pas déjà instaurés par un appareil d’État qui tout au long de l’historie contemporaine du Mexique a assassiné, fait disparaître et torturé des femmes et des hommes ayant décidé de l’affronter ouvertement ; la Guerre Sale, toujours impunies, a été rénovée avec ce qu’on appelle la Guerre contre le narco au début du mandat de Felipe Calderón Hinojosa et qui maintenant menace de se perpétuer, au mains du PRI, avec l’aide du PRD et presque tous les partis nationaux, à travers de nouvelles modalités et formes, mais qui sont à la fois si semblables à celles du passé : impunies, sélectives, systématiques.
La disparitions forcées des normaliens d’Ayotzinapa constitue un évènement qui remue l’agrégat politique de Yo Soy 132, Atenco, le cas ABC et beaucoup d’autres indignations dans lesquelles nous, mexicains, nous sommes vues immergés ; les rues du Mexique et du monde ont débordé de voix criant C’était l’État ! Ils les ont emmenés vivants, nous les voulons vivants ! Des femmes, des hommes, des enfants, des anciens, des anciennes et des gens qui n’étaient jamais descendus dans la rue se sont unis à l’exigence de Présentation en vie et châtiment des coupables ! C’est un temps pour la rue, parce que c’est là que les gens se connaissent et se reconnaissent pour continuer d’exiger de l’État qu’il ne nous tue plus, qu’il ne nous viole plus, qu’il ne nous torture plus et ne nous fasse plus disparaître ; heureusement par ce muscle des rues indigné, blessé, en colère, solidaire. Dans ce débordement de la rue ont été faites d’autres actions tel que l’incendie de palais municipaux, siège de partis politiques, magasins en libre-service, unités et arrêts des transports publiques et la porte du Palais Nationale, des faits qui ont dévié la colère non seulement de l’État mais aussi d’un secteur de la population qui se définit comme « pacifiste » et qui exige la mise à l’écart et la détention des cagoulés qui ne cherchent qu’à altérer l’ordre et la paix. À quel ordre et quelle paix faites vous référence ? Seriez-vous d’accord pour que les radicaux disparaissent de force ? Pour leur confession obtenue par une large et soutenue torture ? Pour leur confinement à vie dans un centre d’extermination fédéral, appelé Prison ?
Il serait vraiment stupide de notre part de nier l’existence « d’infiltrés » du gouvernement, ceux qui ont été présents tout au long de l’histoire de la lutte sociale, ont pu les rencontrer dans les assemblées, les manifestations et les organisations politiques, parce que hé bien c’est leur boulot, d’infiltrer la résistance populaire ; mais il est aussi dangereux de faire d’eux un fantasme, c’est à dire, faire d’eux la présence d’une absence, jusqu’à générer une fantaisie dans laquelle tous ceux qui décident de passer à l’action directe finissent par être dénoncés comme « infiltrés » avec un argument aussi dangereux que « ils ne cherchent qu’à justifier la répression », chers lecteurs, nous qui sortons dans la rue pour exiger et dénoncer, nous violentons le statu-quo, c’est à dire que l’État n’a pas besoin d’autre justification que celle-ci pour pouvoir sortir ses corps de répression, je crois que ça a été clairement démontré par la répression du 20 novembre dernier ; cette nuit-là, beaucoup de gens ont fini en cellule, un défenseur des droits humains avec des enfants dans les bras a été frappé par des CRS, des jeunes couraient dans toutes les directions pour ne pas être rattrapés par ces bêtes en uniforme, aujourd’hui, un nombre important de jeunes sont poursuivis pour des délits fédéraux, détenus dans des prisons fédérales, à de nombreux kilomètres de leurs familles, de leurs collectifs et de leurs écoles pour, stratégiquement, rendre plus difficile leur défense et les faire plier. C’est pourquoi je pose la question à Tryno Maldonado : qui donc instaure la répression et le chaos ?
Tryno Maldonado n’a pas été le seul à avoir demandé la répression de ces jeunes, qui cagoulés ou non, ont opté pour l’action directe, le député du PRD, Fernando Belaunzarán, s’est également uni à la demande d’emprisonnement pour les « violents » qui ont altéré « l’ordre » et la « paix ». Nous demandons à ces deux « pacifistes » : êtes-vous conscients que les camarades normaliens en sont venus légitimement à ces actions violentes que vous réprouvez tant ? Êtes-vous conscients que le mobile de la disparition forcée des 43 camarades de l’École Normale Rurale « Isidro Burgos » d’Ayotzinapa est cette pratique politique qui violente la « paix » et « l’ordre » du statu-quo que vous défendez ? Le danger de la « chronique » de Tryno Maldonado et des paroles de Fernando Belaunzarán c’est qu’en exigeant la détention (répression) des anarchistes, des radicaux ou de toute personne optant pour l’action directe ou d’autres formes de lutte, ils donnent carte blanche à la répression et par conséquent à la disparition des camarades, tout ça, au nom de la perpétuation de « l’ordre » et la « paix » bourgeoise ; ces deux « pacifistes » ne se distinguent que peu de ce publiciste, nommé Alazraki, qui, il y a quelques jours dans sa rubrique dans le journal La Raison, exige la répression de l’État face à « ces mange-merde qui déstabilisent le pays ». Nous devons considérer la rubrique, les paroles, la « chronique » comme de véritables menaces et un affront à tous ceux qui en-bas s’organisent et résistent à une classe sociale et à son État, lequel cherche à nous immobiliser et même à nous exterminer.

 

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Il y a mille raisons de se couvrir le visage / Ne jugez pas à priori

LE DANGEREUX DISCOURS DES « INFILTRÉS »

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Traduction d’un article publié sur Proyecto Ambulante, site de contre-information libertaire, le 22 novembre.

 

 

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Manifestation pour les 43 étudiants disparus

LE DANGEREUX DISCOURS DES « INFILTRÉS »

Depuis les mobilisations exigeant la réapparition des 43 étudiants enlevés par des policiers, a commencé une radicalisation de divers secteurs des mouvements sociaux. Il y a toujours plus de gens qui s’investissent dans des activités politiques de différentes natures teinté d’un fort anti-étatisme et n’ayant pas peur de se confronter directement aux institutions. Il faut comprendre que les niveaux de violence, inégalité et corruption sont arrivés à un tel degré que la majorité de la population vit totalement soumise, bien souvent par des méthodes violentes. Au milieu de cette violence structurelle existent des formes de résistance qui ont culminé avec l’incendie d’édifices, d’autobus, de voitures de patrouille et de portes dans plusieurs villes du Mexique. La multiplication massive de ces groupes fait partie de différents développements ayant été accompagné du mépris institutionnel et la violence policière.
Dans ce contexte, les médias de communication officiels et quelques autres de « gauche » ont conçu une campagne de discrédit, de peur, de méfiance et de démobilisation centrée sur les fameux « infiltrés » qui sont supposés « discréditer » les marches ou « justifier » la répression. Ces discours viennent d’en-haut, Peña Nieto lui-même et les organisations patronales les ont répétés. En focalisant et en accusant les « infiltrés » on dilue la responsabilité de l’état, on retire de l’importance à la brutalité policière. Croire qu’il y a eu une opération bien planifiée pour vider le Zocalo afin « d’arrêter » 50 personnes qui « attaquaient la porte du palais national » c’est comme croire que les 4 agents de police présents à la UNAM, dont l’un a tiré sur des étudiants, l’étaient pour « enquêter » sur un portable volé.
« L’infiltré » n’est pas un agent fait pour « délégitimer » ni pour « provoquer la répression ». Toute manifestation contre ce régime totalitaire est légitime et le gouvernement n’a jamais eu besoin de prétexte pour réprimer, et lorsqu’il n’en a pas il en invente ultérieurement (Comme ils le font au sujet des détentions aux abords de l’aéroport). « L’infiltré » est là pour causer la division, pour identifier les personnes les plus actives, pour discréditer ceux qui soutiennent l’action directe et l’auto-défense. Il est extrêmement difficile de reconnaître la plus part des infiltrés, à l’exception de ceux qui donnent les ordres avec ostentation pour se vanter de l’impunité avec la quelle ils peuvent agir. Ils peuvent faire disparaître 43 normaliens sans donner aucune explication cohérente.
Entre le 14 et le 15 novembre ont été arrêtés Julián Luna, Bryan Reyes et Jaqueline Santana près de chez eux, quelques heures avant qu’un policier ne tire sur des étudiants au sein de la UNAM. Depuis ce jour, au cours duquel Peña Nieto a dit qu’il pourrait recourir à la force publique la répression a augmenté dans tout le pays. La répression du 20 novembre sur le Zocalo a été la déclaration de guerre contre les mouvements sociaux, nous sommes devant les préambules au début d’une nouvelle Guerre Sale.
Essayer de faire prendre au sein de la population le discours sur les « infiltrés » et « le vandalisme » amènera une fracture à l’intérieur du mouvement, une possible aseptisation  des manifestations et une nouvelle guerre sale avec son lot d’arrestations, de tortures, de disparitions et d’assassinats bien plus intense qu’aujourd’hui. Ceux qui avalent l’histoire des « infiltrés pour justifier la répression » ne prêteront plus attention au terrorisme d’état ni aux véritables infiltrés dans le mouvement, ceux qui divisent, qui sèment la peur et récoltent des informations.
Ce discours doit être combattu, il faut dire qui est coupable et expliquer la multiplicité des voies. Il faut rendre visible d’autres formes que celles qui plaisent au gouvernement. Que le politiquement incorrect n’implique pas la malignité. Il faut mettre en lumière ceux qui usent systématiquement de violence et parler plus d’auto-défense que d’infiltrés.
Il faut faire attention, mais ne pas reculer. Il faut défendre, et se défendre du véritable ennemi : l’État. L’État a fait disparaître les 43 normaliens, l’État a réprimé sur le Zocalo le 20 novembre. L’État a capturé des gens innocents et les accuse de terrorisme, les envoie dans des prisons du Veracruz et du Nayarit pour gêner familles et avocats. C’est l’État qui a réformé les lois au bénéfice des corporations et de quelques familles parasites.
C’ÉTAIT L’ÉTAT.

 

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Illustration de La Pinche Canela / Tumblr.

Rencontre entre l’EZLN et la caravane d’Ayotzinapa

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Traduction du communiqué de l’EZLN en conclusion de la rencontre avec la caravane des proches des étudiants morts et disparus d’Ayotzinapa, paru sur le site de liaison zapatiste le 15 novembre. Il existe une traduction française de ce texte sur ce même site. Ayant commencé ma traduction avant la parution de l’autre, j’ai décidé de la mener à son terme.

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Concernant la situation au Mexique:

Depuis l’attaque des bus des étudiants par des policiers et des narcos, les manifestations se succèdent. Routes bloquées, aéroports occupés, siège du PRI (Parti de la Révolution Institutionnelle, au pouvoir au niveau fédéral) incendié, parlements d’états envahit ou attaqué, manifestations massives, affrontements… ces diverses formes de protestations ne font que démontrer l’exaspération de tout un peuple face à la corruption, aux liens indéfectibles qui unissent pouvoir politique et pouvoir mafieux.

Pourquoi, alors que le Mexique compte plus de morts depuis le déclenchement de « la guerre contre les narcos » que tout au long de sa révolution? Pourquoi alors que des massacres ont lieux quotidiennement? Pourquoi alors que des fosses clandestines se remplissent de migrants tout aussi clandestins? Pourquoi la révolte éclate-t-elle aujourd’hui alors que d’autres jeunes ont été massacré (notamment à Ciudad Juarez en 2010, voir ici)? Pourquoi le mouvement né d’Ayotzinapa cristallise-t-il plus cette colère que les autres mouvements qui se sont succédé ces dernières années contre la violence de la guerre contre la drogue (comme celui lancé par le poète Javier Sicilia après la mort de son fils), contre les fraudes électorales (Yo Soy 132, lors de l’élection de Pena Nieto, actuel président)?

On peut évidemment penser à l’exaspération, l’accumulation de morts. Mais il ne faut pas oublier que si aujourd’hui le Mexique n’est pas loin de s’embraser, c’est aussi le résultat de la mobilisation des proches des morts et disparus. Les écoles rurales et notamment celle d’Ayotzinapa sont des foyers de contestation sociale. Ceci peut tout aussi bien expliquer la solidarité dont bénéficie le mouvement que la radicalité d’une partie de la mobilisation. Il faut bien comprendre que les profs, et peut-être surtout les instits, au Mexique bénéficient d’une popularité qui n’est plus tant de mise dans nos contrées. Ils représentent dans les zones rurales la promesse d’une vie rendue meilleure par l’éducation. Les instituteurs partagent pourtant la même vie pauvre que celles et ceux à qui ils enseignent.

Mais surtout ce qui provoque l’ire des Mexicain.e.s c’est « l’exemplarité » du cas Ayotzinapa. Comme si dans un maelström cynique, tout ce qui pourrit depuis des années – et mêmes des décennies si on se réfèrent à la « dictature parfaite » du PRI pendant près de 70 ans – l’organisation sociale mexicaine s’étaient condensé en un évènement particulier. Car c’est bien la responsabilité de l’état que dénoncent les manifestants lorsqu’ils clament « Fue el estado » ou qu’ils réclament la démission du président. C’est aussi la guerre à la drogue lancée en 2006 par le président précédent, Felipe Calderon, qui a été et continue d’être massivement meurtrière (près de 100 000 morts depuis 2007), délitant le tissus sociale, que les manifestants dénoncent en filigrane. C’est aussi ce haut-le-cœur soulevé par la vague de violence qui a submergé le pays qui se change aujourd’hui en « haut les cœurs » pour un Mexique meilleur.

Ce qui s’est passé le 27 septembre dernier n’apparaît pour personne au Mexique comme un fait divers local. Plus aucune des manœuvres du pouvoirs ne prend ici: ni le mépris pour ces étudiants pauvres, ni la compassion feinte envers ces pauvres étudiants. Car l’enlèvement des 43 d’Ayotzinapa et les meurtres d’autres de leurs camarades, met en lumière non pas la complicité mais la gémellité des pouvoirs politique et mafieux. Tous les ingrédients qui rendent la cuisine du système politique mexicain immangeable au peuple sont tombés dans la marmite d’Ayotzinapa. Les étudiants ont été tué car le couple à la tête de la ville d’Iguala où étaient partis manifester les étudiants, a eu peur de ces révoltés, peur qu’ils ne viennent gâcher la sauterie organisée par madame. Les étudiants ont été enlevés car monsieur le maire et sa femme ont des liens et des intérêts familiaux dans le cartel Guerreros Unidos dont les sicaires ont prêté main forte aux policiers pour massacrer les étudiants. Les étudiants ont disparus car c’est comme ça que l’état et les narcos règlent leurs problèmes, en les faisant taire. Et si le vieux PRI, ancien parti unique, est mis en cause au niveau fédéral, le PRD (Parti de la Révolution démocratique, gauche) l’est au niveau local. Et il y a aussi cette sourde incertitude dont souffrent des milliers de mexicain.e.s dont des proches ont disparus. Mais si l’état, les médias, la société en générale, ne comptent plus les cas de disparition, les parents et proches des 43 d’Ayotzinapa et d’ailleurs, elles et eux, font les comptes des disparus de la soit disant transition démocratique dans laquelle se drape la classe politique nationale. Le fait que les 43 n’aient pas été retrouvés, que les premiers témoignages aient amené les policiers fédéraux vers des fosses communes se révélant être de fausses pistes mais déterrant de vrais questions (qui sont ceux retrouvés dans ces fosses?), que le gouvernement, s’appuyant sur de nouveaux témoignages d’exécutants, prétende que les 43 ont été tués, brûlés puis dispersés dans une rivière… toutes ces incertitudes emportent dans leur flot les doutes des mexicain.e.s quant à l’état de la démocratie dans laquelle ils sont censés vivre!

Le cas des étudiants d’Ayotzinapa mêle tous les ingrédients de ce qui gangrène le Mexique: la violence envers les plus pauvres, la violence envers les jeunes, la violence de la répression contre les mobilisations sociales, la violence d’état, la violence des narcos, la violence des méthodes utilisées… et ce grand tout des causes se changent maintenant en grand tout des effets. Pour quels résultats? Tout dépend de ce que les différents protagonistes de la révolte en attendent. Soubresauts d’un corps social agonisant ou premiers battements d’un cœur populaire et révolutionnaire. Aujourd’hui au Mexique plus rien n’est sûr mais tout est redevenu possible. Et comme l’a écrit Antonio Machado et comme le répètent les zapatistes: « marcheur, il n’est point de chemin, en marchant se trace le chemin ».

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Paroles du Commandement Général de l’EZLN, par la voix du Sous-commandant Insurgé Moisés, en conclusion de l’évènement avec la caravane des familles des disparus et étudiants d’Ayotzinapa, au caracol d’Oventik, le 15 novembre 2014.

 

 

Mères, Pères et familles de nos frères assassinés et disparus à Iguala, Guerrero :
Étudiants de l’École Normale “Raúl Isidro Burgos” d’Ayotzinapa, Guerrero :

Frères et sœurs :
Nous vous remercions de tout cœur de nous avoir livré votre parole.
Nous savons que pour pouvoir nous porter cette parole directe, sans intermédiaires, sans interprétations à distance, vous avez dû voyager de longues heures et souffrir la fatigue, la faim, le sommeil.
Nous savons aussi que pour vous, ce sacrifice fait partie du devoir que vous sentez.
Le devoir de ne pas abandonner les compagnons disparus à cause des mauvais gouvernements, de ne pas les vendre, de ne pas les oublier.
C’est par devoir que vous avez commencé votre lutte quand on ne faisait aucun cas de vous et que les frères aujourd’hui disparus étaient catalogués comme « chevelus », « nouvices », « révoltés », « futurs délinquants qui l’ont bien mérité », « porros* », « radicaux », « narcos », « agitateurs ».
C’est ainsi que les appelaient beaucoup de ceux qui maintenant s’entassent sur votre digne rage suivant la mode ou la convenance, lorsqu’ils voulaient alors rejeter la faute sur la Normale Raúl Isidro Burgos.
Il y en a encore, là-haut, qui persistent à essayer, souhaitant ainsi nous distraire et cacher le véritable coupable.
Par devoir vous avez commencé à parler, à crier, à expliquer, à conter, à utiliser la parole avec courage, avec une rage digne.
Aujourd’hui, au milieu des paroles creuses que d’autres crachent sur votre digne cause, ils se disputent pour savoir qui a fait que vous soyez connus, écoutés, compris, embrassés.
Peut-être ne vous l’a-t-on pas dit, mais c’est vous, les familles et compagnons des étudiants morts et disparus qui êtes arrivés, à la force de votre douleur, et de cette douleur convertie en rage digne et noble, à ce que beaucoup au Mexique et dans le Monde, se réveillent, questionnent, s’interrogent.
Pour cela nous vous remercions.
Non seulement d’honorer nos oreilles de votre parole, humbles que nous sommes : sans impact médiatique ; sans contacts avec les mauvais gouvernements ; sans capacités ni connaissances pour vous accompagner, épaule contre épaule, dans l’incessant aller-retour de la recherche de vos êtres chers qui le sont maintenant aussi pour des millions qui ne les ont pas connu ; sans les mots suffisants pour vous apporter réconfort, soulagement, espérance.
Aussi et surtout, nous vous remercions pour votre acharnement héroïque, votre sage entêtement à nommer les disparus face aux responsables de votre infortune, de réclamer justice face à la superbe du puissant, d’enseigner la révolte et la résistance face au conformisme et au cynisme.
Nous voulons vous remercier pour les enseignements que vous nous avez apporté et que vous continuez à nous apporter.
C’est terrible et merveilleux que les familles et les étudiants pauvres et humbles aspirant à devenir professeurs, se soient changés en professeurs, les meilleurs qu’ait connu les cieux de ce pays ces dernières années.

Frères et sœurs :
Votre parole a été et est pour nous une force.
C’est comme si vous nous aviez donné un aliment alors que nous étions loin, alors que nous ne nous connaissions pas, alors que nous séparaient les calendriers et les géographies, c’est à dire, le temps et la distance.
Et nous vous remercions également parce que maintenant nous voyons, nous entendons, et lisons que d’autres essayent de cacher votre parole dure, forte, ce qu’est le noyau de douleur et de rage qui a tout mis en branle.
Et nous, nous voyons, nous entendons et nous lisons que maintenant on parle de portes dont personne ne se souciait avant.
Oubliant qu’en leur temps ces portes servaient à signaler à ceux de dehors qu’en aucun cas ils n’était tenu compte d’eux dans les décisions que prenaient ceux de dedans.
Oubliant que dorénavant ces portes ne sont qu’une partie d’un coquille inutile, où on simule la souveraineté et où il n’y a que servilité et soumission.
Oubliant que ces portes ne donnent que sur un grand centre commercial où le peuple du dehors n’entre pas, et où se vendent les pièces brisées de ce qui fut un jour la Nation mexicaine.
Nous n’avons que faire, nous, de ces portes.
Pas plus que nous importe qu’ils les brûlent, qu’ils les adorent, ni qu’ils les voient avec rage, ou avec nostalgie, ou désir.
Pour nous, votre parole importe plus.
Votre rage, votre révolte, votre résistance.
Parce que là-haut on parle, on discute, on allègue, que oui la violence ou la non-violence, mettant de côté que la violence s’assoit chaque jour à la table des « en trop », qu’elle marche avec elles et eux au travail, à l’école, elle rentre avec elles et eux à la maison, elle dort avec elles et eux, elle fait du rêve et de la réalité un cauchemar sans tenir compte de l’âge, de la race, du genre, de la langue, de la culture.
Et nous, nous écoutons, nous voyons et nous lisons que là-bas dehors les partisans de putsch, de droite et de gauche, discutent de qui dégager pour voir qui s’y met.
Et c’est ainsi qu’on oublie que l’ensemble du système politique est pourri.
Ce n’est pas tant qu’il y ait des relations avec le crime organisé, avec le narco-trafique, avec le harcèlement, les agressions, les violations, les coups, les prisons, les disparitions, les assassinats, mais bien que tout cela fait partie de son essence.
Car on ne peut plus parler maintenant de classe politique et la distinguer des cauchemars dont souffrent et que subissent des millions sur ces terres.
Corruption, impunité, autoritarisme, crime organisé ou désorganisé, sont maintenant dans les emblèmes, les statuts, les déclarations d’intentions et les pratiques de toute la classe politique mexicaine.
Nous, nous ne nous intéressons pas aux dits et dédits, aux accords et désaccords que ceux d’en-haut ont pour décider de qui se charge dorénavant de la machine de destruction et de mort qu’est devenu l’État mexicain.
Pour nous importent vos paroles.
Votre rage, votre révolte, votre résistance.
Et nous, nous voyons, lisons et entendons que là-bas dehors ils discutent de calendriers, toujours les calendriers d’en-haut, avec leurs dates trompeuses qui dissimulent les oppressions que nous subissons aujourd’hui.
Parce qu’on oublie que derrière Zapata et Villa se cachent ceux qui sont restés : les Carranza, Obrégon, Calles et la longue liste des noms qui, sur le sang de ceux qui furent comme nous, prolongent la terreur jusqu’à nos jours.
Pour nous importent vos paroles.
Votre rage, votre révolte, votre résistance.
Et nous, nous lisons, nous entendons et voyons que là-bas dehors ils discutent tactiques et stratégies, les méthodes, le programme, le « que faire », qui commande qui, qui ordonne, où ils vont.
Et on oublie que les revendications sont simples et claires : ils et elles doivent toutes et tous réapparaître en vie, pas seulement ceux de Ayotzinapa ; les coupables de tout le spectre politique et de tous les niveaux doivent être punis ; le nécessaire doit être fait pour que plus jamais ne se répète l’horreur contre qui que ce soit au monde, même s’il ne s’agit pas d’une personnalité ou de quelqu’un de prestige.
Pour nous importent vos paroles.
Votre rage, votre révolte, votre résistance.
Parce que dans vos paroles nous nous entendons nous-mêmes.
Dans ces mots nous nous entendons dire et nous dire que personne ne pense aux pauvres d’en-bas.
Personne, absolument personne ne pense à nous.
Ils ne font que feindre d’être là pour voir ce qui va en sortir, de combien ils vont grandir, ce qu’ils vont gagner, ce qu’ils vont (faire) payer, ce qu’ils vont faire, ce qu’ils vont défaire, ce qu’ils vont dire, ce qu’ils vont taire.
Il y a quelques jours, dans les premiers jours d’octobre, lorsqu’on commençait à peine à comprendre l’horreur de ce qui s’était passé, nous vous avons envoyé quelques mots.
Petits comme le sont nos mots depuis bien longtemps.
Peu de mots parce que la douleur ne trouve aucun mot suffisant qui la dise, qui l’explique, qui la soulage, qui la soigne.
Enfin nous vous disions que vous n’étiez pas seuls.
Mais avec ça nous ne vous disions pas juste que nous vous soutenions, que, bien que loin, votre douleur était la nôtre, comme nôtre est votre digne rage.
Oui, nous vous avons dit ça mais pas seulement ça.
Nous vous disions aussi que dans votre douleur et dans votre rage vous n’étiez pas seuls car des milliers d’hommes, de femmes, d’enfants et d’anciens connaissent dans leur propre chair ce cauchemar.
Vous n’êtes pas seuls frères, sœurs.
Cherchez également vos mots chez les familles des petits garçons et petites filles assassinés à la garderie ABC dans le Sonora ; chez les organisations pour les disparus du Coahuila, chez les familles des victimes innocentes de la guerre, perdue dès le début, contre le narco-trafique ; chez les familles des milliers de migrants éliminés tout au long du territoire mexicain.
Cherchez chez toutes les victimes quotidiennes qui, dans tous les recoins de notre pays, savent que l’autorité légale est de qui frappe, anéantit, vole, enlève, extorque, viole, emprisonne, assassine, parfois revêtu de l’habit d’une organisation criminelle et parfois en tant que gouvernement légalement constitué.
Cherchez chez les peuples originaires qui, depuis avant que le temps soit le temps, accumulent la sagesse pour résister et qui connaissent mieux que quiconque la douleur et la rage.
Cherchez le Yaqui et vous le trouverez en vous.
Cherchez le Nahua et vous verrez que sa parole est accueil.
Cherchez le Ñahtó et le reflet sera mutuel.
Cherchez ceux qui ont élevé ces terres et avec leur sang ont accouché cette Nation avant qu’ils ne l’appellent « Mexique », et vous saurez qu’en-bas la parole est un pont qu’on traverse sans peur.
C’est pour ça que votre parole a de la force.
Dans votre parole des millions s’y sont vus réfléchis.
Beaucoup le disent, bien que la majorité le taise mais ils font leur vos revendications et en leur fort intérieur répètent vos paroles.
Ils s’identifient à vous, avec leur douleur et leur rage.
Nous savons, nous, que beaucoup ont besoin de vous, exigent de vous, vous poursuivent, veulent vous mener vers un destin ou un autre, veulent vous utiliser, voudraient vous commander.
Nous savons qu’ils font beaucoup de bruit autour de vous.
Nous ne voulons pas être un bruit de plus.
Nous, nous voulons seulement vous dire de ne pas laisser tomber votre parole.
Ne la laissez pas tomber.
Ne la faites pas s’évanouir.
Faites-la grandir pour qu’elle s’élève au-dessus du bruit et des mensonges.
Ne l’abandonnez pas parce qu’en elle avance non seulement la mémoire de vos morts et disparus, mais avance aussi la rage de ceux qui sont en-bas aujourd’hui, pour qu’ils soient ceux d’en-haut.

Sœurs, frères :
Nous pensons que peut-être vous savez qu’il peut arriver que vous restiez seuls et que vous êtes prêts.
Qu’il peut arriver que ceux qui aujourd’hui s’entassent au-dessus de vous pour vous utiliser à leur propre profit, vous laissent tomber et courent après une autre mode, un autre mouvement, une autre mobilisation.
Nous vous parlons de ce que nous connaissons car cela fait maintenant partie de notre histoire.
Imaginez que soient 100 ceux qui vous accompagnent dans vos revendications.
Sur ces 100, 50 vous échangeront pour la nouvelle mode du calendrier.
Sur les 50 qui restent, 30 achèteront l’oubli qu’on offre maintenant en récompense ou à crédit et ils penseront de vous que vous n’existez pas, que vous n’avez rien fait, que vous n’avez été qu’une farce pour les distraire d’autre chose, que vous étiez une invention du gouvernement pour empêcher l’avancée de tel parti ou tel personnage politique.
Des 20 restant, 19 partiront épouvantés à la première vitrine brisée parce que les victimes d’Ayotzinapa, du Sonora, du Coahuila, de n’importe quelle géographie, ne restent dans les médias de communication qu’un moment et qu’on peut choisir de ne pas voir, de ne pas entendre, de ne pas lire, de tourner le dos à l’information, en changeant de canal ou de station, alors qu’une vitrine brisée est, à l’inverse, une prophétie.
Et alors, sur les 100 vous verrez qu’il n’en reste qu’un, qu’une, qu’un.e.
Mais cet un ou une ou un.e, s’est découvert dans vos mots ; a ouvert son cœur, comme nous disons, et dans ce cœur a été semé la douleur et la rage de votre indignation.
Non seulement pour vos morts et disparus mais aussi pour ce un, cette une, ce un.e sur cent, vous devez continuer.
Parce que ce un ou une ou un.e, tout comme vous, ne se rend pas, ne se vend pas, ne cède pas.
Partie de ce un pour cent, peut-être la plus petite, nous sommes et seront les hommes et femmes zapatistes.
Mais pas seulement.
Il y en a beaucoup d’autres.
Parce que finalement les peu sont peu jusqu’à ce qu’ils se rencontrent et se découvrent dans les autres.
Il se passera alors quelque chose de terrible et merveilleux.
Et ceux qui se pensaient peu et seuls, découvriront que nous sommes majoritaires, dans tous les sens.
Et que ce sont ceux d’en-haut qui sont peu en vérité.
Et il faudra alors renverser le monde parce qu’il est injuste que les peu dominent les nombreux, les nombreuses.
Parce qu’il est injuste qu’il y ait des dominants et des dominés.

Sœurs, frères :
Nous disons tout cela nous, suivant nos pensées que sont nos histoires.
Vous, dans vos propres histoires, vous entendrez bien d’autres pensées, comme en ce moment où vous nous faites l’honneur d’écouter les nôtres.
Et vous possédez la sagesse pour prendre ce que vous percevez comme bon et jeter ce que vous percevez comme mauvais parmi ces pensées.
Nous, en tant que femmes et hommes zapatistes, nous pensons que les changements qui comptent vraiment, ceux qui sont profonds, ceux qui font d’autres histoires, sont ceux qui commencent avec les peu et non avec les beaucoup.
Mais nous savons que vous savez que même si Ayotzinapa passe de mode, que même si les grands plans s’effondrent, les stratégies et les tactiques, que même si passent les conjonctures et autres intérêts et forces soient à la mode, que même si s’en vont ceux qui aujourd’hui s’entassent sur vous tels des charognards qui prospèrent sur la douleur des autres, même si tout ceci arrivait, vous et nous savons qu’il y a dans tous les coins une douleur comme la nôtre, une rage comme la nôtre, et un acharnement comme le nôtre.
Nous, en tant qu’hommes et femmes zapatistes que nous sommes, vous invitons à aller vers ces douleurs et ces rages.
Cherchez-les, trouvez-les, respectez-les, parlez-leur et écoutez-les, échangez vos douleurs.
Car nous savons que lorsque des douleurs différentes se rencontrent elles n’éclosent pas en résignation, peine et abandon, mais en révolte organisée.
Nous savons que dans vos cœurs, indépendamment de vos credo et de vos idéologies et organisations politiques, vous êtes animés par l’exigence de justice.
Ne vous cassez pas.
Ne vous divisez pas, tel qu’il ne le faut pas pour arriver loin.
Et  surtout, n’oubliez pas que vous n’êtes pas seuls.

Sœurs, frères :
De toutes nos petites forces mais de tout notre cœur nous avons fait et nous ferons le possible pour soutenir votre juste lutte.
Nos paroles n’ont pas été nombreuses car nous avons vu qu’il y avait beaucoup d’intérêts, des politiques d’en-haut en première ligne, qui cherchent à vous utiliser à leur goût ou convenance, et nous ne joignons pas et ne nous joindrons pas au vol des rapaces opportunistes sans scrupules pour qui il n’importe pas que réapparaissent en vie ceux qui aujourd’hui nous manquent, si ce n’est à apporter de l’eau au moulin de leurs ambitions.
Notre silence a signifié et signifie le respect car l’envergure de votre lutte est gigantesque.
C’est pour ça que les pas pour vous faire savoir que vous n’étiez pas seuls ont été silencieux, pour que vous sachiez que votre douleur est nôtre et également nôtre votre digne rage.
C’est pour ça que nos petites lumières se sont allumées là où personne d’autre ne tient les comptes que nous.
Ceux qui voient dans nos efforts bien peu de choses ou les ignorent, et nous réclament et exigent que nous parlions, que nous nous prononcions, que nous ajoutions du bruit au bruit, ils sont racistes ceux qui méprisent ce qui n’apparaît pas en-haut.
Car il est important que vous sachiez que nous vous soutenons, mais il est aussi important que nous sachions que nous soutenons une cause juste, noble et digne, telle que celle qui porte aujourd’hui votre caravane à travers tout le pays.
Parce que ça, savoir que nous soutenons un mouvement honnête, pour nous représente aliments et espérance.
Il serait dommage qu’il n’y ait aucun mouvement honnête, et que dans l’ample en-bas que nous sommes ait été dupliqué la farce grotesque d’en-haut.
Nous pensons que ceux qui se fient à un calendrier d’en-haut ou à une date buttoir, vous abandonneront dès qu’une nouvelle date apparaîtra à leur horizon.
Menés par le bout du nez par une conjoncture pour laquelle ils n’ont rien fait et qu’ils méprisaient au départ, ils espèrent que « les masses » leur ouvriront le chemin du Pouvoir et qu’un nom chasse l’autre en-haut tandis qu’en-bas rien ne change.
Nous, nous pensons que les conjonctures qui transforment le monde ne naissent pas des calendriers d’en-haut, mais qu’elles sont créées par le travail quotidien, obstiné et continue de ceux qui choisissent de s’organiser plutôt que de se rallier à la dernière mode.
Certainement il y aura un changement profond, une transformation réelle ici et sur d’autres sols  blessés du monde.
Pas une mais de nombreuses révolutions devront secouer la planète entière.
Mais le résultat n’en sera pas un changement de noms et d’étiquettes où celui d’en-haut demeure en-haut aux dépens de ceux qui sont en-bas.
La réelle transformation ne sera pas un changement de gouvernement, mais de relation, une où le peuple ordonne et le gouvernement obéit.
Une où être gouvernant ne serait pas un business.
Une où être femmes, hommes, autres, garçonnets, fillettes, anciens, jeunes, travailleurs ou travailleuses du champ et de la ville, ne serait ni un cauchemar ni être comme une pièce de chasse pour le bon plaisir et l’enrichissement de gouvernants.
Une où la femme ne serait pas humiliée, l’indigène méprisé, le jeune disparu, le différent satanisé, l’enfance devenu une marchandise, la vieillesse mise au rencart.
Une où la terreur et la mort ne régneraient pas.
Une où il n’y aurait ni roi ni sujet, ni maître ni esclave, ni exploiteur ni exploité, ni sauveur ni sauvé, ni leader ni suiveur, ni pasteur ni troupeau.
Oui, nous savons que ce ne sera pas facile.
Oui, nous savons aussi que ce ne sera pas rapide.
Oui, mais nous savons aussi bien que ce ne sera pas un changement de nom et d’enseigne sur le criminel édifice du système.
Mais nous savons que ça sera.
Et nous savons aussi que vous et tous retrouveront leurs disparus, que justice sera faite, que pour toutes et tous ceux qui ont subi et subissent cette peine il y aura le soulagement d’avoir des réponses au pourquoi, quoi, qui et comment, et sur ces réponses non seulement élever le châtiment des responsables, mais aussi faire le nécessaire pour que ça ne se répète pas et qu’être jeune et étudiant, ou femme, ou enfant, ou migrant, ou indigène, ou quiconque, ne soit pas une marque pour que le bourreau en poste identifie sa prochaine victime.
Nous savons qu’il en sera ainsi car nous avons entendu quelque chose que nous avons en commun, parmi beaucoup d’autres choses.
Parce que nous savons que ni vous et ni nous ne nous vendrons, que nous ne céderons pas et que nous ne nous rendrons pas.

Frères, sœurs :
De notre côté nous souhaitons seulement que vous emportiez avec vous cette pensée que nous vous avons livrée depuis le fond de notre cœur collectif :
Merci pour vos paroles, frères et sœurs.
Mais surtout, merci pour votre lutte.
Merci parce qu’en vous rencontrant, nous savons que l’horizon est désormais visible…

Démocratie !
Liberté !
Justice !
Depuis les montagnes du Sud-est Mexicain.
Pour le Comité Clandestin Révolutionnaire Indigène- Commandement Général de l’Armée Zapatiste de Libération Nationale.
Sous-commandant Insurgé Moisés.
Mexique, au jour 15 du mois de novembre 2014, dans la vingtième année du début de la guerre contre l’oubli.

 
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*: porros est un terme qui désigne des groupes de mercenaires payés pour casser les mouvements étudiants, par la force le plus souvent.