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Pendant ce temps-là, au Chiapas…

Femmes zapatistes en marche pour l'Autre Camapgne, janvier 2006.

Femmes zapatistes en marche pour l’Autre Camapgne, janvier 2006.

Les zapatistes s’apprêtent à recevoir 82 (confirmés) scientifiques de diverses spécialités et de divers pays pour des ateliers, discussions de vulgarisation, assemblées générales, entre le 25 décembre et le 4 janvier.
Je sais pas vous, mais moi je trouve ça intéressant. Je trouve que c’est, de la part des zapatistes, une nouvelle façon de s’ouvrir. depuis quelques temps les zapatistes annoncent une tempête à venir sur le monde. Plutôt que de se replier sur eux pour résister à la tempête, ils s’ouvrent: petite école zapatiste, soutien au mouvement pour les 43 disparus d’Ayotzinapa, participation à la présidentielle avec le Conseil National Indigène, cette rencontre avec des scientifiques.
Il me semble que cette rencontre pourrait marquer une nouvelle étape dans l’évolution du mouvement zapatiste. Même si je pense que cette évolution était déjà en germe dès les débuts de l’EZLN, ils savent avec intelligence épouser le mouvement, à certains moments, ou au contraire apparaître là où on ne les attend pas. Ils ont su muter, traversant différentes époques, passant de la guérilla de leurs débuts, comme un reliquat des années 70/80 en Amérique Latine, à un mouvement indigène accoucheur de l’altermondialisme au passage du 21e siècle. Ils ont réussi à s’inscrire dans l’éclatement des luttes qui a suivi – je veux ici parler de l’omniprésence aujourd’hui de luttes « catégorielles »: précaires, LGBT, féminisme, antifascisme, etc -, en participant à la renaissance des mouvements indigènes sur le contient américain. Il me semble que rencontrer des scientifiques va plus loin dans l’intrication du zapatisme dans le tissus social. Il ne s’agit plus de rencontrer – comme avec l’Autre Campagne – les gens qui luttent, pas plus qu’il ne s’agit – comme avec la Petite École Zapatiste – de rencontrer celles et ceux qui souhaitent apprendre des zapatistes, mais de rencontrer des scientifiques. C’est à dire une catégorie professionnelle précise. Bien sûr, on peut supposer que les scientifiques qui passeront en 2017 en compagnie des indigènes du Chiapas sont « engagés », ou au moins intéressés par la lutte zapatiste. Il n’empêche que les zapatistes ne choisissent pas d’échanger avec des « politiques », ou des philosophes, des artistes, des travailleurs sociaux. Non, ces paysans indigènes décident de rencontrer des scientifiques. Le mouvement zapatiste veut faire reconnaître les cultures indigènes, tout en cherchant à les ouvrir sur le monde. Dans les cliniques zapatistes les médecines traditionnelles et modernes se côtoient déjà et là ce sont des conceptions du monde, des cosmogonies qui vont dialoguer. Et moi je trouve qu’à une période de l’histoire humaine où bien des groupes se replient autour de leurs cultures, ça fait du bien. Les zapatistes vont là sur un terrain où on ne les attendaient pas forcément. Un peu comme avec leur participation, avec le CNI, à la présidentielle mexicaine.
Avec cette candidature – qu’ils ont impulsé – les zapatistes investissent le terrain politicien qu’ils n’ont de cesse de fustiger. Paradoxal? Pas tant que ça, car il faut bien comprendre que l’EZLN a su tirer des leçons de l’Autre Campagne. Cette initiative – lors de la campagne présidentielle de 2006 – avait fait sillonner le Mexique des luttes au « défunt » Marcos, rebaptisé pour l’occasion « délégué zéro ». Il me semble qu’en choisissant de présenter une candidate indigène à la prochaine élection présidentielle, ils sont passés à une nouvelle étape. Après avoir écouté celles et ceux qui luttent, pour tenter de faire prendre conscience de ce qui relie ces luttes éparses, ils vont certainement utiliser cette campagne pour faire des propositions.
À travers cette candidature, des propositions issues d’un mouvement indigène, ils vont tenter d’agréger celles et ceux, au Mexique, qui ne se reconnaissent plus dans la classe politique dans son ensemble. Cette candidature ne vise pas la victoire, elle vise à utiliser l’ouverture de l’élection à des candidats indépendants pour s’adresser à des mexicainEs qui habituellement ne prêtent pas attention aux indigènes, pour faire parler d’eux, d’elles. Et pour l’instant ça fonctionne. Les semaines qui ont suivi l’annonce de la participation du CNI/EZLN à la campagne, ils avaient créé le buzz. Journaux, éditorialistes, politiciens, parlaient – mal en général – de la future candidature d’une femme, indigène qui plus est, dans ce Mexique où les indigènes sont toujours plus assignés à un folklore profitable au tourisme pour mieux les nier dans leur réalité sociale; où les femmes sont elles aussi exhibées sous forme de clichés pour mieux disparaître sous la domination machiste. Présenter une femme, une indigène c’est un immense éclat de rire, une provocation, une manière de démontrer qu’un candidat, ou une candidate, ne sont intéressant qu’en étant un éclat de voix, un coup de pied dans la fourmilière des représentants autoproclamés des peuples. Ça nous dit qu’unE candidatE est avant tout porteur d’un projet, d’une vision du monde qui n’est pas tant les siens, que ceux que la base place entre ses mains.
Car c’est bien de cela qu’il s’agit, il me semble, pour le CNI/EZLN: inscrire cette démarche électorale dans leur histoire propre, cette histoire qui n’est pas une simple lutte sociale, mais bien une lutte politique au sens noble du terme, c’est à dire d’organisation de la société. Une organisation basée sur les cultures politiques des peuples indigènes, sur leurs traditions, nourrie de leurs rencontres avec tous celles et toutes ceux qui luttent. Car il faut bien avoir en tête, que les peuples indigènes s’auto-organisent. Les zapatistes ont construit leurs cliniques, leurs écoles, forgés leurs propres mode de gouvernance. Ils ont, de ce point de vue, une expérience que peu d’entre nous peuvent se targuer de connaître, en tous cas sur un temps aussi long: l’expérience zapatiste coure maintenant sur sa 4e décennie! Combien d’autres mouvements peuvent en dire autant? Et en même temps, ils ne sont qu’un maillon de la chaîne qu’à imposer la colonisation à leur histoire. La résistance indigène à commencer il y a plus de 500 ans. Ils ne sont donc pas pressés, se permettent d’expérimenter, de se tromper, de recommencer, d’avancer, d’apprendre… dans une démarche finalement assez proche de la méthode scientifique.

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Vous trouverez le communiqué du Sous-Commandant Moisés, concernant l’avancée des préparatifs de la rencontre avec les scientifiques (en espagnol) sur la page de Liaison zapatiste.

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la présidentielle n’aura pas lieu

Poésie des meutes:
collage de slogans, entendus en manif, glanés sur les vitres, les murs, les banderoles.
Murs blancs, peuples muet ! dit-on. Depuis le début du mouvement contre la loi « travaille », le peuple pose ses couleurs sur les façades de ses cellules grises…

 

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À l’assaut du ciel.
Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s’annonce…
Nous sommes le peuple qui manque,
L’être et le néon.
Arrache la joie aux jours qui filent…
Nous sommes l’étoffe dont sont tissés les rêves.
Nous sommes de ceux qui font l’amour l’après-midi,
Nous naissons de partout, nous sommes sans limite!
Le ciel sait que l’on saigne sous nos cagoules contre la loi « travaille » !
Accommodez-vous de nous, ne nous accommodons pas de vous.
Ne nous vouons pas au pouvoir, dévouons-nous à pouvoir !
Donnons du sens à nos actes, ne soyons plus automates !
Et qu’il vienne! Le temps dont on s’éprenne !
Nos nuits sont plus belles que vos jours !
La révolte est notre seule boussole.
Paillettes et barres à mine…
Nos casseurs ont du talent,
Nos vies contre votre béton.
Nos éboueurs ont du talent.
L’enfance est notre seule patrie !
On veut 100 balles et le mois de mars !
On passera en avril quand on le décidera…
Nos banderoles ont de la gueule et des dents !
Si c’est eux qui ont raison, je ne suis pas raisonnable.
Nique les porsches, on veut des faucons millenium !
Si on se jette dehors avec le diable au corps,
c’est qu’on refuse de vivre comme des morts!
Se salarier pour étudier ou étudier pour se salarier?
Je veux vivre de grève si vivre c’est travailler.
Travailleurs de tous pays qui repasse vos chemises?
Nous sommes de celles qui s’organisent :
on ne repassera plus jamais vos chemises !
Notre éducation nous prépare à la soumission.
Arrêtons d’être des copies qu’on forme !
Ne vivons plus comme des esclaves !
On a rien et on en veut encore.
Notre sport préféré: l’émeute!
Organizadons-nous !
Spinozad partout !
Grèce générale !
Occupons tout!
Bloquons tout!
À très vitre…

 

Les banks pillent les états,
l’état ruine le peuple.
caca pipi talisme
Paradis pour les uns,
pas un radis pour les autres…
Une chaîne de télé ça reste une chaîne,
Ouvre les yeux éteins la télé !
Retrait de la loi travail
ou on spoil
Game Of Thrones !
Leurs règles ont toutes une tombe.
Néolibéralisme mange tes morts !
Le travail est en crise, achevons-le!
Ni loi ni travail, de la révolte en pagaille !
La bourgeoisie au RMI, le patronat au RSA.
Le lacrymo gène, le fumi gène… on ne vous dérange pas trop?
Ils ont du sang sur les mains, on a que nos colères et nos poings!
Le travail est la pire des polices… détruisons les 2!
Que fait la police? Ça crève les yeux!
Qui sème le gaz récolte le pavé.
Arrêtez de nous arrêter!
Embrasons la police…
Tout le monde déteste la police.

 

1789 les casseurs prennent la Bastille !
Une pensée aux familles des vitrines…
Dites-le avec des pavés !
acabadabra nous revoilà!
Je pense donc je casse,
L’émeute reforme la meute,
Nous sommes un peuple de casseur-cueilleurs!
Agir en primitif, prévoir en stratège…
kass kass bank bank !
Blackbloquons tout !
Paris est une fête…
Paris soulève-toi avec rage et joie !
Sans pétrole la fête est plus folle.
Paris, on nasse très fort à vous,
Pour l’unité il faut des ennemis communs.
Il est grand temps de rallumer les molotov.
Si en mai il n’y avait pas eu de pluie, le feu aurait déjà pris.
Il pleut des perles d’espoir ! 50 nuances de bris.
La liberté se prend comme se donne la vie…
avec violence et dans le bruit !
L’action est la sœur du rêve.
Et si le casseur, c’était ta sœur ?
Mort au symbolique, vive le réel.
Rêve général!
Ceux qui rêvent sans agir, cultivent le cauchemar…
Si vous nous empêchez de rêver, nous vous empêcherons de dormir.
C’est pas la manif qui déborde, c’est le débordement qui manifeste!
Deux émeutes par semaines, oh mon dieu qu’elles sont belles!
On n’entre pas dans un monde meilleur sans effraction !
Valls prend ton temps on s’amuse énormément.
Quand le gouvernement ment, la rue, rue…
Le vrai désordre c’est l’injustice.
En cas de 49.3 brisez la vitre!
Ça passe et ça casse!
Jusqu’ici tout va bien,
c’qui compte c’est pas la loi travail,
c’est l’insurrection qui vient!
La barricade ferme la rue mais ouvre la voie !
Il est l’heure de destituer le gouvernement,
Dernière sommation avant l’insurrection.
En cendres tout devient possible!
Pour la suite du monde
Demain est annulé !
Le monde ou rien,
Demain c’est plus très loin !
L’avenir ne nous dit rien et c’est réciproque…
La fin d’un monde s’annonce par des signes contradictoires.
Renverser l’irréversible et rendre l’éphémère permanent.
Une autre fin du monde est possible ;
Quand tout s’arrête, tout commence.
Demain s’ouvre au pied de biche.
Dans saboter il y a beauté.
Sans vous la vie est belle.
Tout bloquer devient vital !
Soyons ingouvernable!
Continuons le début !
Vainqueurs par chaos !
À ceux qui se soulèvent tôt…
2017, les urnes en miettes !
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Hommage au FTP-MOI

Le 21 février 1944, il y a 70 ans, 23 membres des Francs-Tireurs et Partisans, Main-d’œuvre Immigré (FTP-MOI) de Paris, groupe dit Manouchian, sont exécutés sur le Mont-Valérien par les Nazis.

Afin de démontrer que les résistants n’étaient que des étrangers, des juifs, des communistes, « l’armée du crime », les Nazis placardent « l’affiche rouge » dans Paris. L’affiche deviendra au contraire, le symbole de la résistance au nazisme, une résistance qui mêle les nationalités, les religions face à la barbarie.

 

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Liste des 23 du groupe Manouchian condamnés le 15 février 1944 par le tribunal militaire allemand du Grand-Paris:

La seule femme du groupe, Olga Bancic, est décapitée à Stuttgart le .

En 1955, Louis Aragon leur dédie l’un de ses poèmes, Strophes pour se souvenir:

Vous n’avez réclamé la gloire ni les larmes
Ni l’orgue ni la prière aux agonisants
Onze ans déjà que cela passe vite onze ans
Vous vous étiez servi simplement de vos armes
La mort n’éblouit pas les yeux des partisans

Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes
Noirs de barbe et de nuit, hirsutes, menaçants
L’affiche qui semblait une tache de sang
Parce qu’à prononcer vos noms sont difficiles
Y cherchait un effet de peur sur les passants.

Nul ne semblait vous voir Français de préférence
Les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant
Mais à l’heure du couvre-feu des doigts errants
Avaient écrit sous vos photos MORTS POUR LA FRANCE
Et les mornes matins en étaient différents

Tout avait la couleur uniforme du givre
À la fin février pour vos derniers moments
Et c’est alors que l’un de vous dit calmement
Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre
Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand

Adieu la peine et le plaisir Adieu les roses
Adieu la vie Adieu la lumière et le vent
Marie-toi sois heureuse et pense à moi souvent
Toi qui vas demeurer dans la beauté des choses
Quand tout sera fini plus tard en Erivan

Un grand soleil d’hiver éclaire la colline
Que la nature est belle et que le cœur me fend
La justice viendra sur nos pas triomphants
Ma Mélinée ô mon amour mon orpheline
Et je te dis de vivre et d’avoir un enfant

Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent
Vingt et trois qui donnaient leur cœur avant le temps
Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant
Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir
Vingt et trois qui criaient la France en s’abattant

 

En 1959, Léo Ferré met en musique le poème d’Aragon:

Action antifasciste en Espagne

Texte original ici.

Communiqué publié le 31 juillet sur le site de la revue de la coordination antifasciste de Madrid ¡No Pasarán!

[Espagne] Action antifasciste: « Nettoie Vicálvaro des symboles fascistes »

La nuit dernière, Acción Kombativa Vicálvaro (AK-32) a mené à bien une action de décrochage de plaques de l’Institut National du Logement, ornées du symbole phalangiste du joug et les flèches.

Nous, Ak-32, considérons que ce type d’éléments sont un patrimoine, mais pas historique ou culturel, mais patrimoine de la barbarie fasciste qui pendant 40 ans a teinté de sang et opprimé les peuples de tout l’état.

Nous ne tolérerons pas à Vicálvaro des symboles qui rappellent et rendent hommage aux bourreaux.

Assez de symboles fascistes dans nos quartiers et villages!

 

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Pourquoi je rejoins antifa-net

Dans Une journée particulière, le film d’Ettore Scola, Mastroianni, poursuivi jusque dans son sixième par les gros bras mussoliniens, s’écrie judicieusement à l’adresse du spadassin qui l’accuse d’anti-fascisme : « Vous vous méprenez, monsieur : ce n’est pas le locataire du sixième qui est anti-fasciste, c’est le fascisme qui est anti-locataire du sixième. »

Extrait du réquisitoire de Desproges contre Jean-Marie Le Pen, 28 septembre 1982

 

Ce petit rappel est important car de plus en plus la charge semble s’inverser quand on parle d’antifascisme. Il devient même de plus en plus fréquent dans la bouche et sous la plume de gens de gauche de voir traiter celles et ceux qui se revendiquent de l’antifascisme… de fascistes !

Éclaircissons donc un premier point avant d’entrer dans le vif du sujet. L’antifascisme est, tout autant que le « fascisme » que nous combattons, divers. Pour en avoir une idée plus précise je ne peux que vous enjoindre à lire le texte publié sur le site de La Horde: Petite histoire de l’antifascisme contemporain.

L’antifascisme dont je me revendique est issu du mouvement antifasciste radical, un mouvement qui n’appréhende la lutte contre le fascisme que comme une des bases d’un mouvement révolutionnaire et émancipateur… et même pour tout dire franchement libertaire!

De même, ce que nous pouvons classer sous le vocable de « fascisme » mériterait certainement une analyse plus précise tant les différences entre les mouvements catholiques intégristes, les royalistes, les néo-païens, les nationalistes révolutionnaires, l’extrême droite électoraliste, etc, peuvent apparaître importantes. Toutefois, entre ces différents mouvements il existe quelques constantes qui les démarquent de partis démocratiques, même réactionnaires tels que l’UMP. N’oublions pas non plus que les mouvements qui ont mené le monde à la guerre dans les années 30 étaient loin d’être unifiés idéologiquement. Entre le nazisme, le fascisme historique italien et le franquisme il y a des divergences significatives… Mais ce n’est pas le propos de ce billet.

A lire les attaques dont celles et ceux qui ici et ailleurs se revendiquent d’un antifascisme radical sont l’objet, de la part d’hommes et de femmes de gauche, il semble que ces derniers oublient cette évidence que la citation de Desproges nous rappelle fort à propos : c’est bien le fascisme, cette vision autoritaire et totalitaire de la société qui désigne celles et ceux qui sortent du cadre stricte de leur vision du monde à la vindicte : immigrés, juifs, homosexuels, drogués, prostituées, etc.

Et si en temps de crise, les partis de la réaction (et même certains partis de gauche institutionnelle) ont une fâcheuse tendance à reprendre cette rhétorique avec plus ou moins de facilité, c’est plus par peur d’un peuple autonome, par opportunisme ou calcul électoraliste… voir même selon certains discours afin de siphonner l’électorat extrémiste ! (Reprendre les idées des fachos pour les empêcher de prendre le pouvoir découle d’une logique partidaire à laquelle je suis totalement étranger.)

S’il peut s’habiller au grès des situations d’une parure plus ou moins sociale, le fascisme s’oppose de toutes ses tripes à l’idée d’émancipation sociale. La vision autoritaire que développe la pensée fasciste ne conçoit pas que le peuple puisse gérer la société, que le prolétariat puisse prendre son destin entre ses mains. Dans cette vision du monde, les organisations sociales, féministes, les syndicats, l’ensemble des secteurs où le peuple s’organise par lui-même et pour lui-même sont perçus comme dangereux pour l’ordre social. Le peuple n’est pensé qu’en tant que masse devant obéir à un chef traçant la voie du pays, grâce à une vision claire au service de la puissance de la nation. En cela, il n’est pas d’essence démocratique, même si tactiquement, il peut utiliser le jeux électoral pour accéder au pouvoir.

Ce recours à un dieu, à un césar, à un tribun va à l’encontre du mouvement émancipateur dont l’antifascisme radical se revendique. Oui, nous pensons que les prolétaires sont capables d’organiser la société, sans recours aux présidents, directeurs et autres généraux… qu’ils soient de droit divin ou de droit électoral.

L’acceptation de cette idée d’un guide suprême n’est possible dans le peuple qu’en adéquation avec une exaltation de la nation, de la patrie. En effet, le chef représente le garant de l’intérêt national, dépassant les intérêts de classe. Un discours qui s’évertue, parfois subtilement pour s’ouvrir quelques portes à gauche, à confondre souveraineté populaire et souveraineté nationale. Mais derrière cette tromperie linguistique c’est encore une fois une tentative de récupération du mouvement social et de son émancipation. Car cette confusion sémantique se révèle dans les faits un renversement total de la logique. En confondant ainsi intérêts du pays et du peuple, on valide par là-même cette idée que patrons et travailleurs doivent composer pour l’intérêt supérieur de la nation. Là encore aucune volonté émancipatrice pour le peuple dans l’idéal fasciste. L’idée que les travailleurs ne peuvent se passer des patrons est la continuité de l’idée que le peuple a besoin d’un chef ou que la famille s’organise autour de l’homme. On en vient alors logiquement à préférer les patrons de son pays, discours d’autant plus audible que l’esprit d’entreprise vanté par les tenants libéraux de nos économies, qu’ils soient de droite ou de gauche, finit par nous faire croire que l’important est de produire, toujours plus, toujours moins cher afin de relancer la croissance… toujours dans l’intérêt supérieur de la nation. Sans aucune considération à la base des besoins des hommes et des femmes, ni prise en compte de l’environnement. Aucune réflexion sur le pourquoi et le comment de nos productions! Le fascisme ne se distingue en cela qu’aux marges des politiques économiques actuelles.

En cela aussi, lorsqu’à gauche certains tentent de surfer sur le patriotisme économique ils se trompent de combat. Que signifie de vouloir taxer par exemple Total ? Total exploite les ressources des sous-sols d’un certain nombre de pays. Ce qui revient, dans un système concurrentiel à spolier ces pays d’une partie de leurs richesses. Les retombées pour les pays hôtes sont de deux ordres : des taxes et des salaires. Les unes vont dans les caisses de l’état, les autres dans les poches des travailleurs. Rapatrier les bénéfices d’une entreprise comme Total revient à valider l’idée que l’entreprise appartient à ses dirigeants et pas aux travailleurs. Car sinon, il n’y a aucune raison que les bénéfices produits par les travailleurs dans un pays servent les intérêts des travailleurs du pays des dirigeants. C’est soumettre la valeur ajouté du travail à la nationalité de l’entreprise, de ses capitaux ou de ses dirigeants. Rien ici qui puisse se revendiquer d’une vision pour l’émancipation des travailleurs.

Cette confusion est aussi la conséquence d’un discours répandu à gauche qui prétend que les frontières seraient les garantes des intérêts des travailleurs, que la mondialisation économique tend à abolir les frontières. Quoi de plus faux quand on voit comme le patronat et les grandes entreprises jouent des différences de protection sociale de chaque pays pour maximiser leurs bénéfices? Les gouvernements quant à eux jouent des délocalisations pour attaquer nos droits. Car si les barrières se lèvent pour les marchandises et les capitaux, il n’en va pas de même pour les droits sociaux ni pour les hommes et les femmes. Poussé à l’extrême ce raisonnement valide l’antienne fasciste « le travail pour les nationaux », que l’on décline ensuite sur les allocations sociales, les soins, l’accès au logement, le droit de vote… Les peuples n’ont décidément rien à espérer d’un repli nationaliste!

L’antifascisme que j’espère partager avec vous sur antifa-net est avant tout une lutte pour l’émancipation, pour la reconnaissance de la diversité, un combat pour l’égalité économique, politique et social, pour la liberté des peuples à s’organiser horizontalement dans une société sans classes, ni gouvernement centralisé, ni normes imposées.

Si aujourd’hui certains à gauche préfèrent dialoguer avec les fascistes, tout en désignant les « antifas » comme des inquisiteurs, c’est peut-être bien le signe le plus inquiétant du glissement à droite de l’échiquier politique. Car, à part quelques putschistes en puissance, la plupart des partis fascistes ont opté, dans une Europe pacifiée, pour une conquête du pouvoir par les urnes. Et dans toute élection, les voix ne se portent pas toujours sur un candidat par choix, mais aussi par dépit, par repoussoir, etc. Ce n’est donc pas un peuple majoritairement fasciste qui porte au pouvoir un parti fasciste… mais des calculs électoraux qui échappent à toute tentative d’explications simplistes.

Si des partis fascistes doivent arriver au pouvoir, ce sera plus certainement par la perméabilité de certains thèmes entre l’extrême droite et une partie de la gauche, et la faillite d’une gauche libérale. Jouer avec les thèmes de l’extrême droite est non seulement un pari risqué dans le jeux démocratique, plus encore en période de crise, mais c’est surtout un renoncement à cette idée d’émancipation, cette volonté d’aller au-delà des contraintes de l’époque en inventant un nouveau vivre ensemble.

Cette porosité rouge-brune naît plus encore des passerelles que tissent certains entre une partie de la gauche anti-libérale et des individus de droite plus ou moins extrême. C’est au travers des thèses conspirationnistes, d’une écologie plus kaki que verte ou d’un socialisme teinté de nationalisme, que les solutions fascistes infusent aujourd’hui dans la société, bien au-delà du cercle restreint de l’influence des mouvements d’extrême-droite.

Les antifascistes seraient donc devenus les pourfendeurs de la liberté d’expression ? Mais la mouvance fasciste n’a-t-elle pas tout le loisir de s’exprimer dans sa presse, et même plus largement dans les médias dominants ? Pour quelles raisons devrions-nous leur donner la parole dans les quelques espaces où ils n’ont pas tribunes ouvertes ? Ceux qui accusent les antifas de sectarisme en prétextant notre refus de joindre nos voix à celles des fascistes, en leur ouvrant les colonnes de notre presse militante, portent une responsabilité dans le confusionnisme idéologique actuel.

Quant à dialoguer avec l’extrême-droite, sous prétexte à la fois d’ouverture à toutes les idées pour sortir de la crise, ou en espérant pouvoir convaincre les électeurs de partis fascisants, cette stratégie est vouée à l’échec. Car, en dialoguant avec des fachos dans le cadre de débats, qui peut-on espérer convaincre ? Les contradicteurs de l’extrême-droite, dont on peut penser qu’ils sont idéologiquement formés ? Le public de ces débats organisés par des mouvements fascisants ? Ils ne constituent de toute façon pas la majorité des électeurs susceptibles de faire pencher la balance d’un côté ou de l’autre. Au contraire, c’est délivrer une caution démocratique à des écoles de pensée que l’idée du peuple organisé révulse… dès qu’il a glissé son bulletin dans l’urne, pour les mouvements fascistes qui ont fait le choix des urnes. Si vraiment ceux qui prônent le débat avec les fascistes souhaitent convaincre celles et ceux qui peuvent tendre du « côté obscur de la force », ils devraient se battre pour que la liberté d’expression qu’ils défendent pour des mouvements fascistes soit donnée aux forces de l’émancipation social qui combattent le capitalisme et qui ne bénéficient pas de cette même exposition médiatique.

Quant à trouver des idées de justice sociale, d’égalité politique ou de libertés individuelles et collectives dans les thèses fascistes ça ne peut résulter que d’une grande confusion mentale nourrie de longues soirées à refaire non pas le monde, mais les nations, avec les débatteurs de l’extrême-droite. Les attaques d’une certaine gauche contre l’antifascisme radical ressemble moins à une attaque contre l’antifascisme que contre la radicalité dont nous sommes porteurs… une attaque en règle contre l’émancipation du peuple !

Non, décidément on ne dialogue pas avec le fascisme, on le combat !

Le fascisme c’est la gangrène, on l’élimine ou on en crève !

Derrière le fascisme se cache le capital, la lutte antifasciste est mondiale!

No pasaran!

 

 

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