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Le triomphe de l’anarchie

Par curiosité je me suis rendu à la première nuit debout de Limoges et malgré mes appréhensions et quelques dérapages « chemtrailiens » (assez vite évacués par l’AG), la soirée a été plutôt agréable et un souffle semblait prendre entre les enfants qui couraient, le brasero, nécessaire pour contrer la fraîcheur de la nuit, et les AG et travaux en petits groupes.

 

Rene Biname en concert pendant la grande manifestation #NDDL "pour l'abandon du projet d'aéroport et pour l'avenir de la #ZAD", là où les travaux ne commenceront pas, Notre-Dame-des-Landes, le 27 fevrier 2016.

Rene Biname à la manif contre l’aéroport NDDL et son monde le 27 fevrier 2016 (cc) ValK

J’y suis retourné le lendemain, à l’AG annoncée. De plusieurs centaines nous étions passés à quelques dizaines… ce qui, en militant non tombé de la dernière pluie, ne m’a pas étonné et même à l’inverse j’étais plutôt surpris que nous soyons encore si nombreux (le pessimisme des anciens ne trouve d’équivalent que dans l’optimisme de la jeunesse).
Les discussions ont malheureusement tournées autour du dépôt en préfecture de la déclaration pour faire nos AG tous les soirs sur la place. J’ai ressenti un certain malaise que je n’arrivais pas à m’expliquer. Ce n’est que plus tard, une fois posé chez moi que ça m’est venu. Il régnait une sorte de naïveté sur les débats. Comme si le fait que nous consentions, pour commencer, à rentrer dans les clous nous protégerait de toute évacuation policière. Comme si le fait d’être propre et lisse suffirait à faire venir à nous les masses qui subissent le système. Comme si le gouvernement, les patrons, l’armée, la police, voyant les masses se soulever feraient leur mea-culpa et rendraient armes, pouvoir et moyen de productions à la glorieuse révolution partie de quelques place de France.
Si il est évident que la masse joue, ce n’est pas dans la victoire mais dans l’établissement d’un rapport de force. Un mot d’ailleurs aussi tabou hier soir que les mots lutte ou classes sociales.
Et j’ai repensé à cette chanson « Le triomphe de l’anarchie »… parce que si nous voulons bâtir un monde nouveau, nous ne pourrons faire l’économie de détruire celui qui existe aujourd’hui. Nous ne pourrons, même en en faisant un constat amère, éviter toute confrontation avec le pouvoir. Le pouvoir ne tombera pas tout seul. C’est à nous de le faire tomber. Mais il ne suffira pas de faire tomber des têtes comme nos terribles ancêtres, car pour une qui tombe il en repousse plusieurs autres, non, il nous faudra le saper à la base, une destruction minutieuse de l’ordre existant, pour ne pas nous laisser reprendre par les vieux réflexes acquis par des générations de travailleurs exploités.

L’esclave ne se libère pas de ses chaînes en évinçant le patron. S’il continue à travailler dans les mêmes conditions de son propre fait il n’est pas plus libre qu’avant. Il lui faut repartir de zéro, rebâtir sur les ruines de la maison du maître. Sinon la révolution n’aura été qu’un petit tour de manège, certes agréable, mais qui le laissera sur sa faim, tel un enfant pleurant toutes les larmes de son corps à la fin du tour de carrousel. Alors, oui certainement que je m’escrimerai encore quelques temps à aller voir ce qui se dit, ce qui se passe autour de ces nuits debout… car c’est peut-être ce qui s’est passé de plus intéressant depuis longtemps. Mais je crains que ça ne finisse en pétard mouillé au lieu d’une jolie explosion générale.

« Tu veux bâtir des cités idéales,
Détruis d’abord les monstruosités.
Gouvernements, casernes, cathédrales,
Qui sont pour nous autant d’absurdités.
Sans plus attendre, gagnons le communisme
Ne nous groupons que par affinités
Notre bonheur naîtra de l’altruisme
Que nos désirs soient des réalités »

 

merci à ValK pour la photo :)

Programme du Séminaire zapatiste « La pensée critique face à l’hydre capitaliste »

source.

 

Traduction du communiqué de l’EZLN, diffusé le 30 avril sur le site de Liaison Zapatiste. Cette traduction a été faite par @EspoirChiapas. Vous pouvez retrouver cette traduction sur le site d’Espoir Chiapas et sur le site de Liaison Zapatiste.

Le sⒶp

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ARMÉE ZAPATISTE DE LIBÉRATION NATIONALE.

MEXIQUE.

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PROGRAMME ET AUTRES INFORMATION SUR L’HOMMAGE ET LE SÉMINAIRE.
29 avril 2015.
Compas:
Je vous donne les dernières informations sur la célébration en hommage aux Compas Luis Villoro Toranzo et le Maître Zapatiste Galeano, la journée du 2 mai 2015 et du séminaire qui se célébrera du 3 au 9 mai 2015.
Premièrement.- Un groupe d’artiste graphiques participera aussi au Séminaire « La Pensée Critique face à l’hydre Capitaliste » avec une exposition intitulée « Signes et Signaux » avec une œuvre artistique propre et spécialement créée pour cette exposition participent:
Antonio Gritón
Antonio Ramírez
Beatriz Canfield
Carolina Kerlow
César Martínez
Cisco Jiménez
Demián Flores
Domi
Eduardo Abaroa
Efraín Herrera
Emiliano Ortega Rousset
Felipe Eherenberg
Gabriel Macotela
Gabriela Gutiérrez Ovalle
Gustavo Monroy
Héctor Quiñones
Jacobo Ramírez
Johannes Lara
Joselyn Nieto
Julián Madero
Marisa Cornejo
Mauricio Gómez Morín
Néstor Quiñones
Oscar Ratto
Vicente Rojo
Vicente Rojo Cama
La présentation de l’exposition sera le matin du 4 mai 2015 au CIDECI.
Deuxièmement:
– Nous vous donnons le programme des activités et participations pour le séminaire. Il pourra y avoir quelques changements (attention: tous les horaires sont à l’heure nationale).
HOMMAGE:
Samedi 2 mai. Caracol de Oventik. 12:30 hrs.
Hommage aux compañeros Luis Villoro Toranzo et Maestro Zapatiste Galeano.
Participent:
Pablo González Casanova (un écrit).
Adolfo Gilly.
Fernanda Navarro.
Juan Villoro.
Mère, Père épouse et fil-le-s du compañero maestro Galeano.
Compañeros et compañeras de lutte du compañero maestro Galeano.
Comandancia General – Comisión Sexta del EZLN.
Note: La journée du 2 mai on autorisera l’accès au caracol avant 12:30. Quand arrivera l’heure, nous vous demanderons de vous installer à l’extérieur, pour la cérémonie de réception des familles des « hommagés et invité-e-s d’honneur, et que tou-t-e-s entrés derrière eux au lieu précis de l’hommage. En terminant l’acte, vous devrez vous retirer tou-t-e-s parceque le caracol sera occupé dans sa totalité par les compañeras et compañeros bases d’appui zapatiste. Vous ne pourrez pas rester passer la nuit dans le caracol. On calcule que l’hommage se terminera au plus tard entre 16:00hrs et 17:00hrs de façon à ce que vous puissiez rentrer en sécurité et confort à San Cristobal de Las Casas.
SÉMINAIRE « LA PENSÉE CRITIQUE FACE A L’HYDRE CAPITALISTE »
Dimanche 3 mai. Caracol de Oventikl 10:00-14:00. On vous demande d’arriver un peu avant cette heure.
Inauguration à la charge de la Comandancia Générale de l’EZLN.
Don Mario González et Doña Hilda Hernández (video).
Doña Bertha Nava et Don Tomás Ramírez.
Participation de la Commission Sexta de l’EZLN.
Juan Villoro.
Adolfo Gilly.
Participation de la Commission Sexta de l’EZLN.
Transfert aux installations du CIDECI à  San Cristóbal de Las Casas, Chiapas, à partir de 14:00 hrs.
Dimanche 3 mai. CIDECI. 18:00-21:00.
Sergio Rodríguez Lazcano.
Luis Lozano Arredondo.
Rosa Albina Garavito.
Participation de la Comissión Sexta de l’EZLN.
Lundi 4 mai. CIDECI. 10:00 a 14:00.
María O’Higgins.
Oscar Chávez (enregistrement).
Guillermo Velázquez (enregistrement).
Antonio Gritón. Présentation de l’Exposition Graphique “L’Hydre Capitaliste ».
Efraín Herrera.
Participation de la Commission Sexta de l’EZLN.
Lundi 4 mai. CIDECI. 17:00 a 21:00.
Eduardo Almeida.
Vilma Almendra.
María Eugenia Sánchez.
Alicia Castellanos.
Greg Ruggiero (écrit).
Participation de la Commission Sexta de l’EZLN.
Mardi 5 mai, CIDECI. 10:00 a 14:00.
Jerónimo Díaz.
Rubén Trejo.
Cati Marielle.
Álvaro Salgado.
Elena Álvarez-Buylla.
Participation de la Commission Sexta de l’EZLN.
Mardi 5 mai. CIDECI. 17:00 a 21:00.
Pablo Reyna.
Malú Huacuja del Toro (écrit).
Javier Hernández Alpízar.
Tamerantong (video).
Ana Lidya Flores.
Participation de la Commission Sexta de l’EZLN.
Mercredi 6 mai. CIDECI. 10:00 a 14:00.
Gilberto López y Rivas.
Immanuel Wallerstein (écrit).
Michael Lowy (écrit).
Salvador Castañeda O´Connor.
Pablo González Casanova (écrit).
Participation de la Commission Sexta de l’EZLN.
Mercredi 6 mai. CIDECI. 17:00 a 21:00.
Karla Quiñonez (écrit).
Mariana Favela.
Silvia Federici (écrit).
Márgara Millán.
Sylvia Marcos.
Havin Güneser, du Kurdish Freedom Movement.
Participation de la Commission Sexta de l’EZLN.
Jeudi 7 mai, CIDECI. 10:00 a 14:00.
Juan Wahren.
Arturo Anguiano.
Paulina Fernández.
Marcos Roitman (écrit).
Participation de la Commission Sexta del EZLN.
Jeudi 7 mai, CIDECI. 17:00 a 21:00.
Daniel Inclán.
Manuel Rozental.
Abdullah Öcalan, du Kurdish Freedom Movement (participation écrite).
John Holloway.
Gustavo Esteva.
Sergio Tischler.
Participation de la Commission Sexta de l’EZLN.
Vendredi 8 mai. CIDECI. 10:00 a 14:00.
Philippe Corcuff (video).
Donovan Hernández.
Jorge Alonso.
Raúl Zibechi.
Carlos Aguirre Rojas.
Participation de la Commission Sexta de l’EZLN.
Vendredi 8 mai. CIDECI. 17:00 a 21:00.
Carlos González.
Hugo Blanco (video).
Xuno López.
Juan Carlos Mijangos.
Óscar Olivera (video).
Participation de la Commission Sexta del EZLN.
Samedi 9 mai. CIDECI. 10:00 a 14:00.
Jean Robert.
Jérôme Baschet.
John Berger (escrito).
Fernanda Navarro.
Participation de la Commission Sexta de l’EZLN.
Clôture…
Troisièmement.
– Jusqu’au 29 avril 2015 nous avons confirmé l’inscription de 1 528 personnes. Parmi elles: 764 disent être adhérentes à la Sexta, 693 disent ne pas être adhérentes, 117 disent être des médias libres autonomes alternatifs ou comme ils s’appellent, et 8 collaborent avec les médias commerciaux.
Quatrièmement.
– Ceux qui n’arrivent pas à s’enregistrer pour la journée du 2 mai 2015, pourront le faire directement au CIDECI à San Cristobal de Las Casas, Chiapas.
C’est tout pour l’instant.
Bon voyage.
Depuis la conciergerie.
SupGaleano.
Avril 2015.
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Solidarité avec les médias libres du Chiapas, du Mexique et du monde

Suite à l’agression dont ont été victimes les camarades des médias libres à San Sebastian Bachajon, Chiapas, notre modeste équipe de traduction – @ValKaracole, @EspoirChiapas et moi – a décidé de ne pas se contenter de traduire mais aussi de proposer un communiqué succinct afin d’exprimer notre solidarité avec toutes celles et tous ceux qui, par leur travail en tant que médias libres (autonomes, alternatifs ou comme ils se nomment), permettent aux expériences locales menées par les peuples qui s’organisent, de briser l’isolement, de nouer des échanges et de créer des solidarités.

Pour en savoir plus au sujet de la lutte menée par le peuple de San Sebastian Bachajon, vous pouvez consulter les articles sur le site d’Espoir Chiapas.

Si vous souhaitez signer cet appel à solidarité, vous pouvez laisser un commentaire ou contacter Espoir Chiapas.

Le sⒶp

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photo @ValKaracole

 

 

Aux médias libres du Chiapas,
Aux adhérent-e-s de la Sexta,
A nos frères et sœurs qui luttent pour proposer une autre information,

Nous avons été informé-e-s qu’au Chiapas, Mexique, nos compañer@s, nos frères et sœurs de lutte, travaillant dans les médias libres, de manière bénévole, et accompagnant le mouvement  des peuples organisés en lutte contre l’installation d’un méga projet touristiques et d’une autoroute sur leur terre, ont été agressé-e-s par des groupes armés pro-gouvernementaux sous l’œil bienveillant des forces de l’ordre. L’agression s’est terminée par la rétention illégale de leurs outils de travail : un appareil photo Canon 70D et un téléphone portable contenant de nombreuses informations personnelles.

Cette agression a eu lieu dans un climat d’extrême violence : dans leur rapport, nos collègues journalistes indépendants ont déclaré avoir été menacé-e-s avec une machette sous le cou et sur le ventre pour notre sœur journaliste, et par une machette sur le ventre pour notre frère journaliste.  En tant que médias libres, cela nous rappelle des évènements qui se sont déroulés en France, et plus particulièrement durant la lutte contre la construction du barrage de Sivens au Testet où des journalistes indépendants avaient été menacé-e-s par une milice aux pratiques fascisantes  afin de les empêcher de travailler.

Nous n’acceptons pas et condamnons énergiquement ces actions. Le droit d’informer est universel. Si le fait de prendre des photos et de documenter leurs actions leur pose problème, c’est aux groupes paramilitaires et milices de tous les pays de stopper leurs pratiques illégales. 
LA PEUR DOIT CHANGER DE CAMP !

Loin de nous intimider, nous nous engageons à être plus attentif-ve-s aux futures actions qui se passeront au Chiapas comme ailleurs et à diffuser toutes menaces et agressions qui pourront se dérouler au Mexique et dans le monde entier et nous invitons chaque personne, chaque Être Humain, à devenir témoin chaque fois qu’il le faudra : les médias libres sont là pour recevoir et diffuser leurs témoignages et les protéger.

Nous nous solidarisons avec le travail de nos frères et sœurs des médias libres du Chiapas qui, depuis des années, s’organisent et diffusent « L’Autre Information » de manière exemplaire.

SOLIDARITÉ AVEC LES MÉDIAS LIBRES DU CHIAPAS, DU MEXIQUE ET DE LA TERRE !

Depuis la France, mars 2015.

Liste des signataires (en cours) :

★ Le communiqué est publié là:

https://nantes.indymedia.org/articles/31285
http://www.le-serpent-a-plumes.antifa-net.fr/solidarite-avec-les-medias-libres-du-chiapas-du-mexique-et-du-monde
http://zad.nadir.org/spip.php?article2959
http://forum.anarchiste-revolutionnaire.org/viewtopic.php?t=958&p=196272#p196272
http://www.franceameriquelatine.org/spip.php?article2278
http://www.opa33.org/solidarite-avec-les-medias-libres-du-chiapas.html
http://clap33.over-blog.com/2015/05/solidarite-avec-les-medias-libres-du-chiapas.html
http://atelier.mediaslibres.org/Des-liens-pour-les-medias-libres-8.html
http://www.reporterre.net/Solidarite-avec-les-journalistes

Point de vue extérieur sur l’attentat contre Charlie Hebdo

source.

 

En attendant que les idées, les sentiments, les doutes, les questions, cessent de tourner dans ma tête, emportés par le tourbillon des faits, en attendant donc que je trouve des mots pour dire ce que m’inspirent l’attentat contre le siège de Charlie Hebdo, la mort de ces dessinateurs, la médiatisation et la récupération écœurante autour d’une unité nationale qui me fait gerber, je vous propose ce texte qui permet de faire un pas de côté et voir autrement ce qui est arrivé ces derniers jours.

Traduction d’un article paru le 7 janvier sur le site hispanophone d’information anticapitaliste kaos en la red.

 

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Huit points urgent à propos de l’attentat terroriste en France.

 

Que tout cela ne nous mènent pas à la haine, mais à la réflexion, pour comprendre que la souffrance vécue aujourd’hui en France, est vécue quotidiennement dans beaucoup d’endroit dans le monde, dont nos propres frontières, et il semble que ce ne soit une information importante que lorsque ça « nous » touche.

 

1) Ma condamnation sans réserves de l’attentat terroriste en France. Une sauvagerie, incompréhensible et injustifiable, qui offre sur un plateau la tête des français au FN, parmi beaucoup d’autre choses. Ma plus grande solidarité aux victimes et leurs proches. Mon soutien total à la revue touchée et à la liberté d’expression.

2) On compte 12 morts. C’est encore trois de moins que les 15 personnes que l’état espagnol a ASSASSINÉ à la frontière de Ceuta, tirant des balles de caoutchouc contre des pauvres qui essayaient simplement d’arriver à la nage sur une plage à la recherche d’une vie meilleur. Il n’y eut pas alors un aussi grand scandale, évidemment. Ils essayèrent même de cacher ça par des mensonges et des tromperies, niant les tirs et parvenant à responsabiliser les victimes elles-mêmes de cette mort. Tellement assassins les terroristes d’aujourd’hui, comme ceux d’alors. Même si ça dérange.

3) Lorsqu’un fanatique, blond et fasciste, s’est rendu sur une petite île de Norvège et a assassiné des dizaines et des dizaines de personnes, jeunes et adolescents en majorité, arguant de raisons idéologiques et religieuses pour ça, personne n’a accusé le christianisme de ça.

4) En 2014 presque 5000 personnes ont perdu la vie dans des « tragédies » migratoires, causées de manière directe par les politiques migratoires des états capitalistes. Ça importe à peu de ceux qui aujourd’hui se scandalisent et hurlent au ciel contre l’Islam, et si nous parlons des différentes couvertures médiatiques, plutôt nous taire.

5) Les bombes continuent de tomber et de tuer des gens en Irak, en Syrie, en Afghanistan, au Pakistan, etc, etc, chaque jour, avec la complicité, entre autres, du gouvernement français, le rendant responsable direct du massacre de milliers et de milliers de libyens, entre autres. Ça n’a pas le même retentissement et il y en a même pour dire, lorsque ces bombes tombent d’avions « alliés », que c’est au nom de la « Liberté » et de la « Démocratie ». Sans oublier que les mêmes puissances occidentales ont financé des avortons comme ISIS et/ou maintiennent d’excellentes relations avec des gouvernements autoritaires qui les protègent et les financent. Fanatisme.

6) Les religions ne tuent pas, ce sont les personnes qui tuent. Ma plus grande solidarité à toute la communauté musulmane qui ne soutien ni ne soutiendra jamais que ces barbaries puissent être commises en leur nom, qui représentent l’immense majorité, de la même manière que la majorité des gens dans les états occidentaux, nous ne soutenons pas les barbaries commises en notre nom quotidiennement hors de nos frontières.

7) Mon plus profond mépris pour le fanatisme irrationnel qui, tant pis pour la redondance, méprise la valeur de la vie humaine, que ce soit au nom d’une religion, que ce soit au nom de la « démocratie » ou que ce soit au nom du Dieu-Marché et de ses lois migratoires.

8) Que tout cela ne nous mènent pas à la haine, mais à la réflexion, pour comprendre que la souffrance vécue aujourd’hui en France, est vécue quotidiennement dans beaucoup d’endroit dans le monde, dont nos propres frontières, et il semble que ce ne soit une information importante que lorsque ça « nous » touche.

LE DANGEREUX DISCOURS DES « INFILTRÉS »

source.

Traduction d’un article publié sur Proyecto Ambulante, site de contre-information libertaire, le 22 novembre.

 

 

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Manifestation pour les 43 étudiants disparus

LE DANGEREUX DISCOURS DES « INFILTRÉS »

Depuis les mobilisations exigeant la réapparition des 43 étudiants enlevés par des policiers, a commencé une radicalisation de divers secteurs des mouvements sociaux. Il y a toujours plus de gens qui s’investissent dans des activités politiques de différentes natures teinté d’un fort anti-étatisme et n’ayant pas peur de se confronter directement aux institutions. Il faut comprendre que les niveaux de violence, inégalité et corruption sont arrivés à un tel degré que la majorité de la population vit totalement soumise, bien souvent par des méthodes violentes. Au milieu de cette violence structurelle existent des formes de résistance qui ont culminé avec l’incendie d’édifices, d’autobus, de voitures de patrouille et de portes dans plusieurs villes du Mexique. La multiplication massive de ces groupes fait partie de différents développements ayant été accompagné du mépris institutionnel et la violence policière.
Dans ce contexte, les médias de communication officiels et quelques autres de « gauche » ont conçu une campagne de discrédit, de peur, de méfiance et de démobilisation centrée sur les fameux « infiltrés » qui sont supposés « discréditer » les marches ou « justifier » la répression. Ces discours viennent d’en-haut, Peña Nieto lui-même et les organisations patronales les ont répétés. En focalisant et en accusant les « infiltrés » on dilue la responsabilité de l’état, on retire de l’importance à la brutalité policière. Croire qu’il y a eu une opération bien planifiée pour vider le Zocalo afin « d’arrêter » 50 personnes qui « attaquaient la porte du palais national » c’est comme croire que les 4 agents de police présents à la UNAM, dont l’un a tiré sur des étudiants, l’étaient pour « enquêter » sur un portable volé.
« L’infiltré » n’est pas un agent fait pour « délégitimer » ni pour « provoquer la répression ». Toute manifestation contre ce régime totalitaire est légitime et le gouvernement n’a jamais eu besoin de prétexte pour réprimer, et lorsqu’il n’en a pas il en invente ultérieurement (Comme ils le font au sujet des détentions aux abords de l’aéroport). « L’infiltré » est là pour causer la division, pour identifier les personnes les plus actives, pour discréditer ceux qui soutiennent l’action directe et l’auto-défense. Il est extrêmement difficile de reconnaître la plus part des infiltrés, à l’exception de ceux qui donnent les ordres avec ostentation pour se vanter de l’impunité avec la quelle ils peuvent agir. Ils peuvent faire disparaître 43 normaliens sans donner aucune explication cohérente.
Entre le 14 et le 15 novembre ont été arrêtés Julián Luna, Bryan Reyes et Jaqueline Santana près de chez eux, quelques heures avant qu’un policier ne tire sur des étudiants au sein de la UNAM. Depuis ce jour, au cours duquel Peña Nieto a dit qu’il pourrait recourir à la force publique la répression a augmenté dans tout le pays. La répression du 20 novembre sur le Zocalo a été la déclaration de guerre contre les mouvements sociaux, nous sommes devant les préambules au début d’une nouvelle Guerre Sale.
Essayer de faire prendre au sein de la population le discours sur les « infiltrés » et « le vandalisme » amènera une fracture à l’intérieur du mouvement, une possible aseptisation  des manifestations et une nouvelle guerre sale avec son lot d’arrestations, de tortures, de disparitions et d’assassinats bien plus intense qu’aujourd’hui. Ceux qui avalent l’histoire des « infiltrés pour justifier la répression » ne prêteront plus attention au terrorisme d’état ni aux véritables infiltrés dans le mouvement, ceux qui divisent, qui sèment la peur et récoltent des informations.
Ce discours doit être combattu, il faut dire qui est coupable et expliquer la multiplicité des voies. Il faut rendre visible d’autres formes que celles qui plaisent au gouvernement. Que le politiquement incorrect n’implique pas la malignité. Il faut mettre en lumière ceux qui usent systématiquement de violence et parler plus d’auto-défense que d’infiltrés.
Il faut faire attention, mais ne pas reculer. Il faut défendre, et se défendre du véritable ennemi : l’État. L’État a fait disparaître les 43 normaliens, l’État a réprimé sur le Zocalo le 20 novembre. L’État a capturé des gens innocents et les accuse de terrorisme, les envoie dans des prisons du Veracruz et du Nayarit pour gêner familles et avocats. C’est l’État qui a réformé les lois au bénéfice des corporations et de quelques familles parasites.
C’ÉTAIT L’ÉTAT.

 

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Illustration de La Pinche Canela / Tumblr.

Hommage au FTP-MOI

Le 21 février 1944, il y a 70 ans, 23 membres des Francs-Tireurs et Partisans, Main-d’œuvre Immigré (FTP-MOI) de Paris, groupe dit Manouchian, sont exécutés sur le Mont-Valérien par les Nazis.

Afin de démontrer que les résistants n’étaient que des étrangers, des juifs, des communistes, « l’armée du crime », les Nazis placardent « l’affiche rouge » dans Paris. L’affiche deviendra au contraire, le symbole de la résistance au nazisme, une résistance qui mêle les nationalités, les religions face à la barbarie.

 

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Liste des 23 du groupe Manouchian condamnés le 15 février 1944 par le tribunal militaire allemand du Grand-Paris:

La seule femme du groupe, Olga Bancic, est décapitée à Stuttgart le .

En 1955, Louis Aragon leur dédie l’un de ses poèmes, Strophes pour se souvenir:

Vous n’avez réclamé la gloire ni les larmes
Ni l’orgue ni la prière aux agonisants
Onze ans déjà que cela passe vite onze ans
Vous vous étiez servi simplement de vos armes
La mort n’éblouit pas les yeux des partisans

Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes
Noirs de barbe et de nuit, hirsutes, menaçants
L’affiche qui semblait une tache de sang
Parce qu’à prononcer vos noms sont difficiles
Y cherchait un effet de peur sur les passants.

Nul ne semblait vous voir Français de préférence
Les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant
Mais à l’heure du couvre-feu des doigts errants
Avaient écrit sous vos photos MORTS POUR LA FRANCE
Et les mornes matins en étaient différents

Tout avait la couleur uniforme du givre
À la fin février pour vos derniers moments
Et c’est alors que l’un de vous dit calmement
Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre
Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand

Adieu la peine et le plaisir Adieu les roses
Adieu la vie Adieu la lumière et le vent
Marie-toi sois heureuse et pense à moi souvent
Toi qui vas demeurer dans la beauté des choses
Quand tout sera fini plus tard en Erivan

Un grand soleil d’hiver éclaire la colline
Que la nature est belle et que le cœur me fend
La justice viendra sur nos pas triomphants
Ma Mélinée ô mon amour mon orpheline
Et je te dis de vivre et d’avoir un enfant

Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent
Vingt et trois qui donnaient leur cœur avant le temps
Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant
Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir
Vingt et trois qui criaient la France en s’abattant

 

En 1959, Léo Ferré met en musique le poème d’Aragon:

De Rimbaud à Marcos

Texte publié à l’origine (en espagnol) dans Caja de Arena, supplément culturel du quotidien mexicain Pagina24, le dimanche 9 mai 2010. Que je me suis enfin décidé à traduire…

Au-delà des apparences

En peu de temps deux visages ont été révélés au monde par les journaux… l’un, sans passe-montagnes, du Sous-Commandant Marcos, et l’autre du poète Arthur Rimbaud sans ses ailes d’albatros. Deux figures qui nous rappellent que, loin de leurs traits, ce sont leurs mots maniés tels des armes qui ont donné à ces étoiles leur brillant.

Rimbaud (2e à droite) devant l’hôtel de l’univers à Aden, dans les années 1880.

 

Il y a quelques jours, la presse française a révélé une photo inédite d’Arthur Rimbaud. Cette photo dévoile le visage adulte du poète, duquel nous ne connaissions jusqu’alors que les traits adolescents, figés pour la postérité par Étienne Carjat. Jacques Desse et Alban Caussé, deux libraires passionnés, ont trouvé cette photographie avec bien d’autres dans l’un de ces vide-greniers qui prolifèrent dans les villages de France. Ce qui attira l’attention des deux compères c’est la légende inscrite au dos de la vieille photo : « Hôtel de l’Univers »… Hôtel où vécu Rimbaud lorsqu’il décida de s’établir à Aden, au Yemen, dans les années 1880. « Il y avait ce gars aux yeux clairs, qui ressemble à un extraterrestre au milieu des autres, un peu comme s’il était là et, en même temps ailleurs. », raconte Jacques Desse aux reporters. Ils trouvèrent la photo il y a deux ans. Deux années durant lesquelles, avec des spécialistes du poètes et des techniciens, ils essayèrent d’authentifier l’image… avant de la présenter au public.

En 1880, Arthur Rimbaud avait délaissé la plume et ses « semelles de vent » l’avaient mené en Afrique. Né en 1854, le poète avait atteint sa plénitude poétique à 17 ans, c’est à dire en 1871, année de la Commune de Paris. Le jeune rebelle fugua à plusieurs reprises du domicile familiale, à Charleville… seul ou en compagnie de la « fée verte » (1). Il rêvait de rejoindre Paris. Il y parvint en février 1871, peu avant l’épisode révolutionnaire. La France était alors en guerre, et ses idéaux républicains le jeune poète les exprima dans le fameux Dormeur du Val. Pendant son séjour à Paris, Rimbaud essaya de rencontrer des écrivains aux engagements révolutionnaires, tel Jules Vallès. Personne ne peut dire si Rimbaud fut à Paris à un quelconque moment de la Commune, mais il est évident que pour certains de ses vers, il trempa sa plume dans le sang du peuple révolutionnaire de Paris. La semaine sanglante, durant laquelle le gouvernement français fusilla beaucoup de révolutionnaires, radicalisa plus encore la poésie de Rimbaud, qui n’eut de cesse de dénoncer les vainqueurs et l’Église.

Il commença ensuite à fréquenter Paul Verlaine et fut introduit dans le milieu artistique parisien. Mais au début de 1872, les provocations de Rimbaud exaspérèrent ses nouveaux amis. Il retourna à Charleville et fit des allers-retours entre la maison de famille et Paris… En juillet de la même année, Rimbaud et Verlaine partirent et commencèrent une relation amoureuse qui les mènera entre Londres et Bruxelles. Elle prit fin l’année suivante dans la capitale belge : Verlaine tira sur son amant et le blessa. Rimbaud rejoignit sa famille et, avant de délaisser définitivement la poésie en 1875, il offrit au monde Une saison en enfer et Illuminations. Il se taira donc, à 21 ans… car il avait accompli tout ce qu’il avait pu dans « le désert et la nuit » qui le cernaient. Il avait compris que la poésie ne pouvait changer le monde sans une révolution libératrice.

Il parcourut alors l’Europe et poussa jusqu’en Indonésie. A Partir de 1880, Rimbaud, dont les « ailes de géant », celle de L’Albatros de Baudelaire (2), ne servaient plus sur la terre des hommes, arriva en Afrique, dans des pays qui auraient fait rêver n’importe quel autre homme mais qui ne parvinrent jamais à chasser l’ennui qui hantait Rimbaud. Il arriva à Aden et travailla comme ouvrier puis comme employé de l’Agence Bardey. Plus tard il se rendit à Harar et devint marchand à son propre compte… et trafiquant d’armes.

Sur la photo inédite de Rimbaud, on aperçoit également Jules Suel (avec le costume à carreaux), propriétaire de L’Univers. C’est lui qui cofinança l’expédition de Rimbaud entre Tadjoura et le royaume de Menelik. En 1886 l’ex-poète et néo-trafiquant parvint à mener à bon port une caravane d’armes au futur roi d’Éthiopie. Le voyage, qui devait durer quelques semaines, dura plus de quatre mois. Peut-être apparut-il à Rimbaud comme « une saison en enfer », au milieu d’une terre parmi les plus inhospitalières du monde, peuplée de tribus hostiles qui avaient massacré la caravane précédente.

Rimbaud passa les cinq dernières années de sa vie à s’ennuyer entre petits trafiques plutôt que grands détournements de mots, comptes au lieu de contes, abrutissement plutôt qu’embellissement. Il mourut en 1891, le 10 novembre à Marseille, amputé de la jambe à cause d’une synovite du genoux. La mort de l’homme oublié permit la naissance du mythe de l’un des fameux poètes maudits.

La photographie inédite de Rimbaud fit couler beaucoup d’encre en France. Beaucoup de français coururent la voir à l’exposition littéraire qui l’accueilli à Paris. Comme si le visage adulte du poète pouvait expliquer quoi que ce soit… Comme si il importait, à ceux qui découvrent la rage qu’ils sentent courir dans leurs veines comme dans les vers de Rimbaud, de voir sous son passe-montagne tissé de mots.

Pur coïncidence, quelques jours auparavant, les journaux, ceux du Mexique comme ceux de France, exposèrent au grand jour le visage du sous-commandant Marcos sans son fameux passe-montagne. La supposée photo du leader de l’EZLN semblait bien plus intéresser les reporters du monde que les activités des zapatistes en cette année du centenaire de la révolution mexicaine. Comme si le visage dissimulé sous le passe-montagne du porte-voix des indigènes du Chiapas pouvait avoir d’autres traits que ceux de tous les insurgés du monde… d’aujourd’hui, d’hier et de demain.

Marcos, comme Rimbaud, trempe sa plume dans les fleuves de sang de son peuple. Pas la Seine rougie par la semaine sanglante mais les fleuves qui parcourent l’Amérique Latine tels les veines ouvertes d’un continent indigène harassé par 500 années d’obscurantisme. Tels les mots de Rimbaud, ceux de Marcos naissent dans le désert, celui des prêches de Lautréamont (3), afin d’allumer cette si longue nuit. Nuit qui encore nous étreint de ses étoiles que ceux d’en-haut espèrent faire pâlir en braquant sur ces visages les lumières du show-business… Mais que jamais ils ne pourront éteindre car, même mortes, les étoiles continuent d’éclairer le chemin jusqu’au petit jour.

1 : Surnom de l’absinthe

2 : Charles Baudelaire (1821 – 1867), auteur de L’Albatros

3 : Comte de Lautréamont (1846 – 1870), auteur de Les chants de Maldoror.

 

L’histoire de Camus vue par Pacheco

Source.

Traduction d’un article de l’auteur mexicain José Emilio Pacheco qui évoque Camus et Maria Casares, les tourments de l’histoire et les feuilles emportées par le vent de la vie.

L’article du maestro Pacheco a été publié sur le site de l’hebdomadaire d’investigation Proceso le 6 décembre 2013.

 

Albert Camus et les tourments de l’histoire

par José Emilio Pacheco

 

camus

 

Maria Casarès raconte dans ses mémoires, Résidente privilégiée, qu’elle s’unit à Albert Camus (1913-1960) la nuit du 6 juin 1944, autrement dit le Jour J, celui où les alliés débarquèrent en France et que débuta le dernier acte du fascisme nazi.

Maria Casarès, qui parvint à être une grande actrice de théâtre et de ciné français, était une exilée espagnole, fille de Santiago Casarès Quirogas, chef du Gouvernement sous la présidence de Manuel Azaña. De son côté, Camus était un pied-noir, en termes mexicains (mais pas hispano-américains) un créole. À 30 ans il était devenu l’auteur de L’étranger, Noces, Le mythe de Sisyphe, L’envers et l’endroit, Caligula et Le malentendu. Il aurait été le conteur, l’essayiste et le dramaturge le plus jeune à recevoir à 44 ans le Prix Nobel 1957, si Rudyard Kipling (1865-1936), ne l’avait obtenu à 42 ans en 1907.

 

L’exception et la règle

 

La relation entre l’actrice et l’écrivain se prolongea jusqu’à la mort, absurde en vérité, de Camus le 4 janvier 1960, à la fin d’une époque et au début d’une autre, les années soixante. Ce fut un accident sans raison d’être qui se produisit sur une ligne droite de Bourgogne. Dans les restes de la catastrophe on retrouva le billet de train retour vers Paris et le manuscrit d’un roman inconnu, en réalité une autobiographie d’enfance et d’adolescence, que sa fille Catherine Camus ne publia pas avant 1994. La grande traductrice Aurora Bernárdez a rendu possible sa sortie en espagnol en décembre de cette même année, aux Éditions Tusquets.

En général la publication de ce qu’il ne termina pas ne fait aucun bien à un écrivain. Si on se souvient de la bêtise de quelques ennemis objectant à Camus le fait d’écrire trop bien, nous verrons Le premier homme comme un brouillon, une première version qui se transformerait plusieurs fois avant que son auteur ne le donne pour achevé. Il y a toujours des exceptions et ce livre est l’une d’entre-elles. Il fonctionne comme des mémoires d’outre-tombes, indispensables pour comprendre Camus et son attitude face à la guerre d’Algérie qui souleva tant de reproches à l’époque.

 

Enseignements de la misère

 

En tant que roman, il répond à l’exigence de Soljenitsyne : être notre unique moyen de vivre des expériences que nous n’avons jamais vécues. Pour nous rendre compte de ce qu’on ressent en naissant pied-noir et plus que pauvre dans l’Algérie du siècle passé, Le premier homme est irremplaçable. Aucune œuvre historique, ni sociologique ne peut nous donner cette vision de l’intérieur qu’apporte Camus. Ce sont des pages encourageantes dans le sens où elles nous montrent que personne ne naît condamné et qu’il est presque toujours possible de saisir une opportunité. Un enfant orphelin, fils d’une servante et élevé dans la misère, est parvenu a devenir l’un des grands auteurs français.

Les éléments d’une explication se trouvent dans le fait que, ainsi que la Nouvelle Espagne était théoriquement un royaume et en réalité une colonie, l’Algérie était sur le papier un département, au sens que nous donnons aux états d’une république, et avait pour cette raison le même système scolaire que celui appliqué à Paris ou à Marseille. Ce fut peut-être la chance de Camus qui y croisa deux excellents professeurs : Louis Germain en primaire et Jean Grenier au lycée. Sa reconnaissance était telle qu’il dédiera à Grenier son discours du Nobel.

Évidemment aucune étude psychanalytique ni la meilleur critique littéraire ne peuvent élucider le mystère du talent : pourquoi Camus atteindra-t-il une hauteur que jamais n’atteindront tant d’enfants de la grande bourgeoisie, éduqués dans les meilleurs universités et avec des professeurs particuliers, des bibliothèques privées, des voyages et du temps libre pour lire et écrire ?

 

À toi, qui ne liras pas ce livre

 

Camus était l’enfant de Lucien Camus, alsacien français qui travaillait dans un vignoble algérien. Pauvre, il fut mobilisé en qualité de zouave pour combattre les marocains. En 1914, lorsque éclate la Première Guerre Mondiale, on l’envoya en France, un pays, son pays, qu’il connut peu avant de mourir à 29 ans, lors de la bataille de la Marne.

Sa mère, Catalina Sintes, venait de Port Mahon, sur l’île de Minorque. Bien des personnes affirment que c’est dans cette ville des Baléares que fut inventé la mayonnaise (à l’origine « mahonesa »), propagée dans toute l’Europe par le cardinal Richelieu, et le Denim. (À Puerto Rico les jeans s’appellent « mahones »). Veuve avec deux enfants en bas-âge, Catalina dut se réfugier chez sa mère et travailler comme servante. La dédicace de Le premier homme est émouvante : « À toi, qui jamais ne pourras lire ce livre ».

La veuve Camus n’eut pas la chance d’aller à l’école. Bien qu’un accident l’eut rendu presque sourde, elle put enseigner le castillan et le catalan à son petit dernier, qui réussit à les parler parfaitement. C’était une femme d’une grande intelligence qui adorait Albert, qui la vénérait en retour, et lui inspira sans ostentation la plus grande confiance en soi et en ses capacités.

 

Enfants de l’histoire

 

Ceux qui lisent ces mémoires à peine romancées et l’une ou l’autre des biographies existantes sur Camus pensent peut-être, dans un mélange de Job et de Walter Benjamin, que nous, êtres humains, ne sommes tous que de simples feuilles emportées par le vent de la tempête que nous appelons Histoire.

En si peu de lignes il est impossible de parler des étapes grecque, carthaginoise et romaine de l’Algérie. Par contre il est impossible de taire que les maures expulsés de leur Espagne natale par le triomphe des Rois Catholiques se réfugièrent à Alger et menèrent de là une guerre de guérilla maritime.

De grands pirates, comme Barbe Rouge, empêchèrent que la Méditerranée ne se convertisse en Mare Nostrum espagnol. Charles Quint, vainqueur sur les champs de batailles d’Europe, échoua devant les murs d’Alger. Hernán Cortés, autre puissant conquistador du Mexique, était de l’expédition.

La France s’empara en 1830 de l’Algérie et décida de l’exploiter grâce aux colons, des européens pauvres à qui on offrait la possibilité de s’enrichir plus facilement qu’en Amérique. Il y eut une résistance inébranlable des arabes et contre eux débutèrent leurs carrières les maréchaux du Mexique, Bazaine et Forey. Peut-être que sans Juárez et les chinacos* le Mexique eut été l’Algérie américaine.

L’armée française s’usa ici et perdit la guerre franco-prussienne. L’Alsace et la Lorraine passèrent sous le contrôle de l’Allemagne. De ces alsaciens désirant rester français vient la famille Camus. On leur donna les terres qui étaient celles de communards assassinés en 1871.

Catalina Sintes est la fille de l’une de ces famille catalanes qui trouva son dernier espoir en terre algérienne. Finalement, mais pas en conclusion, la guerre d’Espagne et la Deuxième Guerre Mondiale permirent la rencontre à Paris d’Albert Camus et Maria Casarès.

 

Êtres sans traces,

tombes sans nom

 

Albert, enfant, grandit dans un quartier miséreux et dans un appartement très pauvre, sous la tutelle de la grand-mère, où s’entassent cinq membres de la famille. L’immeuble sent très mauvais car les seuls toilettes se trouvent sur le palier et ne sont rien d’autre qu’un trou dans le plancher.

Tout est écrasé par la très grande et omniprésente chaleur. Il n’y a pas de lampes électriques mais des lampes à pétrole. Catalina nettoie à genoux les sols d’autrui et aide les siens en lavant le linge. En contrepartie de la nécessiteuse et cruelle indigence dans laquelle ils vivent, le petit Albert possède deux trésors, la mer et le soleil, et l’école l’enchante. Il est rapidement remarqué pour son intelligence, son aptitude à la rédaction et son habileté en sport, surtout au football, qui le fascine.

Pendant un siècle des foules entières étaient arrivées en Algérie pour labourer la terre dans laquelle ils creuseraient finalement leurs tombes. Toutes ces générations avaient disparues sans laisser de traces, ainsi que leurs enfants et petits-enfants. Pour Albert le grand mystère est la misère qui forge des êtres sans nom et sans passé et les rend à l’immense foule des morts anonymes qui ont construit le monde.

Sur cette terre chacun était le premier homme. Lui-même s’était élevé seul, avait grandit seul, au milieu de la pauvreté, sans aide ni secours, sur un trottoir joyeux et sous la lumière des premiers matins du monde pour aborder ensuite, seul, sans mémoire ni foi, la sphère des hommes de son temps et leur épouvantable et exaltante histoire.

 

 

* guérilleros mexicains qui s’opposèrent à l’invasion française entre 1861-1867