Archive for mars 2015

Solidarité avec les médias libres du Chiapas, du Mexique et du monde

Suite à l’agression dont ont été victimes les camarades des médias libres à San Sebastian Bachajon, Chiapas, notre modeste équipe de traduction – @ValKaracole, @EspoirChiapas et moi – a décidé de ne pas se contenter de traduire mais aussi de proposer un communiqué succinct afin d’exprimer notre solidarité avec toutes celles et tous ceux qui, par leur travail en tant que médias libres (autonomes, alternatifs ou comme ils se nomment), permettent aux expériences locales menées par les peuples qui s’organisent, de briser l’isolement, de nouer des échanges et de créer des solidarités.

Pour en savoir plus au sujet de la lutte menée par le peuple de San Sebastian Bachajon, vous pouvez consulter les articles sur le site d’Espoir Chiapas.

Si vous souhaitez signer cet appel à solidarité, vous pouvez laisser un commentaire ou contacter Espoir Chiapas.

Le sⒶp

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photo @ValKaracole

 

 

Aux médias libres du Chiapas,
Aux adhérent-e-s de la Sexta,
A nos frères et sœurs qui luttent pour proposer une autre information,

Nous avons été informé-e-s qu’au Chiapas, Mexique, nos compañer@s, nos frères et sœurs de lutte, travaillant dans les médias libres, de manière bénévole, et accompagnant le mouvement  des peuples organisés en lutte contre l’installation d’un méga projet touristiques et d’une autoroute sur leur terre, ont été agressé-e-s par des groupes armés pro-gouvernementaux sous l’œil bienveillant des forces de l’ordre. L’agression s’est terminée par la rétention illégale de leurs outils de travail : un appareil photo Canon 70D et un téléphone portable contenant de nombreuses informations personnelles.

Cette agression a eu lieu dans un climat d’extrême violence : dans leur rapport, nos collègues journalistes indépendants ont déclaré avoir été menacé-e-s avec une machette sous le cou et sur le ventre pour notre sœur journaliste, et par une machette sur le ventre pour notre frère journaliste.  En tant que médias libres, cela nous rappelle des évènements qui se sont déroulés en France, et plus particulièrement durant la lutte contre la construction du barrage de Sivens au Testet où des journalistes indépendants avaient été menacé-e-s par une milice aux pratiques fascisantes  afin de les empêcher de travailler.

Nous n’acceptons pas et condamnons énergiquement ces actions. Le droit d’informer est universel. Si le fait de prendre des photos et de documenter leurs actions leur pose problème, c’est aux groupes paramilitaires et milices de tous les pays de stopper leurs pratiques illégales. 
LA PEUR DOIT CHANGER DE CAMP !

Loin de nous intimider, nous nous engageons à être plus attentif-ve-s aux futures actions qui se passeront au Chiapas comme ailleurs et à diffuser toutes menaces et agressions qui pourront se dérouler au Mexique et dans le monde entier et nous invitons chaque personne, chaque Être Humain, à devenir témoin chaque fois qu’il le faudra : les médias libres sont là pour recevoir et diffuser leurs témoignages et les protéger.

Nous nous solidarisons avec le travail de nos frères et sœurs des médias libres du Chiapas qui, depuis des années, s’organisent et diffusent « L’Autre Information » de manière exemplaire.

SOLIDARITÉ AVEC LES MÉDIAS LIBRES DU CHIAPAS, DU MEXIQUE ET DE LA TERRE !

Depuis la France, mars 2015.

Liste des signataires (en cours) :

★ Le communiqué est publié là:

https://nantes.indymedia.org/articles/31285
http://www.le-serpent-a-plumes.antifa-net.fr/solidarite-avec-les-medias-libres-du-chiapas-du-mexique-et-du-monde
http://zad.nadir.org/spip.php?article2959
http://forum.anarchiste-revolutionnaire.org/viewtopic.php?t=958&p=196272#p196272
http://www.franceameriquelatine.org/spip.php?article2278
http://www.opa33.org/solidarite-avec-les-medias-libres-du-chiapas.html
http://clap33.over-blog.com/2015/05/solidarite-avec-les-medias-libres-du-chiapas.html
http://atelier.mediaslibres.org/Des-liens-pour-les-medias-libres-8.html
http://www.reporterre.net/Solidarite-avec-les-journalistes

Médias libres attaqués au Chiapas!!!

source.

 

Traduction collective (@ValKaracole, @EspoirChiapas, et moi) du communiqué publié sure le site Komanilel afin de dénoncer l’agression dont ont été victimes deux membres de médias libres à San Sebastian Bachajón le 21 mars dernier. Vous pouvez donc retrouver cette traduction sur le site d’Espoir Chiapas.

Le sⒶp

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Attaque et vol contre des MédiasLibres par des groupes du gouvernement à AguaAzul, sur les terres communales de San Sebastian Bachajón / Chiapas / Mexique.

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Une compañera et un compañero des collectifs de médias de communication libres ont été attaqué-e-s par le groupe progouvernemental du commissaire communal de San Sebastian Bachajón, Alejandro Moreno Gomez. Les compañer@s ont été encerclé-e-s, détenu-e-s, poussé-e-s, frappé-e-s et menacé-e-s avec des machettes pour qu’illes donnent leur appareil photo Canon 70d, un téléphone portable et un trépied.
À peu près vers 18h30, le 21 mars 2015, les compañer@s allaient documenter l’expulsion et l’incendie du siège régional que les habitants de Bachajón, adhérents à la Sixième Déclaration de la Forêt Lacandon avaient construit au mois de janvier
Les companer@s descendaient du poste de péage et marchaient jusqu’au siège régional des adhérents de la Sexta de Bachajón où se trouvaient 4 camionnettes de la police d’État du Chiapas. Plus de 200 progouvernement, armés avec des machettes, d’aucuns alcoolisés, les ont arrêté-e-s à 20 mètres du siège. Plus tard, ils les ont encerclé-e-s et ont commencé à les pousser et à leur dire d’effacer les photographies. Ce qui fut fait.
Retour sur les faits tels qu’ils se sont déroulés :
« Vous êtes du Frayba, vous divisez les gens (Centre des Droits de l’Homme Fray Bartolomé de Las Casas)? ontils affirmé et demandé aux membres du groupe. 
« Non », ont dit les compañer@s « Nous sommes des médias libres ».
« Les médias libres aussi divisent les gens. Pourquoi êtesvous venus justement maintenant? » ont dit les progouvernement, en se référant au blocage qu’ils réalisaient au croisement du poste de péage d’Agua Azul depuis le 19 mars.
La nuit de la journée du 20 ils avaient fait entendre des coups de feu en l’air.
Alors qu’ils posaient ces questions, ils donnaient des coups de machettes au sol, et poussaient les deux membres des médias libres. Ils ont jeté le trépied sur le compañero.
« Barrez vous d’ici ! Vous n’avez rien à y faire ! Pojbeyaik skamara antse (Prenez l’appareil photo de la femme). Pojbeyaik celular (Prenez leur le téléphone)”.
C’est à ce moment qu’ils se sont approchés pour leur retirer l’appareil photo. Un des progouvernement s’est mis face aux compañer@s et a dit :
« Stop ! ».
Et il a mis la machette sous le cou de la compañera. Les compañer@s furent séparés de 4 mètres. Le compañero fut arrêté. Ils lui ont pris son téléphone et quand il a voulu aider sa compañera, ils l’ont menacé avec une machette sur l’estomac. 
Pendant ce temps, les progouvernement insistaient pour voler l’appareil photo de la compañera. 
« C‘est mon outil de travail. J’ai effacé les photos », a-t-elle répondu alors qu’elle était poussée entre trois personnes. Plus tard, elle se jeta au sol en enlaçant son appareil photo.
« Toute l’information est là » ont-ils dit.
« Non, je les ai effacées. Vous l’avez vu ! » insistatelle
Ils la levèrent, la poussèrent et la menacèrent aussi avec la machette sur l’estomac.
« Nous allons le casser » a-t-elle dit, en parlant de l‘appareil photo. Ils la poussèrent plus fort. L’appareil photo enroulé autour de sa main lui fût finalement volé
« Barrezvous! Ne revenez pas » ontils dit quand ils les ont lâché-e-s.
L’incendie et la destruction du siège de Bachajón qu’ils devaient documenter avaient eu lieu à 8h du matin. Cela a été provoqué par plus de 600 éléments des Forces Publiques avec la participation du commissaire communal  et le conseiller de sécurité, Samuel Diaz Guzman
Les agressions tant des policiers que des groupes progouvernementaux sont constants depuis qu’a commencée la défense du territoire de Bachajón en 2007. Les habitants ont du souffrir près de 120 détentions, particulièrement en 2011. Le 24 avril 2013 a été assassiné Juan Vazquez Guzman, secrétaire général des adhérents à la Sexta.
Cette nouvelle escalade de la violence a eu lieu lors du premier anniversaire du meurtre (21 mars) d’un autre coordinateur des adhérents, Juan Carlos Gomez Silvano, Coordinateur régional de l’organisation dans la communauté Virgen de Dolores.
Les compañer@s ont peur pour les informations qui leur a ont été volées. Spécifiquement pour les contacts personnels et de travail qu’il y avait dans le téléphone.
Cette agression représente une escalade de la violence contreinsurectionnelle à Bachajón et amplifie le danger qui existe pour les communicants, défenseurs des droits de l’homme, et les peuples organisés qui défendent la terre mère.
Ceci est une preuve de la complicité entre les autorités, la police et ces groupes progouvernementaux qui opèrent comme paramilitaires dans tout le pays; nous croyons que s’annonce une vague de violence plus intense. 
Nous lançons un appel à la population en général afin de chercher des stratégies d’accompagnement et de visibilisation de ce qui se passe sur les terres communales de San Sebastian Bachajón. 
Ce type d’agression n’arrêtera pas le travail des médias de communication libres et autonomes »
« Là ou ceux d’en haut détruisent, ceux d’enbas reconstruisent« .

EZLN: À propos de l’Hommage et du Séminaire

source.

Traduction collective (@ValKaracole, @EspoirChiapas, et moi) du communiqué Sobre Homenaje y Seminario, publié sur le site de Liaison Zapatiste le 19 mars.

Vous pouvez donc retrouver cette traduction sur le site d’Espoir Chiapas, ainsi que sur le site de Liaison Zapatiste.

Le sⒶp

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ARMÉE ZAPATISTE DE LIBÉRATION NATIONALE.

MEXIQUE

Mars 2015

Aux Compas de la Sexta au Mexique et dans le monde

Comp@s:

Ils m’ont chargé de vous informer que…

Malgré l’augmentation significative de l’activité militaire dans les alentours des Caracoles Zapatistes (patrouilles agressives, contrôles intimidants, survols menaçants) – particulièrement dans les Caracoles de La Realidad et de Oventik (dans le premier on vient d’inaugurer une école-clinique, et dans le second se réalisera l’hommage à Don Luis Villoro Toranzo)…

Malgré la belligérance croissante des groupes paramilitaires parrainés par le gouvernement chiapanèque…

Malgré les vieux « nouveaux » mensonges dans les médias à gages » / non, il n’y a pas et il n’y a eu aucune proposition de dialogue, non, depuis l’année 2001, c’est à dire, depuis 14 ans aucun fonctionnaire fédéral ne s’est approché de l’EZLN, à moins que ce ne soit avec l’intention d’assassiner la direction zapatiste; non les gouvernements fédéral et de l’État ne cherchent pas à améliorer les conditions de vie des indigènes au Chiapas, mais ils essayent de diviser les communautés, non les uniques rapprochements gouvernementaux, de ceux que peut compter Jaime Martinez Veloz, n’ont pas été aux côtés des zapatistes, mais par des paramilitaires parrainés, avant lui, par Luis H. Alvarez, Juan Sabines Guerrero et Felipe Calderon Hinojosa et maintenant par Manuel Velasco Coello, Rosario Robeler Berlanga et Enrique Pena Nieto, l’un de ces groupes (la CIOAC-H) est matériellement responsable de l’assassinat du Compagnon maître Galeano, non, etcétera /…

Bien que manque toujours vérité et justice pour Ayotzinapa…

Bien que là-bas, en dehors, ils soient occupés, entre autres choses (plus importantes, vraiment?) et que se succèdent vertigineusement les modes de « mobilisation », qui démontrent seulement que la frivolité est un grand stratège…

Bien que la dignité découvre, une fois et une fois encore, la réalité / et dans les hauteurs du nord du Mexique on découvre que subsistent les méthodes d’exploitation de l’époque profiriste. « Dans le nord on travaille et nous entretenons les paresseux du sud » dit le puissant; alors que les champs sont cultivés par des hommes, femmes, enfants et anciens indigènes triquis et mayas, le puissant ne dit rien, et se met à genoux devant le pouvoir étranger. Dans la vallée de San Quintin, Basse Californie, dans ce qu’on surnomme Oaxacalifornia, les journaliers demandent des salaires justes et des droits du travail, « nous voulons seulement la justice » résument ils. Le gouvernement les réprime « pour faits de révolte ». 200 détenus. Le gouverneur paniste (parti du PAN) se réunit avec les chefs militaire du 67e bataillon d’infanterie de l’armée fédérale « pour garantir la paix sociale ». L’info principale dans les médias à gages est: « 007 sur le zocalo de la capitale ». Le hashtag #SanQuintinEnLucha n’arrivera pas à être la tendance du moment /…

Malgré tout…

Ou précisément pour tout…

L’EZLN entérine la célébration de :

– L’hommage aux compagnons Luis Villoro Toranzo et au Maître Zapatiste Galeano, la journée du 2 mai 2015, dans le Caracol d’Oventik, Chiapas, Mexique. Pour cet hommage, en plus de compañeras et compañeros des bases d’appui zapatistes, ont confirmé leur participation : Juan Villoro Ruiz, Fernanda Navarro, Adolfo Gilly, Pablo González Casanova, Don Mario González Contreras, père de César Manuel González Hernández, un des 46 disparus d’Ayotzinapa et Doña Bertha Nava, mère de Julio César Ramírez Nava, un des 46 disparus d’Ayotzinapa, ainsi que les familles du Compañero Maître Galeano et les autorités autonomes zapatistes des 5 zones.

– Le coup d’envoi du séminaire « La Pensée Critique face à l’Hydre Capitaliste », organisé  par le CIDECI-Unitierra et la commission Sexta de l’EZLN, du 3 au 9 mai 2015, dans les montagnes du Sud Est Mexicain.

Ils me disent qu’ont confirmé leur participation au Séminaire :

Doña Bertha Nava, Don Mario González Contreras y Doña Hilda Hernández Rivera, (familles des 46 disparus d’Ayotzinapa). Pablo González Casanova. Adolfo Gilly. Juan Villoro Ruiz. Elena Álvarez-Buylla. Catherine Marielle. Álvaro Salgado. Alicia Castellanos. Óscar Olivera (Bolivie). Margarita Millán. Sylvia Marcos. Mariana Favela. Karla Quiñonez (USA). Xuno López. Jean Robert. Carlos González. María Eugenia Sánchez Díaz de Rivera. Eduardo Almeida Acosta. Vilma Almendra (Colombie). Philippe Corcuff (France). Luis Lozano Arredondo. Juan Wahrem (Argentine). Rosa Albina Garabito. Jerónimo Díaz. Rubén Trejo. Manuel Rosenthal (Colombe). Hugo Blanco (Perou). Juan Carlos Mijangos Noh. Greg Ruggeiro (USA). Ana Lydia Flores Marín. Javier Hernández Alpízar. Pablo Reyna. Christine Pellicane (France). Efraín Herrera. Domi. Antonio Ramírez. John Berger (Grande Bretagne). Donovan Hernández. Sergio Rodríguez. Raúl Zibechi (Uruguay). Sergio Tischler Visquerra (Guatemala). Jorge Alonso. Jerome Baschet (France). Paulina Fernández C. Carlos Aguirre Rojas. Gilberto López y Rivas. Daniel Inclán. Enzo Traverso (Italie). Silvia Federici (Italie). Immanuel Wallerstein (USA). John Holloway (Irlande). Michael Lowy (Bresil-France). Marcos Roitman (Chili-Etat Espagnol).

Depuis la conciergerie de la petite école, en empilant des caisses et des caisses qui disent « RECALÉ-E-S ».

SupGaleano

Mexique, Mars 2015.

 

SECTION « DU CAHIER DE NOTES DU CHAT-CHIEN » :

En option:

Vous êtes en train de faire un cauchemar. Vous vous trouvez au milieu d’une communauté désolée. Pas comme si c’était après une guerre, mais avec son horreur qui continue. Sur le côté droit du chemin qui coupe en deux la communauté, se trouve un complexe d’édifices modernes. A l’entrée, un panneau prévient ou averti : « Centre Commercial Visions de la Réalité ». Deux imposantes et modernes constructions se distinguent. Sur l’une d’elles, sur le auvent on lit « Cours de journalisme éthique et reportage objectif. Donnés par: Ciro Gomez Leyva, Ricardo Aleman, Joaquín López Dóriga, Javier Alatorre et Laura Bozzo ». Sur le bâtiment d’à coté s’annonce: « Cours de reportage éthique et journalisme objectif. Donnés par: Jacobo Zabludovski et 4 autres des derniers et uniques espaces libres et indépendants ».

Vous, clairement, vous êtes une personne sensée, clairement, tolérante, clairement, inclusive, clairement, civilisée, clairement, raisonnable, clairement, avec des arguments, clairement, avec des études, clairement, avec é-d-u-c-a-t-i-o-n, clairement. Dans les cauchemars aussi, on doit rester calme, manquerait plus que ça.

C’est pour ça que vous comprenez pourquoi il y a de longues queues pour rejoindre un côté comme l’autre.

Vous vous félicitez qu’il y ait des options informatives pour tous les goûts, quand se fait entendre, dans le coin gauche, une fillette essayant de jouer à la flûte scolaire, non sans difficulté, les notes de « the long and winding road” des Beatles.

Vous, sans pouvoir dissimuler votre gêne face aux fausses notes de la fillette, vous vous rendez compte que, de ce côté gauche du long et tortueux chemin, se trouve un groupe d’êtres (incompréhensibles, clairement), construisant des baraques (un peu mal foutues, clairement), et ses panneaux n’offrent ni cours ni promesses, clairement, elles osent seulement balbutier « médias libres, autonomes, alternatifs ou comme ils se nomment ».

Vous vous trouvez donc devant une alternative : ou bien, généreux, clairement, vous élargissez un peu vos critères, votre tolérance, votre inclusivité, votre civilité jusqu’à ce coté du chemin, ou bien vous remerciez qu’il y ait des choses qui ne passent pas de mode (comme le bulldozer, la matraque, la police, les équipements anti émeutes).

Vous vous paralysez face au complexe dilemme. Alors que vous ne savez pas quoi faire, votre smartphone, grâce à une application moderne qui donne un zap quand on configure le disque dur (le vôtre, clairement) s’active pour vous réveiller.

Vous vous réveillez donc, mais tout reste pareil : le lieu en guerre, les luxueuse constructions du coté droit, les misérables du coté gauche. Ah mais au lieu de la flûte non accordée avec « the long and winding road », vous écoutez un rythme déconcertant, un mélange de balade-cumbia-corrido-ranchera-tropical-hiphop-ska-heavy-metal qui, avec une marimba, commence par « Ya se mira el horizonte… » (Début de l’hymne zapatiste, ndt)

Dans cette terrible situation vous savez que vous devez prendre une mesure drastique. Mais vous ne vous décidez pas : devez-vous changer de téléphone ou actualiser le système d’exploitation ? »

Cela, mon cher, c’est un dilemme, et pas d’échappatoire. Voter ou non? Alors?

Des médias à gages :

– Et ils content que ce furent donc ces hommes et femmes sages, avec de grandes études et connaissances, qui surent qu’ils étaient sûrs de ce que disaient les indigènes ignorants, analphabètes et pré-modernes : « dans le capitalisme : celui qui paie, commande ».

– Concernant les « cinq espaces libres et indépendants » et Molotov : Oh, oh il semblerait que quelqu’un s’est fait Bobo Jacobo.

De la post modernité :

– Attention plongeurs : la piscine n’a pas d’eau, seulement de la merde. Soyez prude…..splash!

– Dialogue de rupture d’un couple post moderne: « C’est pas toi. C’est le contexte. »

Du séminaire :

– D’Italie nous vient ce qui suit: « Untel a dit qu’il assisterait (au séminaire) seulement s’il pouvait parler personnellement avec le Sous-Commandant Insurgé Marcos ». Quand le défunt a entendu ça, pensant que le message était de Monica Belluci, il a commencer à s’étirer au fond de sa tombe. Ensuite ils lui ont dit de qui était le message et désillusionné, il s’est fait à l’idée. Le SupMoy a juste demandé de dire « il supmarcos e morto, se volete, potete cercare in inferno » et il a envoyé un calendrier à l’expéditeur. Interrogé à propos des Tercios Compas S.A. (sans) C. (ni) V. de (i) R. (i) L. (attention: ne pas faire usage de la marque sans autorisation de ceux qui (n’)ont (pas) les droits), le SupMoy a déclaré « c’est qu’après y a des gens qui ne se rendent pas compte qu’on est en 2015 ».

– Pst. Pst. L’organisation du séminaire est un bordel. Mais vous, faites comme si vous ne le saviez pas. Mettez-vous en harmonie avec l’univers. Et maintenant répétez avec moi « ommmh, le séminaire est déjà organisé, ommmh ».

Je certifie : miaou-ouaf (et vice versa)

LE CONCEPT DE LIBERTÉ DANS LES IDÉES ANARCHISTES

source.

 

Traduction d’un article paru le 3 mars sur le site Proyecto Ambulante, sur la conception anarchiste de la « liberté ». Si l’égalité ou la solidarité sont très souvent mis en avant, la liberté est bien trop souvent recouverte, voir étouffée, par une sécurité pour laquelle trop de gens sont prêts à la sacrifier. Pour les anarchistes, contrairement à la conception généralement admise d’une liberté s’arrêtant là où commence celle des autres, la liberté s’étend avec celle des autres…

Le sⒶp

 

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« La volupté de la destruction est une volupté créatrice. » Bakounine

 

LA LIBERTÉ EST, POUR LA PHILOSOPHIE ANARCHISTE, SON THÈME CENTRAL ; D’OÙ LE FAIT QU’ILS SE FONT APPELER LIBERTAIRES. POUR L’ANARCHISME, LA LIBERTÉ CONSTITUE UNE CONQUÊTE VITALE ET SOCIALE ; LA QUESTION N’EST PAS TANT QUE L’ÊTRE HUMAIN SOIT LIBRE DE FAÇON INNÉE, MAIS QU’IL TROUVE PRÉCISÉMENT LES CHEMINS POUR EXERCER SA LIBERTÉ CAR ELLE EST LA CARACTÉRISTIQUE PRIMORDIALE DE SON EXISTENCE.

À la marge de ce que purent penser les anarchistes du XIXe siècle, l’évolution des idées libertaires montre une philosophie plus vitaliste qu’idéaliste, sa conception de la liberté n’est pas abstraite mais marquée par une série de valeurs concrètes situées dans un monde en constant devenir. Dans la ligne de la pensée d’Albert Camus, c’est l’être humain, également dans la vie sociale, celui qui se montre capable (ou pas) de donner un sens à son existence ; la vie reste marquée pour l’anarchisme, en somme, par un effort constant de libération. Insistons sur le fait que cet effort se voit alors conditionné par une multitude de forces externes, d’où le fait que la lutte pour la liberté passe par l’instauration d’une société non répressive qui permette son développement. Il y en a qui ont défini, et nous ne pouvons être plus en accord, l’anarchisme comme une pratique de la libération (Formes et tendances de l’anarchisme, Rene Furth). Ne tomber dans aucune forme de naïveté, c’est être conscient que l’individu peut tomber, et il le fait trop souvent, dans une inertie contraire à tout compromis libérateur ; un motif supplémentaire pour insister sur un concept positif de la liberté, dans la construction d’une société aux conditions adéquates pour son exercice.

Comme il a été dit à de nombreuses reprises, la liberté anarchiste n’a rien à voir avec celle préconisée par le libéralisme, plus propre à un individu isolé et nécessaire à son exercice de l’exploitation de ses semblables et du privilège économique. Rappelons, une fois de plus, les mots de Bakounine : « La liberté sans le socialisme c’est le privilège, l’injustice. Le socialisme sans la liberté c’est l’esclavage et la brutalité ». Avant cela, Proudhon lui-même dit que la liberté isolée, sans vie sociale, produira « toujours moins de société que sous n’importe quel autre système ». La liberté de l’anarchisme est étroitement liée à la solidarité, au soutien mutuel ; la liberté personnelle, l’autonomie individuelle, n’est jamais reléguée, toute coercition est évitée, mais la nécessité de la vie communautaire doit être rappelé constamment. D’autre part, seule la pratique de la liberté génère une liberté plus grande, ce qui rend de fait tout système autoritaire incompatible avec l’anarchisme. C’est pourquoi, sont rejetés dans la philosophie anarchiste, aussi bien l’individu isolé, que le totalitarisme et toute forme autoritaire. Rappelons une fois encore les propos de Bakounine : « Rien n’est aussi dangereux pour la morale privée d’un homme que l’habitude du commandement. Le meilleur homme, le plus intelligent, le plus désintéressé, le plus généreux, le plus pur, se gâtera infailliblement et toujours à ce métier. Deux sentiments inhérents au pouvoir ne manquent jamais de produire cette démoralisation : le mépris des masses populaires et l’exagération de son propre mérite. Le pouvoir et l’habitude du commandement se convertissent pour les hommes, même pour les plus intelligents et virtuoses, en source de méchanceté intellectuelle et morale ».

La liberté pour l’anarchisme, en définitive, se réalise dans la vie sociale. Les autres concepts nécessaires à son plein exercice sont la solidarité, le soutien mutuel et le contrat libre.

Encore Bakounine :

« je ne suis véritablement libre qu’autant que tous les êtres humains qui m’entourent, hommes et femmes, sont également libres. La liberté est, au contraire, sa condition nécessaire et sa confirmation. Je ne saurais être plus véritablement libre qu’à travers la liberté des autres, de façon à ce que plus nombreux sont les hommes libres qui m’entourent et plus profonde et plus grande sa liberté, plus la mienne l’est. C’est, au contraire, l’esclavage des hommes qui pose une limite à ma liberté ; ou, ce qui revient au même, son animalité est une négation de mon humanité. La liberté, donc, est une chose extrêmement complexe, et avant tout éminemment sociale, puisque seulement en société, et au sein de la plus étroite égalité solidaire de chacun avec tous, elle peut se réaliser ».

Devançant ce qui sera étudié plus tard par la psychologie sociale, Bakounine nous rappelle que

« chaque homme que vous connaissez et avec lequel vous vous liez, directement ou indirectement, détermine votre être le plus intime, contribue à faire de vous ce que vous êtes, à constituer votre propre personnalité ».

La liberté implique, de manière évidente dans l’anarchisme, l’égalité. Cette égalité n’est pas, évidemment, l’uniformité : elle est plus, elle est l’acceptation de la diversité et de la complexité qui conduit à la négation de tout État. Face aux propositions libérales, formelles et finalement vides, la liberté anarchiste est réalisée en fonction des autres et de manière effective ; notre autonomie implique les autres, de même que dans un concert où les musiciens essayent de s’harmoniser entre eux sans qu’aucun des membres ne perde sa liberté individuelle. La philosophie anarchiste, comme nous le rappelle Herbert Read (Anarchie et ordre), n’est pas essentialiste, elle ne part d’aucun point de départ ; comme il a été dit antérieurement, la liberté chez l’être humain est une condition possible de son existence, sur l’individu retombe la responsabilité de la mener à terme. Insistons sur le caractère pragmatique de la philosophie anarchiste. Le choix de la liberté comme partie fondamentale de ses propositions situe l’anarchisme, certainement, comme la plus profonde et solide des théories politiques modernes. L’idée de liberté pour l’anarchisme ne peut se comprendre qu’en tenant compte de nombreux autres concepts : l’égalité, la pluralité, l’autonomie, l’éducation, la solidarité comme facteur de la cohésion sociale ou l’espace public comme dialogue et confrontation.

Dans ce coup d’œil sommaire sur le concept de liberté dans l’anarchisme, mentionnons Stirner, tout en rappelant sa difficile adaptation à la philosophie anarchiste. Son individualisme extrême, son exaltation de la liberté en tant que force vitale absolue, le fait sûrement tombé dans un certain irrationalisme et l’oppose à une grande majorité des penseurs anarchistes ; cependant, sa revendication de la souveraineté individuelle et sa lutte contre toute abstraction et toute transcendance, exprimées dans sa spectaculaire œuvre L’unique et sa propriété, méritent d’être rappelées. Pour les idées anarchistes, au mois pour la majorité, pour être prudent, l’être humain est éminemment social et seul en société il peut être libre ou esclave, de même qu’heureux ou malheureux. Le toujours pragmatique Malatesta assure : « Par conséquent, au lieu d’aspirer à une autonomie nominale et impossible, (l’être doit) chercher les conditions de sa liberté et de sa félicité dans l’accord avec les autres hommes, modifiant en accord avec eux telles institutions qui ne leur conviendrait pas ». La société libertaire, inutile de le dire, est contingente et non le résultat d’une quelconque loi naturelle, devenant possible ou non selon que le décident les êtres humains ; Malatesta, aussi éloigné de tout idéalisme et paraphrasant Bakounine, « la liberté d’un individu trouve, non pas sa limite, mais son complément dans la liberté des autres », considère cette assertion comme une belle aspiration ; cependant, il se souvient de la complexité et de la pluralité de la vie sociale, ce qui fait que les goûtes et besoins des autres supposent bien souvent une entrave à nos propres désirs. Il s’agit, cependant, d’une revendication de la nécessité d’accords mutuels et de la compréhension des conflits possibles et des désillusions qui, sans doute, existeront également dans une société libertaire.

 

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LA CONSTRUCTION LA PLUS CHÈRE DU MONDE

source.

 

Traduction collective (@ValKaracole, @EspoirChiapas, et moi) du communiqué Gracias III, publié sur le site de Liaison Zapatiste le 5 mars.

Vous pouvez donc retrouver cette traduction sur le site d’Espoir Chiapas, ainsi que sur le site de Liaison Zapatiste.

Le sⒶp

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MERCI III.

LA CONSTRUCTION LA PLUS CHÈRE DU MONDE.

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Sous-commandant Insurgé Moisés.   Sous-commandant Insurgé Galeano.

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Février-Mars 2015.

La veille. Au petit matin. Le froid mord sous les vêtements des ombres. Sur la table qui, solitaire, meuble la baraque (qui n’a aucun panneau, mais on sait que maintenant c’est le quartier général du commandement zapatiste) se trouve le papier froissé avec des lettres manuscrites où l’on trouve les détails de la construction de l’école-clinique dans La Realidad zapatiste. La voix résume les regards, les silences, la fumée, les rages :

Bon, les comptes ne sont pas du tout justes ! La vie de n’importe quel zapatiste vaut plus que la maison blanche de Pena Nieto et que toutes les maisons des riches du monde réunies. Ni tout l’argent que cela coûte de faire les grands édifices où les puissants se cachent pour réaliser leurs vols et leurs crimes n’arriverait à payer une seule goutte de sang indigène zapatiste. C’est pour cela que nous avons le sentiment que cette construction est la plus chère qu’il y ait dans le monde.

Ainsi, nous devons le dire clairement, ce qui n’apparaît pas dans les comptes d’argent, c’est le sang du Compagnon Galeano. Tous les papiers de l’histoire du monde ne suffiraient pas à écrire ces comptes.

Et donc, qu’ainsi vous le mettiez quand dans vos listes, dans les médias de communication, vous mettez qui est le plus riche, où est le plus pauvre. Car le riche a un nom et prénom, sa lignée son pedigree. Mais le pauvre a seulement une géographie et un calendrier. Mettez-le donc que la construction la plus chère de toute la planète est à La Realidad Zapatiste, Chiapas, Mexique. Et que les filles et les garçons indigènes zapatistes assistent à l’école la plus chère du monde. Et que les hommes, femmes, filles, garçons, anciens, anciennes, indigènes zapatistes, mexicaines et mexicains, lorsque l’on tombe malade à la Realidad, ils se font soigner dans la clinique la plus chère de la Terre.

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Mais l’unique façon de rendre des comptes justes c’est de lutter pour détruire le système capitaliste. Ne pas le changer. Ne pas l’améliorer. Ne pas le rendre plus humain, moins cruel, moins meurtrier. Non. Le détruite totalement. Annihiler toutes et chacune des têtes de l’Hydre.

Et malgré tout, en manquerait, puisqu’ici nous voulons lever quelque chose de nouveau et de bien mieux : construire un autre système, un sans maîtres ni patrons, sans autoritarisme, sans injustice, sans exploitation, sans mépris, sans répression, sans expulsion. Un système sans violence contre les femmes, les enfants, les différents. Un système où le travail est payé à sa juste valeur. Un système où ne règne pas l’ignorance. Un système où la faim et la mort violente seraient de mauvais souvenirs. Un système où personne n’est en haut parce que d’autres sont en bas. Un système raisonnable. Un système bien meilleur.

Alors, et alors seulement, nous hommes et femmes zapatistes pourrons dire que le compte est bon.

 

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Merci beaucoup aux autres, hommes, femmes, filles, garçons, anciennes et anciens, groupes, collectifs, organisations et comme on dit de la Sexta et pas de la Sexta, du Mexique et du monde, pour l’appui que vous nous avez donné. Cette clinique et école est aussi la vôtre.

Du coup, vous savez que vous avez une clinique de santé autonome et une école autonome à La Realidad zapatiste.

Nous savons pour l’heure que vous êtes un peu loin, mais on ne sait jamais, le monde est rond, il tourne et il peut advenir, peut-être, qui sait … que quelqu’un, un matin, comprenne que, c’est ça lutter pour que les comptes soient justes, et ainsi rentrer dans ses comptes.

 

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Depuis les montagnes du sud-est Mexicain

Sous-commandant Insurgé Moisés.        Sous-commandant Insurgé Galeano.

La Realidad Zapatiste, Chiapas, Mexique.

Mars 2015.

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SECTION « DU CAHIER DE NOTES DU CHAT-CHIEN » :

Notes de genre :

.- (…) C’est pourquoi, en tant que femmes de ce pays, nous avons besoin de nous organiser, parce qu’on voit bien qu’il y a de nombreuses disparitions. Nous sommes de nombreuses femmes à être mères, de celles qui subissent cette douleur, cette grande tristesse pour nos fils disparus, nos filles mortes. Parce que maintenant, au sein de ce mauvais système, en plus d’être humiliées, de nous faire disparaître, d’être exploitées, en plus de tout ça, ils viennent encore nous tuer et faire disparaître nos enfants. Tel le cas de ABC(1) et aujourd’hui celui des 43 disparus d’Ayotzinapa, les femmes disparues de Ciudad Juárez, le cas d’Aguas Blancas, et tout ceci est le système. Il ne résoudra pas nos problèmes, nous n’obtiendrons aucune réponse de ce système actuel. C’est pourquoi frères et sœurs, nous avons besoin de nous organiser car c’est ici, au sein du peuple lui-même, que nous allons décider, que nous allons trouver le chemin que nous voulons en tant que peuple. En tant que peuples d’hommes et de femmes, non seulement ceux des champs et les indigènes, mais vous aussi sœurs qui vivaient à la ville, car c’est entre nous que nous allons nous gouverner, et c’est ici, ensemble avec nos hommes, entre hommes et femmes, que nous allons construire un nouveau système, où nous serons réellement, en tant que femmes, prises en compte et peut-être qu’ici, compagnes, sœurs, trouverons-nous le soulagement à cette douleur qui nous tient aujourd’hui et de cette rage collective qui aujourd’hui nous unit.

 

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(…) Maintenant que nous sommes au XXIe siècle, pas plus de quelques femmes pour jouir de la richesse, soit rien de plus que les femmes de riches, rien de plus que les femmes de présidents, des gouverneurs et rien de plus que les députées, les sénatrices, mais dans notre cas de femmes indigènes nous continuons d’endurer la douleur, la tristesse, l’amertume, le viol, l’exploitation, l’humiliation, la discrimination, l’emprisonnement, le mépris, la marginalisation, la torture, et bien plus, car pour nous, femmes, il n’y a pas de gouvernement. C’est pour ça que pour le reste des femmes du pays tout demeure égale, à la manière dont vivaient les femmes avant, comme au temps de ejidos (2), des colonies, de cette mauvaise culture que les grand-pères ramenèrent de leur vie avec les patrons, qui les commandaient, comme s’ils étaient les patrons de la maison, et qui disent encore: « Je commande » et ça, d’être le père de famille. Et à qui commandaient-ils, à leurs femmes, et c’est ainsi qu’est apparu le plus horrible, que les femmes, ou soit les filles, les compagnes bien avant été obligées de se marier parce que les papas étaient ceux qui choisissaient qui leur convenait comme gendre. Ils choisissaient celui qui offrait le plus de verres à boire ou le plus d’argent et c’est comme ça que ça se passait au temps des ejidos, la femme n’était jamais prise en compte, comme lorsque les hommes s’organisaient, comme ils se sont organisés au travail, mais ici jamais n’était prise en compte la femme.

 

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(…) Combien de femmes disparues, mortes, violées, exploitées et personne ne dit rien pour elles. Parce que ces femmes riches, ne sont que quelques-unes à jouir de la richesse des autres femmes exploitées. Ces femmes riches ne souffrent pas, elles ne ressentent pas la douleur, l’humiliation d’être exploitées parce que pauvres. Mais ce n’est pas pour ça que nous allons renoncer à nous organiser et à lutter en tant que femmes, parce que pour les femmes, dans le système il n’y a que douleur, tristesse, emprisonnement, humiliation, viol. Comme les mères des 43 étudiants disparus, de la garderies ABC et de la mine Pasta de Conchos. De la même manière à Acteal, mais ce n’est pas pour ça que nous renoncerons à nous organiser et à lutter, au champ et à la ville. C’est pour ça que pour la première fois dans l’histoire, nous partageons ça avec vous.

 

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(…) et donc comme dans le système, il y a ici des hommes qui font des travaux que font les femmes mais ce n’est pas pour le bien d’une nouvelle société comme nous le faisons, comme femmes zapatistes; nous avons un exemple, eh bien dans certains lieux, dans les grands restaurants ce sont les hommes, très élégants hein, qui font le travail, ce que font les femmes, mais ici ils sont exploités et elles sont exploitées et pendant ce temps les femmes qui occupaient ces postes sont emmenées ailleurs, dans d’autres lieux pour leur donner un autre usage, comme des marchandises, les photographier pour les mettre dans des revues, sur les affiches des films, les publier sur internet, et comme nous le voyons donc, la vie dans ce système dans lequel nous sommes est des plus dures, eh bien, comme depuis 520 ans, parce que la situation, eh bien, ce que nous fait le mauvais gouvernement, eh bien, ce sont les propres petits-fils, ce sont les propres fils, hein, des propriétaires terrien qui continuent de nous exploiter, eh bien, c’est comme ça aujourd’hui dans ce pays et donc nous voyons qu’il n’y a jamais de changement dans le système et donc les sœurs et les frères continuent de subir cette souffrance dans cette douleur que provoque, eh bien, le mauvais gouvernement aujourd’hui. (Notes prises à la rencontre des femmes zapatistes lors du Premier Festival Mondial des résistances et des Révoltes contre le Capitalisme. La version intégrale dans la prochaine parution de « Rebeldia Zapatista. No.4 »)

 

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.- Dans ce système, naître, grandir, vivre et mourir peut être comme ramper longuement dans un enchevêtrement de fils barbelés. Mais cette douleur n’en est qu’une parmi les nombreuses souillures de l’histoire. Ce qui soulage, c’est qu’elles, toujours plus elles, décident de se lever et de marcher ainsi dressées. Pas comme si les barbelés étaient des fleurs, mais comme si les éraflures, et même les plus mortelles, les rendaient plus fortes… pour aller ouvrir le chemin. Non pas pour changer le genre de la domination, mais pour qu’il n’y ait plus de domination. Non pas pour avoir ainsi une place dans l’histoire d’en-haut, mais pour que l’histoire d’en-bas cesse d’être une blessure qui ne cicatrise pas. Ni autoritaire ni commandée. Ni reine ni plébéienne. Ni Khaleesi ni Jhiqui. Ni patronne ni employée. Ni maîtresse ni esclave. Ni propriétaire ni servante. Mais ce qui est terrible ce n’est pas que chaque être née femme le fait avec cette escroquerie comme calendrier de ce qui vient, dans n’importe quelle géographie politique. Ce qui est terrifiant c’est que ceux qui s’obstinent pour un monde meilleur, tissent bien souvent de leurs propres mains ces pièges blessants. Mais de temps à autres la réalité, qui est féminine, donne une claque au calendrier d’en-haut dans toutes les géographies d’en-bas. J’y crois.

 

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{notes des traducteurices}

(1) : l’incendie de la garderie ABC, qui a coûté la vie à 49 enfants, en juin 2009, à Hermosillo. http://www.lepetitjournal.com/mexico/breves-mexico/60176-justice-laffaire-de-la-garderie-abc.html

(2) : ejidos : terres communes

 

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LE CAPITALISME DÉTRUIT, LES PEUPLES CONSTRUISENT

source.

 

Traduction collective (@ValKaracole, @EspoirChiapas, et moi) du communiqué Gracias II, publié sur le site de Liaison Zapatiste le 5 mars.

Vous pouvez donc retrouver cette traduction sur le site d’Espoir Chiapas, ainsi que sur le site de Liaison Zapatiste.

Le sⒶp

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MERCI II.

LE CAPITALISME DÉTRUIT.

LES PEUPLES CONSTRUISENT.

Sous-commandant Insurgé Moisés.

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Paroles du Commandement Général de l’EZLN, par la voix du Sous-commandant Insurgé Moisés, à La Realidad Zapatiste.

Livraison de l’École Zapatiste Autonome « Compagnon Galeano » et la Clinique Autonome 26 octobre « Compagnon Sous-commandant Insurgé Pedro« , aux bases d’appui zapatistes, ce jour du 1er mars 2015.

 

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Bonjour à tous, compagnons et compagnes de cette zone, de ce Caracol La Realidad, région de la Forêt des Frontières.

Aujourd’hui, nous sommes ici avec vous, compagnons, compagnes de cette zone, précisément pour les remettre dans vos mains de compagnons et compagnes bases de soutien de cette communauté zapatiste La Realidad, Nueva Victoria, comme on l’appelle dans la lutte chez nous en tant qu’Armée Zapatiste de Libération Nationale.

Compagnons et compagnes, ce que nous devons signifier clairement et ce que nous devons comprendre, c’est que se fait encore sentir la douleur que chacun de nous reçoit de tous, nous, les zapatistes; non plus les zapatistes du Mexique mais dans le monde parce qu’il nous manque un compagnon et que cette construction prend son nom : le compagnon Galeano.

Cette construction est le fruit et le travail, la force et l’organisation des compagnons et compagnes de la Sexta internationale et de la Sexta nationale. Ici nous démontrons que nous sommes zapatistes du Mexique et du monde.

Ce que nous sommes réellement, ce que nous pensons, et que nous voulons, c’est la vie et non pas qu’on nous tue.

Mais le système capitaliste, son travail, c’est de détruire ce que le peuple pauvre construit. Mais le peuple pauvre n’arrêtera pas de construire, parce que c’est sa vie. Le système le détruit parce qu’il sait qu’un jour c’est le système qui sera détruit, parce qu’il est fait d’exploitation, parce qu’il est fait d’humiliation. Ce n’est pas une vie ce que construit le capitalisme, à nous autres les pauvres il ne nous laisse rien, rien de plus que ce que nous allons construire ensemble.

Et c’est pour ça que nous sommes en train de dire, ici, sur le lieu de la construction, ce que nous sommes; et dans le village du compagnon Galeano, maître de l’école zapatiste, sergent en sa lutte, milicien en son organisation, autorité dans sa vie, l’exemple qu’il nous a montré.

Le capitalisme veut que cet exemple soit terminé et nous, nous ne le permettrons pas.

 

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Nous voulons dire clairement ici, face à ce peuple, à ceux qui ne sont pas avec nous : nous, nous ne sommes pas contre eux. Nous voulons le respect, eux le savent. Nous avons dit : s’ils nous respectent nous aussi nous les respectons, nous ne sommes pas là pour tuer des pauvres. Mais si eux se détournent, ils savent qu’ils sont du coté du criminel, de l’exploiteur, de l’assassin qu’est le capitalisme.

Nous, nous voulons leur dire clairement ici, à ceux qui ne sont pas d’accord avec nous : ça ne nous dérange pas que vous ne soyez pas d’accord avec nous parce qu’un jour ce sera pour vous, peut-être eux ne le verront-ils pas, les pères et les mères d’aujourd’hui, parce que beaucoup auront cinquante ou soixante ans, mais le fruit de ce que nous sommes en train de construire, leurs fils et leurs filles le verront.

Nous le disons de tout notre cœur et en toute sincérité : nous luttons pour le peuple du Mexique, et peut-être serons-nous un exemple pour le monde entier. Nous voulons que ce soit clair car nous, ce que nous voulons, c’est la vie. Nous l’avons dit clairement que les soldats, par exemple, les policiers, nous luttons aussi pour une partie d’entre eux, parce que nous savons qu’eux aussi sont pauvres, à cause de la pauvreté ils font ça, vendant leur corps, leur vie, leur esprit, leur sang, leurs os, leur chair; ils se vendent parce qu’ici le capitalisme achète pour être défendu. Nous ne verrons jamais un riche, un fils de riche devenir soldat, venir face à nous, les gosses de riches seront ici mais ils sont généraux car ici ils vont exploiter les soldats.

Nous le savons, voilà l’habileté du riche et c’est comme ça qu’ils nous achètent, nous les pauvres du Mexique, en nous donnant de petits cadeaux pour que nous croyions alors que, oui, le gouvernement est bon. Le mauvais gouvernement du système capitaliste ne sera jamais bon, ils ne sera jamais bon, jamais de jamais les riches ne seront bons. Un simple exemple, si même entre nous, entre proches, entre frères, sœurs, ou oncles, tantes, nous nous disputons alors que nous sommes de la même famille de père et de mère, comment pourrions-nous croire ce que disent les riches, comment est-il possible que nous croyions qu’ils sont bons, nous ne les connaissons pas. Par exemple maintenant approche le temps des élections, que savons-nous de ceux qui vont être candidats?

Nous, nous voulons dire clairement et souligner clairement : nous n’avons rien contre nos frères, ceux qui veulent être nos frères, nous qui sommes dans la lutte. Qu’ils le veuillent ou non, il n’y a pas de problème. Mais au même titre que nous disons qu’il n’y a pas de problème, nous voulons qu’eux ne nous fassent pas de problèmes. Celui qui cherche trouve. Et quand nous disons ça, celui qui cherche trouve, pareillement pour nous zapatistes, si nous provoquons, ça s’applique à celui qui provoque. C’est pour ça que nous disons, nous, ici, clairement : nous ne provoquerons pas, parce que nous n’avons rien contre eux, elles, ceux qui ne veulent pas lutter avec nous.

Ça nous peine, nous rend triste oui, parce qu’ils sont trompés, exploités, humiliés. Il n’y a rien qu’ils enseignent à leurs fils, à leurs filles, d’ici jusqu’au futur. Nous les hommes, nous les femmes zapatistes, oui, nos fils et nos filles nous importent, nous voulons leur montrer le chemin où n’existe pas l’exploitation, l’humiliation, là où nous pourrons nous gouverner nous-mêmes.

Alors, compagnons, compagnes, cette construction que nous inaugurons maintenant est le fruit, c’est le résultat de la façon dont nous entendent, de la façon dont nous comprennent nos compagnons et compagnes de la Sexta, mais incluant d’autres frères et sœurs du Mexique et du monde pour qui il manque qu’ils entrent dans la lutte de la Sexta, ce à quoi nous appelons dans notre Sexta Déclaration, mais qui avec leurs cœurs nous soutiennent.

Peut-être qu’ici, dans le long cheminement, ils vont se rendre compte et ils viendront avec nous pour lutter, mais elle est là la part de leur effort, de leur lutte, de l’organisation de ces frères, sœurs, du Mexique et du monde qui ne sont pas de la Sexta.

Mais la plus grande partie de l’effort, du sacrifice et de l’organisation viennent des compagnons de la Sexta nationale et internationale.

Nous démontrons ici comment, quand le peuple pauvre s’organise, un système capitaliste n’est pas nécessaire, un système qui domine, humilie, n’est pas nécessaire. L’exemple est ici, dans les faits. Le capitalisme, le mauvais gouvernement de ce pays, a envoyé détruire l’école autonome des compagnons des bases d’appui d’ici. Ils l’ont détruite évidemment, c’est très facile de détruire, ils ont aussi détruit leur clinique, évidemment c’est très (inaudible).

Et le résultat est là, le résultat de l’effort et l’organisation de nos compagnons et compagnes de la Sexta nationale et internationale, et c’est bien mieux ce que construit le peuple pauvre du Mexique et du monde.

Il est donc très clair, ceci est la démonstration, que pour nos compagnons et compagnes de la Sexta nationale et internationale la lutte pour la vie est importante.

Ce qui nous fait mal, à nous, c’est que cette construction nous a coûté cher car la vie de notre compagnon maître de la escuelita, le compagnon Galeano, ne vaut pas ce que vaut cette maison. La vie de notre compagnon n’a pas de prix. Mais malheureusement le mauvais gouvernement, les trois niveaux du mauvais gouvernement et tout autant que les gens qui se vendent, qui ne pensent pas à leurs enfants, ont fait ce qu’ils ont fait à notre compagnon Galeano.

Ce que nous souhaitons dire ici, parce que notre parole, celle que nous disons maintenant, va de par le monde, nous voulons dire à nos compagnons et compagnes de la Sexta internationale et de la Sexta nationale, nous devons penser : pas nous organiser, pas faire quelque chose quand meurt un compagnon ou une compagne.

En vérité il faut que nous nous organisions sans attendre que cela arrive. Nous montrerons d’autant mieux que le système capitaliste, les mauvais gouvernements, ne servent à rien.

Construisons ce qu’il y a à construire même s’il n’y a pas de morts, de mortes, parce que nous ne voulons pas ça, mais c’est bien ce que veut faire le satané système capitaliste.

Et nous voulons que soit clair ici une fois de plus, que nous n’avons pas de haine envers les gens pauvres, ce dont nous ne voulons plus c’est l’exploitation.

Nous voulons que ça soit clair, qu’il faut soutenir les autres compagnons et compagnes, pas seulement les zones zapatistes, mais que nous devons soutenir les autres compagnons dans ce qui leur manque.

Nous allons démontrer ici que si non seulement nous disons que nous sommes organisés, l’organisation se démontre en faisant ce que nous disons, dans les faits.

Nous voulons dire bien des choses, compagnons, mais pour cela aujourd’hui nous allons travailler ici avec vous. Maintenant nous sommes là car nous allons remettre aux compagnons des bases d’appui de l’Armée Zapatiste cette construction, la construction que nous ont donné nos compagnons et compagnes de la Sexta.

 

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Cette construction est celle du peuple. Le peuple doit penser, planifier, comment  en sera l’usage, car ce sera l’exemple pour d’autres compagnons et compagnes.

Ce qui est difficile, je ne vais pas me triturer le crane, parce que le compagnon Galeano devrait être présent ici.

Mais il n’est pas avec nous et nous savons qui a fait ça, et la question que nous posons à qui a fait ça (ce qu’ils ont fait au compagnon Galeano), combien de millions de pesos vous devait celui que vous avez assassiné ? que vous avait volé le compagnon Galeano pour lui faire ce que vous lui avez fait ? Ces questions n’ont pas de réponses de la part de ceux qui ont fait ça. Il n’y a pas de réponse parce qu’en vérité ils ne leur avait rien volé. Le compagnon n’a jamais volé et le compagnon ne leur devait rien. C’est plutôt nous qui lui devions.

C’est pour ça que nous voulons dire clairement, nous, nous n’avons rien contre. S’ils veulent nous respecter qu’ils nous respectent, mais nous ne leurs demandons pas seulement à eux de nous respecter; nous aussi les zapatistes devons respecter, et comme ça nous verrons bien qui est celui qui commence.

Parce que nous les zapatistes devons penser à ces enfants, à ces gamines, et c’est pour ça que nous voulons leur dire au moins qu’ils y pensent pour leurs enfants et gamines. Eux savent ce qui s’est passé en 1994. Quand le mauvais gouvernement a décidé ça, il n’y a plus personne pour respecter l’armée, eux le savent, ces ordres dont ils parlent ne valent rien. Cela ne servira à rien, de blâmer les Zapatistes, ils le savent, et nous voulons le leur rappeler.

Et c’est pour ça qu’ici nous leur donnons à entendre, de quoi toucher leurs cœurs, qu’ils se prennent la tête et qu’ils y pensent. Il n’y a nulle part où aller, à moins de fuir d’ici, la mort qu’ils trouveront là où ils iront sera la même. Il vaut mieux être ici, vivre ici et respecter ici comme personne, comme chrétien comme ils disent. Si ils comprennent même nos animaux, ce que sont les animaux, nous, nous ne sommes pas des animaux, nous somme des hommes et des femmes, des filles et des garçons, nous avons un cerveau.

Tout ce que reçoivent aujourd’hui les indigènes au Chiapas, ce qu’on leur donne, le peu de ce que leur donne le mauvais gouvernement c’est parce que le mauvais gouvernement ne veut pas que ces hommes et ces femmes s’organisent, ils le leur donnent pour qu’ils ne pensent jamais à s’organiser et à lutter. Voilà le problème principal parce qu’ainsi ils feront de leurs fils et de leurs filles des exploité-e-s, des humilié-e-s, des piétiné-e-s.

C’est ce que nous les zapatistes nous ne voulons pas, c’est pourquoi nous ne recevons rien du mauvais gouvernement, parce que nous ne voulons plus de ce système. Le système capitaliste ne pourra pas en finir avec nous. Nous parlons du capitalisme, des milliers d’armées qu’il a et il ne pourra pas en finir avec nous. Ainsi donc là-bas ils disent que les zapatistes sont petits, c’est un mensonge du gouvernement. Mais plutôt qu’en parlotte, comme on dit, nous allons le démontrer dans les faits.

Ces prochains temps nous allons continuer à rappeler, à nous souvenir de notre compagnon Galeano.

Donc, compagnons et compagnes, de cette zone du caracol de La Realidad, je vous remets au nom des compagnons et compagnes de la Sexta nationale et internationale cette construction pour le bien de nos compagnons et compagnes de ce peuple, La Realidad, pour que vous commenciez dès maintenant à y travailler, compagnons promoteurs, compagnes promotrices de santé et d’éducation.

Nous voulons seulement bien faire comprendre que cette construction est de nous tous, qu’ils y pensent s’ils veulent revenir la détruire. Mais nous voulons aussi dire que ce ne sont pas les gens d’ici qui veulent la détruire, que vienne le mauvais gouvernement. Ne restez pas ainsi, messieurs, mesdames, ne laissez pas le mauvais gouvernement vous utiliser pour que vous veniez détruire cela, parce que vous êtes pauvres comme nous, vous le savez.

Ne vous louez pas, ne vous vendez pas, parce que la vie ni ne s’achète ni ne se vend. Que vienne le mauvais gouvernement et qu’il le fasse. Où donc est cette oraison qu’ils disent dans leur église ou dans leur temple ? Qu’il faut s’aimer les uns les autres disent-ils. Où est elle ? Pensez-y, messieurs, mesdames, ne faites pas comme le mauvais gouvernement qui dit une chose et fait autre chose, ne soyez pas comme ça messieurs et mesdames. Quelle bonne blague font-ils quand ils prêchent ici et font l’inverse? Nous, nous ne voulons pas de ça, qu’une chose soit dite et qu’une autre soit faite.

Bien, comme nous le disions, nous avons des compagnons et des compagnes qui sont avec nous dans la lutte, et ceci est le résultat que nous remettons aujourd’hui, premier mars. Ainsi je vous le remets formellement aujourd’hui, dimanche premier mars de l’année 2015, à 10 heures et 34 minutes, heure sud-orientale.

Merci beaucoup compagnons et compagnes.

Depuis les montagnes du sud-est mexicain.

Pour le Comité Clandestin Révolutionnaire Indigène – Commandement Général de l’Armée Zapatiste de Libération Nationale.

Sous-commandant Insurgé Moisés.

La Realidad zapatiste, Mexique, Mars 2015.

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Section « Du cahier de notes du chat-chien » :

.- Ce n’est pas la même chose de chercher un homme providentiel pour nous sauver, que de chercher à s’organiser entre hommes, femmes, autres, pour se sauver collectivement. Déléguer ce qui est de notre propre responsabilité c’est, pour le moins, irresponsable.

.- Avertissement attentionné : Êtes-vous déprimés parce que les candidat-e-s du PRI et de l’opposition vous donnent la nausée ? Êtes-vous atterrés, lorsque vous regardez la tv, de ne pas savoir si c’est la chaîne du congrès ou le câble comique ? Triste parce que personne ne vous bloque, ne vous unfollow, ne vous renvoie à votre sandwich ? Arrêtez de subir ! Tweettez quelque chose comme ce qui suit et vous verrez que la vie vous sourira… ok, je fais la grimace, mais c’est déjà quelque chose, non? Allez :

Les élections sont à la transformation sociale ce que l’homéopathie est aux pandémies : elles coûtent et occupent, mais ne règlent en rien ce qui est fondamental.

Au Mexique, la différence entre un vote et un pot c’est que le premier est beaucoup plus cher… et que le second plus utile.

Perte de poids : après manger, regardez les propositions des partis. Hydratez-vous après avoir vomi. Garanti. Brevet en cours auprès de l’INE.

.- Trucs pour les touristes étrangers: au Mexique les quesadillas peuvent ne pas avoir de fromage, les politiciens ne pas avoir de cervelle et la raison ne rien peser. Voilà.

(à suivre…)

 

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Photos Des Tiers Compagnons gracieusement offertes.

Inauguration de la clinique-école zapatiste de La Realidad

source.

 

Traduction collective (@ValKaracole, @EspoirChiapas, et moi) du communiqué Gracias I, publié sur le site de Liaison Zapatiste le 5 mars.

Vous pouvez donc retrouver cette traduction sur le site d’Espoir Chiapas, ainsi que sur le site de Liaison Zapatiste.

 

Le sⒶp

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MERCI I.

Durant la journée de dimanche 1er mars 2015, après plus de 6 mois de travail, il a été remis aux Bases d’Appuis Zapatistes de La Realidad, l’édifice matériel qui abrite une clinique de santé et une école. La construction a été possible grâce au soutien solidaire de personnes et de collectifs du monde entier. Nous vous faisons parvenir ici le bilan, les paroles qui se sont exprimer durant cet acte, et quelques photos de cette journée.

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Les comptes clairs et le pozol épais:

– La construction a commencé le 31 juillet 2014. Elles s’est terminée à la fin du mois de février 2015.
– Jours travaillés: approximativement 2015 compa/jour de travail

Note des Tercios Compas: Compa/jour de travail, CDT pour ses sigles. Le CDT est une unité de mesure zapatiste qui pourrait avoir comme équivalent le Temps de Travail Socialement Nécessaire TTSN, mais en plus de ne pas s’exprimer en heures, le CDT n’est pas une unité de mesure de valeur. Le CDT est un référent pour comparer l’individuel et le collectif (ça aurait pris à un individu presque 7 ans pour faire la même chose que ce qui a pris 7 mois à un collectif), et pour opposer ce qui se fait en bas et à gauche, avec ce qui se fait en haut et à droite (à un gouvernement d’en haut ça lui aurait pris 14 ans, et il ne l’aurait pas terminé). Par exemple: avec mille millions d’argent comme budget, le gouvernement de l’État du Chiapas, ne peut terminer de construire les Hôpitaux de Reforma, Yajalon et Tuxtla Gutiérrez. Celui de Tuxtla Gutiérrez est l’un de ces exemples qui abondent, sur la corruption des « gauchistes, perredista (NDLA: du parti PRD)-AMLOista » (partisans de AMLO, ancien candidat de gauche à la présidentielle, ndt) Juan Sabines Guerrero (qui, comme l’a confessé son prédécesseur Pablo Salazar Mendiguchia, a protégé et financé au Chiapas le groupe paramilitaire connu comme la CIOAC-H; le président aryen Velasco maintien la même politique). En 2012, pour « inaugurer » l’hôpital de Tuxtla ils ont fait venir les équipes d’autres hôpitaux. Après que le psychopathe de Caldéron, et le criminel Sabines aient coupé le cordon, ils ont tout retiré. Aujourd’hui c’est une carapace vide (avec l’information de « Chiapas Paralelo » chiapasparalelo.com et « Diario Contra poder » diariocontrapoderenchiapas.com). L’aryen Velasco cache la gigantesque fraude de son parrain et continue à suivre les mêmes pas. Alors que l’argent d’en haut part en propagande médiatique, en festivités, décorations maquillages et en salons de beauté, en plus, clairement, de trouver au peu de presse indépendante de paie qui reste dans l’état, et acheter le silence dans les réseaux sociaux. Une chose est, avec des projets de dons de nourriture, pour pousser les gens à louer le finquero aryen, et une « très » autre chose, est de s’organiser pour construire ce dont le peuple a besoin. Plus d’information sur le concept TTSN, dans El Capital, livre premier, section première, chapitre 1, nous ne nous souvenons plus de l’auteur mais il était juif, ainsi y aller avec prudence. Plus d’information sur le non-concept CDT, bientôt. Fin de la note des Tercios Compas, media non libre, non autonome, non alternative, non indépendante, mais compa. Enregistrement toujours en cours car à la Junta de Buen Gobierno ils nous ont dit « plus d’information bientôt » (mta je vous dis pas?)

Comptes de la paie

Total du soutien monétaire reçu: $1 191 571,26 (un million cent quatre vingt onze mil et cinq cent soixante et onze pesos, et 26 centimes, monnaie nationale)
Total de dépense monétaire en construction: $370 403,84 (trois cents soixante dix mille quatre cent trois pesos et 84 centimes, (monnaie nationale)
Total de dépense monétaire en matériels pour aménager l’école et la clinique autonome: $102 457,42 (Cent deux milles, quatre cent cinquante sept pesos et 42 centimes, monnaie nationale)
Total monétaire restant: 718 710,00 (Sept cent dix huit milles et sept cent dix pesos, monnaie nationale)
De ce qu’il reste, les peuples zapatistes de La Realité, proposent un travail collectif qui va ainsi:
Pour l’achat et vente de bovins: $200 000,00 (Deux cents milles pesos, monnaie nationale)

Pour l’achat et vente de café et maïs: $100 000,00 (cent mille pesos, monnaie nationale).

Pour l’achat d’un véhicule de 3 tonnes au service de la communauté: $200 000,00 (Deux cents milles pesos, monnaie nationale)

Pour le soutien de la boutique, cantine, boulangerie de travaux collectifs des compagnes: $100 000,00 (cent milles pesos, monnaie nationale)

Pour le fond de résistance zapatiste: $118 710,00 (Cent dix huit mille et sept cent dix pesos, monnaie nationale)

Total restants des frais en plus: $1 191 571,26 (Un million et cent quatre vingt onze mille, cinq soixante et onze pesos avec 26 centimes (monnaie nationale)

Ainsi, pile poil, et on ferme les comptes de ce que l’on a reçu, et on a plus qu’à continuer à lutter.

 

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Paroles du companero Jorge Base d’appui de l’EZLN. A la réalité Zapatiste, durant l’inauguration de l’École Autonome Zapatiste « Companero Galeano » et la clinique autonome 26 de octubre « Companero Sous Commandant Insurgé Pedro », la journée du 1er mars 2015.

Bonjour, compañeros et compañeras.

Je veux vous dire quelques mots, moi, comme compagnon responsable de ce village.

Que le gouvernement capitaliste veut détruire notre autonomie et en finir avec l’EZLN, mais nous savons bien que cela il n’y arrivera jamais, car ce que le mauvais gouvernement détruit, notre autonomie le construit.

Et nous continuerons d’exercer encore plus notre autonomie et notre résistance en tant qu’EZLN, car nous savons bien que ceux qui ne résistent pas sont ceux qui sont dupés par le mauvais gouvernement et sont payés pour détruire, mais avec ses mauvaises idées ils n’arrivent à rien. Quel dommage qu’il y ait des gens qui s’y prêtent et qui se laissent manipuler par le mauvais gouvernement et qui ne se rendent pas compte comment ils sont gérés et trompés, avec des miettes.

Et tout ça, ce que je vous dis, ce n’est pas un mensonge, car ce qu’ils ont détruit, est déjà construit, et encore mieux que ce qu’ils nous avaient détruit, parce que le mauvais gouvernement voit que nous, comme zapatistes nous construisons ce qu’il nous détruit.

Et tout ça, ce qu’il s’est passé le 2 mai, n’est pas ici, rien d’autre, entre nous, sinon c’est avec la Sexta Nationale et Internationale et dans le monde. C’est pour ça, que nous, comme EZLN, nous sommes là, avec les compagnons responsables de cette zone, recevant notre nouvelle école et clinique, car ce qu’il s’est passé est inoubliable, notre compagnon Galeano.

Aussi nous voulons remercier les compagnons de la Sexta Nationale et Internationale, ceux qui nous ont apporté leur soutien pour la construction de notre nouvelle école et clinique ici, dans ce village zapatiste, La Realidad, principalement les compagnons de France, Italie (Inaudible) et d’autres compagnons en plus qui ont apporté leurs soutiens.

Tout cela, ce qu’il s’est passé le 2 mai, le gouvernement n’a pas rendu justice, car nous savons que c’est un gouvernement corrompu et assassin

Je voulais aussi dire que encore plus après nous continuerons avec un autre hommage, qui aura lieu dans un autre endroit, le 2 mai, car notre compagnon Galeano ne sera jamais oublié, car il a lutté pour le peuple et a accomplit son devoir comme Zapatiste

Merci compagnons.

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Paroles du Comité Clandestin Révolutionnaire Indigène de l’EZLN, par la voix du commandant Tacho

Bonjour, compagnons, bonjour à tous.

Au nom du Comité Clandestin Révolutionnaire Indigène de cette zone et des autres zones qui nous ont accompagné lors de l’hommage de notre compagnon, je vais me permettre de vous diriger quelques paroles, au nom de tous les compagnons bases d’appui, miliciens, insurgées, insurgés, du commandement générale et de tout l’EZLN

Avec votre autorisation, compagnons.

Compañeros et compañeras de la Sexta au Mexique et de la Sexta Internationle dans le monde:

Frères et sœurs:

La journée d’aujourd’hui, 1er mars 2015, les bases d’appui de notre Armée Zapatiste de Libération Nationale EZLN de cette zone Selva Frontière, nous sommes témoins que l’école autonome et la maison de santé de nos compagnons, bases d’appui en résistance du village de Nueva Victoria, connu comme La Realidad, Chiapas, Mexique, sont terminés ou nous en avons terminé avec la construction, laquelle a été détruite selon les ordres des trois niveaux des mauvais gouvernement, chefs paramilitaires Manuel Velasco et du criminel chef suprême de Pena Nieto et ceux qui ont organisé la destruction de l’école autonome et de la maison de santé de nos compagnons et compagnes, tout comme le cruel et lâche assassinat de notre inoubliable compañero Galeano, maître de la zone de la Petite École de la liberté selon les Zapatistes, le 2 mai 2014 passé.

Le plan des mauvais gouvernements est de détruire chaque jour l’autonomie de nos villages zapatistes en résistances, de l’Armée Zapatiste de Libération Nationale. La pourriture moribonde de ce mauvais système capitaliste néolibéral a organisé des méthodes de provocation de contre-insurrection pour promouvoir des affrontements entre les peuples et les communautés zapatistes, justifiant ainsi une intervention militaire. Cela est clair, tous les actes de provocation des groupes paramilitaires payés et entraînés par ces mauvais gouvernements pour détruire la résistance de nos peuples.

C’est pour ça qu’aujourd’hui le 1er mars 2015, nous remercions les compañeros et compañeras de la Sexta du Mexique et de la Sexta internationale dans le monde, et toutes les personnes nobles et bonnes, qui se sont solidarisées avec notre lutte. Notre zone Selva fronteriza du Caracol Mère de tous les caracoles, mer de nos rêves, nous vous remercions. Par votre soutien économique et solidaire se sont construit une école autonome et une maison de santé, c’est pour ça que nous vous en sommes très reconnaissants, qu’ensemble nous ayons construit ce que les mauvais gouvernants passent leur temps à détruire.

Tout cela est un fait réel, c’est une preuve de plus que coordonnés et organisés, nous pouvons changé la vie, construisant depuis en bas et à gauche de nouvelles choses pour le bien du peuple et par le peuple. C’est pour cela qu’aujourd’hui tous et toutes nous donnons pour reçu dans cette Zona Selva Fronteriza, votre grand soutien et solidarité pour la construction de l’école autonome qui porte le nom d’École Autonome Compagnon Galeano et la maison de santé qui porte le nom de Clinique Autonome 26 octobre « Compagnon Sous-Commandant Insurgé Pedro ».

Merci, compañeros et compañeras de la Sexta au Mexique

Merci, compañeros et compañeras de la Sexta International dans le monde.

Merci aux organisations solidaires qui l’ont soutenu économiquement.

Merci aux personnes nobles et bonnes pour leur soutien solidaire.

Merci à tous et toutes.

La Realité, Chiapas, Mexique. Caracol I « Mère de tous les caracoles. Mer de nos rêves ». 1er mars 2015

Merci beaucoup
PHOTOS, RAGOTS, BLAGUES ET RÉFÉRENCES NON SCIENTIFIQUES
SECTION « DU CAHIER DE NOTES DU CHAT-CHIEN »:Peut être, je ne sais pas, c’est une supposition, ce serait plus profitable qu’ils essayent de convaincre les millions qui, si ils vont voter, qu’ils le fassent pour vous. Plutôt que d’attaquer ceux qui vont ou ne vont pas voter ou vont les faire annuler ou quoi que ce soit d’autre. Parce que répondre au scepticisme avec des arguments de type « penabots« , « pense à ta torta et à ton frutsi« , « ne pas voter c’est voter pour le pri » et tous les équivalents, en plus d’être les mêmes arguments que ceux utilisés par les panistas (partisans du PAN, Parti d’Action national) et leurs alliés petistas (partisans du Parti des Travailleurs), perredistas (partisans du PRD), et les autres, et bien, comment dirais-je?, mmmh… ok, allons-y le plus doucement possible: le niveau d’argumentation est un référent du niveau d’intelligence, et du maniement de la langue. Ou serait-ce qu’ils sont en train de voir qu’ils ne la sauveront pas et qu’ils cherchent maintenant qui rendre responsable? Allons! Courage! Et il y a un budget, un registre, une atmosphère, des médias, un leader, une structure, des tribunes, un candidat pour 2018, 2024, 2030 et allez! Oh, oh, les idées manquent?, l’imagination?, la honte?, une politique d’alliance intelligente? Peu importe, « Quod natura non dat, INE non praestat » (du latin « ce que la nature ne donne pas, l’INE ne l’autorise pas »). Mais, allons!, il reste toujours la possibilité de faire un autre parti… oh, oh,… voilà que se lève la main du citoyen Card__!.- pst, pst. Vous auriez mis Deepak Chopra sur une liste plurinominale ou à la conduite stratégique des sciences et de la culture dans le parti. Vous seriez surpris de voir la quantité de personnes instruites qui laisseraient de coté leur scepticisme et iraient voter. Mmmh… encore que, bien sur, peut-être ce serait contre.Raisons pour NE PAS prendre twitter comme source de connaissance: lecture sur le sujet sur twitter se concluant par: islamophobie =aversion pour les îles.(à suivre…)

L’EZLN présente le calendrier de ses activités à venir

source.

 

Traduction collective (@ValKaracole, @EspoirChiapas, et moi) du communiqué El Conserje, publié sur le site de Liaison Zapatiste le 4 mars.

Vous pouvez donc retrouver cette traduction sur le site d’Espoir Chiapas, mais aussi sur le site de Liaison Zapatiste.

Le sⒶp

SUR LE TABLEAU DE BORD

 

Le Concierge.

ARMÉE ZAPATISTE DE LIBÉRATION NATIONALE.
MEXIQUE.
Mars 2015
Petit jour sur la réalité.
Juste ici, comme une évidence : regardant et écoutant. La fissure dans le mur à peine approfondie du côté de l’extérieur. Agrandie avec obstination de notre côté.
Dans les salles de cours, les baraques de milliers de familles zapatistes qui ont reçu, hébergé, nourri et veillé les milliers d’autres, hommes, femmes et enfants des 5 continents, résonnent encore les évaluations que firent les maîtres et maîtresses et les votanes (1) après que vous soyez reparti.
Il y en a de sévères, c’est vrai, mais qu’importe à qui furent dites des paroles émouvantes et qui, ensuite, continuèrent leur vie comme si de rien n’était, évitant le reflet ou le reproduisant avec frivolité. Pourtant, d’après ce qu’on m’a dit, certaines, certains,certain-e-s, quelques-un-e-s furent évalué-e-s « assez bien« .
« Assez bien« , c’est ainsi que les comp@s définissent quelque chose de bien sans simagrée. « Comment tu vas ? Oh, là, assez bien« , nous saluons-nous. 
Et pendant que le temps avance, comme nous, sans bruit, simplement ainsi, tel des ombres…
Et le compa Galeano, qui illuminait de ses mots ces salles de classes, maisons, écoles, comme-on-dit, tombant et se taisant, assassiné.
Et l’accolade conviviale, c’est à dire collective et sincère,de la Sexta.

Le Sup Galeano

Les diverses et différentes couleurs nous aidant à peindre d’une autre manière la mort, la nuit scintillante, sous la pluie pendant qu’un chat-chien aboie-miaule, appelant la lumière qui soulage l’ombre.
Et nous, nous moquant de la mort, nous jouant d’elle avec des cartes truquées, trichant avec les noms. 

Et la mort perdant ainsi. Comme il y a des centaines d’années, comme toujours.

Mais non, pas comme toujours. Maintenant avec le compagnon ça fait 6, on va bien se la faire cette satanée sale mort.
Et le 6 accablant avec son entêtement de j’m’en fous, de vous n’êtes pas seuls, de pas encore, de pas à nouveau, de plus jamais.
Et puis bon que faire d’autre, sinon reconstruire ce qui a été détruit.
Et puis sont arrivés les peuples enseignants, les originaires, et ils nous nourrissent de leurs mots, de leurs douleurs, de leurs révoltes, de leurs résistances.
Au nord la tribu yaqui est encore attaquée et la dignité emprisonnée, comme s’ils pouvaient enfermer la terre derrière des barreaux. 
Et alors le système, le satané système capitaliste peignant d’horreur l’histoire. Comme de bien entendu. 
Mais nous apprendrons bien vite que « Ayotzinapa » n’est pas seulement nom de terreur, et que l’injustice porte de nombreux noms en de nombreuses époques dans toutes les géographies. 
« Ayotzinapa » est aussi le nom de la dignité la plus simple, c’est à dire, la plus puissante. Les proches des 46 refusant d’avaler le mensonge, rejetant les pots-de-vin, résistant à l’oubli qui, menaçant, lance des coups de dents à chaque retournement du calendrier. 
La dignité qui fait avancer la roue de notre histoire. Celle qui ne mérite ni biographies, études, spécialisations, hommages, musées. La dignité d’en-bas, tellement anachronique pour l’en-haut. Tellement incompréhensible. Tellement persistante. Tellement menaçante. 
Et en les regardant, nous nous regardons. Et en les écoutant, nous nous écoutons. Et elle était vraie la parole de nos cheffes et chefs lorsqu’il-elle-s les ont pris dans leurs bras en disant : « Votre douleur est notre douleur, nôtre est également votre digne rage« .
Et quand la résistance et la rébellion se rencontreront dans le calendrier et la géographie, nous serons juste un peu en retrait, sans faire de bruit, à appuyer les parents, pour eux les scènes, que d’autres cœurs se nourrissent de leur douleur, que leurs cœurs grandissent à l’écoute d’autres paroles. En retrait, oui, mais avec un carnet et un stylo. Regardant, écoutant, apprenant, admirant.
Et là en haut les compétences dans le « marchédrome« , la bataille pour les scènes, les réseaux sociaux, vitrines brisées, les bonnes et mauvaises mœurs, la mobilisation convertie en page sociale; et ici en bas le silencieux pont des regards.
Et là en haut faisant des calculs sur la façon de gagner avec le mouvement; et ici en bas demandant « où est la vérité ? à quand la justice ?« .
Et là en haut le prétendu radicalisme promettant de conduire la nouvelle R-E-V-O-L-U-T-I-O-N (qui est en fait très vieille), programmant des activités pour qui n’y assisterait pas (l’assaut du Palais d’Hiver ne s’est pas fait pendant les vacances) et les familles, seules, engourdies par le froid et la rage.
Et en bas une main anonyme tendant quelque chose pour le froid, la pluie, le courage. Une tasse de café chaud; un petit pain pour divertir le ventre, un morceau de plastique pour la pluie, quelque chose pour les pieds mouillés. Et un murmure qui dit « quand tout le monde s’en ira, nous ne serons plus personne à rester.« 
Et dehors en haut les bonnes consciences pointant la mauvaise conduite. Les préfectures de la discipline installées dans les médias et les réseaux sociaux. La police sans uniforme, mais avec tribune et les paroissiens (ça se dit « followers« ).
Et là en haut le Pouvoir avec ses us et coutumes: les plumes mercenaires, les calomnies, les mensonges, l’aval médiatique et judiciaire. La mort multipliée: tuant la vie, tuant la mémoire, tuant la vérité, tuant la justice: « la faute incombe aux parents pour les avoir envoyés à l’école au lieu de les envoyer aux travaux agricoles saisonniers« .

Ceci n’est pas le Sup Marcos… mais le Sup Galeano. Pourtant c’est bien une pipe qu’on voit là.

Et là en haut les moyens à la mode moderne: les élections, les candidatures, les « options ». Et le dénominateur commun: un profond mépris pour la raison, les gens, l’histoire, la réalité.
Et là en haut ils savent qu’ils ne savent pas ce qu’il y a à savoir : la catastrophe arrive. Mais ils pensent que sans la nommer, elle va disparaître. Que le temps, que les machines médiatiques, que les réarrangements internes, que la période électorale, que l’inscription, que le crédit, que l’investissement étranger, que l’Espagne, que la Grèce. Tout va s’arranger, ne vous inquiétez pas. De plus, s’ils signalaient la tempête, ils signaleraient aussi leur responsabilité … et leur inutilité.
Mais non. 
Dans une lettre à son frère-d’en-bas-manifestant, quelqu’un glisse: « nous pensons ici que tout sera pire pour tout le monde et partout« 
-★-
Et pendant ce temps, ici en bas, en réalité on connaît la vérité. Il n’y a pas de justice.
Attentivement, afin que ne se casse pas la mémoire, elle s’accommode à côté du détruit. Non pour l’oublier, sinon pour remonter une autre construction par dessus. « Une autre encore mieux » comme ils disent ici.
L’allée et venue des personnes et matériels, et la pluie et le soleil, et le froid et la chaleur, et la faim, et la fatigue, et la maladie
Et l’agitation quand le « couvrez-vous la tête, on va prendre une photo pour qu’ils sachent là bas, qu’ici il y a la parole« .
Et celui qui ne trouve pas son foulard ni son passe-montagne, et qui se met le tee-shirt avec à peine une petite ouverture pour regarder. Et quelqu’un qui plaisante: « p’tain d’ta mère, jusqu’ici il y a des infiltrés« .
Et ils rient. Mais ça ne se voit pas qu’ils rient. J’entends qu’ils rient, mais la photo ne va pas avoir de son de sorte qu’on va seulement voir qu’ils ont le visage caché, et la pelle, le marteau, la scie, la brouette, le mélangeur, et derrière un squelette de maison ou de baleine, allez savoir.
Et voila, ensuite ils ont leurs trous, mais c’est pas très clair car quelqu’un doit expliquer « ce trou va être une porte, et cet autre là va être une fenêtre« .
Et là où réellement ça souffre et où ça sue, c’est dans les comptes. « Car il faut informer précisément, pour que vous ne pensiez pas que les gains aient été dépensés dans l’alcool ou autres conneries« . Et les comptes ne collent pas, alors on y va de nouveau jusqu’à ce que ça tombe juste, ce qui rentre, ce qui sort, et ce qui reste.
Et les contre-révolutionnaires du putain de CIOAC-Historique et Assassins qui envoient leurs espions. Et la désillusion: « ben ils ne se fatiguent pas » ils se disent; « ben ils ont déjà mis les murs« , ils répètent, « ben, ils sont déjà entrain de construire le deuxième étage« , se scandalisent-ils, « ben, ils arrêtent pas« , se résignent-t-ils.
Et je le vois bien que ce n’est plus un squelette de maison ni de baleine. On voit clairement ses yeux, ses bouches, ses portes, ses fenêtres.
Et bien, ils font leurs peintures murales. Et quelqu’un dit « ce serait bien qu’ainsi soit le cheval« . Et ils rient. Même la Selena rie, et en plus elle va se marier.
Et moi je me rapproche pour voir l’agitation. C’est qu’ils sont déjà en train de mettre une date d’inauguration. Ensuite ils deviennent sérieux car ça ne sera pas prêt pour cette date. De nouveau, on entend leurs rires.
Ensuite donc, comme une évidence, il pleut lors du bal populaire, après l’inauguration. Et après la boue, et ils continuent de danser. Car on ne fête pas qu’il y ait une école et une clinique à La Realidad, mais plutôt qu’il y ait des compagnons à La Realidad. C’est pour ça que le sol reste tout plat après la danse. 
Et de l’autre côté il y a réunion.
Et donc j’ai entendu bien clairement ce qu’ont dit les chef-fe-s: « il y a un accord« .
Et ils appellent le concierge, c’est à dire qu’ils m’appellent moi. Et me demandent le bilan de ce qui a été vu et entendu.
Et moi : « ben, parfois on n’entend pas bien ou on voit parfaitement, c’est selon« . Silence. Ils comprennent que ça n’est pas encore la réponse, que c’est ainsi notre mode, qu’en réfléchissant et réfléchissant on y arrive.

Les sourires zapatistes ne se voient pas sous les cagoules, les rires ne s’entendent pas sur les photos.

Donc, après avoir tout remis à plat, je leur dit. Pas beaucoup, pas peu. Le nécessaire.
Ils écoutent en silence. Après la parole. Là bas, l’un d’eux : « de fait, c’est ce qu’on regarde, d’où je viens« . « Pareil« , dit une autre. Hochements de têtes. Encore des paroles. 
En réalité ils n’ont pas questionné pour savoir, mais plutôt pour confirmer.
En sortant, quelqu’un me retient et me dit: « C’est comme ça, depuis 500 ans. Mais ce que nous avons besoin d’apprendre, c’est le putain d’algèbre. »
La réunion continue.
Moi dans le froid. Jurant, oui, mais en faisant attention que personne ne m’écoute. Peut-être le chat-chien. Lorsque je m’en rends compte, qu’il est là, c’est trop tard. Mais le conte qu’il me conte devra attendre, car je sais que le commandement est maintenant en train de joindre un calendrier et une géographie à sa parole.
Et au petit matin, directement, lorsqu’arrive le SubMoy (2) et qu’il me donne un papier.
« Tout d’un coup ?« , je lui demande
« Oui« , il dit, et rajoute : « et marque que plus d’informations arrivent. Ça c’est pour qu’ils se fassent à l’idée de qui doit faire quoi« .
Et donc il me donne des pinceaux. Je suis sur le point de lui demander, angoissé, si c’est avec ça que je dois balayer, lorsqu’il me dit: « C’est pour la fissure du mur« .
Donc j’attends un instant et demande « et les couleurs ?« .
« Ah« , dit le SupMoy, sur le seuil de la porte de la baraque, « ça, ce sont les visites qui vont les amener.« 
Donc, je suis allé sur le tableau de bord et j’ai écrit tout d’un coup. Et voilà.
(…)
Ah ! En fait vous ne pouvez pas voir le tableau de bord. Ok, ok, ok, c’est pour moi. Ça dit :
AVIS A LA SEXTA.., bon, ok, ok, ok, A TOU-T-E-S,
    
    Pour que vous le notiez dans vos calendriers et que vous le voyiez dans vos géographies :
        
        – Paroles variées sur la pensée critique, en commençant par le rapport sur l’achèvement et l’inauguration de l’École Clinique de la Réalité zapatiste. Date: A partir du 5 mars 2015, anniversaire de la mort du Companero Luis Villoro Toranzo. Lieu: Là où chacun est.
        
        – Hommage qui était en attente, au compa Luis Villoro Toranzo et Hommage au Compa Galeano pour le premier anniversaire de sa chute. Date: 2 mai 2015. Lieu Caracol d’Oventic. Invités spéciaux: familles de Don Luis Villoro Toranzo, familles des absents d’Ayotzinapa, et la Sexta.
        
        – Début du séminaire « La pensée Critique face à l’Hydre Capitaliste ». Date: Du 3 au 9 mai 2015. Lieu: Début dans le Caracol d’Oventic et ensuite au CIDECI de San Cristobal de Las Casas, Chiapas. Participants: familles des absents d’Ayotzinapa, têtes pensantes critiques nationales et internationales, et l’EZLN. Invité spécial: La Sexta.
        
        – De juillet à Décembre 2015.- Séminaire Mondial disloqué, diversifié, simultané, sélectif, massif, et cætera : « La Pensée Critique Face à l’Hydre Capitaliste ». Lieu: Planète Terre. Participent: La Sexta et autres.
    
       – La Petite École, deuxième niveau (Seulement pour ceux qui ont validé le premier degré). Date du 31 juillet, 1 et 2 août 2015. Lieu: Points à préciser plus tard. Participants: Seulement ceux qui reçoivent la carte d’invitation pour le second niveau et valident l’examen d’admission. Plus d’informations plus tard.
       
       -Fête des Caracoles: Date: 8 et 9 août 2015. Lieu: Les 5 caracoles zapatistes
       
       – La petite École Troisième Niveau (seulement pour ceux qui ont validé le second niveau). Date: Novembre-décembre 2015. Dates: À préciser. Lieu: A préciser.
       
Et puis c’est comme ça. Et comme on dit ici : « plus d’information, bientôt ».
       
      
Depuis le côté d’ici de la fissure dans le mur de la petite école.
SupGaleano.
Concierge jusqu’à nouvel ordre
Mexique, Mars 2015.
——————————————————
SECTION « DU CAHIER DE NOTE DU CHAT-CHIEN »:
– Il avait raison le tueur à gage, Mario Fabio Beltrones Rivera, lorsqu’il disait que (la candidature de) « Carmen Salinas n’appauvrit pas la classe politique ». Certes, il le synthétise mieux que n’importe quelle analyse : Carmen Salina vit des agissements, toute la classe politique mexicaine aussi.
– Les différences entre les propositions des différents partis politiques sont équivalentes à celles qu’il y a entre le baume du tigre et l’aromathérapie. Ils sont tout autant inutiles, mais l’une est progressiste et donne plus de prestige intellectuel. Jusque dans l’ésotérisme il y a des classes, mon cher.
(à suivre…)
—– 
(1) : votanes : un « votan » est un compagnon qui accompagne un élève dans son apprentissage.
(2) : SubMoy : sous commandant Moïses 
 

 

 

 

Lettre de l’EZLN à Doña Emilia Aurora Sosa Marín, compagne du Major Insurgé Honoraire Félix Serdán Nájera.

source.

Traduction de la Lettre de l’EZLN à Doña Emilia Aurora Sosa Marín, compagne du Major Insurgé Honoraire Félix Serdán Nájera, parue sur le site de Liaison Zapatiste le 1er mars. Pour en savoir plus sur la vie et les luttes de Don Félix, je vous invite à lire l’hommage rendu par Gloria Muñoz Ramírez dans les colonnes de La Jornada (en espagnol).

Une vie de lutte s’est éteinte mais la lutte pour la vie continue.

Le sⒶp

 

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Don Félix aux côtés du Sous-commandant Marcos.

 

 

ARMÉE ZAPATISTE DE LIBÉRATION NATIONALE

MEXIQUE.

Février 2015.

Pour : Doña Emilia Aurora Sosa Marín.

De : Sous-commandants Insurgés Moisés et Galeano.

EZLN, Chiapas, Mexique.

Compañera Emilia:

Voici quelques heures, nous avons appris la nouvelle. Nous ne savons pas combien de temps mettront ces lignes à parvenir entre vos mains, mais nous savons que, sans qu’importe le calendrier, vous saurez y lire l’accolade collective que nous vous donnons.

Parce qu’ici aussi nous fait mal et nous peine la mort, le matin du 22 février dernier, de Don Félix Serdán Nájera, officier honoraire de notre Armée Zapatiste de Libération Nationale.

Ici nous nous souvenons du regard tendre et ferme de Don Félix, mais aussi de votre présence. Comme si en l’un et l’autre se complétait la marche. C’est pourquoi nous vous disons que son absence nous fait mal. Mais aussi que nous souffrons de la douleur qui blesse votre cœur, Doña Emilia.

C’est pour ça qu’avec ces mots nous ne voulons pas simplement saluer la mémoire du camarade Félix Serdán, nous voulons aussi vous embrasser.

Lui et vous nous avez montré en vie, que l’engagement et l’être conséquent ne se vante pas, qu’il ne se mesure pas en scènes, reflets, grands discours et dates fatidiques.

Parce que la lutte n’est pas un éclair conjoncturel qui illumine tout puis disparaît sans plus. C’est une lumière qui, bien que petite, doit être alimentée chaque jour et à toute heure. Une lumière qui ne se prétend ni unique ni omnipotente. Une lumière qui a pour objectif de s’unir aux autres, non pour éclairer un monument, mais pour illuminer le chemin et que nous ne nous perdions pas.

En quelques mots : la lutte ne se vend pas, ne se rend pas et ne vacille pas.

Lui, comme vous, nous avez toujours parlé et nous parlez avec les mots simples et vrais de ceux qui partagent des rêves, des douleurs et des engagements.

Et quand nous l’écoutions, nous vous écoutions tous les deux. Et c’est les deux que nous voyions, et que nous voyons, à nos côtés sur le vaste chemin de la résistance.

Car bien qu’il n’existe pas de mots qui puissent calmer la douleur, vous deux nous avez transmis l’engagement d’être zapatiste jusqu’au dernier souffle.

Votre exemple, de vous deux, qui se répète et se reflète dans des femmes, des hommes et autres dans tous les coins de la planète, nous demande et nous oblige aux deux pas sur lesquels nous insistons, nous, ceux qui luttons pour la justice, la liberté et la démocratie : la résistance et la révolte.

Et ainsi en vous regardant, nous nous voyons dans votre regard. Parce que vous deux avez été de ce côté sans dépendre des modes et conjonctures. Vous êtes là parce que vous avez reconnu que le chemin d’ici et celui de là-bas ont le même destin.

Sans s’user dans les regards et les paroles d’en-haut, vous deux avez toujours eu le cœur ouvert pour celles et ceux comme nous. Pour celles et ceux qui ne font confiance pour rien au monde au système qui nous opprime, nous trompe, nous attaque. Pour celles et ceux qui, avec la même rage tendre qu’on devinait dans les yeux du Major Insurgé Félix Serdán et dans les vôtres, Doña Emilia, construisent sans simagrées, sans cérémonies inutiles et sans déclarations fracassantes, les milliers de reflets de la liberté.

Nous avons vu qu’un drapeau, celui rouge et noir de l’EZLN, couvrait le repos éternel de notre compagnon. Avec lui et en lui nous avons été et nous sommes, nous, femmes, hommes, enfants et ancien.ne.s de l’Armée Zapatiste de Libération Nationale. Avec lui et en lui nous sommes avec vous, Doña Emilia.

Et en celles et ceux qui s’abriteront sous ce drapeau, continuera votre exemple. La lutte continuera. Parce qu’il est certain que la mort ne trouve pas d’apaisement si notre regard s’éteint à la fin. Mais ici nous pensons que la mort ne se soigne que par la vie, et la vie ne vaut la peine qu’en luttant. Et la lutte n’est fertile que collectivement.

C’est pourquoi nous ne mourront pas avec Don Félix. Par sa vie nous vivons. Par sa vie et par celle de beaucoup d’autres, qui meurent en résistant et en se révoltant. Parce que, bien que personne ne semble tenir les comptes des absences, il y a des gens de peu pour ne pas oublier.

Recevez notre accolade qui, bien qu’elle ne guérisse pas les absences, soulage en vous confirmant, à vous et à Don Félix, que vos regards ici se réfléchissent parce que nous marchons aussi du même pas.

Depuis les montagnes du Sud-Est Mexicain.

Au nom des femmes, des hommes, des enfants et des ancien.ne.s de l’Armée Zapatiste de Libération Nationale.

Sous-commandant Insurgé Moisés       Sous-commandant Insurgé Galeano.

Mexique, Février 2015.

 

P.S.- D’après ce que nous disent les compas de l’Équipe de Soutien de la Commission VI de l’EZLN, ils vous ont remis une petite aide que nous vous avons envoyé lorsque nous avons appris la triste nouvelle. Avec cette lettre vous en sera remise une autre. Ce n’est pas grand-chose parce que nos possibilités sont réduites. Mais le soutien entre compas ne se mesure pas. Nous savons bien que ceci ne soulage pas la douleur de l’absence, mais nous savons aussi que vous souffrez de difficultés économiques suite à la longue maladie de notre camarade. Nous sommes certains que les compas de la Sexta dans le monde entier, seront, comme nous, prêts à vous soutenir dans la mesure du possible.

 

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Note de l’Équipe de Soutien de la Commission Sexta.- Le compte bancaire pour si vous souhaitez soutenir la camarade est de la Banorte, au nom de Aurora Sosa Marín, numéro de compte 0245483284. 9676 Plaza Cuernavaca, succursale 2507 Jojutla, clé 072544002454832840

Rojava: Fantasmes et réalités

Le texte « Du Chiapas au Rojava: plus que de simples coïncidences » m’a semblé intéressant mais malheureusement dénué de toute critique. Il est vrai qu’il est parfois bon de se laisser aller à un certain enthousiasme quant à des expériences révolutionnaires allant dans le bon sens, dans un monde dominé par les ravages d’un capitalisme et un retour à diverses formes d’obscurantismes. Pour autant, ce qui se passe au Rojava pose un certain nombre de questions. En effet, le rôle du leader kurde Öcalan, aussi bien dans le processus de « transformation » du mouvement marxiste-léniniste vers le confédéralisme démocratique, que dans l’unification de la luttes des kurdes (dont la libération de Öcalan est un vecteur), que dans l’imagerie et l’imaginaire des mouvements ne peut que poser problème pour celles et ceux qui pensent qu’il ne peut et ne doit exister ni César, ni tribun.

Passer d’un centralisme autoritaire à une décentralisation libertaire ou à l’autogestion semble un cheminement intéressant, mais lorsque ce changement de voie est impulsé (pour ne pas dire imposé) par le haut cela paraît paradoxale. Évidemment ce processus peut aussi être le fait d’un changement en-bas, après tout l’incarcération d’Öcalan depuis près de 15 ans, et donc son absence a pu également laissé se développer une nouvelle génération de militants ne l’ayant pas connu. N’ayant pas été sur place, je me contente donc de présenter des textes. Après l’enthousiasme d’un premier texte, en voici un plus critique. Quoi qu’il en soit, on ne peut que suivre et soutenir les révolutionnaire du Rojava, car le chemin suivi semble aller dans le bon sens, car ce point est plus important que le point d’où part chacun de nous sur le long chemin de l’émancipation.

Bonne lecture

Le sⒶp

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Ce texte critique en anglais est tiré du site « SERVET DÜŞMANI » (http://www.servetdusmani.org/rojava-fantasies-and-realities/) où il a été mis en ligne le 1er novembre 2014. Il a été traduit en français en décembre 2014 par une personne du Collectif Anarchiste de Traduction et de Scannérisation de Caen (et d’ailleurs) : http://ablogm.com/cats/

Le texte a été féminisé et il est librement utilisable par tous et toutes.

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Rojava: Fantasmes et réalités

Par Zafer Onat

La résistance de Kobanê qui a passé ses 45 jours a maintenant causé le fait que l’attention des révolutionnaires du monde entier s’est tournée vers le Rojava. Comme résultat du travail mené par l’Action Révolutionnaire Anarchiste1 des camarades anarchistes de nombreuses parties du monde ont envoyé des messages de solidarité à la résistance de Kobanê2. Cette position internationaliste a sans doute une grande importance pour les gens qui résistent à Kobanê. Toutefois, si nous n’analysons pas ce qui est en train d’arriver dans toute sa vérité et si, au lieu de cela, nous romançons, nos rêves se transformeront rapidement en déception.

En outre, afin de créer l’alternative révolutionnaire mondiale qui est urgemment nécessitée, nous devons avoir la tête froide et être réaliste, et nous devons faire des évaluations correctes. Sur ce point laissez nous mentionner en passant que ces messages de solidarité qui ont été envoyés à l’occasion de la résistance de Kobanê démontrent l’urgence de la tâche de créer une association internationale où les anarchistes révolutionnaires et les communistes libertaires peuvent discuter les questions locales et globales et être en lien solidaire durant les luttes. Nous avons ressenti le manque d’une telle internationale durant les quatre dernières années lorsque de nombreux soulèvements sociaux eurent lieu dans de nombreuses parties du monde – nous avons au moins ressenti ce besoin durant le soulèvement qui eut lieu en juin 2013 en Turquie.

Aujourd’hui, cependant, nous devons discuter du Rojava sans illusions et baser nos analyses sur le bon axe. Il n’est pas très facile pour des personnes d’évaluer les développements qui se produisent au sein du cadre temporel dans lequel elles vivent à partir de ce qu’elles voient en ce moment. Évidemment, des évaluations faites avec l’esprit obscurci par le sentiment d’être acculéEs et désespéréEs rendent encore plus dur pour nous le fait de produire des réponses solides.

Nulle part dans le monde d’aujourd’hui n’existe un mouvement révolutionnaire efficace dans notre sens du terme ou un fort mouvement de classe qui peut être un précurseur d’un tel mouvement. Les luttes qui émergent s’amenuisent soit en étant violemment réprimées ou soit en étant entraînées dans le système. Il semble qu’à cause de cela, juste comme dans le cas d’une importante partie des marxistes et des anarchistes en Turquie, des organisations révolutionnaires et des individus dans diverses parties du monde, sont en train d’attribuer à la structure qui a émergé au Rojava un sens qui est au delà de sa réalité. Avant tout autre chose, il est injuste pour nous de charger le fardeau de notre échec à créer une alternative révolutionnaire dans les endroits où nous vivons et le fait que l’opposition sociale est largement cooptée au sein du système sur les épaules des personnes qui luttent au Rojava. Ce Rojava, où l’économie est dans une large mesure agricole et qui est encerclé par des blocs impérialistes menés d’un coté par la Russie et de l’autre coté par les USA, par des régimes répressifs, réactionnaires et collaborateurs dans la région et par des organisations djihadistes brutales comme l’État Islamique qui ont prospéré dans cet environnement. En ce sens, il est également problématique d’attribuer une mission au Rojava qui est au delà de ce qu’il est ou de ce qu’il peut être ou de blâmer ces gens engagés dans une lutte à la vie à la mort parce qu’ils et elles escomptent du soutien de la part des forces de la Coalition ou qu’ils et elles ne mènent pas « une révolution à notre goût ».

Tout d’abord nous devons identifier le fait que le processus du Rojava a des caractéristiques progressistes telles qu’un important bond en avant dans la direction de la libération des femmes, la tentative de construire une structure laïque, en faveur de la justice sociale, démocratique et pluraliste et le fait que les autres groupes ethniques et religieux aient une part dans l’administration. Toutefois, le fait que la nouvelle structure émergente ne vise pas l’élimination de la propriété privée, c’est à dire l’abolition des classes, que le système tribal demeure et que les leaders tribaux prennent part à l’administration montre que le but n’est pas la suppression des relations de production féodales ou capitalistes mais, au contraire, dans leurs propres mots « la construction d’une nation démocratique ».

Nous devons également nous souvenir que le PYD est une partie de la structure politique dirigée par Abdullah Öcalan depuis 35 ans qui vise à la libération nationale et que toutes les limitations politiques que les mouvements nationalement orientés possèdent s’appliquent aussi au PYD. De plus, l’influence des éléments qui appartiennent à la classe dirigeante à l’intérieur du mouvement kurde est en augmentation constante avec le « processus de solution », spécialement en Turquie.

Sur ce point, il est utile d’examiner le Contrat de la KCK3 qui définit le confédéralisme démocratique qui forme la base du système politique au Rojava4. Quelques points dans l’introduction écrite par Öcalan méritent notre attention :

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Tandis que les photos des deux femmes portant des fusils correspondent à une similarité dans le sens de femmes combattant pour leurs libertés, il est clair que les personnes combattant l’État Islamique au Rojava n’ont pas, en ce moment précis, les mêmes buts et idéaux que les travailleurs-euses et paysanNEs pauvres qui luttaient au sein de la CNT-FAI afin de renverser à la fois l’État et la propriété privée.


« Ce système prend en compte les différences éthniques, religieuses et de classe sur une base sociale. » (..)

« Trois systèmes de lois s’appliqueront au Kurdistan : la loi de l’UE (Union Européenne), la loi de l’État unitaire, la loi confédérale démocratique. »

En résumé, il est déclaré que la société de classe demeurera et qu’il y aura un système politique fédéral compatible avec le système global et l’État-nation. De concert avec cela, l’article 8 du Contrat, intitulé  » Droits personnels, politiques et libertés » défend la propriété privée et la section C de l’article 10 intitulée « Responsabilités basiques » définit la base constitutionnelle du service militaire obligatoire et déclare « En cas de guerre de légitime défense, en tant qu’exigence de patriotisme, il y a la responsabilité de rejoindre activement la défense du pays natal et des droits et libertés basiques ». Tandis que le Contrat déclare que le but n’est pas le pouvoir politique, nous comprenons également que la destruction de l’appareil d’État n’est pas visée, ce qui signifie que le but est l’autonomie au sein des États-nations existants. Quand le Contrat est vu dans son ensemble, l’objectif qui est présenté n’est pas vu comme allant au delà d’un système démocratique bourgeois qui est appelé confédéralisme démocratique. Pour résumer, tandis que les photos des deux femmes portant un fusil, qui sont souvent répandues dans les réseaux sociaux, l’une prise durant la Guerre Civile Espagnole, l’autre prise au Rojava, correspondent à une similarité dans le sens de femmes combattant pour leurs libertés, il est clair que les personnes combattant l’État Islamique au Rojava n’ont pas, en ce moment précis, les mêmes buts et idéaux que les travailleurs-euses et paysanNEs pauvres qui luttaient au sein de la CNT-FAI afin de renverser à la fois l’État et la propriété privée.

En outre, il y a de sérieuses différences entre les deux processus en terme de conditions d’émergence, de positions de classe de leurs sujets, de lignes politiques de celles et ceux qui conduisent le processus et de force du mouvement révolutionnaire mondial.

Dans cette situation, nous ne devons ni être surpris ou blâmer le PYD s’ils et elles sont même forcés d’abandonner leur position actuelle, de manière à trouver une alliance avec les pouvoirs régionaux et globaux afin de briser le siège de l’État Islamique. Nous ne pouvons attendre des personnes qui luttent à Kobanê qu’elles abolissent l’hégémonie du capitalisme à l’échelle mondiale ou qu’elles résistent longtemps à cette hégémonie. Cette tâche peut seulement être réalisée par un fort mouvement de classe mondial et une alternative révolutionnaire.

Le capitalisme est en crise à un niveau global et les impérialistes, qui sont en train d’essayer de transcender cette crise en exportant la guerre à chaque coin du monde, ont transformé, avec l’aide des politiques des régimes répressifs de la région, la Syrie et l’Irak en un enfer. Du fait des conditions où n’existe pas une alternative révolutionnaire, le soulèvement social qui a émergé en Ukraine contre le gouvernement pro-russe et corrompu a eu pour résultat l’arrivée au pouvoir des forces pro-Union Européenne soutenues par les fascistes et la guerre entre deux camps impérialistes continue. Le racisme et le fascisme se développent rapidement dans les pays européens. En Turquie, les crises politiques se succèdent les unes aux autres et la division ethnique et sectaire de la société s’approfondit. Tandis que dans ces circonstances, le Rojava peut apparaître comme une planche de salut sur laquelle s’appuyer, nous devons considérer qu’au delà du siège militaire de l’État Islamique, le Rojava est également sous le siège politique de forces comme la Turquie, Barzani et l’Armée Syrienne Libre. Aussi longtemps que le Rojava n’est pas soutenu par une alternative révolutionnaire mondiale sur laquelle se reposer, il semble qu’il ne sera pas facile pour le Rojava ne serait-ce que de maintenir sa position actuelle sur le long terme.

Le sentier, pas seulement pour défendre le Rojava physiquement et politiquement mais aussi pour l’emmener plus loin, réside dans la création de terrains basés sur la classe pour l’organisation et la lutte, et reliés à une forte alternative révolutionnaire organisée globalement. La même chose s’applique pour prévenir l’atmosphère de conflit ethnique, religieux et sectaire qui saisit un peu plus chaque jour les peuples de la région et pour empêcher les travailleurs-euses de glisser dans un radicalisme de droite face à la crise du capitalisme à un niveau mondial. La solidarité avec Kobanê, bien qu’importante est insuffisante. Au delà de celle-ci, nous avons besoin de voir qu’il est impératif de discuter de ce qu’il faut faire pour créer un processus révolutionnaire et s’organiser pour cela à un niveau international, partout où nous sommes, pas seulement pour celles et ceux qui résistent à Kobanê mais aussi pour des millions de travailleurs-euses à travers le monde entier.

1 DAF en turc, pour Devrimci Anarşist Faaliyet. C’est une des principales organisations anarchiste en Turquie.

2 http://meydangazetesi.org/gundem/2014/10/dunya-anarsistlerinden-kobane-dayanismasi/

3 Le Contrat est lisible en français ici : http://blogs.mediapart.fr/blog/maxime-azadi/091114/le-contrat-social-de-rojava. Le sigle KCK désigne le « Groupe des Communautés du Kurdistan », un structure politique émanant du PKK, et qui regroupe le PKK de Turquie, le PYD de Syrie, le PJAK d’Iran et le PÇDK d’Irak ainsi qu’un certain nombre d’organisations sociales qui sont plus ou moins liées à ces partis frères. Le KCK est dirigé par une sorte de parlement appelé « Kongra Gelê » ou Congrès du Peuple du Kurdistan.

4 http://tr.wikisource.org/wiki/KCK_S%C3%B6zle%C5%9Fmesi