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ET ELLE TREMBLA ! RAPPORT DEPUIS L’ÉPICENTRE…

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Traduction du communiqué du Congrès National Indigène et de l’EZLN, annonçant la formation d’un Conseil Indigène de Gouvernement dont la porte-parole, une femme indigène, sera candidate à l’élection présidentielle mexicaine de 2018. Le communiqué a été publié le 2 janvier 2017, sur le site de Liaison Zapatiste.

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ET ELLE TREMBLA !

RAPPORT DEPUIS L’ÉPICENTRE…

 

Aux Peuples Originaires du Mexique

À la Société Civile du Mexique et du Monde

À la Sexta Nationale et Internationale

Aux Médias de Communication Libres

Frères, sœurs

Le moment des peuples est venu, de semer ce que nous sommes et de nous reconstruire. Le moment est venu de passer à l’offensive et voici l’accord qui se dessine sous nos yeux, dans les individus, dans les communautés, dans les peuples, dans le Congrès National Indigène ; le temps est venu que la dignité gouverne ce pays et ce monde et qu’à son passage fleurisse la démocratie, la liberté et la justice.

Nous annonçons que lors de la deuxième étape du Ve CNI, nous avons minutieusement évalué les résultats de la consultation des peuples que nous sommes, le Congrès National Indigène, qui a eu lieu les mois d’octobre, novembre et décembre 2016, résultats qui de toutes les manières, formes et langues qui nous représentent dans la géographie de ce pays, nous émettons les accords des assemblées communales, des terres collectives, des collectifs, municipales, inter-municipales et régionales, qui une fois de plus nous amène à comprendre et assumer avec dignité et révolte la situation que traverse notre pays, notre monde.

Nous saluons les messages de soutien, d’espoir et de solidarité qu’ont envoyés des intellectuels, des collectifs et des peuples qui reflètent l’espérance face à notre proposition que nous avons nommé « Que Tremble la Terre Jusque dans Ses Entrailles » et que nous avons rendue publique lors de la première étape du Ve CNI, nous saluons également les voix critiques, nombre d’entre elles avec des arguments fondamentalement racistes, qui reflètent une indignation rageuse et le mépris à la pensée qu’une femme indigène prétende non seulement concourir à l’élection présidentielle, mais envisager de changer réellement, depuis en-bas, ce pays endolori.

À eux tous, nous disons qu’en effet tremble la terre et nous avec elle, et que nous prétendons secouer la conscience de la nation, qu’en effet nous prétendons que l’indignation, la résistance et la rébellion figurent sur les bulletins électoraux de 2018, mais que notre intention n’est d’entrer en rien en compétition avec les partis et toute la classe politique qui nous doit encore beaucoup ; chaque mort, chaque disparu, chaque prisonnier, chaque expulsion, chaque répression et tout le mépris. Ne vous méprenez pas sur nous, nous ne prétendons pas rivaliser avec eux parce que nous ne sommes pas les mêmes, nous ne sommes pas leurs discours mensonger et pervers.

Nous somme la parole collective d’en-bas et à gauche, celle qui secoue le monde lorsque la terre tremble avec des épicentres d’autonomie, et qui nous rend si orgueilleusement différents que :

1. Alors que le pays est submergé de peur et de terreur qui naissent des milliers de morts et de disparus, dans les municipalités de la montagne et de la côte du Guerrero, nos peuples ont créé les conditions pour la sécurité et la véritable justice ; à Santa Maria Ostula, Michoacan, le peuple Nahua s’est uni à d’autres communautés indigènes afin de maintenir la sécurité entre les mains des peuples, où l’épicentre de la résistance est l’assemblée communale de Ostula, garante de l’étique d’un mouvement qui a imbibé les municipalités de Aquila, Coahuayana, Chinicuila et Coalcomán. Sur le plateau purépecha la communauté de Cheran a démontré que par l’organisation, en sortant les politiciens de leurs structures du mauvais gouvernement et en exerçant leurs propres formes de sécurité et de gouvernement on peut non seulement construire la justice, mais aussi comme dans d’autres géographies du pays depuis en-bas, depuis la rébellion se reconstruisent de nouveaux pactes sociaux, autonomes et justes, et nous ne cesserons pas de construire depuis en-bas, la vérité et la justice, niée pour les 43 étudiants de l’école normale d’Ayotzinapa, Guerrero, disparus, pour les 3 compagnons étudiants qui ont été assassinés et pour les compagnons blessés, tous par le narco-gouvernement mexicain et ses forces répressives.

Pendant ce temps, les mauvais gouvernements criminalisent la lutte sociale, la résistance et la rébellion, persécutant, traquant, faisant disparaître, emprisonnant et assassinant des hommes et des femmes accomplies qui luttent pour des causes justes.

2. Alors que la destruction gagne tous les coins du pays, sans connaître de limites, éloignant l’appartenance à la terre et au sacré, le peuple Wixarika, avec les comités de défense de la vie et de l’eau de l’altiplano de la région de San Luis Potosi ont démontré que peuvent être défendus un territoire, son environnement et équilibres, en se basant sur la reconnaissance que nous ne formons qu’un avec la nature, avec une vision sacrée qui renouvelle chaque jour les liens ancestraux avec la vie, la terre, le soleil et les ancêtres, incluant 7 municipalités sur le territoire sacré cérémonial de Wirikuta à San Luis Potosi.

3. Alors que les mauvais gouvernements déforment les politiques de l’État en matière éducative en la mettant au service des entreprises capitalistes afin que ça cesse d’être un droit, les peuples originaires créent des écoles primaires, des collèges, des lycées et des universités avec leurs propres systèmes éducatifs, basés sur la protection de note terre mère, la défense du territoire, la production, les sciences, les arts, sur nos langues et bien que la majorité des ces processus se développent sans soutien d’aucun niveau du mauvais gouvernement, ils sont au service de toutes et tous.

4. Alors que les médias de communication à gages, porte-voix de ceux qui prostituent chacun des mots qu’ils répandent et qu’ils trompent les peuples du champ et de la ville en les endormant, faisant passer pour des délinquants ceux qui pensent et défendent ce qui leur appartient et sont toujours présentés comme des méchants, des vandales, des inadaptés. Alors que ceux qui vivent de l’ignorance et de l’aliénation sont présentés comme socialement bons, et ceux qui oppriment, répriment, exploitent et spolient sont toujours les bons, ceux qui méritent d’être respectés et qui gouvernent pour se servir. Et pendant que cela se passe, les peuples ont créé leurs propres médias de communication élaborant diverses formes afin que la conscience ne soit pas occulté par les mensonges que les capitalistes imposent, les utilisant en plus pour renforcer l’organisation d’en-bas, où naît la parole vraie.

5. Alors que la « démocratie » représentative des partis politiques est devenue une façon de moquer la volonté populaire, où les votes s’achètent et se vendent comme une marchandise de plus et se manipulent par la pauvreté dans laquelle les capitalistes maintiennent les sociétés des champs et des villes, les peuples originaires continuent à prendre soin et à renforcer des formes de consensus et des assemblées en tant qu’organes de gouvernement où la voix de toutes et tous deviennent des accords profondément démocratiques, incluant des régions entières à travers des assemblées concernant les accords d’autres assemblées et ceux-ci à leur tour surgissant de la volonté profonde de chaque famille.

6. Alors que les gouvernements imposent leurs décisions bénéficiant à quelques-uns, supplantant la volonté collective des peuples, criminalisant et réprimant ceux qui s’opposent à leurs projets de mort qu’ils imposent sur le sang de nos peuples, comme pour le Nouvel Aéroport de la Ville de Mexico, feignant de consulter pendant qu’ils imposent la mort, nous, peuples originaires, possédons les manières et les formes constante de consultation préalable, libre et informée pour des sujets, grands ou petits.

7. Alors qu’à travers leurs privatisations les mauvais gouvernements remettent la souveraineté énergétique du pays à des intérêts étrangers et que les hausses du prix de l’essence dénoncent le mensonge capitaliste qui trace uniquement des voies inégalitaires, et que la réponse rebelle des peuples indigènes et non-indigènes du Mexique, que les puissants ne pourront ni occulter ni faire taire ; nous, les peuples, faisons front et luttons pour arrêter la destruction de nos territoires par le fracking, les parcs éoliens, les mines, les puits de pétrole, les gazoducs et les oléoducs dans des états tel le Veracruz, le Sonora, le Sinaloa, La Basse Californie, le Morelos, l’Oaxaca, le Yucatan et tout le territoire national.

8. Alors que les mauvais gouvernements imposent une alimentation toxique et transgénique à tous les consommateurs des champs et des villes, les peuples Mayas maintiennent une lutte infatigable afin d’arrêter la culture de transgéniques dans la péninsule du Yucatan et dans tout le pays afin de conserver la richesse génétique ancestrale, qui, en plus, représente notre vie et l’organisation collective et la base de notre spiritualité.

9. Alors que la classe politique ne fait que détruire et promettre, nous, les peuples, construisons non pour gouverner mais pour exister dans l’autonomie et la libre détermination.

Nos résistances et rébellions constituent le pouvoir d’en-bas, elles n’offrent ni promesses ni bons mots, mais des processus réels de transformation radicale où toutes et tous participent et qui sont tangibles dans les diverses et gigantesques géographies indigènes de cette nation. C’est pourquoi en tant que Congrès National Indigène, réuni pour ce Ve Congrès, 43 peuples de ce pays, nous nous sommes ACCORDÉS pour nommer un Conseil Indigène de Gouvernement avec des représentants, hommes et femmes, de chacun des peuples, tribus et nations qui le composent. Et que ce conseil se propose de gouverner ce pays. Et qui aura comme voix une femme indigène du CNI, c’est à dire ayant du sang indigène et une connaissance de sa culture. C’est à dire qui aura comme porte-parole une femme indigène du CNI qui sera candidate indépendante à la présidence du Mexique lors des élections de l’année 2018.

C’est pour ça que le CNI, en tant que Maison de Tous les Peuples, nous sommes les principes qui configure l’étique de notre lutte et dans laquelle tiennent tous les peuples originaires de ce pays, ces principes auxquels se réfèrent le Conseil Indigène de Gouvernement sont :

Obéir et non commander

Représenter et non supplanter

Servir et non se servir

Convaincre et non vaincre

Descendre et non monter

Proposer et non imposer

Construire et non détruire

C’est ce que nous avons inventé et réinventé non par goût, mais comme l’unique forme que nous avons de continuer à exister, c’est à dire ces nouveaux chemins sortis de la mémoire collective de nos propres formes d’organisation, qui sont les produits de la résistance et de la révolte, du faire front chaque jour à la guerre qui n’a jamais cessé et qui n’a jamais pu en finir avec nous. Dans ces formes il n’a pas seulement été possible de tracer la voie pour la reconstitution intégrale des peuples, mais aussi de nouvelles formes plus civilisées, des espoirs collectifs qui deviennent communautaires, municipales, régionales, d’état et qui apportent des réponses précises aux problèmes réels du pays, loin de la classe politique et de sa corruption.

Depuis ce Ve Congrès National Indigène nous appelons les peuples originaires de ce pays, aux collectifs de la Sexta, aux travailleurs et travailleuses, fronts et comités de lutte du champ et des villes, à la communauté étudiante, intellectuelle, artistique et scientifique, à la société civile non organisée et à toutes les personnes de cœur à serrer les rangs et passer à l’offensive, à démonter le pouvoir d’en-haut et nous reconstituer non seulement comme peuple, mais aussi comme pays, depuis en-bas et à gauche, à nous unir en une seule organisation où la dignité sera notre dernier mot et notre première action. Nous vous appelons à nous organiser et arrêter cette guerre, à ne pas avoir peur de nous construire et de nous semer sur les ruines laissées par le capitalisme.

C’est ce que nous demande l’humanité et notre mère qui est la terre, en cela nous découvrons qu’est venu le temps de la dignité rebelle que nous matérialiserons en convoquant une assemblée constitutive du Conseil Indigène de Gouvernement pour le Mexique au mois de Mai 2017 et dès ce moment-là, nous jetterons des ponts aux compañeros et compañeras de la société civile, les médias de communication et les peuples originaires afin de faire trembler la terre jusque dans ses entrailles, vaincre la peur et récupérer ce qui appartient à l’humanité, à la terre et aux peuples, pour la récupération des territoires envahis ou détruits, pour le retour des disparus du pays, pour la liberté de toutes et tous les prisonniers politiques, pour la vérité et la justice pour les assassinés, pour la dignité du champ et de la ville. C’est à dire, n’ayez aucun doute, nous y allons pour tout, après tout nous savons que nous avons face à nous peut-être la dernière chance, en tant que peuples originaires et en tant que société mexicaine, de changer pacifiquement et radicalement nos propres formes de gouvernement, en faisant que la dignité soit l’épicentre d’un monde nouveau.

Depuis Oventik, Territoire Zapatiste, Chiapas, Mexique

Plus Jamais un Mexique Sans Nous

Congrès National Indigène

Armée Zapatiste de Libération Nationale

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Quelques Premières Questions aux Sciences et leurs Consciences

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Traduction du communiqué publié par l’EZLN le 26 décembre 2016, jour de l’ouverture des rencontres ConCiencias (jeux de mot entre conscience et « avec sciences »), sur le site de Liaison Zapatiste.

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Quelques Premières Questions aux Sciences et leurs Consciences

26 décembre 2016

Scientifiques :

Compas de la Sexta :

Regards et Écoutes ici et à distance :

Bonjour, après-midi, soirs, matinées toujours.

Mon nom est SupGaleano. Comme je suis âgé d’à peine plus de deux ans et demi, ce qui avant s’appelait « curriculum vitae », et qui maintenant se dit « mon profil d’utilisateur » est très bref. En plus d’être insurgé et zapatiste, j’ai différentes professions. Par exemple, l’une d’entre elles est d’incommoder les bonnes consciences et réveiller les plus bas instincts des mauvaises, en montrant mes évidentes et séduisantes formes voluptueuses – que j’ai gagné, non sans efforts, grâce à une rigoureuse diète riche en grenaches, avec assez de beurre et de la malbouffe à discrétion -.

Je suis aussi, malgré moi et pas moins de lecteurs, le gratte-papier involontaire des hauts et des bas d’un être, mythologique pour les personnes de plus de 12 ans, et d’une évidente existence pour n’importe quelle personne passionnée de science et pour n’importe quel enfant se vantant de n’avoir que faire du calendrier si ce n’est pour jouer. Je veux parler, évidemment, de cet être dont la seule existence réelle mettrait à bas le darwinisme social et biologique, et marquerait le surgissement d’un nouveau paradigme épistémologique: le chat-chien. Peut-être, lorsque cette entité aura abandonné la cellule du mot, faudra-t-il diviser l’histoire mondiale et son calendrier se redéfinira en un « avant et après le chat-chien ».

(Le Sup sort deux petites figurines du Chat-Chien, taillées dans le bois et peintes par des mains insurgées)

Je me dédie également, parfois et sur instruction de mes cheffes et chefs, à encourager les théories paranoïaques de complots contre la toujours « résignée », « dévouée » et bien portante gauche institutionnelle qui, par manque d’arguments et de véritables propositions, se réfugie dans son rôle d’éternelle victime, dans l’espoir que la pitié se transforme en votes, et que le fanatisme souffle la raison et un minimum de décence.

Une autre de mes professions est celle de transgresseur de lois, telle celle de la gravité, des séries et des bonnes manières.

Une autre, qui en cette occasion tombe à pic, ou mal, c’est selon, est celle d’alchimiste. En réalité, ce devrait être celle de scientifique, mais comme je n’ai toujours pas réussi à transformer l’essence d’une chose en son contraire-contradictoire, ils ne m’ont toujours pas donné le niveau que mon louable travail mérite. Mais je n’en ai que faire, dans mon laboratoire je continue en expérimentant à base d’arums et d’éprouvettes, sous l’œil toujours critique du chat-chien, tentant d’annuler l’essence de cette aberration de la nature qu’est la soupe de citrouille, et de parvenir à la transmuter en celle gustative et nutritive de la glace aux noix qui, avec le pop-corn et la sauce piquante, sont quelques-unes des peu de choses que la science a produit au bénéfice de l’humanité et qui nous différencient, de même que le pouce opposable et malgré le spécimen Donald Trump, des primates non-humains.

Et, pour cela, eh bien c’est à moi qu’échoit aujourd’hui d’essayer de vous faire sentir, et non savoir, la joie que nous éprouvons, en tant que zapatistes que nous sommes, du fait que vous ayez répondu positivement à notre invitation et que, malgré le calendrier, vous ayez trouver le moyen et la façon de participer à cette rencontre.

En tant que zapatistes ça fait presque 23 ans que nous vous attendons. En tant que peuples originaires, hé bien, faites le compte avec vos sciences des mathématiques.

Bien sûr, beaucoup diront que ce n’est pas la première fois, que vous êtes ici, de corps ou de cœur, et ils auront raison. Vous avez été ici, mais pas comme vous le serez ces jours-ci, c’est à dire, en étant ce que vous êtes pour nous enseigner et, peut-être – c’est une hypothèse -, pour apprendre quelque chose de ce que nous sommes.

Nous, femmes, hommes, zapatistes, sommes maintenant ici comme vos élèves, vos étudiants, vos apprentis. Bien que prêts à apprendre comme les plus assidus, nous sommes des étudiantes et des étudiants très différentes, différents. Et pour que vous nous connaissiez en tant que zapatistes, nous commencerons alors en vous disant ce que nous ne voulons pas et ce que, au contraire, nous voulons.

Par exemple, nous ne vous aiderons pas à porter les livres, ni à préparer la bibliographie, ni à trouver le matériel pour le laboratoire. Pas plus que nous ne n’attendrons que vous ne fassiez pas classe pour faire l’école buissonnière. Nous ne cherchons pas à avoir de bonnes notes, ou à certifier une matière, ou obtenir un titre, ou, en finissant avec les études, ouvrir une boutique de sciences ou de pseudo-sciences, ou fausses sciences cachées derrière un bout de papier à entête officielle.

Nous n’aspirons pas à nous enrichir grâce à la connaissance, ni à obtenir gains et prestiges, offrant les perles de verres que sont les pseudo-sciences et les philosophies du « le changement est en chacunE », « l’amour rachètera le monde », « ce breuvage-parti-politique-leader-d’occasion-vous-apportera-le-bonheur », qui sont à la mode ou pas en temps de crise, lorsque le moins commun des sens, le sens commun, est défait par l’offre de solutions magiques pour tous pour tout.

Nous ne concevons pas la connaissance comme symbole d’un statu social ou mesure de l’intelligence. Vous voyez bien que n’importe qui peut être diplômé en se prévalant de la certification en matière de plagiat, ou peut sembler avoir de véritables solutions par la grâce de la toujours plus usée magie des médias de communication de masse.

Nous ne voulons pas aller à l’université, nous voulons que l’université s’élève dans nos communautés, qu’elle enseigne et apprenne au milieu de notre peuple.

Nous ne voulons pas aller dans les grands laboratoires et centres de recherches scientifiques des métropoles, nous voulons qu’ils se construisent ici.

Nous voulons qu’à la place de casernes de l’armée et de la police, de mines à ciel ouvert et d’hôtels de luxe, soient édifiés, sous notre direction et opération collectives, des observatoires astronomiques, des laboratoires, des ateliers de physique et robotique, postes d’observation, d’étude et de conservation de la nature, et même un collisionneur de Hadrons ou quelque chose qui permette de libérer le Graviton de la prison hypothétique d’une particule semblable, et commencer à définir ainsi, une fois pour toutes, si les physiciens qui soutiennent la Théorie des Cordes ne sont que les membres d’un néo-culte inachevé ou un groupe de scientifiques paradigmatiques.

Nous voulons que soient érigées des écoles pour la formation de scientifiques, pas des ateliers déguisés en écoles, qui ne font qu’enseigner des métiers employables au service du capitalisme (main d’œuvre pas chère et mal qualifiée), ou qui ne servent qu’à passer le temps et que les mauvais gouvernements, ou ceux qui aspirent à l’être, disent avoir fait de nouvelles écoles et instituts.

Nous voulons des études scientifiques, pas seulement techniques.

Nous ne voulons pas seulement conduire ou réparer un véhicule, une machine à coudre, un outil de menuiserie, un microscope ; nous voulons aussi savoir ce que sont les principes scientifiques des mouvements mécaniques et de la physique optique, et ce qu’est la combustion ; nous voulons connaître la différence entre vélocité et accélération, tout comme il ne faut pas confondre valeur et prix.

Nous ne voulons pas entrer en compétitions scientifiques et technologiques, celles qui enthousiasment les universités publiques et privées, pour voir quelle machine et mécanicien sont les meilleurs ; nous voulons apprendre et faire de la science et de la technologie pour gagner l’unique compétition qui en vaut la peine : celle de la vie contre la mort.

Nous ne voulons pas aller dans les grandes villes et nous y !!br0ken!! Et ce n’est pas par manque de connaissances (nos enfants forméEs dans les écoles autonomes ont un meilleur niveau de connaissance que ceux éduqués dans les écoles officielles), ni par manque d’intelligence, ni par manque d’argent.

C’est que nous ne voulons pas cesser d’être ce que nous sommes. Et nous sommes des peuples originaires, indigènes comme ils disent. Et ce qui nous fait être ce que nous sommes c’est notre terre, notre peuple, notre histoire, notre culture et, en tant que zapatistes, notre lutte.

En résumé, nous voulons comprendre le monde, le connaître. Parce que ce n’est qu’en le connaissant que nous pourrons en faire un nouveau, un plus grand, un meilleur.

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Un vieux sage des peuples originaires, purépecha de sang, mexicain de géographie et internationaliste de cœur, le Grand Tata Juan Chávez Alonso, a dit un jour que la vie parmi les peuples originaires était, entre autre choses, une préparation continue. « Nous devons nous préparer pour tout : pour naître, pour grandir, pour aimer, pour haïr, pour apprendre, pour construire, pour détruire, pour lutter, pour mourir. Et au final, voilà ce qu’on laisse vraiment à ceux qui suivent. Nous ne leur léguons pas de richesses, de nom, de postes. Nous ne leur laissons que la leçon qu’il faut se préparer. Pour tout, tout le temps, et partout. »

Et c’est pour ça que vous devez savoir que, depuis des mois, nous nous sommes préparés pour ces jours qui viennent.

Nous n’arrivons pas face à vous les mains dans les poches, pour voir ce que vous allez dire, comment vous êtes, vos manières, votre temps, votre géographie. Non, au contraire, avec du temps nous nous sommes préparés.

Car le doute qui nous pousse, la curiosité scientifique, la soif d’apprendre, de connaître, vient de loin dans le temps, tellement que les calendriers scientifiques ne tiennent pas les comptes.

Par exemple, nous préparons les questions.

Parce que nous savons bien que, ainsi que ceux qui savent doivent se préparer pour enseigner, de même nous qui ne savons pas devons nous préparer à apprendre.

Et nous savons aussi que, comme il faut étudier pour donner des réponses, hé bien il faut aussi étudier pour poser des questions.

Et ça n’a pas été facile. Parce que, par exemple, nous avons dû étudier comment écrire et dire certains mots comme « anaboliques », « salbutamol », « clenbuterol », « pré-éclampsie » et « éclampsie » ; nous avons dû savoir qu’on dit « le » myome et non « la » myome ; nous avons dû chercher la manière de vous expliquer ce que c’est que ce « poisson éclos », ainsi que d’autres choses que nous voyons dans notre monde en tant qu’indigènes que nous sommes.

Nous nous sommes réunis plusieurs fois. D’abord il y eut une assemblée de zone. Là ont été élus ceux qui vont participer à ces rencontres, selon leur domaines, qui promoteur de santé, d’éducation, d’agroécologie, de plantes médicinales, de radio communautaires, de sages-femmes-et-hommes et ostéopathes, etc. Peu importe qu’il soit jeune ou âgé, peu importe si il a 15 ans ou 524 ans. Par contre, qu’il doit comprendre le castillan, pour pouvoir nous comprendre avec vous. Et, bien sûr, que la science l’intéresse.

Ensuite, les compañeras et compañeros qui avons été sélectionnés, nous nous sommes réunis plusieurs fois pour préparer les questions. Les premières questions et plus importantes que nous nous sommes posées sont : qu’allons-nous demander à ces frères et sœurs scientifiques ?, est-ce qu’il ne faut les interroger que sur ce qu’ils savent de leur science ? Ou allons-nous aussi leur demander comment ils voient la situation, s’ils la voient bien mal barrée ou tout va bien ? On leur demande comment ils voient leur travail scientifique ? On leur demande comment ils luttent pour la justice et la liberté ?

Bref, dans ces réunions que nous avons eues, nous avons préparé quelques-unes des questions que nous allons vous lire. Comme vous vous en rendrez compte, plusieurs de ces questions ne concernent pas les sciences exactes et naturelles, de manière que vous ayez une idée de ce que sera la prochaine rencontre. Voilà les questions :

Les transgéniques nuisent à mère nature et aux êtres humains ou ils ne leur nuisent pas ?

Existe-t-il une explication scientifique de pourquoi, dans certaines régions, des tranchées qui en temps de sécheresse n’ont pas d’eau, au début des premières pluies (durant les mois de mai et juin), jailli la production de poissons ? d’où viennent ces poissons s’il n’y avait pas d’eau ? Voilà ce que nous appelons « le poisson éclos ».

Voyons si je peux vous éclaircir un peu cette question. Il y a bien des années, disons 30, mettons-nous d’accord sur l’année 1986, nous étions dans la montagne…

1986, quand l’ezln avait été défait par les communautés, mais nous ne le savions pas encore, ni eux ni nous…

1986, quand là-bas dehors Michael Jackson était encore de teint afro-américain…

1986, quand le Parti Vert Écologiste du Mexique, le parti Mouvement Citoyen, le Parti du Travail, le Parti de la Révolution Démocratique et le parti Mouvement de Régénération Nationale s’appelaient encore Parti Révolutionnaire Institutionnel et tenait en Carlos de Salinas de Gotari le dauphin successoral dont tous ont avalé jusqu’à maintenant la politique économique, et le Parti Nouvelle Alliance et le Parti Rencontre Sociale s’appelaient encore Parti Action Nationale.

(Des décennies plus tard, l’ezln a dorénavant reconnu sa défaite et possède une autre structure ; Michael Jackson, bien que d’une autre couleur, est toujours Michael jackson ; et le PRI et le PAN sont toujours les mêmes, bien qu’avec d’autres couleurs)…

Prenons 1986, quand quelques semaines après, lors du mundial de football, ce derviche, cet « intermédiaire entre le ciel et la terre » appelé Diego Armando Maradona, a démarré depuis le milieu du terrain, et laissa planté avec la taille endolorie combien de joueurs anglais véritables taupes, jusqu’à ce que, enfin rassasié, il plante le ballon dans les filets en une action de jeu qui marqua le XXe siècle et fait qu’encore aujourd’hui les vieux supporteurs se disent, en regardant les broderies de Lionel Messi, « bah ! Moi j’ai vu Maradona faire la démonstration scientifique que dieu existe et qu’il est rond ».

Ok, ça ne sonne pas très orthodoxe ce que nous disons.

Bon, 1986, dans cet alors, nous étions dans un campement insurgé appelé « Reclus ». Un groupe des susdits demanda au gradé l’autorisation d’aller dans un village proche pour cueillir des poissons. « Vous voulez dire pécher », dit le gradé. « Non », dirent-ils, « cueillir, parce que c’est le moment où éclos le poisson. » Le gradé voulut savoir de quoi il s’agissait et ils lui dirent : « il y a le ruisseau sec, les premières pluies, éclos le poisson, il n’y a pas d’eau, tu le prends, c’est tout. » « Mais c’est un bébé poisson ? », demanda sceptique le gradé. « Non, déjà grand, déjà péché, sardine ou bobo quoi », lui répondirent-ils. Le gradé dit « La magie n’existe pas, mais allons voir ». Un autre jour ils sont revenus avec un sac plein de poissons frais. Cette après-midi-là nous avons mangé tellement de soupe de poisson que les arbres qui couvraient le campement s’ornèrent d’une lumière fluorescente qui aurait pu être vue sans problème par le télescope spatial Hubble.

En résumé : il n’y a qu’un lit sec, une première et timide pluie, et, sur le lit à peine humide et entaché de quelques rares petites flaques, des milliers de poissons adultes sautant déconcertés et avec le même regard méfiant que vous avez maintenant. Quelle est l’explication scientifique ? Fin de l’oisif éclaircissement. Je continue avec les questions :

Quand il y a un patient ou une patiente et qui souffre d’une fracture d’os, le médecin ampute la partie affectée ou y pose un fer (clou). Mais si ce patient est traité par un ostéopathe, il le soigne. Quelle est l’explication de cette situation ?

Les aliments chimiques, mis en boîte, emballés, embouteillés, nuisent ou non à la santé ? Ce sont les substances qui nuisent ou qui font un peu de mal à la santé ou en fait ils ne sont pas dangereux ces produits alimentaires ?

Quelle est l’explication scientifique, si les médicaments chimiques soignent une maladie, mais lèse une autre partie de l’organisme ? Peut-on scientifiquement faire que la médecine chimique ne nuise pas et soigne seulement la partie affectée ?

Est-il prouvé scientifiquement quels sont les herbicides chimiques les plus nuisibles et ceux qui nuisent moins ?

Comment avoir la connaissance scientifique pour savoir et améliorer la production, quelles substances organiques sont utiles ?

Quelle est l’explication scientifique du pourquoi de l’existence de la nervosité, la peur et le courage ?

Pourquoi il y a des nuages noirs et des nuages blancs ?

Y a-t-il une explication scientifique pour quand on rêve de quelque chose, après ça se réalise dans la réalité ?

Existe-t-il ou y a-t-il une explication à travers une étude scientifique sur la télépathie ?

Quelle explication scientifique y a-t-il sur la relation du mouvement de la lune sur les semailles de graines, d’arbres fruitiers ? Aussi sur la tombe (de tomber) d’un arbre pour la construction, et pour qu’on ne s’entaille pas comme à la coupe du palmier pour le toit de la maison. Quelle relation a la lune avec les mouvements de la terre et quelle explication scientifique y a-t-il ?

J’essaye d’éclaircir : le palmier qui sert pour le toit, et le bois qui sera colonne et traverse de la baraque, doit être coupé à la pleine lune (« lune massive », disons-nous), si tu coupes quand la lune n’est pas pleine, le palmier et le bois s’emplissent de charançons, pourrissent, ne servent plus.

Quelle est l’explication scientifiques du fait qu’ils calculent le temps de la construction des ruines ?

Quelle est l’explication scientifiques à propos des éclairs, du tonnerre, etc. ?

De quoi sont constitué ou comment se sont formés, de quelles substances, les ressources minérales qui sont dans la terre comme l’or, l’argent, le pétrole, etc. ?

Quelle explication scientifiques y a-t-il quand certains animaux comme le coq, le singe hurleur, ou la chachalaca (oiseau galliforme volant, ndt), chantent et annoncent l’un ou l’autre phénomènes ou changements de la mère nature ?

Quelle explication scientifique il y a quand certaines personnes en dormant, ronflent et quel est le remède ?

Comment est scientifiquement étudié que les aliments mis en boîte, embouteillés, pendant le temps d’expiration indiqué ne souffrent d’aucun changement nuisible à la santé des personnes ?

Avez-vous fait des études scientifiques sur la manières dont nos ancêtres étudiaient le mouvement des astres ?

Quelle est l’explication scientifique sur le pourquoi il y a des tremblements de terre ?

Quelle est l’explication scientifique de la formation des volcans et de quelles substances ils sont fait ?

Scientifiquement, quelle est l’explication du pourquoi surgit le vent, comment se forment les tornades et les ouragans, les cyclones et ce qu’ils sont ?

Quelle est l’explication scientifique de quand il y a des maladies (infectieuse) des animaux de basse-cour, les poules meurent mais il n’arrive rien aux canards, pourquoi cela arrive ? Ou quand les poules sont avec les agneaux et les lapins, il n’arrive rien aux poules, quelle est l’explication scientifique ? Et si l’infection est très forte, même si les vaccins ou traitements sont à jour (de même pour le bétail), même comme ça, toutes les poules tombent malades et meurent, quelle est l’explication scientifique ?

Quelle est l’explication scientifique du fait que certains animaux voient très bien dans l’obscurité et d’autres non, et pourquoi les personnes, nous ne pouvons voir que de jour ou avec de la lumière ?

Quand un bébé naît et que seuls son cœur bat, qu’il est vivant mais que son corps est verdâtre, mort, il est immobile, alors dans un récipient avec de l’eau bouillante, on place le placenta du bébé et sans couper le cordon ombilical, le bébé commence à récupérer pendant que le placenta se désintègre dans l’eau bouillante. De même si on brûle le placenta, jusqu’à ce qu’ils soit complètement cramé, le bébé récupère, quelle est l’explication scientifique ?

Quelle est l’explication scientifique quand les personnes tombent malade et deviennent comme folles, et cette maladie se déclare à 12, 20, 30 ans ?

L’eau salée et soufrée qu’il y a dans certains ruisseaux ou sources, scientifiquement quelle utilité ont-elles pour l’humanité ?

Est-il scientifiquement nécessaire de se vacciner et pourquoi, ou y a-t-il des moyens et ou des manières de remplacer les vaccins par autre chose ? Par exemple, les maladies comme la coqueluche, la rougeole, la variole, le tétanos, etc.

Comment explique-t-on scientifiquement la façon dont se forment l’arc-en-ciel, pourquoi dit-on qu’il a 7 couleurs et quelle fonction a-t-il ?

Comment ça se définit, quand il y a une grossesse, si se sont des jumeaux, des triplés, etc.?Quelle est la cause de ceci et pourquoi ça arrive ? Et, pourquoi à l’heure de la fécondation, c’est un garçon ou une fille ? Quelle est l’explication scientifique ?

Nous autres, nous savons que les abeilles font un travail important de pollinisation des plantes et des fleurs pour la fécondation et la reproduction, alors que se passe-t-il avec les serres qui font bien éclore les fleurs, mais il n’y a pas de pollinisation, comment ça s’explique scientifiquement ?

Peut-on expliquer scientifiquement si c’est vrai que les téléphones et les cellulaires sont dangereux à l’usage à cause des radiations des ondes, quelle est la puissance minimal et maximal et quel est le niveau de fréquence ? Une antenne relais de téléphones et cellulaires, quelle puissance minimal et maximal transmet-elle u retransmet-elle, est-ce dangereux ou non ? Les émetteurs d’ondes courtes, l’AM, la FM et la TV sont ils dangereux à cause de leurs ondes ? Les micro ondes des liaisons d’émissions (FM) et les micro-ondes domestiques, quelle est leur rang de fréquence, les ondes provoquent-elles des lésions ?

Explique-t-on scientifiquement quelle est la vitesse de la lumière du soleil et quelle est la différence avec la lumière artificielle ?

Scientifiquement, quelles méthodes ou formules applique-t-on pour mesurer les distances en longitude et en latitude ?

Scientifiquement, à quelle altitude minimum et maximum vole un avion, à la différence d’un hélicoptère ?

Scientifiquement quelles méthodes sont utilisées pour calculer le diamètre d’un ballon, d’un entonnoir et le convertir en carré ?

Scientifiquement, quelle est le diamètre, le volume et le poids du globe terrestre ?

Scientifiquement, existe-t-il une fin aux nombres entiers et décimaux ?

Scientifiquement, en quoi consiste la science la plus exacte que sont les mathématiques ? Depuis quand et où sont nées les mathématiques et qui les a découvert ?

Scientifiquement, la transformation de l’homme est venue du singe ?

Scientifiquement, quelles substances contient un canon (vin) et l’alcool et quels effets cause-t-il à l’être humain ?

Scientifiquement, étudie-t-on les substances qui contiennent des anaboliques, du salbutamol et du clenbuterol et les implants utilisés pour engraisser le bétail, les poules, les porcs nuisent-ils à la santé humaine ?

Scientifiquement, étudie-t-on si les méthodes contraceptives (par exemple, les hormones) sont dangereuses pour la santé des femmes ?

Est-il étudié scientifiquement pourquoi les radiothérapies et chimiothérapies (et autres) soignent certaines partie du corps humain malade, mais provoquent d’autres dommages ?

Scientifiquement étudie-t-on quels maux apporte le croisement par la pollinisation des graines transgéniques et améliorées avec des graines natives ? Quels lésions cela cause-t-il à l’environnement (arbres fruitiers, fleurs, abeilles) ?

La science a-t-elle découvert comment protéger les graines natives et l’environnement de la contamination des nouvelles graines améliorées et transgéniques ?

Scientifiquement est-il prouvé que le fluor en gel, pâte dentifrice, la fluoration de l’eau, influe positivement sur la résistance de l’émail aux attaques de caries, mais il y a un article intitulé « les mensonges du fluor » qui dit qu’il est la cause d’indices plus élevés de cancer, caries, fluorose dentaire, ostéoporose et autres problèmes de santé. Quelle est la vérité ?

Si le couple est de deux types sanguins différents, cela pose-t-il problème ou y a-t-il des conséquences sur les personnes ?

Pourquoi se produisent les pré-éclampsies et les éclampsies ? Comment en prévenir l’apparition chez les femmes enceintes ?

La maladie de Chagas qui est produite par la punaise américaine, les recherches scientifiques ont été suspendues depuis 1989 car pas considérées comme rentable parce que cette maladie n’existe que dans les communautés pauvres. Les recherches ont-elles reprise et y a-t-il un médicament pour la combattre ?

Scientifiquement peut-on expliquer ce que contiennent les rayons du soleil du matin et de l’après-midi qui aide le corps du bébé prématuré dans son développement, et, comparé à l’incubateur, que fait ou que contient l’incubateur ?

Expliquer scientifiquement pourquoi la déficience du langage technique des différentes sciences empêche la formulation de concepts précis sur les objets fondamentaux pour le bien de la terre ou de l’humanité ?

Scientifiquement est-il étudié que les savons détergents et aromatisés nuisent à la santé et à la nature, quelles substances ont-ils ?

Y a-t-il une explication scientifique pour qu’une personne effrayé devienne pâle, que ses cheveux tombent, qu’elle dorme beaucoup ou que soit déstabilisé quelque fonction de son corps ?

Y a-t-il une explication scientifique au sujet de la fonte des deux pôles ? On dit que c’est le réchauffement climatique, d’autres disent que c’est un cycle, quelle est la vérité ?

Scientifiquement est-il démontré ce que font les transplantations d’organes ? Pourquoi pas des os ?

Avec les études du génome humain, quelles maladies peuvent être prévenues et soignées, et quelles sont les conséquences si il y en a ?

On dit qu’en utilisant les ordinateurs, les cellulaires, les tablettes et autres, en allant sur internet, on peut automatiquement tracer nos fichiers. Est-ce vrai ou pas, scientifiquement, de quelle manière pouvons éviter que ça arrive ?

La croissance du cerveau des enfants est différent de celui des adultes, comment explique-t-on scientifiquement ce changement et que pouvons-nous faire pour entretenir et améliorer le bon fonctionnement du cerveau ?

Les maladies spécifiques à la femme, comme les tumeurs ou cancer du col de l’utérus, cancer des seins, kystes sur les ovaires, le myome, quelles en sont les causes ? Comment les prévenir ou les soigner ?

Quelles substances toxiques possèdent les serviettes hygiéniques féminines, les couches jetables, les bandages, etc. Et en quoi cela affecte la santé des femmes et des enfants ?

Scientifiquement, peut-on prouver qu’existent des choses surnaturelles chez les personnes ou certaines personnes ?

Pourquoi ces temps-ci a accéléré ou augmenté le nombre d’enfants qui naissent avec une déformation physique (sans bras, sans pieds, etc.) ? Comment ça s’explique scientifiquement ?

Scientifiquement a-t-il été prouvé qu’on pouvait maintenant cloner les gens et les animaux ?

Les verres grossissant utilisés pour mieux voir quand la vue est lésée pour différentes raisons, est-il étudié scientifiquement si ils causent un mal quelconque au cerveau des personnes qui les utilisent ?

Avec les grandes avancées scientifiques et technologiques, y a-t-il une quelconque conséquence dont pourrait souffrir l’intelligence des êtres humains ?

Quelle est l’explication scientifique du fait que nous devenons vieilles et vieux ?

Quelle est votre explication scientifique au fait qu’il y a des cerveaux qui sont rapide à capter, d’autres moins, d’autres très lents et d’autres rien ?

Comment pouvez-vous nous conseiller si nous voulons pouvoir apprendre, nous, à utiliser les équipements et appareils de laboratoire et, entre autres appareils, pour améliorer la terre et élaborer des médicaments ?

Bon, ça c’était quelques-unes des questions faciles. Maintenant quelques-unes de celles qui, peut-être, pourraient vous poser quelques difficultés :

Scientifiquement avez-vous étudié si tous vos travaux, en tant que scientifiques que vous êtes, un jour puissent bénéficier au peuple ?

Que dites-vous quand ce que vous avez inventé ou créé à l’aide de la science, faits pour augmenter la connaissance et pour le bien du peuple, mais qu’en fait quelqu’un le détourne ou l’utilise à d’autres fins, par exemple les bombes atomiques, ou tous les déchets qui contaminent tellement à la mère nature ?

Scientifiquement avez-vous étudié s’il est possible de faire des constructions sans endommager la mère nature, comme le faisaient nos ancêtres ?

Scientifiquement, la Mère Terre a-t-elle des organes et des défenses comme les êtres humains ? Pourquoi l’être humain, si il a un parasite qui lui fait du mal, il a des défenses pour éliminer ce mal. Ce ne serait pas que la Terre a le parasite du Capitalisme et se défend contre ce mal ?

Quelle est l’explication scientifique à ce qui fait que la même mère nature a des réactions fortes ou qu’elle subit des changements ? Par exemple : la mer qui mord de plus en plus sur les terres, etc.

Pourquoi les scientifiques inventent-ils des choses dont ils savent qu’elle vont faire du mal, ou est-ce que c’est qu’on invente et qu’on ne sait pas si ça va être dangereux ou pas ?

Est-il scientifiquement étudié ce qu’on dit, que la couche d’ozone (atmosphère) est trouée ? Et on dit qu’à cause de ces dommages il y a de nombreuses calamités, alors comment on soigne ça ? Qui ou quoi l’a endommagé ou l’endommage ? Et a-t-on fait des études scientifiques pour savoir si c’est possible de la réparer ou si définitivement c’est un dégât irréparable.

Sachant que le monde est dans un processus de déshumanisation, en tant que scientifiques, quelles analyses ou quelles études scientifiques avez-vous faites sur le futur de l’humanité?

Est-ce qu’a été étudié scientifiquement si ces sciences scientifiques que vous avez sont en votre contrôle ?

Y a-t-il une démonstration scientifique que les maladies (infections) d’animaux sont artificielles ou naturelles ?

Y a-t-il une étude scientifique sur ce qui va se passer une fois que seront épuisées les ressources naturelles (or, argent, pétrole, uranium, baryta, etc) ? Y a-t-il une étude scientifique disant que lorsque tout sera épuisé, il y aura une autre manière pour les remplacer ? Et en combien de temps ça se régénérera, si ça se régénère ou pas ? Scientifiquement, pouvez-vous nous dire si extraire chacune de ces richesses occasionne des lésions, ou non, à mère nature ?

Frères et sœurs scientifiques, dans vos travaux, études scientifiques, quand vous mener vos expérimentations, etc., en tant que scientifiques que vous êtes, partagez-vous vos connaissances, vous créez, vous expérimentez en équipe ou en collectif, ou chacun pour soi, en individuel ce qui revient à de la compétition ? Alors, est-il possible de partager en équipe, donner des cours ou des ateliers, répartir des formations avec d’autres personnes ?

Toutes les connaissances naturelles des peuples originaires, est-ce juste que d’autres les brevettent ?

Scientifiquement, y a-t-il des études qui disent que si vous en tant que scientifiques n’existiez pas, peut-être n’existeraient pas les riches ?

Scientifiquement y a-t-il des études disant qu’on peut vivre sans le capitalisme ?

Quelle est l’explication scientifique, ou non scientifique, sur les raisons de l’invention de l’argent ?

Quelle explication scientifique y a-t-il et quelle certitude y a-t-il qu’un jour les machines vont se substituer à l’humanité (c’est à dire aux personnes) ?

Quelle est l’explication scientifique au fait que les spécialités médicales ne peuvent pas s’occuper d’un accouchement normal et, lorsque le bébé a une position anormale, ils font une césarienne ; et les sage-femmes traditionnelles arrange sa position pour un accouchement normal ?; de même, lorsque le bébé a le cordon ombilical autour du cou, le médecin fait une césarienne et, par contre, la sage-femme l’ajuste et fait un accouchement normal.

Scientifiquement, pourquoi et dans quel but on été créées les banques, quelle est la fonction scientifique d’une banque et quels sont ses secrets ?

Scientifiquement y a-t-il ou y aura-t-il une explication au fait que les pays pauvres ne peuvent payer leur dette externe ou y a-t-il une explication pour qu’ils ne payent pas la dite dette ?

Scientifiquement, pouvez-vous nous expliquer les principes du néo-libéralisme ?

Quels sont les principes éthiques de la science ?

Peut-on, avec la science des mathématiques mettre fin à l’extermination de la mère terre, et sinon, qui le peut ?

Scientifiquement, pourquoi y a-t-il quelques riches et des millions de pauvres ?

Étudie-t-on scientifiquement comment et qu’est-ce que nous détruisons de notre mère nature, de manière que nous ne voyons pas et que nous ne connaissons pas ?

Quelle est l’explication scientifique au fait que les grands entrepreneurs veulent devenir maître du monde en détruisant l’humanité et la mère nature ?

En sachant que la pétrochimie fabrique la majorité des produits que nous utilisons et qui sont toxiques, pourquoi on continue à les fabriquer ?

En tant que scientifiques vous avez créé quelque chose qui ne détruit pas, qui ne fait pas de mal, sachant que d’autres l’utilise comme marchandise, mais maintenant vous savez qu’en fait ça fait du mal. Qu’en pensez-vous maintenant, comment pensez-vous continuer et avec qui continuer ?

Il y a des études scientifiques disant que nous autres, peuples originaires, nous détruisons la mère nature ou y a-t-il des études scientifiques disant que ce sont d’autres qui détruisent l’humanité et la terre mère ou qui sont ceux qui font tant de mal ?

Voyez-vous, vous, la nécessité et l’urgence d’unir la science aux efforts et savoirs organisés des peuples originaires en résistance et révolte en défense de la vie, de la santé et de la Terre Mère ?

Selon vos expériences en tant que scientifiques, quelle est la meilleure manière d’enseigner les sciences aux enfants, aux jeunes hommes et jeunes filles des écoles autonomes et aux peuples afin de préparer les générations futures, et seriez-vous prêts à partager collectivement vos savoirs ?

Est-il maintenant prouvé scientifiquement que l’énergie solaire peut mettre en mouvement des machines, des voitures et remplacer les hydrocarbures, et si oui, pourquoi ne les ont-ils pas déjà remplacé ?

Peut-on scientifiquement prédire combien de temps de vie il reste à la planète terre ? Et peut-on prédire combien de temps de vie il reste au capitalisme ?

Existe-t-il une explication scientifique au pourquoi il existe certaines valeur de monnaie, par exemple le dollar, l’euro, différentes du peso et en quoi consiste les limites de production de monnaie de chaque pays ?

Avez-vous étudié scientifiquement si ce n’est pas un problème que là où les capitalistes font la guerre, ils tuent jusqu’aux animaux sans savoir pourquoi, et que pensez-vous au sujet de ces dégâts ?

Que pensez-vous, en tant que scientifiques, du fait que la science est utilisée et contrôlée par les militaires pour la construction d’armes sophistiquées et que peut-on faire pour arrêter la course à l’armement ?

Est-il vrai qu’existent les sciences occultes et sur quoi se basent-elles ?

Y a-t-il une explication scientifique aux comportements humains ? Par exemple, y a-t-il une explication scientifique à la conduite des satanés capitalistes, de pourquoi ils sont si mauvais et ne sont jamais satisfait ? Est-ce que quelque chose ne va pas bien dans leur tête, ou peut-être est-ce leur cerveau, ou pourquoi est-ce que plus ils assassinent et détruisent, plus ils sont contents ?

Scientifiquement pouvez-vous nous expliquer pourquoi le capitalisme concocte certaines crises de temps en temps afin de réactiver son économie ?

Avec tous les maux provoqués au peuple par les capitalistes faisant un mauvais usage de la science, peut-on créer scientifiquement une science réellement humaine afin de ne pas tomber dans une science inhumaine, et, si on peut en créer une véritablement humaine, qui peut la créer ?

Nous autres, avec notre lutte de libération, nous voyons et sentons la réalité provoquée par l’hydre capitaliste et nous devons faire quelque chose, c’est pour ça que nous créons une nouvelle société et un monde neuf, pour sauver la nature pour le bien de l’humanité où il n’y aura pas d’injustice, d’inégalité, d’exploitation et de misère. Pour ça l’unité des peuples originaires est nécessaire, de tous les exploités, des artistes et de vous en tant que scientifiques. Parce que vos inventions et vos découvertes sont très importants pour le développement de l’humanité. Qu’en pensez-vous et qu’avez-vous à en dire ?

Frères, sœurs, camarades scientifiques, vous qui êtes différents de nous en connaissances, nous avons quelque chose en commun, avec d’autres secteurs, parce que le capitalisme nous exploite de la même manière et utilise mal nos connaissances. Que pensez-vous, va-t-on permettre que continue l’exploitation ou y a-t-il une autre manière de vivre dans la justice et la liberté, y aurait-il une manière de travailler dans l’unité et collectivement, défendre la vie et l’humanité ?

Frères, sœurs, camarades scientifiques, l’exploitation et le mauvais traitement des être humains et de la nature ont provoqué beaucoup de souffrances et de morts, nous voudrions que les exploiteurs et ceux qui ne souffrent pas comme nous avons souffert et nous mourons, se mettent à notre place. Cela nous fait penser qu’il faut faire quelque chose et ceux qui seront nécessaires. Nous finissons par penser que les artistes, les scientifiques et les peuples originaires, ensemble avec ceux d’en-bas, nous devons unir nos savoirs et commencer à construire un monde nouveau où ceux qui vivront, nous vivrons bien. Seriez-vous d’accord pour faire partie de la construction du nouveau monde avec nous ?

Frères, sœurs, camarades scientifiques, , nous, femmes et hommes, en tant que zapatistes, nous pensons que la science en soi est une série de connaissances qui pourraient nous aider à développer un système plus humain, où nos rêves d’unité et de préservation de la terre mère et les êtres vivants, est possible. En même temps nous détruirons le plus vite possible le monstre capitaliste. Alors, vos rêves, vos connaissances, votre science, rentrent-ils dans le monde de l’oppression ? Dans la spoliation, dans l’horreur, la peur et l’extermination de la vie, vous rêves rentrent-ils ? Croyez-vous que la science peut s’humaniser collectivement avec les peuples du champ et de la ville ?

Frères, sœurs, camarades scientifiques, que pensez vous de la perpétuation de l’exploitation des femmes, de leur manipulation, leur marginalisation, leurs assassinats, leurs tortures, leurs enfermements, des discriminations liées à la couleur, et qu’on nous utilise comme des objets pour promouvoir les marchandises des capitalistes, qu’on nous utilise comme publicité de propagande et le passage de drogues, qu’on nous utilise pour obtenir la satisfaction de relations sexuelles, qu’ils nous prostituent pour obtenir des ventes d’articles afin de faire des gains ? Pourquoi voyons-nous avec tristesse la violence et la mort que, jour après jour, affrontent des milliers de femmes à travers le monde, et nous ne sentons pas seulement de la tristesse mais aussi de la rage et de la colère.

Par exemple, nous, en tant que femmes zapatistes, nous exerçons notre droit et notre liberté de participer à nos gouvernements autonomes, de commander en obéissant, nous voyons qu’il s’agit d’un espace pour nous, pour la construction d’une nouvelle société. Que pensez-vous, en tant que scientifiques, que nous pouvons faire, vous et nous, pour pouvoir être libres de toutes ces souffrances et méchancetés que nous fait le système capitaliste ? Puisque sans nous les femmes le monde ne peut vivre, combien de temps devons-nous attendre, en tant que femmes, pour être libres, est-ce maintenant ou jamais ? Nous, en tant que femmes zapatistes, nous voyons qu’il est possible d’organiser, de lutter et de travailler, nous voyons que vous et nous, avons besoin les unEs des autres.

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Et, pour en finir avec cette partie, je pose là deux questions. La première a été ajoutée par le Sous-Commandant Insurgé Moisés :

Quelle est l’explication scientifique au fait que les insurgéEs, pendant les discussions politiques, sombrent dans leurs rêves ? Bien qu’ils disent ne pas pouvoir dormir, à peine commence la discussion politique qu’ils vont jusqu’à ronfler. Y a-t-il une explication scientifique ou est-ce qu’ils font les idiots et idiotes ?

La seconde prendra sens à la prochaine session:

Pourquoi cette fleur est-elle de cette couleur, pourquoi a-t-elle cette forme, pourquoi a-t-elle cette odeur?

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(Le SupGaleano et les marionnettes de Einstein et Sherlock Holmes)

(Le Sup sort les marionnettes de Einstein et Sherlock Holmes, et les place au centre, flanquées de la paire de figures du chat-chien)

Comme tout alchimiste qui se respecte, je ressens un mélange d’envie et d’admiration pour ceux qui, sans arrêter de s’atteler aux problèmes mondains de l’injustice et de l’esclavage, font des sciences dures (comme Albert Einstein, ici présent) et pour ceux qui parviennent à aller au-delà de l’univers abstrait et appliquent les sciences à la recherche de la vérité et de la justice (comme le détective consultant Sherlock Holmes). Einstein et Holmes, chacun représente l’engagement de son travail scientifique et technique pour la transformation sociale. Chacun nous rappelle que, comme l’a signalé auparavant le compagnon Sous-Commandant Moisés, nous en pouvons déléguer à d’autres la tâche qui nous incombe en tant qu’êtres accomplis.

Pourquoi, bien que je sois un alchimiste médiocre, vous, qui avez fait du travail scientifique votre moteur et votre destin, coïnciderez-vous avec moi et avec le pluriel présent ici et qui vous rencontre, sur le fait que nous devons faire quelque chose. Et que cette chose n’a rien à voir avec l’irresponsabilité de déléguer à d’autres la responsabilité de faire quelque chose.

Bien sûr, vous direz que je vous tends un piège. Que, en vous mettant face aux figures d’Albert Einstein et Sherlock Holmes, j’ai recours à un chantage grossier et caricatural pour ainsi vous obliger à adhérer à une proposition politique aspirant à hégémoniser et homogénéiser tout: les sciences, les arts, la vie.

Ça se pourrait, mais non. Laissons de côté un moment les chantages, plus appropriés aux romances adolescentes et la politique d’en-haut qui a la bouche pleine “d’amour” et de “fraternité” pendant qu’elle milite pour le mépris, le racisme, l’intolérance et le “avec moi ou contre moi” que toute proposition fasciste suppose.

Notez qu’aux côtés de Einstein et Holmes, j’ai mis les figurines du Chat-chien. En même temps, regardez cette paire et regardez-vous vous-mêmes.

Le Chat-chien dans le rôle du Docteur Watson, prêt à conter ses prouesses scientifiques, c’est à dire, humaines.

Mais le Chat-chien désignant également les ombres de Moriarty et du Projet Manhattan, vous avertissant sur la présence abominable et prédatrice de l’Hydre, le système toujours prêt à faire opérer son alchimie perverse et à convertir la connaissance pour la vie et la création, en connaissance pour la destruction et la mort.

Donc, plus qu’un chantage, je vous symbolise ce qu’est cette rencontre entre votre science et connaissance avec nous, femmes et hommes zapatistes.

Je vous montre que nous vous regardons et que notre regard est aussi une manière de vous écouter et d’apprendre de vous.

Que notre regard possède ce mélange d’admiration et d’envie pour ce que vous êtes; pour ce qui, au moins pour nous, femmes, hommes zapatistes, vous rend spéciaux.

Et notre regard ni n’espère ni ne désespère.

Notre regard vous demande simplement :

Et vous alors ?

Depuis le CIDECI-Unitierra, Chiapas, Mexique, Amérique Latine, Planète Terre, Système Solaire, etcétera.

SupGaleano

Mexique, 26 décembre 2016.

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la présidentielle n’aura pas lieu

Poésie des meutes:
collage de slogans, entendus en manif, glanés sur les vitres, les murs, les banderoles.
Murs blancs, peuples muet ! dit-on. Depuis le début du mouvement contre la loi « travaille », le peuple pose ses couleurs sur les façades de ses cellules grises…

 

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À l’assaut du ciel.
Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s’annonce…
Nous sommes le peuple qui manque,
L’être et le néon.
Arrache la joie aux jours qui filent…
Nous sommes l’étoffe dont sont tissés les rêves.
Nous sommes de ceux qui font l’amour l’après-midi,
Nous naissons de partout, nous sommes sans limite!
Le ciel sait que l’on saigne sous nos cagoules contre la loi « travaille » !
Accommodez-vous de nous, ne nous accommodons pas de vous.
Ne nous vouons pas au pouvoir, dévouons-nous à pouvoir !
Donnons du sens à nos actes, ne soyons plus automates !
Et qu’il vienne! Le temps dont on s’éprenne !
Nos nuits sont plus belles que vos jours !
La révolte est notre seule boussole.
Paillettes et barres à mine…
Nos casseurs ont du talent,
Nos vies contre votre béton.
Nos éboueurs ont du talent.
L’enfance est notre seule patrie !
On veut 100 balles et le mois de mars !
On passera en avril quand on le décidera…
Nos banderoles ont de la gueule et des dents !
Si c’est eux qui ont raison, je ne suis pas raisonnable.
Nique les porsches, on veut des faucons millenium !
Si on se jette dehors avec le diable au corps,
c’est qu’on refuse de vivre comme des morts!
Se salarier pour étudier ou étudier pour se salarier?
Je veux vivre de grève si vivre c’est travailler.
Travailleurs de tous pays qui repasse vos chemises?
Nous sommes de celles qui s’organisent :
on ne repassera plus jamais vos chemises !
Notre éducation nous prépare à la soumission.
Arrêtons d’être des copies qu’on forme !
Ne vivons plus comme des esclaves !
On a rien et on en veut encore.
Notre sport préféré: l’émeute!
Organizadons-nous !
Spinozad partout !
Grèce générale !
Occupons tout!
Bloquons tout!
À très vitre…

 

Les banks pillent les états,
l’état ruine le peuple.
caca pipi talisme
Paradis pour les uns,
pas un radis pour les autres…
Une chaîne de télé ça reste une chaîne,
Ouvre les yeux éteins la télé !
Retrait de la loi travail
ou on spoil
Game Of Thrones !
Leurs règles ont toutes une tombe.
Néolibéralisme mange tes morts !
Le travail est en crise, achevons-le!
Ni loi ni travail, de la révolte en pagaille !
La bourgeoisie au RMI, le patronat au RSA.
Le lacrymo gène, le fumi gène… on ne vous dérange pas trop?
Ils ont du sang sur les mains, on a que nos colères et nos poings!
Le travail est la pire des polices… détruisons les 2!
Que fait la police? Ça crève les yeux!
Qui sème le gaz récolte le pavé.
Arrêtez de nous arrêter!
Embrasons la police…
Tout le monde déteste la police.

 

1789 les casseurs prennent la Bastille !
Une pensée aux familles des vitrines…
Dites-le avec des pavés !
acabadabra nous revoilà!
Je pense donc je casse,
L’émeute reforme la meute,
Nous sommes un peuple de casseur-cueilleurs!
Agir en primitif, prévoir en stratège…
kass kass bank bank !
Blackbloquons tout !
Paris est une fête…
Paris soulève-toi avec rage et joie !
Sans pétrole la fête est plus folle.
Paris, on nasse très fort à vous,
Pour l’unité il faut des ennemis communs.
Il est grand temps de rallumer les molotov.
Si en mai il n’y avait pas eu de pluie, le feu aurait déjà pris.
Il pleut des perles d’espoir ! 50 nuances de bris.
La liberté se prend comme se donne la vie…
avec violence et dans le bruit !
L’action est la sœur du rêve.
Et si le casseur, c’était ta sœur ?
Mort au symbolique, vive le réel.
Rêve général!
Ceux qui rêvent sans agir, cultivent le cauchemar…
Si vous nous empêchez de rêver, nous vous empêcherons de dormir.
C’est pas la manif qui déborde, c’est le débordement qui manifeste!
Deux émeutes par semaines, oh mon dieu qu’elles sont belles!
On n’entre pas dans un monde meilleur sans effraction !
Valls prend ton temps on s’amuse énormément.
Quand le gouvernement ment, la rue, rue…
Le vrai désordre c’est l’injustice.
En cas de 49.3 brisez la vitre!
Ça passe et ça casse!
Jusqu’ici tout va bien,
c’qui compte c’est pas la loi travail,
c’est l’insurrection qui vient!
La barricade ferme la rue mais ouvre la voie !
Il est l’heure de destituer le gouvernement,
Dernière sommation avant l’insurrection.
En cendres tout devient possible!
Pour la suite du monde
Demain est annulé !
Le monde ou rien,
Demain c’est plus très loin !
L’avenir ne nous dit rien et c’est réciproque…
La fin d’un monde s’annonce par des signes contradictoires.
Renverser l’irréversible et rendre l’éphémère permanent.
Une autre fin du monde est possible ;
Quand tout s’arrête, tout commence.
Demain s’ouvre au pied de biche.
Dans saboter il y a beauté.
Sans vous la vie est belle.
Tout bloquer devient vital !
Soyons ingouvernable!
Continuons le début !
Vainqueurs par chaos !
À ceux qui se soulèvent tôt…
2017, les urnes en miettes !
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Résistance et Rébellion I

source.

 

Traduction collective de l’intervention du Sup Moisés au séminaire zapatiste « La Pensée Critique face à l’Hydre Capitaliste » publiée le 6 mai sur le site de liaison zapatiste. Vous pouvez donc retrouver cette traduction sur le site d’Espoir Chiapas, ainsi que sur le site de Liaison Zapatiste.

Photos: ValK

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Paroles du Sous Commandant Insurgé Moises
6 mai 2015
Bonjour, compagnons et compagnes, frères et sœurs.
Je vais partager avec vous la façon dont nous, hommes et femmes, utilisons comme armes la résistance et la rébellion.
Avant de commencer avec ça, la façon dont nous faisons la résistance et la rébellion, je veux vous rappeler que nous sommes armés. Nos armes sont là, comme un outils de plus pour notre lutte, comme nous l’appelons maintenant. Nos armes sont un outils de lutte, comme une machette, un marteau, une bêche, une pelle, une houe, ce genre de choses. Parce que chaque outil a une fonction, mais l’arme, sa fonction est, si tu l’utilises, de tuer.
Alors, au début, quand nous sommes sortis à l’aube de l’année 1994 est apparut le mouvement de milliers de mexicains et mexicaines, partout, de toutes parts jusqu’à être des millions, qui ont fait pression sur le gouvernement, le chauve, comme nous l’appelons, Salinas le chauve, qui a dût s’asseoir et discuter avec nous; et en même temps à nous aussi on nous a dit que nous devions dialoguer et négocier.

 

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Le SupGaleano au micro et le SupMoi à ses côtés

Bon, nous avons donc entendu, la voix du peuple mexicain. Alors on a donné l’ordre de nous, nous retrancher derrière la lutte violente; nous avons alors découvert, grâce aux compagnes, parce que nous avons eu nos morts au combat, que ces compagnes ont commencé à se battre d’une autre manière, disons. parce qu’alors le gouvernement, des mois, un an, deux après, a voulu nous acheter, comme nous disons, il voulaient que nous recevions pour oublier la lutte.
Alors de nombreuses compagnes ont parlé et ont dit que pourquoi étaient morts les compagnons à l’aube de 94. De même qu’eux, elles, c’est à dire les combattants sommes allés au combat contre l’ennemi, alors nous devons considérer comme ennemi aussi celui qui veut nous acheter, c’est à dire ne pas recevoir ça, ce qu’ils veulent nous donner.
C’est comme ça que ça a commencé. Ça a été difficile parce que nous ne pouvions pas entrer en contact d’une zone à l’autre parce que c’était plein de militaires, alors peu à peu nous sommes entrés en contact avec les compagnons d’une zone à une autre pour commencer à répandre la parole de ce qu’avait commencé à dire les compagnes, qu’il ne fallait pas recevoir ce que donne le mauvais gouvernement, de même que les combattants sont allés au combat contre les ennemis qui nous exploitent, de même nous devons faire comme principe de base qu’il ne faut pas recevoir ça. Alors, peu à peu, ça s’est étendu à toutes les zones.
Maintenant nous pouvons donner plusieurs sens à ce que sont résistance et rébellion pour nous, parce que nous avons découvert, par la pratique, c’est à dire que nous pouvons donner une théorie comme on dit. Pour nous résistance veut dire être fort, dur, pour répondre à tout, n’importe quelle attaque de l’ennemi, du système; et rebelle c’est être courageux, courageuses pour répondre autant ou pour agir, selon ce qui convient, être courageuses, courageux pour faire les actions ou ce que nous avons besoin de faire.
Alors nous avons compris que la résistance ce n’est pas seulement résister à ton ennemi, ne pas recevoir ce qu’il donne, l’aumône ou les restes. Nous avons découvert qu’en résistance, il faut résister aux menaces ou aux provocations faites par l’ennemi, comme par exemple, les bruits d’hélicoptères; rien qu’avec le bruit des hélicoptères tu commences à avoir peur, parce que la tête te préviens qu’il va te tuer, alors tu pars en courant et c’est là qu’ils te voient, et c’est là qu’ils te mitraillent. Alors c’est ne pas avoir peur, il faut avoir de la résistance, c’est à dire il faut devenir assez fort pour ne pas courir quand tu entends le bruit. Si déjà rien que le sale bruit de l’hélicoptère fait peur, effraie, et il faut juste ne pas en avoir peur, rester tranquille.
Nous découvert cela que ce n’est pas juste ne pas recevoir. Notre rage, notre colère contre le système aussi nous devons y résister, et ce qui est difficile ou bon, difficile et bon en même temps, c’est que cette résistance et cette rébellion il faut les organiser. Pourquoi difficile? C’est que nous sommes des milliers à utiliser cette arme de la résistance et nous sommes aussi des milliers qui pouvons utiliser la rage, alors, comment contrôler ça, et l’utiliser en même temps pour lutter, ce sont deux choses difficiles, c’est pour cela que j’ai commencé par dire que nous avions là nos armes.
Mais ce que nous avons vu c’est que sachant organiser la résistance et en ayant de l’organisation d’abord, bien sûr, il ne peut pas y avoir juste de la résistance et de la rébellion si il n’y a pas d’organisation, alors organiser ces deux armes de lutte nous a beaucoup aidé pour avoir, disons que cela ouvre l’esprit, la façon de voir.
Je me souviens d’une assemblée de compagnons et compagnes, de quelle façon, car il s’y fait un travail politique, idéologique, beaucoup de discussions, beaucoup d’orientations aux villages sur la résistance et la rébellion. Alors je me souviens que les compagnons et les compagnes mettent en balance, celle qu’on appelle la lutte politique pacifique et la lutte violente. Certains de nos compagnons et compagnes disent alors: Qu’est-il arrivé à nos frères du Guatemala? -nous nous posons la question- 30 ans de lutte violente et qu’ont maintenant nos frères.
Pourquoi devons-nous bien organiser la résistance dans la lutte politique pacifique? Pourquoi devons-nous préparer notre résistance militaire? Laquelle nous convient?
Nous nous rendons alors compte que ce que nous aimons c’est la vie, comme ce que nous disions avant la société civile mexicaine, que la mobilisation qu’ils ont faite le 12 janvier 94 c’est qu’il aiment nos vies, que nous ne mourrions pas. Comment devons-nous faire cela? Que d’autre devons nous faire pour faire la résistance et la rébellion?
Nous avons découvert là qu’il faut résister aux moqueries que les gens vont faire sur notre gouvernement, sur notre autonomie. Il faut résister aux provocations de l’armée et de la police. Il faut résister aux problèmes posés par les organisations sociales. Il faut résister à toutes les informations qui apparaissent dans les médias, quand ils disent qu’il n’y a plus de zapatiste, qu’ils n’ont plus de force, dans ce cas, que le défunt Marcos est en train de négocier avec Calderon en cachette, ou que Calderon lui paye ses frais de santé parce qu’il est sur le point de mourir, enfin, il est déjà mort, en effet il est mort (inaudible), mais pas parce qu’il est allé (inaudible) Calderon, mais pour donner vie à un autre compagnon.
Donc tous ces bombardements psychologiques, on peut dire, pour démoraliser nos troupes, une montagne de choses auxquelles il faut résister.
Ensuite nous avons découvert la résistance à nous mêmes, parce que nous avons commencé à avoir divers travaux, des responsabilités, dans notre cas il y a des problèmes à la maison, peut-être pas chez vous, naissent les problèmes et la résistance commence à s’appliquer individuellement, et en même temps la résistance s’applique collectivement.
Quand c’est individuel c’est lorsque mon père, ma mère ou ma femme « Ou es-tu? Que fais-tu?Avec qui es-tu? etc, non? Alors on doit résister pour ne rien faire de mal comme taper la femme ou lâcher son travail, parce que sinon il y a des réclamations, parce qu’il n’y a pas de maïs, pas de haricots, pas de bois, et il y a des problèmes avec les enfants. C’est la que la résistance devient individuelle.
Quand la résistance est collective c’est qu’il y a de la discipline, c’est à dire, avec accord. C’est que nous nous mettons d’accord sur la façon dont nous allons affronter certains problèmes. Par exemple, je vais vous donner un exemple récent. Ça fait… je crois en février, un groupe de gens avec un autre groupe d’un terrain récupéré, sur lequel vivent ces gens qui ne sont pas zapatistes, à qui nous ne disons rien, mais eux ils ont dans l’idée de devenir propriétaires des terres, alors ils font les démarches pour légaliser les terres.
On voit alors que monsieur Velasco leur a dit qu’il faut un certain nombre de personnes, alors ces gens commencent à chercher d’autres gens du village, et alors ces membres là arrivent armés. Ils ont été jusqu’à 58 personnes, et ont commencé à envahir le terrain des compagnons, la terre récupérée. Alors nous n’allons pas laisser les compagnons.
  • Combien sont-ils?
  • Presque 60.
  • Il suffit que nous apportions 600 armes et on en fini, parce qu’après toutes leurs moqueries.
Ils ont mis du liquide à brûler dans l’enclos des compagnons, avec ce liquide ils ont tué un étalon, et avant ça, avaient détruit des maisons des compagnons. Alors les compagnons étaient vraiment rebelles, en colère, ils ne voulaient plus qu’on leur fasse de mal. Les compagnons interviennent:
– souvenez-vous compagnons que nous sommes un collectif.
Ils disent aux compagnons, les 600 réunis:

 

  • Souvenez vous de l’orange, Que dit-on lorsque un fruit est abîmé? Que se passe t-il?
  • Ah oui. Oui mais ces cons là eux est-ce qu’ils comprennent ça?
  • Ces cons là ne vont pas faire la loi, on est chez nous.
Qu’arrive t il à une orange ou une lime si on l’abîme? Elle pourrie complètement? Et qu’est ce que ça veut dire? Que nous allons infester le reste de notre organisation. Nous devons demander à la base si nous devons répondre par la violence, alors nos bases savent que nous entrons dans un autre mode. Déjà que nous y pensions, ce que nous sommes en train de faire maintenant, mais nos bases n’autorisent pas que cela se passe comme ça.
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Les milles voix de la pensée critique pour faire face à l’Hydre capitaliste.

Nous avons donc dit à nos compagnons que ceux qui étaient très rebelles, énervés, en colère, ne vont pas y aller, dites juste à vos représentants que vous n’irez pas parce que si vous y allez, vous allez tuer, alors c’est mieux que vous n’y alliez pas, dites-le à votre responsable pour qu’il sache, celui qui ne va pas au rapport, c’est son problème. Pareil pour ceux qui ont très peur, qu’ils n’y aillent pas non plus. Seulement ceux qui comprennent doivent y aller, il ne faut pas aller provoquer, mais il faut aller travailler la terre, c’est à dire travailler les champs, la maison et ce qu’il faut construire. A l’aube, les 600 sont partis, sans armes. Ils se sont mis d’accord sur qui allait commander.
C’est comme ça que ce fait le contrôle des deux choses, la colère mais aussi la peur. On cherche, on donne des explications, on parle, on se fait comprendre, parce que c’est vrai, que la plupart des compagnons ne va pas permettre ça.
Cette résistance que nous travaillons depuis déjà 20 ans, nous a coûté beaucoup de travail au début parce que ce sont des situations auxquelles nous sommes confrontées et que nous devons savoir résoudre. Je vais vous donner un exemple, Pourquoi est-ce que ça nous coûte de changer? Pendant le gouvernement de Salinas ils donnaient des projets, ils donnaient des projets en liquide, c’est à dire qu’ils donnaient des crédits, que recevaient les compagnons, imagine-vous alors qu’ils sont miliciens, caporaux, sergents, c’est à dire zapatistes. Alors de ce que donne ce salaud la moitié est pour les balles, l’arme et l’équipement et avec l’autre moitié on va acheter une vache, c’est à dire qu’avec ce que donne le gouvernement on s’est procuré une vache, c’est pour ça que le gouvernement n’a plus donné, seulement aux gens des partis politiques.
C’est de là que vient cette idée des compagnons, ce que je suis en train de dire, à ce moment nous avons décidé de ne plus recevoir. Ça a été dur, mais les compagnons ont compris. Ils ont dit, oui nous allons le faire, nous allons faire cette résistance. Cette négation nous donne le résultat que lorsque nous allons nous réunir, ils disent « j’ai pas pu venir parce que je suis en résistance, je n’ai pas d’argent, je ne peux pas payé le trajet », c’est le prétexte, ce n’est pas parce que non, c’est pour se cacher, c’est un prétexte.
Mais comme nous avons pris au sérieux le fait de ne rien prendre du système, nous avons découvert qu’il faut travailler dur la terre mère, ça je vous l’ai raconté ces derniers jours ici. C’est comme ça que les compagnons ont commencé à avoir leurs produits et ils se sont rendu compte qu’il vaut mieux travailler la terre et ainsi oublier ce que donne le gouvernement.
Dans la résistance et la rébellion nous nous sommes rendu compte de la sécurité de l’organisation dans laquelle nous sommes. Nous avons découvert une montagne de choses, par exemple, ce que je suis en train de vous dire, que nous ne parlons pas avec le gouvernement, ni nos bases, ni même avec des assassinats. Nous avons découvert qu’avec résistance et rébellion on peut gouverner et qu’avec résistance et rébellion on peut développer ses propres initiatives.
Notre manière de résister, soit dans le domaine économique, soit dans le domaine idéologique, politique, chaque zone s’organise. Certaines ont plus de possibilités, d’autres moins de possibilités, alors nous expérimentons. Par exemple les compagnons de Los Altos durant leur vie achètent le maïs, ils sèment peu, ils doivent en acheter la plus grande partie; et dans d’autres zones ce qu’ils font c’est amener le mais, au lieu de l’acheter en commerces, aux entrepôts du gouvernement, et que l’argent des compagnons de Los Altos aille au gouvernement, il vaut mieux qu’il aille à un autre Caracol. Parfois ça fonctionne bien, parfois ça fonctionne mal, mais c’est le mal que nous produisons nous-même, parce que oui, on en transporte des tonnes, et les compagnons chargés de rassembler le maïs ne le vérifient pas et les compagnons de base de soutien, ces cons, mettent au milieu (inaudible) du maïs, et les autres compagnons ne le vérifient pas non plus, alors il passe et s’en va. Quand il arrive à son lieu de destination, là où il va être consumé, là oui il est vérifié, et on se rend compte qu’ils vendent du maïs (inaudible) entre compagnons.
Alors nous corrigeons, parce qu’il ne s’agit pas de ça. Si nous résistons il faut bien organiser la résistance. L’échange, comme on dit, ou le troc ne fonctionne pas pour nous, parce que en Los Altos on ne peut pas emmener des tonnes de pommes ou de poires, ça ne se vend pas dans la jungle, et c’est ce que produisent beaucoup les compagnons, des légumes. Alors non, nous sommes en train de voir comment faire, nous en discutons, et nous en sommes à la moitié, sur comment nous organiser.
Je vais vous donner une série d’exemples. En 98, lorsqu’ils ont démantelé nos municipalités autonomes, quand il y avait encre le Croquetas, le Albores comme gouverneur à Tierra Y Libertad, là-bas au Caracol I, à La Realidad, les policiers judiciaires sont entrés, ils ont détruit la maison de la municipalité autonome et les compagnons miliciens surtout, demandent à riposter aux judiciaires, qui sont en fait des soldats, ils étaient déguisé en judiciaires, et on leur a dit non. On est allé voir les bases d’appui, parce que les compagnons miliciens étaient en colère, parce qu’on leur avait détruit leur maison de l’autonomie.
Nous allons alors dans les villages, et ils nous disent: qu’ils la détruise, l’autonomie nous l’avons là et nous l’avons là, la maison n’est pas une maison. Nous avons reçu du soutien et avec plus de raison on donne l’ordre que les miliciens ne fasse rien et nous payons le prix de la colère, et nos miliciens disaient « maudits commandants ». Nous avons appris que parfois la colère de la base, que l’on voit qui ne va pas nous servir dans ce que nous voulons, c’est alors le comité clandestin qui paye, ou le régional, qui sont tenus pour responsables.
un autre exemple c’est lorsqu’ils nous ont détruit notre premier Aguascalientes, l’armée. C’est la même chose, nous étions prêts, insurgés et miliciens, parce que nous savions que si on nous prend une partie on se sent vaincu, c’est que nous pensons de façon très militaire. Parce que militairement si tu perds une bataille t’es foutu et tu as envie de la récupérer, mais tu dois en faire le double pour la récupérer. Encore une fois cela nous oriente.
  • Que voulons-nous, la mort ou la vie?
  • Ben la vie.
  • Alors qu’il viennent ces salauds, nous ne les tuerons pas mais qu’ils ne nous tuent pas non plus.
  • Comment allons-nous faire si les embuscades sont déjà tendues?
  • Donc il faut envoyé la communication.
Nous avons dû retirer et ainsi nous avons évité beaucoup de mort, de notre côté et aussi du côté ennemi. Dans une des embuscades il y eu (inaudible), et c’est là qu’il est tombé, ensuite (inaudible), au général qui est tombé à Momon, le général Monterola, il était colonel je crois, à cette époque.
Ce fût la même chose dans le Caracol de la Garrucha quand il y a eu le démantèlement des municipalités autonomes Ricardo Flores Magon. La même chose, on fait dire qu’il ne faut pas répondre à la violence que provoque l’ennemi et le gouvernement. Et ainsi nous avons connu plein de provocations que cherchent ceux qui se laissent manipuler, dans ce cas les gens des partis politiques.
C’est ce qui est arrivé aux compagnons qui ont reçu beaucoup de ces coups, provocations, ce sont les compagnons du Caracol de Morelia, celui d’Oventik, de Garrucha et de Roberto Barrios, là où les paramilitaires ont été très cruels c’est à Roberto Barrios et à Garrucha, en Morelia, en Oventik.
Par exemple, à San Marcos Aviles, là où se trouvent nos bases, ils ont importuné tellement de fois. Ce que font les paramilitaires c’est t’obliger à tomber, ça se voit qu’ils sont bien entraînés par l’armée et le gouvernement, parce qu’ils t’usent; tu as ton café, ton haricot, ton maïs, ils t’arrachent les plants que tu sèmes, coupent le bananier, emportent l’ananas que tu as planté, ils t’usent quoi. Jusqu’au jour où nos bases ont dit assez, heureusement que cette rébellion et cette résistance sont organisées en collectif, alors les compagnons et les compagnes bases de San Marco Aviles se présentent à la Junta de Bon Gouvernement pour dire: Nous sommes venu dire que nous ne supportons plus, tant pis si nous mourons mais nous les emporterons avec nous.
La Junta de Buen Gobierno et le Comité Clandestin appellent les compagnons et leurs expliquent: nous n’allons pas vous dire non, d’abord parce que nous sommes une organisation, deuxièmement si il y a un survivant parmi vous il ne pourra pas rester chez vous, il devra se cacher parce que ces salauds ne vont pas le laisser vivant ou vivante, parce que ce qu’ils veulent c’est en finir avec les bases. Ce que vous devez faire c’est un écrit, faite un enregistrement et nous le ferons parvenir à ce maudit gouvernement, pour qu’ils sachent que ceux qui sont là vont mourir et nous aussi, et alors qu’il arrive ce qui doit arriver.
Ensuite nous avons cherché un autre moyen. Les compagnons et compagnes ont fait l’enregistrement et nous avons cherché le moyen de le faire parvenir au gouvernement, c’est toujours d’actualité. Alors, nous savons, que le gouvernement a donné de l’argent aux gens des partis politiques d’ici, ils se sont calmé parce que c’est la façon du gouvernement de les calmer. C’est tout ce qu’ils font, c’est la méthode du gouvernement, leur donner un projet ou un peu d’argent à partager, il l’a toujours fait. Qui sait ce qu’il va se passer maintenant parce qu’il ne va plus y avoir d’argent du gouvernement.
Juste pour mentionner ceci, sur la façon de résister, parce que nous avons essayé, Parce que ce dont nous nous rendons compte c’est pourquoi allons-nous tuer un autre indigène. Ça ça nous met en colère, si je vous le disais comme nous le disons dans nos assemblées c’est horrible, parce que dans ces cas là nous n’arrêtons pas d’insulter le gouvernement. Ce qui nous met en colère c’est comment ces salauds les manipulent; et aussi pourquoi, pardon pour le mot, il y a des cons et des connes qui se laissent manipuler contre leur propre race.
Par exemple, ceux de la ORCAO. Une partie de la ORCAO est en train de se rendre compte que ce qu’ils font est complètement mal, mais il y a une autre partie qui n’en a rien à faire, pour de l’argent, et ils continuent de nous menacer. Il y a un mois les compagnons de Morelia, ont dû résister tout ce que leur a fait ceux de la ORCAO. La CIOAC? On en parle même pas, il y a le Compagnon Galeano et ce qui s’est passé à Morelia, ceux sont les mêmes de la CIOAC Historique.
Alors, comme nous nous aimons la vie, et grâce à notre forme de résistance, nous avons éviter de nous tuer plus entre nous à cause de la manipulation du gouvernement.
Nous avons résisté aussi à ceux qui viennent, c’est que nous avons de la visite de Mexico, on leur dit ou ils nous disent à nous, ils disent à nos villages, que pourquoi nous ne continuons pas la lutte armée, que pourquoi nous sommes réformistes, d’autres nous demandent pourquoi nous sommes extrémistes, qui croire? Non, Il faut résister à ces paroles, parce que les gens parlent, et notre réponse c’est qu’il y a ce qui ce dit et il y a ce qui se fait, parce que c’est facile de parler, je peux crier et tout ça, mais quand tu y es c’est pas la même chose, ça change.
Grace à la résistance, compagnons, compagnes, sœurs et frères, nous ne disons pas que les armes ne sont pas nécessaires, mais ça va de paire avec, comme on a dit: la désobéissance, mais une désobéissance organisée, c’est vrai, ici n’intervient pas la mauvais gouvernement grâce aux compagnons, aux compagnes, alors nous savons que nous allons pouvoir faire mieux, mieux organiser la résistance et la rebellions en démontrant que nous ne demandons permission à personne.
Que nous nous mettons d’accord sur ce que nous nous devons faire, c’est ce qui nous pousse, en plus de que la génération qui est avec nous maintenant, c’est à dire ceux qui ont 20 ans, Garçons et filles, disent: nous sommes prêts et prêtes, mais montrez-nous ce qu’on veut, comment gouverner. Maintenant les zones, avec l’organisation de la résistance et de la rébellion forment la nouvelles génération de jeunes hommes et de jeunes femmes pour accomplir ce que nous avons déjà dit, que pour les siècles et les siècles et pour toujours, on dirait que c’est religieux, mais, c’est rebelle; parce que c’est pour toujours, alors il faut que les générations soient formées pour que le petit-fils de Absalon Castellanos Dominguez ne revienne jamais, ou Javier Solorzano, l’un des grand exploitant agricole.
Nous avons beaucoup de travail pour nous améliorer. Cela ne veut pas dire, compagnons, compagnes, frères et sœurs, cela ne veut pas dire que nous renonçons à nos armes sinon que c’est une compréhension politique, idéologique, rebelle, qui nous permet de voir comment transformer vraiment en arme de lutte notre résistance. Les compagnons des Conseils de Bon Gouvernement nous disent que nous avons besoin d’une autre instance, alors nous demandions aux compagnons du CCRI: Pourquoi vous dites ça compagnons, compagnes? Ils disent: « nous le ressentons pour quoi est né la Junta de Buen Gobierno ».
Nous en discutons, ils nous ont dit, expliqué. Quand les MAREZ, les municipalités autonomes rebelles zapatistas étaient livrés à eux-mêmes, certaines ont des projets, d’autres n’en n’ont pas, d’autres rien, lorsque la Junta de Buen Gobierno se forme elle commence à contrôler les municipalités pour qu’elles soient équitables, les mêmes projets. Maintenant comme Junta de Buen Gobierno ils se rendent compte que de nouveau ce n’est pas équitable. Certains ont plus de projets parce qu’ils sont plus proches, prés des routes, et les autres sont très loin, alors non, mais nous en tant que Junta du Bon Gouvernement nous ne pouvons pas, nous devons soumettre en assemblée et à la répartition des zones, c’est là que l’on doit décider si c’est le moment de former une autre instance, parce que en plus nous organisons cette résistance et rébellion contre cette tourmente qui arrive. Alors encore plus les compagnons disent: c’est le moment, notre moment ils disent, c’est le moment d’avoir une autre instance, nous allons devoir agir dans la résistance et la rébellion, maintenant oui en inter zones, les milliers de zapatistes doivent lutter dans la résistance et la rébellion, alors ils doivent s’organiser. Mais grâce à ce terrain de lutte, de résistance et de rébellion c’est ce qui nous a aidé, nous a donné la direction de comment y arriver. Et si avec ça, parce qu’on ne va demander la permission à personne, pour nous c’est fini le temps où on ne nous reconnaissait pas la Loi sur les Droits et la Culture Indigène, nous partons; si ils veulent toujours pas nous la respecter alors nous avons l’outil.

Paroles de la Commandante Miriam de l’EZLN

source.

Traduction collective de l’intervention de la Commandante Miriam de l’EZLN au séminaire zapatiste « La Pensée Critique face à l’Hydre Capitaliste » publiée le 6 mai sur le site de liaison zapatiste. Vous pouvez donc retrouver cette traduction sur le site d’Espoir Chiapas, ainsi que sur le site de Liaison Zapatiste.

Photos: ValK

Le sⒶp

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Participation des compañeras zapatistas. 
Séminaire « La pensée Critique face à l’Hydre Capitaliste », 
6 mai 2015
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Parole aux femmes pendant le séminaire zapatiste

Commandante Miriam
Bonsoir compañeras et compañeros.
C’est à mon tour de vous parler un peu de comment était la situation des femmes avant 1994.
Depuis l’arrivée des conquistadors, nous avons souffert la triste situation des femmes. Ils nous ont volé nos terres, ils nous ont enlevé notre langue, notre culture. C’est comme ça qu’est arrivée la domination du caciquisme, des propriétaires terriens, et que sont arrivées la triple exploitation, l’humiliation, la discrimination, la marginalisation, la maltraitance, l’inégalité.
Parce que ces sales patrons nous traitaient comme si nous leur appartenions, ils nous envoyaient faire tout le travail dans les haciendas, sans considérer si nous avions enfants, maris ou si nous étions malades. Ils ne nous demandaient pas si nous étions malades. Si nous n’arrivions pas au travail, ils envoyaient leur garçon de ferme ou leur esclave laisser le maïs devant la cuisine pour que nous leur préparions leurs tortillas.
Et ainsi, pendant longtemps, nous avons travaillé dans la propriété du patron. Nous moulions le sel parce que le sel n’était pas comme nous le connaissons maintenant, le sel qu’on achète tout fin, le sel qu’ils utilisaient avant était gros, il faisait de grosses boules et c’était les femmes qui devaient le moudre ; et ils arrivaient pour faire moudre le sel pour le bétail, pour enlever la peau des grains de café quand c’était l’époque de la récolte du café. Si vous entrez à six heures du matin, vous sortez à cinq heures du soir. Toute la journée, la femme doit s’occuper de tous les sacs de café qu’on lui donne à faire.
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« Ils nous vendaient comme si nous étions de la marchandise, pendant tout le temps qu’a duré l’acasillamiento, il n’y a pas eu de répit pour nous les femmes. »

C’est comme ça que travaillaient les femmes. C’est comme ça qu’elles ont travaillé, maltraitées, à chercher l’eau, et la misère, c’est-à-dire ils lui donnent une misérable paye, ils leur donnent juste une petite poignée de sel ou une petite poignée de café moulu, c’est la paye qu’ils donnent aux femmes.
Et ainsi sont passées des années durant lesquelles les femmes souffraient, et quand parfois nos enfants pleuraient et que nous leur donnions le sein, ils nous criaient dessus, ils se moquaient de nous, nous insultaient physiquement, ils nous disaient que nous ne savions rien, que nous étions inutiles, que nous étions un poids pour eux. Ils ne nous respectaient pas, ils nous traitaient comme si nous étions des objets.
Eux, ils font ce qu’ils veulent aux femmes, ils choisissent les femmes jolies ou les jeunes filles jolies pour qu’elles soient leur maîtresse et abandonnent leurs enfants n’importe où, ça leur est égal que les femmes souffrent, ils les traitent comme si c’était des animaux avec des enfants qui grandissent sans père.
Ils nous vendaient comme si nous étions de la marchandise, pendant tout le temps qu’a duré l’acasillamiento, il n’y a pas eu de répit pour nous les femmes.
Je vais vous parler un peu de l’acasillamiento. L’acasillamiento, c’est quand ils arrivent dans les haciendas ou les fermes, qu’ils arrivent avec toute la famille, et qu’ils y restent, et qu’ils travaillent pour le patron parce que ce sont les hommes qui sèment le café, qui le nettoient, qui le récoltent, ils doivent aussi nettoyer les enclos, semer le fourrage, tout ça, travailler le champs de maïs, la culture des haricots, mais tout ça pour le patron ; c’est le travail que font les hommes.
Mais il y a en plus autre chose dont je peux vous parler, quelque chose comme l’acasillamiento, en plus, il y a ceux qu’on appelle domestiques ou esclaves, qui de toute façon vont rester pour toujours dans l’exploitation, des femmes et des hommes. Mais ces hommes et ces femmes qui sont esclaves ou domestiques, qui restent dans l’exploitation, sont des hommes et des femmes qui parfois n’ont pas de famille. Une famille arrive à l’exploitation juste pour travailler et parfois le papa, la maman tombent malades et ils meurent, et les enfants orphelins restent et le patron prend ces enfants et ils grandissent là, dans l’hacienda. Et que font ces enfants ? Parce qu’il ne les garde pas comme fils adoptifs mais comme esclaves. Ces enfants grandissent et il leur donne du travail, si le patron à des animaux de compagnie, enfin, il a des animaux de compagnie, que ce soit un chien, un singe, ou n’importe quelle sorte d’animal, il les confie à son domestique et il doit s’en occuper. Où va le singe, le domestique doit aller, il doit s’en occuper, il doit le laver, il doit nettoyer l’endroit où il dort, c’est comme ça que ça se passe.
Et ensuite, quand le patron faisait une fête, autrefois les curés venaient dans les grandes haciendas et ils baptisaient leurs enfants, ou célébraient leurs anniversaires, ou le mariage de leurs filles, ce sont les curés qui les mariaient. Et puis ensuite ils font des repas tous ensemble et ces rats demandaient de garder la porte pendant qu’eux faisaient la fête, célébrant entre compadres, entre amis, tout ça, pendant que le domestique garde la porte, il ne laisse même pas rentrer un chien là où ils festoient. Il doit y être toute la journée, tout le temps que dure la fête du patron.
Et les femmes esclaves ce sont elles qui préparent à manger, qui lavent la vaisselle, qui s’occupent de l’enfant du patron ou qui s’occupent des enfants de ses convives.
C’est comme ça que vivent les gens dans les haciendas, et il ne faut pas croire qu’il leur donne de ce qu’il y a à manger à la fête, ils ont du pozol s’il y a du pozol, des haricots s’il y a des haricots, ce qu’ils ont l’habitude de manger pendant que les patrons mangent de bonnes choses, mais seulement avec leurs amis.
Et ensuite, quand le patron veut aller en ville, de son hacienda à la ville il faut marcher pendant 6 jours, et le domestique le suit, ou si les patrons ont des enfants qui parfois sont invalides, le domestique doit porter l’enfant du patron jusqu’à la ville. Et si la patronne veut retourner à son hacienda, le domestique doit retourner jusque là-bas et de nouveau porter son enfant.
Et c’est comme pour la récolte du café avec tout ce qu’ils cultivent dans l’hacienda, et ce même domestique doit être attentif aux mules, avec les mâles, je ne sais pas si vous vous y connaissez en chevaux, ils doivent seller, desseller le cheval du patron, garder le bétail et apporter le chargement jusqu’à la ville où vit le patron. S’il vit à Comitán, les domestiques doivent aller jusqu’à Comitán, ils partent de l’hacienda et ils doivent y aller parce qu’on leur a dit qu’ils étaient muletiers. Et c’est ainsi qu’à cette époque ont souffert beaucoup d’hommes et de femmes esclaves.
S’il y a des arbres fruitiers dans l’hacienda, s’ils grimpent dedans pour cueillir des fruits, ils ne les laissent pas les cueillir, ils les font descendre à coup de fouet, je ne sais pas si vous imaginez, à coup de fouet, ils le frappent. Le domestique n’a pas le droit de cueillir des fruits sans la permission du patron parce que tout ce qu’il récolte, il doit l’emmener à la ville. C’est ainsi qu’ont souffert les hommes et les femmes.
Après tant de souffrances des femmes ou tant d’exploitation de l’acasillamiento, les hommes se sont rendus compte de comment ils maltraitaient leurs femmes. Certains ont pensé qu’il valait mieux partir de l’hacienda en acasillamiento. Un par un, ils sont partis et ils se sont réfugiés dans les montagnes parce qu’il y avait toujours les collines, les propriétaires terriens ne s’étaient pas accaparés les collines, ils les avaient laissées, et c’est là-bas qu’ils se sont réfugiés.
Après que certains soient partis dans les montagnes, il est passé un certain temps et ils se sont rendu compte qu’il valait mieux se rassembler et former une communauté, c’est alors que d’autres ont recommencé à gagner les montagnes. Ils se sont rassemblés, ils ont discuté et ils ont formé une communauté dans laquelle ils pouvaient vivre. C’est comme ça qu’ils ont formé la communauté.
Mais une fois installés dans les communautés, comme le patron, ou autrement dit comme l’acasillado a une autre vision, les hommes, comme ils ont travaillés avec le patron, ils sont chargés de mauvaises idées, et ils les appliquent à la maison, comme des petits chefs. Ce n’est pas vrai que les femmes se sont libérées, ce sont les hommes qui sont devenus les petits chefs de la maison.
Et une fois de plus, les femmes ont du rester à la maison comme si c’était une prison, pour que les femmes ne sortent pas une nouvelles fois, elles se sont trouvées enfermées à nouveau.
Dès la naissance, nous ne sommes pas les bienvenues dans ce monde parce que nous sommes des femmes, parce que c’est une petite fille qui est née, on ne nous aime pas. Mais si c’est un garçon qui naît, les hommes font la fête, ils sont content parce que c’est un garçon. En fait, ils ont une mauvaise habitude qu’ils tiennent des patrons. Une habitude qui dure depuis tant de temps. Et après, quand les femmes naissent, on les considère comme inutiles par contre, si c’est un garçon, lui il va pouvoir travailler.
Mais la bonne chose, celle qu’ils ont faite, c’est qu’ils ne se sont pas séparés et qu’ils ont formé la communauté, ils ont commencé à nommer des représentants de la communauté et ils ont commencé à faire de réunions, ils ont passé du temps ensemble. Ce qui est bien, c’est qu’ils n’ont pas laissé tomber cette idée, ils ne l’ont pas laissée tomber, au contraire, ils l’ont encouragée. Les patrons et la conquête ont voulu faire disparaître leur culture, mais ils n’ont pas réussi car les communautés se sont formées.
Mais les hommes sont ceux qui dirigent à la maison, et les femmes sont celles qui obéissent aux ordres. Et s’il te dit que tu vas te marier, tu vas te marier, c’est-à-dire qu’on ne va pas te demander si tu veux te marier, ou pas, avec l’homme qui vient te demander, parce que le papa a déjà bu « le coup », autrement dit, avant, il a déjà bu le verre qui t’oblige à partir avec l’homme que tu ne veux pas.
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« Dès la naissance, nous ne sommes pas les bienvenues dans ce monde parce que nous sommes des femmes (…) »

C’est ainsi que nous souffrons ensuite avec nos époux parce qu’ils disent que les femmes ne servent qu’à faire la cuisine, qu’elles ne servent qu’à servir leur mari et s’occuper des enfants. Et comme les hommes ne prennent même pas leurs enfants dans leurs bras, autrement dit, ils n’aident pas les femmes, il te donne juste un enfant, après ça lui est égal comment tu vas t’en occuper. Et comme on dit parfois nous les femmes -je vais vous dire vraiment ce qu’il s’est passé pendant des années- chaque année il naît un bébé, chaque année et demie il naît un bébé, en fait les enfants grandissent en se suivant, un an ou un an et demi plus tard il y en a déjà un autre, comme ça, comme de petites échelles, ils grandissent. Mais le papa ne se préoccupe pas de si la femme souffre parce qu’elle doit aller chercher du bois, parce qu’elle doit cultiver le champ de maïs, parce qu’elle doit nettoyer la maison, balayer, s’occuper des animaux, laver le linge, s’occuper des enfants, changer les couches, tout ça, tout ça c’est le travail des femmes.
C’est pour ça que nous disons que nous souffrons la triple exploitation de la femme, parce que la femme doit être dès trois ou quatre heures du matin à la cuisine, selon combien d’heures l’homme met pour se rendre travail, il faut qu’elles se lèvent tôt pour préparer le pozol, le café, le petit-déjeuner de l’homme. L’homme part travailler, il revient dans l’après-midi, il veut que la réserve d’eau soit pleine, que son bain soit prêt ; l’homme se douche, il part se promener et jouer, la femme doit rester de nouveau toute la journée à la maison, en attendant la nuit puisqu’elle n’a toujours pas pu se reposer, à huit heures elle peut aller se coucher.
Et c’est comme ça que nous avons beaucoup souffert. L’homme ne s’inquiète pas de si tu es malade, de comment tu te sens, il ne te le demande pas. C’est comme ça que ça s’est passé. C’est comme ça qu’elles vivaient en réalité, ainsi ont vécu les femmes, nous ne mentons pas parce que nous savons ce qu’elles l’ont vécu.
Et aussi quand ils vont à l’église ou dans un centre de cérémonie où ils font la fête, les femmes aussi y vont, parfois, mais en se cachant le visage. C’est-à-dire que tu ne dois pas lever la tête, tu dois marcher comme ça, à genoux, sans regarder autour de toi, en te couvrant la tête comme ça avec ton châle, pour que ton visage se voie juste comme cela.
Et pendant longtemps l’homme a traîné ces mauvaises idées, ces mauvais apprentissages. C’est comme ça que ça s’est passé compañeros. Comme si nous n’étions rien. Comme si seuls les hommes pouvaient avoir l’autorité, comme si seuls eux pouvaient sortir dans les rues et participer à la vie de la communauté.
Il n’y avait pas d’école. Puis, dans certaines communautés, il y a eu des écoles mais nous n’y sommes pas allées non plus car nous sommes des femmes, ils ne nous laissent pas aller à l’école parce qu’ils disent que nous n’y allons que pour chercher un mari, et qu’il vaut mieux qu’on apprenne à travailler à la cuisine puisque de toute façon nous allons avoir un mari et qu’il faut donc tout apprendre pour pouvoir le servir.
Et quand il nous frappe, quand notre époux nous insulte, on ne peut pas se plaindre. Et si on demande de l’aide aux institutions du mauvais gouvernement, c’est pire, parce qu’ils soutiennent les hommes, ils leur donnent raison et nous, nous restons muettes, humiliées, honteuses d’être femme.
Nous n’avions pas le droit de participer aux réunions parce qu’ils disent que nous sommes idiotes, inutiles, que nous ne servons à rien. Ils nous laissaient à la maison. Nous n’avions aucune liberté.
Et personne ne s’occupait de la santé bien qu’il y avait des cliniques, des hôpitaux du mauvais gouvernement, en fait on ne s’occupait pas de nous parce que nous ne parlions pas l’espagnol et nous retournions chez nous et souvent beaucoup de femmes et d’enfants mourraient de maladies guérissables parce que de toute façon nous ne sommes rien pour eux, ils nous discriminent parce que nous sommes indigènes, ils nous disent que nous sommes des indiens va-nu-pieds, qu’on ne peut pas entrer ni dans les cliniques, ni dans les hôpitaux, ils ne nous le permettent pas, ils ne s’occupent que des gens qui ont de l’argent.
Tout ça nous l’avons souffert en personne pendant des années, nous n’avons jamais eu l’opportunité de dire ce que nous ressentions, à cause des enseignements des conquistadors et des mauvais gouvernements.
C’est tout, compañeros. L’autre compañera continue.

Vote ou ne vote pas, organise-toi!

source.

Traduction collective de l’intervention du SupMoisés au séminaire zapatiste « La Pensée Critique face à l’Hydre Capitaliste » publiée le 3 mai sur le site de liaison zapatiste. Vous pouvez donc retrouver cette traduction sur le site d’Espoir Chiapas, ainsi que sur le site de Liaison Zapatiste.

Photos: ValK

Le sⒶp

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SUR LES ÉLECTIONS : S’ORGANISER.

 

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Un regard malicieux du SupMoisés durant le séminaire

Avril 2015.

Aux compagnes-compagnons de la Sexta:

À celles et ceux en train de lire parce que ça les intéresse sans être de la Sexta :

Ces jours-ci, comme évidemment à chaque fois qu’il y a ce qu’ils appellent « processus électoral », nous entendons et nous voyons qu’ils ressortent que l’EZLN appelle à l’abstention, c’est à dire que l’EZLN dit qu’il ne faut pas voter. Ils disent ça et d’autres bêtises encore, ceux qui par paresse ont la grosse tête, qui n’étudient même pas l’histoire, ni même ne cherchent. Et ce jusqu’à faire des livres d’histoire et des biographies et se faire payer pour ces livres. C’est à dire qu’ils se font payer pour dire des mensonges. Comme les politiques.

Bien sûr, vous savez que ne nous intéressent pas, nous, ces choses que font ceux d’en-haut pour essayer de convaincre les gens d’en-bas qu’ils tiennent compte d’elles et eux.

Comme zapatistes que nos sommes nous n’appelons pas à ne pas voter, pas plus qu’à voter. Comme zapatistes que nous sommes, ce que nous faisons, chacun comme il peut, c’est de dire aux gens de s’organiser, pour lutter, pour obtenir ce dont ils ont besoin.

Nous, comme beaucoup d’autres parmi les peuples originaires de ces terres, nous connaissons déjà les manières des partis politiques, et c’est une mauvaise histoire de mauvaises personnes.

Une histoire qui pour nous comme zapatistes que nous sommes, est maintenant une histoire passée.

Je crois que c’est le défunt Tata Juan Chávez Alonso qui a dit que les partis partagent les peuples, les divisent, les font s’affronter, se battre jusqu’entre familiers.

Et c’est bien ce que nous voyons de temps à autre sur ces terres.

Vous savez que dans plusieurs communautés où nous sommes, eh bien il y des gens qui ne sont pas zapatistes, et qui restent ainsi sans s’organiser, vivant mal et attendant que le mauvais gouvernement leur donne leur aumône pour en tirer quelques photos montrant que le gouvernement est bon.

Alors nous voyons que, à chaque fois qu’il y a des élections, certains se mettent en rouge, d’autres en bleu, d’autres en vert, d’autres en jaune, d’autres décolorés, et voilà. Et ils se disputent entre eux, parfois même entre membre d’une même famille ils se battent. Pourquoi ils se disputent ? Eh bien pour voir qui va les commander, à qui ils vont obéir, qui va leur donner des ordres. Et ils pensent que si telle couleur gagne, eh bien ceux qui ont soutenu cette couleur vont recevoir plus d’aumône. Et alors nous voyons qu’ils disent qu’ils sont très conscients et sûrs d’être partisans, et parfois même ils se tuent entre eux pour une satanée couleur. Car c’est le même qui commande aujourd’hui qui veut la place, parfois il est revêtu de rouge, ou de bleu, ou de vert, ou de jaune, ou il prend une nouvelle couleur. Et ils disent qu’ils sont du peuple et qu’il faut les soutenir. Mais ils ne sont pas du peuple, ce sont les mêmes gouvernants qui un jour sont députés locaux, d’autres sont syndics, d’autres sont permanents d’un parti, qui sont maintenant maires et c’est comme ça qu’ils passent d’un siège à l’autre, et passent également d’une couleur à l’autre. Ce sont les mêmes, les mêmes noms, c’est la famille, les fils, les petits-fils, les oncles, les neveux, les parents, les beaux-frères, les fiancés, les amants, les amis des mêmes enfoirés et foireux de toujours. Et ils disent toujours les mêmes mots : ils disent qu’ils vont sauver le peuple, que désormais ils vont bien se comporter, qu’ils ne vont plus voler autant, qu’ils vont aider les défavorisés, qu’ils vont les sortir de la pauvreté.

Bon, eh bien alors ils dépensent leurs petits sous, qui bien sûr ne sont pas à eux mais qu’ils tirent des impôts. Mais ces foireux et fumiers ne les dépensent pas à aider ou à soutenir les défavorisés. Non. Ils les dépensent à mettre leurs placards et leurs photos sur leurs propagandes électorales, dans les pubs des radios et télévisions commerciales, dans leurs journaux et revues payantes, et ils apparaissent même au ciné.

Enfin bon, ceux qui dans les communautés sont très partisans en temps d’élection et très conscients de la couleur qu’ils portent, lorsque a gagné qui a gagné, tous prennent cette couleur, parce qu’ils pensent qu’ainsi ils leur donneront un petit cadeau.

Par exemple, maintenant ils vont leur donner leur télévision. Bon, comme zapatistes que nous sommes, nous disons qu’ils leur donne une boîte à merde, parce que cette télévision va leur apporter un paquet de merde.

Mais si avant ils leur donnaient ou ne leur donnait pas pleinement, maintenant ils ne donnent et ne donneront rien.

S’ils leur donnaient, eh bien c’était pour les rendre paresseux. Ils ont même oublié comment travailler la terre. Ils sont juste là, attendant qu’arrive la paye du gouvernement pour la dépenser en boisson. Et ils sont là dans leurs maisons, se moquant de nous parce que nous allons cultiver, et eux ne font qu’attendre que rentre la femme, la fille, pour l’envoyer chercher les provisions, le soutien du gouvernement.

Ainsi, jusqu’à ce que cela n’arrive plus. Ils ne les préviennent pas, ça ne sort pas dans les médias à gages, personne ne vient leur dire qu’ils sont leurs sauveurs. Simplement il n’y a plus de soutien. Et ce frère, cette sœur se rend compte qu’il, qu’elle n’a plus rien, qu’il n’y a plus rien pour la boisson, mais pas plus pour le maïs, les haricots, le savon, les culottes. Et donc, hé bien, il doit retourner cultiver le champ qu’il avait abandonné, couvert de mauvaises herbes à ne plus pouvoir y marcher. Et comme il a oublié le travail, alors ses mains se couvrent d’ampoules et hop il ne peut même plus tenir la machette. Comme s’ils l’avaient transformé en inutile qui ne vivait que d’aumônes et non de travail.

Et ça, ça se passe maintenant. Ça ne sort pas dans les informations des mauvais gouvernements. Au contraire, ils disent que oui, beaucoup de soutien. Mais dans les villages plus rien n’arrive. Où donc est l’argent que le mauvais gouvernement dit donner pour la campagne d’aumônes pour la faim ? Enfin bon, on sait que là-haut ils leur ont déjà dit qu’il allait y avoir moins d’argent et qu’ensuite il n’y en aurait plus. Vous croyez que si le paysan est maintenant habitué à l’aumône et a oublié de travailler, celui d’en-haut, qui lui apportait son soutien, il travaille ? Hé bien non, celui d’en-haut aussi est habitué à recevoir gratuitement. Il ne sait pas vivre honorablement en travaillant, mais il ne sait que vivre en ayant un poste dans le gouvernement.

Enfin bon, il arrive comme ça qu’il y a moins d’argent, puis que plus rien n’arrive. Tout reste en haut. Un peu pour le gouverneur, et puis pour le juge, et le policier, et le député, et le maire, et le syndic, et le leader paysan et ensuite pour la famille du partisan hé bien il n’arrive rien.

Mais avant ça arrivait, mais ça n’arrive plus. « Qu’est-ce qui se passe ? », demande le partisan. Et il pense que cette couleur ne sert plus, et il essaye une autre couleur. Et c’est pareil. Dans les assemblées de partisans ils se mettent en colère, ils cirent, ils s’accusent entre eux, s’appellent traîtres, vendus, corrompus. Et il s’agit de ça, ceux qui crient et ceux sur qui on crie sont bien des traîtres, des vendus et des corrompus.

Et donc, comme on dit, la base des partisans, hé bien, se désespère, s’angoisse, est en peine. Il n’y a plus de moqueries parce que dans nos maisons zapatistes il y du maïs, il y a des haricots, il y a des légumes, il y a un peu d’argent pour les médicaments, les vêtements. Et du travail collectif on sort de quoi nous soutenir entre nous en cas de besoin. Il y a l’école, il y a la clinique. Ce n’est pas que le gouvernement vienne nous aider. C’est que nous-mêmes nous nous aidons entre compagnons zapatistes et avec les compañeroas de la Sexta.

Alors vient le frère partisan tout triste et il nous demande ce qu’il fait, cet idiot.

Bon, hé bien sachez ce qu’on répond :

Nous ne lui disons pas de changer de parti pour un autre qui maintenant semble le moins pire.

Nous ne lui disons pas de voter.

Nous ne lui disons pas de s’enrôler comme zapatiste, parce que nous savons bien, par notre histoire, que tout le monde n’a pas la force de cœur pour être zapatiste.

Nous ne nous moquons pas de lui.

Nous lui disons tout simplement de s’organiser.

« Et ensuite, qu’est-ce que je fais ? », nous demande-t-il.

Et nous lui disons alors : « Là tu verras toi-même quoi faire, ce qui vient dans ton cœur, dans ta tête, et que personne ne vienne te dire quoi faire ».

Et il nous dit : « c’est que la situation est vraiment terrible ».

Et nous, nous ne lui racontons pas de mensonges, nous ne lui faisons pas de grands baratins, ni discours. Nous ne lui disons que la vérité :

« Ça va être pire ».

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« Les solutions viennent du peuple, pas des leaders, ni des partisans. »

Nous savons bien que ça se passe comme ça.

Mais, en tant que zapatistes aussi, nous sommes conscients qu’il y a toujours des gens qui, dans d’autres parties de la ville et de la campagne, tombent ainsi dans ce truc de partisans.

Et puis bon, ça semble très attirant ces trucs de partisans, parce que là-bas on gagne de l’argent sans travailler, sans galérer pour gagner quelques centavos et avoir quelque chose de digne pour manger, s’habiller, se soigner.

Et puis ce que font ceux d’en-haut c’est de tromper les gens. C’est ça leur travail, ils en vivent.

Et nous voyons bien que oui, il y a des gens pour croire que oui, maintenant la situation va s’améliorer, que ce dirigeant-là, oui, il va résoudre le problème, que oui il va bien se comporter, qu’il ne vas pas beaucoup voler, qu’il ne transigera qu’un peu, qu’il faut essayer.

Alors nous, nous disons que ce sont les pièces de petites histoires qui vont passer. Qu’ils doivent de leurs yeux se rendre compte que ce n’est pas quelqu’un qui résoudra le problème, mais que nous devons le résoudre nous-même, comme collectifs organisés.

Les solutions viennent du peuple, pas des leaders, ni des partisans.

Et ce n’est pas que nous le disions parce que ça sonne bien. C’est parce que nous l’avons déjà vu dans la réalité, c’est parce que nous le faisons déjà.

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Il se peut qu’il y a longtemps, certains partisans de gauche, avant qu’ils ne s’institutionnalisent, aient cherché à créer une conscience dans le peuple. C’est pas qu’ils cherchaient le Pouvoir par les élections, mais à bouger le peuple pour qu’il s’organise, et lutte, et change le système. Pas seulement le gouvernement. Tout, tout le système.

Pourquoi est-ce que je dis partisans de la gauche institutionnelle ? Hé bien, parce que nous savons qu’il y a des partis de gauche qui ne sont pas dans les magouilles d’en-haut, qu’ils ont leur manière, mais qu’ils ne se vendent pas, ne se rendent pas, ni ne changent leur idée qu’il faut en finir avec le système capitaliste. Et parce que nous savons, et nous comme femmes et hommes zapatistes nous ne l’oublions pas, que l’histoire de la lutte d’en-bas s’est aussi été écrite avec leur sang.

Mais la paye c’est la paye et en-haut c’est en-haut. Et les partisans de la gauche institutionnelle ont changé d’idée et maintenant c’est chercher le poste pour l’argent. Aussi simple que ça : l’argent. C’est-à-dire la paye.

Ou bien vous croyez que créer une conscience se fait en méprisant, en humiliant, en réprimandant les gens d’en-bas ? En leur disant qu’ils sont des bouffeurs de tortas qui ne pensent pas ? Qu’ils sont ignorants ?

Vous croyez que se crée une conscience s’ils demandent leur vote aux gens et en même temps les insultent en leur disant qu’ils sont des crétins qui se vendent pour une télévision ?

Vous croyez qu’ils créent une conscience si, quand tu leur dis « écoute, toi, partisan de gauche, ce foireux ou enfoiré, dont tu dis qu’il est l’espoir, il a déjà porté une autre couleur et c’est un rat », ils te répondent que tu es vendu au peña nieto?

Vous croyez qu’ils créent une conscience s’ils disent des mensonges aux gens, que les zapatistes nous disons qu’il ne faut pas voter ; simplement parce qu’ils voient que peut-être ils ne les feront pas signer leur registre, c’est-à-dire pour plus de paye, et ils cherchent juste un prétexte et quelqu’un à accuser ?

Vous croyez qu’ils créent une conscience si ce sont toujours les mêmes, ceux qui avant été jaunes, ou rouges, ou verts, ou bleus ?

Vous croyez qu’ils créent une conscience s’ils disent que ne doivent pas voter ceux qui n’ont pas fait d’études et qui sont pauvres parce qu’ils sont des ignorants qui ne votent que pour le PRI ?

Si le Velasco du Chiapas donne des baffes avec la main, ces partisans donnent des baffes avec leur racisme mal dissimulé.

Regardez, la seule conscience qu’ils créent, ces partisans, c’est qu’en plus d’être orgueilleux, ce sont des imbéciles.

Qu’est-ce qu’ils croient ?

Qu’après avoir reçu insultes, mensonges et réprimandes, les gens d’en-bas vont courir se mettre à genoux devant leur couleur, voter pour eux et les prier de les sauver ?

Ce que nous disons en tant que zapatistes : c’est la preuve que pour être politicien partisan d’en-haut il faut être un crétin ou une crapule ou un criminel, ou les trois à la fois.

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« Nous n’appelons ni à voter, ni n’appelons à ne pas voter. Ça ne nous intéresse pas. »

Nous, femmes et hommes zapatistes, disons qu’il ne faut pas craindre que le peuple commande. C’est le plus sain et sensé. Parce que le peuple lui-même fera les changements dont il a vraiment besoin. Et ainsi seulement existera un nouveau système pour gouverner.

Ce n’est pas que nous ne comprenions pas ce que veut dire élire ou élection. Nous, femmes et hommes, les zapatistes, avons un autre calendrier et géographie de comment faire des élections en territoires rebelle, avec résistance.

Nous l’avons déjà le nôtre en tant que peuples qui élisent vraiment, et il n’y a pas de millions dépensés et encore moins de tonnes de déchets plastiques, de bâches avec leurs photos de voleurs et de criminels.

Bien sûr ça ne fait qu’à peine 20 ans que nous avançons en élisant nos autorités autonomes, avec une véritable démocratie. Avec ça nous avons avancé, avec la Liberté que nous avons conquise et avec l’autre Justice du peuple organisé. Où s’impliquent les milliers de femmes et d’hommes afin d’élire. Où toutes et tous trouvent un accord et s’organisent pour surveiller que soit accompli le mandat des peuples. Où les peuples s’organisent pour voir ce que seront les tâches des autorités.

C’est-à-dire comment le peuple commande son gouvernement.

Les peuples s’organisent en assemblées, où ils commencent par donner leurs avis et de là commencent à venir des propositions et ils les étudient les propositions, leurs avantages et inconvénients, et ils analysent quelles sont les meilleures. Et avant de décider ils les rapportent à tous les peuples pour leur approbation et retour à l’assemblée pour la prise de décision selon la majorité des décisions des peuples.

Voilà la vie zapatiste dans les peuples. C’est une culture de vérité.

Il vous semble que c’est très lent ? C’est pour ça que nous disons que c’est selon notre calendrier.

Il vous semble que c’est parce que nous sommes des peuples originaires ? C’est pour ça que nous disons que c’est selon notre géographie.

Il est certain que nous avons connu bien des erreurs, beaucoup de failles. Il est certains que nous en connaîtrons d’autres.

Mais ce sont nos failles.

Nous, femmes et hommes, les commettons. Nous, femmes et hommes, les payons.

Pas comme chez les partisans dont les dirigeants faillissent et en plus font payer, et ceux d’en-bas sont ceux qui payent.

C’est pour ça qu’en ce qui concerne les élections à venir au mois de juin, ça ne nous fait ni chaud ni froid.

Nous n’appelons ni à voter, ni n’appelons à ne pas voter. Ça ne nous intéresse pas.

Plus encore, ça ne nous inquiète même pas.

Nous, femmes et hommes zapatistes, ce qui nous intéresse c’est d’en savoir plus sur comment nous résistons et affrontons les multiples visages du système capitaliste qui nous exploite, nous réprime, nous méprise et nous vole.

Parce que ce n’est pas seulement d’un bord et d’une façon que le capitalisme opprime. Il opprime si femme. Il opprime si employé. Il opprime si ouvrier. Il opprime si paysan. Il opprime si jeune. Il opprime si enfant. Il opprime si professeur. Il opprime si étudiant. Il opprime si artiste. Il opprime si tu penses. Il opprime si tu es humain, ou plante, ou eau, ou terre, ou air, ou animal.

Peu importe combien il le parfume et le lave, le système capitaliste « dégoulinant de sang et de saleté par tous ses pores, de la tête aux pieds » (à vous de trouver qui l’a décrit ainsi et où).

Donc notre idée ne sert pas à promouvoir le vote.

Pas plus qu’à promouvoir l’abstention ou le vote blanc.

Notre pensée ne sert pas à donner des recettes de comment faire face au problème du capitalisme.

Ce n’est pas non plus pour imposer notre pensée à d’autres.

Le séminaire sert à voir différents visages du système capitaliste, pour essayer de comprendre s’il a de nouvelles façons de nous attaquer ou si ce sont les mêmes façons qu’avant.

Si d’autres pensées nous intéressent c’est pour voir si c’est bien certain ce que nous voyons venir, une crise économique énorme qui va s’ajouter à d’autres maux et va faire beaucoup de mal à toutes et tous, de tous et toutes parts, dans tout le monde.

Si alors il est certain que ça vient, ou que ça y est, hé bien il faut penser s’il est utile de faire la même chose que ce qui s’est fait avant.

Nous pensons que nous devons nous obliger à penser, à analyser, à réfléchir, à critiquer, à chercher notre propre pas, notre propre manière, dans nos lieux et en nos temps.

Maintenant je vous demande à vous qui lisez ceci : que vous votiez ou que vous ne votiez pas, ça vous fait mal de penser comment va le monde dans lequel nous vivons, de l’analyser, de le comprendre ? Penser de façon critique vous empêche de voter ou de vous abstenir ? Ça vous aide ou pas pour vous organiser ?

-*-

Complément des élections :

Seulement pour que ce soit bien clair et que vous ne vous laissiez pas tromper sur ce que nous disons ou ne disons pas.

Nous comprenons qu’il y a ceux qui croient qu’ils vont pouvoir changer le système en votant aux élections.

Nous disons, nous, que c’est terrible parce que c’est le même Commandeur qui organise les élections, lui qui dit qui est candidat, lui qui dit comment voter et quand et où, lui qui dit qui a gagné, lui qui l’annonce et lui qui dit si ça a été réglo ou pas.

Mais bon, il y a des gens qui pensent que oui. C’est bien, nous, nous ne disons pas non, mais nous ne disons pas non plus oui.

Donc, votez pour une couleur ou un décoloré, ou ne votez pas, ce que nous, femmes et hommes, nous disons c’est qu’il faut s’organiser et prendre en mains celui qui gouverne et l’obliger à obéir au peuple.

Si vous pensez ne pas aller voter, nous, femmes et hommes, nous ne disons pas que c’est bien, nous ne disons pas non plus que c’est mal. Nous disons seulement que nous croyons que ça ne suffit pas, qu’il faut s’organiser. Et bien sûr, que vous vous prépariez parce qu’on va vous rejeter la faute des misères de la gauche partisane institutionnelle.

Si vous pensez aller voter et que vous savez pour qui vous aller voter, hé bien pareil, nous ne nous prononçons pas si c’est bien ou mal. Ce que nous disons bien sûr c’est de vous préparer parce que vous allez être très en colère à cause des pièges et des fraudes qu’ils vont faire. Parce qu’ils sont experts en tromperies ceux qui sont au Pouvoir. Parce que ce qui va arriver a été décidé par ceux d’en-haut.

Nous savons aussi qu’il y a des leaders qui trompent les gens. Ils leur disent qu’il n’y a que deux voies pour changer le système : ou la lutte électorale ou la lutte armée.

Ceux-là disent ça parce qu’ils sont ignorants ou voyous, ou les deux à la fois.

D’abord, eux ne luttent pas pour changer le système, ni pour prendre le Pouvoir, mais pour être gouvernant. Ce n’est pas la même chose. Ils disent que maintenant qu’ils sont au gouvernement, de là ils vont faire de bonnes choses, mais ils prennent garde de laisser clairement entendre qu’ils ne changeront pas le système, mais qu’ils vont seulement enlever ce qui est mauvais.

Peut-être qu’il serait bon qu’ils étudient un peu et apprennent qu’être au gouvernement ce n’est pas avoir le Pouvoir.

On voit qu’ils ne savent pas non plus que s’ils enlèvent le mauvais du capitalisme, il n’y aura plus de capitalisme. Et je vais vous dire pourquoi : parce que le capitalisme c’est l’exploitation de l’homme par l’homme, de beaucoup par quelques-uns. Même en ajoutant les femmes aussi, ça ne change pas. Même en ajoutant les Autres aussi, ça ne change pas. Ça continue d’être le système où quelques-un-e-s s’enrichissent sur le travail des autres. Et ils sont peu les autres d’en-haut, et ils sont nombreux les autres d’en-bas. Si ces partisans disent que ça c’est bon et qu’il n’y a qu’à surveiller qu’ils ne dépassent pas les bornes, c’est bien, qu’ils le disent comme ça.

Mais pour arriver au gouvernement il n’y a pas seulement deux voies comme ils le disent (la voie armée et la voie électorale). Ils oublient que gouverner peut aussi s’acheter (ou ont-ils déjà oublié comment le Peña Nieto est arrivé au gouvernement?). Et ce n’est pas tout, peut-être ne savent-ils pas qu’on peut commander sans être au gouvernement.

Si ces gens disent qu’on ne peut qu’avec les armes ou par les élections, la seule chose qu’ils disent c’est qu’ils ne connaissent pas l’histoire, qu’ils n’ont pas bien étudié, qu’ils n’ont pas d’imagination, et qu’ils ne sont que quelques voyous.

Il suffirait qu’ils regardent un peu vers le bas. Mais ils se sont tordus le cou à tant regarder vers le haut.

C’est pourquoi nous, hommes et femmes, les zapatistes, nous ne nous fatiguons pas de dire, organisez-vous, organisons-nous, chacun en son lieu, luttons pour nous organiser, travaillons à nous organiser, pensons à commencer à nous organiser et rencontrons-nous afin d’unir nos organisations pour un Monde où les peuples commandent et ou le gouvernement obéit.

En résumé : comme nous l’avons dit avant, comme nous le disons maintenant : vote ou ne vote pas, organise-toi.

Et bon, nous, femmes et hommes, zapatistes, nous pensons qu’il faut avoir une bonne pensée pour s’organiser. C’est-à-dire qu’on a besoin de la théorie, la pensée critique.

Avec la pensée critique nous analysons les modes de l’ennemi, qui nous opprime, nous exploite, nous réprime, nous méprise, nous vole.

Mais aussi avec la pensée critique nous voyons comment est notre chemin, comment sont nos pas.

C’est pourquoi nous lançons un appel à toute la Sexta pour qu’ils fassent des réunions de réflexion, d’analyses, de comment ils voient leur monde, leur lutte, leur histoire.

Nous les appelons à faire leur propre pépinière et à partager avec nous ce que là-bas ils sèment.

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« Nunca ya kikitaybajtic bitilon zapatista. Ça veut dire : nous ne cesserons jamais d’être zapatistes. »

Nous, comme femmes et hommes zapatistes, nous allons continuer comme nous nous gouvernons déjà, avec le peuple qui commande et le gouvernement qui obéit.

Comme le disent les compagnons et compagnes zapatistes : Hay lum tujbil vitil ayotik. Ça veut dire : nous sommes bien comme nous sommes.

Un autre : Nunca ya kikitaybajtic bitilon zapatista. Ça veut dire : nous ne cesserons jamais d’être zapatistes.

Encore un : Jatoj kalal yax chamon te yax voon sok viil zapatista. Ça veut dire : Jusqu’à la mort et même là encore je porterai mon nom d’être zapatiste.

Depuis les montagnes du sud-est mexicain.

Au nom de toute l’EZLN, des hommes, des femmes des enfants et des anciens de l’Armée Zapatiste de Libération Nationale.

Sous-commandant Insurgé Moisés.

Mexique, Avril-Mai 2015.

Luis le zapatiste

source.

Traduction collective (@ValKaracole, @EspoirChiapas, et moi) de l’hommage du Sup Marcos/Galeano au philosophe et zapatiste Don Luis Villoro Toranzo, publié le 2 mai sur le site de liaison zapatiste. Vous pouvez donc retrouver cette traduction sur le site d’Espoir Chiapas, ainsi que sur le site de Liaison Zapatiste.

Le sⒶp

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ARMÉE ZAPATISTE DE LIBÉRATION NATIONALE.

Mexique,

2 mai 2015

 

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Introduction.

Bonnes après-midis, jours, nuits à celles et ceux qui écoutent et à celles et ceux qui lisent, sans qu’importent leurs calendriers et leurs géographies.

Celles qui maintenant sont rendues publiques, sont les paroles que le défunt Sous-commandant Insurgé Marcos avait préparées pour l’hommage à Don Luis Villoro Toranzo, celui-là même qui devait se faire en juin 2014.

Il supposait, lui, que seraient présents les proches de Don Luis, en particulier son fils, Juan Villoro Ruiz, et sa compagne, Fernanda Sylvia Navarro y Solares.

Quelques jours avant que ne soit célébré l’hommage, fut assassiné notre compagnon Galeano, maître et autorité autonome, qui a fait et fait parti d’une génération de femmes et d’hommes indigènes zapatistes qui se forgea dans la clandestinité de la préparation, dans le soulèvement, dans la résistance et dans la révolte.

La douleur et la rage que nous avions ressenti à l’époque et aujourd’hui s’ajoutèrent, en ce mois de mai d’il y a un an, à la tristesse pour la mort de Don Luis.

Il y eut alors une série d’événements, dont l’un fut de faire mourir celui qui fut jusqu’alors le porte-parole et le chef militaire de l’EZLN. Le décès du SupMarcos se concrétisa au matin du 25 mai 2014.

Parmi les restes, comme nous disons nous, hommes et femmes zapatistes, qu’a laissé le défunt supmarcos il y a un livre sur la politique, promis à Don Pablo González Casanova en échange d’une boîte de biscuits à la crème, une série de textes et de dessins inclassables (plusieurs remontent à ses premiers jours en tant qu’insurgé de l’EZLN), et le texte en hommage à Don Luis Villoro dont je ferai la lecture dans quelques instants.

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Lorsque, au commandement général de l’EZLN, avec le sous-commandant insurgé Moisés nous parlions de ce que serait ce jour avant et aujourd’hui, nous nous rendions compte que, en mettant une vie dans la balance, nous réunissions des morceaux qui jamais ne parvenaient à se compléter.

Que toujours nous restions avec une image inachevée, brisée. Que ce que nous avons et avions, nous rendaient urgent la recherche et la découverte de ce qu ‘il manquait.

« Manque ce qui manque », disons-nous obstinément, femmes et hommes zapatistes.

Pas avec résignation, jamais avec conformisme.

Mais pour nous rappeler que l’histoire n’est pas accomplie, que lui manque des pièces, des dates, des lieux, des calendriers et des géographies, des vies.

Que des morts et des absences nous en avons beaucoup, trop.

Et que nous devrions agrandir la mémoire et le cœur pour qu’aucun ne manque, oui, mais aussi pour qu’ils ne soient pas immobilisés, pour qu’ils soient complétés l’une ou l’autre fois par notre marche collective.

Nous imaginons ainsi que ce jour, cette après-midi, cette nuit, toujours un matin, pourrait bien être un échange de pièces pour continuer à essayer de compléter la vie de celui que vous avez connu et connaissez comme le docteur Luis Villoro Toranzo, professeur de la Faculté de Philosophie et de Lettres de la UNAM, fondateur du groupe Hiperion, disciple de José Gaos, chercheur de l’Institut de Recherches Philosophiques, membre du Collège National, président de l’Association Philosophique du Mexique, et membre honoraire de l’Académie Mexicaine de la Langue. « Maître, père et compagnon », comme le dit peut-être son épitaphe.

Il y a des compas, des femmes, des hommes, des autres qui ont une place spéciale parmi nous, hommes et femmes zapatistes de l’EZLN. Ce ne fut pas un cadeau ou un don. Cette place spéciale ils l’ont gagné par un acharnement et un engagement bien loin des projecteurs et des estrades.

C’est pourquoi, quand ils nous quittent irrémédiablement, nous ne nous faisons pas l’écho du bruit et de la poussière qu’a l’habitude de soulever leur mort. Nous attendons. Notre attente est donc un hommage silencieux, sourd. Comme fut silencieuse et sourde leur lutte à nos côtés.

Nous laissons alors s’éteindre le bruit, qu’une autre mode succède à celle qui simule consternation et peine, que retombe la poussière, que le silence redevienne repos serein pour ceux qui nous manquent.

Peut-être parce que nous respectons cette vie maintenant absente, parce que nous respectons son temps et son mode. Et parce que nous espérons que, le calendrier avançant, son silence fera une place pour nous écouter.

Pour là-bas dehors, je le dis comme pour signaler un fait, pas comme un reproche, le docteur Luis Villoro Toranzo fut un intellectuel brillant, une personne sage à qui peut-être on ne peut reprocher que la proximité que de son vivant il eut avec les peuples originaires du Mexique, en particulier avec ceux qui se soulevèrent en armes contre l’oubli et qui résistent au-delà des modes et des médias.

Pour celles et ceux qui n’ont pas connu vivant le docteur Luis Villoro Toranzo, il y a et, je l’espère, il y aura des tables rondes, des rééditions, des analyses dans des revues spécialisées ou non.

Notre parole du jour ne passera pas par ces chemins. Non que nous ne connaissions pas son œuvre historique et philosophique, mais parce que nous sommes ici pour accomplir un devoir, régler un dû, accomplir un engagement.

Parce que vous, là-bas dehors, vous connaissez Luis Villoro Toranzo en tant que penseur brillant, mais nous, femmes et hommes zapatistes, nous le connaissons comme…

Comme ?

Nous savons que nous n’avons qu’une seule de tant de pièces.

Et nous sommes venus ici, à cet hommage, pour remettre à celles et ceux qui ont partagé et partagent le sang et l’histoire avec lui, une pièce que, nous croyons, non seulement ils n’avaient pas, mais que peut-être ils n’imaginaient même pas.

L’histoire ici en-bas, du côté zapatiste, a beaucoup de chambres murées. Des compartiments étanches où s’accomplissent des vies différentes avec une apparente indifférence, et où seule la mort fait tomber les murs pour que nous voyions et apprenions de la vie qui ici s’écoula.

Et nous opérons, comment dire ? Une permutation ? Un changement de lieux ?

En ouvrant le compartiment, en faisant tomber le quatrième mur, en entrant, nous troquons : cette mort au musée, cette vie à la vie.

« Des compartiments étanches », ai-je dit. Notre façon de lutter implique cette part d’anonymat qui, seulement pour certain.e.s d’entre-nous, est désirable. Mais peut-être aurons-nous ensuite l’opportunité de revenir là-dessus.

Vous avez écouté le Sous-commandant Moisés parler à nos compañeras et compañeros des communautés zapatiste d’une partie de ce que fut Don Luis Villoro Toranzo dans notre lutte.

L’immense majorité d’entre-elles et eux ne le connaissait pas, ne l’ont pas connu. Et comme elles et eux, nous avons des compañerascompañeros et compañeroas qui ignorait jusqu’à son existence.

Ce savoir soudain que nous avons eu compagnons et compagnes, que nous ne savions même pas qu’ils existaient, jusqu’à ce qu’ils n’existent plus, n’est pas quelque chose de nouveau pour nous, femmes et hommes zapatistes.

Peut-être est-ce notre manière, en nommant la vie de celui qui manque, de le faire exister d’une autre façon.

Comme si c’était notre manière d’amener au collectif l’indigène zapatiste Galeano avant, Don Luis Villoro maintenant.

Notre manière de les bousculer, de les presser, de leur crier « Hé ! Aucun repos ! », de les ramener et qu’ils poursuivent la lutte, le boulot, la besogne, le travail, le chemin, la vie.

Mais ce n’est pas une vie que je vais vous relater. Pas plus, évidemment, qu’il ne s’agit d’une mort.

C’est plus, je ne suis pas venu ne rien vous raconter. Je viens vous dessiner un contour, plus ou moins défini, plus ou moins net, d’une pièce d’un puzzle gigantesque, terrible, merveilleux.

Et ce que je vais vous conter vous semblera fantastique.

Peut-être que mon frère sous protestations (sous ses protestations à lui), Juan Villoro, devinera ensuite dans mes paroles à peine un fil d’une pelote absurde et complexe, plus proche de la littérature que de l’histoire. Peut-être que ça lui servira plus tard pour compléter ce livre qu’il ne sait pas encore qu’il écrira.

Peut-être que Fernanda pressent l’irruption d’un concept qui semblait absent, signalant un vide dont la satisfaction donnera un bouleversement théorique à toute une pensée. Peut-être que ça lui servira plus tard pour commencer une réflexion qu’aujourd’hui elle ne sait pas qu’elle entreprendra.

Je ne le sais pas. Peut-être que lui, elle, celles et ceux qui ne sont pas là, l’archiveront simplement dans le dossier des « H », comme « hommage », comme « hurlement », comme « humain », comme « Hydre », comme dans les « Histoires »…

“Il était une fois…”

 

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Le SupGaleano lors de l’hommage à Don Luis – photo @ValK

Je dois être, pour des raisons de sécurité, propositivement imprécis sur la géographie et le calendrier, mais c’était l’aube et c’était le quartier général de l’EZLN.

Peut-être qu’une brève description du commandement général zapatiste en désillusionnera plus d’un, plus d’une, plus d‘unE.

Non, il n’y a pas de carte gigantesque avec des lumières de toutes les teintes ou des punaises de couleurs, recouvrant l’un des murs.

Non, il n’y a pas d’équipement moderne de radiocommunication avec des voix en plusieurs langues.

Il n’y a pas de téléphone rouge.

Il n’y a pas d’ordinateur moderne avec de multiples écrans acharnés à chiffrer et déchiffrer la vertigineuse statique de lamatrix cybernétique.

Ce qu’il y a c’est une paire de tables, deux ou trois chaises, quelques tasses avec des restes de café froid, des papiers mal chiffonnés, des cendres de tabac, de la fumée, beaucoup de fumée.

Parfois il y a aussi un bol de pop-corn rance, mais seulement au cas où serait nécessaire un échange avec quelque être insolite.

Parce que, vous n’allez pas le croire, mais ce qui en d’autres lieux est appelé « Duel judiciaire », s’appelle ici « Fais gaffe y’a d’la boue ».

Je ne m’étendrai pas sur cette façon particulière de résoudre les différents judiciaires entre êtres qui sont plus qu’éloignés de la jurisprudence réelle ou fictionnelle. Il suffit de dire que le bol de pop-corn rance a sa raison d’être.

Il a pu y avoir, pas toujours, c’est certain, un ordinateur portable et une imprimante. Je ne donnerai ni marque ni modèle, il suffit de dire que l’ordinateur travaillait à coup d’insultes et de menaces, et que l’imprimante avait un sens particulier du libre-arbitre puisqu’elle se refusait à imprimer ce qui ne lui paraissait pas digne d’aller au-delà de l’écran.

Bien sûr, il y avait habituellement dans l’écran de cet ordinateur, invariablement un traitement de textes et un écrit qui n’en finissait pas de mettre un point final…

Des virus ? Les seuls qui peuvent passer à travers la liane qui servait à se connecter à l’un des tunnels du réseau. Ou peut-être étaient-ce des araignées, ou des bestioles fuyant la susdite liane pendant qu’une petite lumière clignotait alarmée.

Mais laissons l’imagination de chacun compléter le tableau.

Je pourrais enjoliver et vous dire que ce matin-là j’étais, moi, en train de lire un traité de philosophie hellénique, ou les Fables d’Hyginus, ou le traité Sur les Dieux d’Apollodore d’Athènes, ou Los Doze Trabajos de Hércules, oui, avec un « z », d’Enrique de Villena, l’Astrologue, mais non.

Ou je pourrais vous dire, et vanter mon modernisme, en vous disant que moi, j’étais sur le réseau alternatif, prenant un cours en ligne avec un, une, unE hacker anonyme. J’allais devenir célèbre, mais si c’est anonyme on ne peut être célèbre. Si ? Ou peut-être est-ce un collectif organisé : « toi, clique sur reload, toi appuie sur la touche control, non, ne touche pas la lettre « z » parce que ça fout un de ces bordels et après tu te retrouves à chatter avec un être incompréhensible dans les montagnes du sud-est mexicain. Enfin, un nickname et un avatar, presque les équivalents à un nom de guerre et un passe-montagnes, qui, patient, explique les fondations d’un terrain de lutte. Comme dans toute nouvelle langue qu’on apprend, ce qu’il faut connaître en premier ce sont les insultes. Et donc savoir que « noob » est l’équivalent de « ta mère ».

Ou je pourrai vous raconter, et réitérer le cliché, que j’étais dans une joute multi-parties d’échec interocéanique avec le collectif appelé « les Irréguliers de Baker Street » installé sur la blonde Albion.

Mais non.

Ce que moi je faisais en réalité, c’est de tenter de mettre un point final à un texte qui en attendait un depuis 20 ans, mais…

Apparu alors dans le linteau de la porte le relais, le garde, la sentinelle, la vigie ou comme vous préférez dire :

– « Sup, il y a quelqu’un qui veut te parler » -, dit-il laconique après le salut militaire.

– Qui ? – demandais-je presque pour la forme car je supposais que c’était l’insurgée Erika avec l’une de ces énigmes compliquées sur l’amour et ce genre de choses.

– « Un certain Don Luis, c’est ce qu’il dit. D’un certain âge, un sage » -, répondit l’insurgé.

– Don Luis ? Je ne connais aucun Don Luis -, dis-je avec colère.

– Sous-commandant – j’entendis sa voix, et sa silhouette se découpa sur le seuil.

Le garde parvint à balbutier : « il est entré sans prévenir, je lui ai dis d’attendre, il n’a pas obéi »,

« Ah, il n’a pas obéi, évidemment. Laisse-le », ai-je dit à la vigie et nous nous sommes donné l’accolade avec Don Luis Villoro Toranzo, né à Barcelone, Catalogne, État Espagnol, le 3 novembre de l’an 1922.

Je lui offris un siège.

Don Luis s’assit, retira son béret et se frotta les mains en souriant. À cause du froid j’imagine.

Je vous avais dit qu’il faisait froid ce matin-là ?

Hé bien il faisait sacrément froid, sacrément comme lorsqu’il n’y a pas une lumière pour tiédir l’obscurité, comme aujourd’hui. C’est plus encore, le froid mordait les joues comme un amant obsédé.

Don Luis ne semblait pas l’avoir noté.

« Il fait froid à Barcelone ? », je lui demandais, un peu comme un salut de bienvenue, un peu aussi pour le distraire pendant que j’éteignais discrètement l’ordinateur.

Je rangeais finalement le portable, demandais du café pour 3 et rallumais la pipe, bourrée comme elle l’était de vieux tabac humide.

Je ne me souviens plus maintenant si Don Luis a répondu à la question sur le climat à Barcelone.

Mais qu’il attendait patiemment que je finisse par m’avouer vaincu, et que j’arrête d’essayer de raviver les braises du brûloir.

« Vous n’auriez pas du tabac par hasard ? », lui demandais-je anticipant déjà avec désillusion la réponse négative.

« Je ne me souviens plus », dit-il, et il continuait de sourire.

Il se référait au froid à Barcelone ou à si il a apporté du tabac ?

Mais ce n’étaient pas les principales questions qui s’accumulaient dans la marmite éteinte de la pipe.

Avant de demander au docteur en philosophie Luis Villoro Toranzo ce que diable il faisait ici, laissez-moi vous expliquer…

En ce temps, le quartier général de l’EZLN était le « Lit de nuages », ainsi nommé parce qu’il se trouvait sur les hauteurs d’une montagne et, en-dehors de quelques jours pendant la saison sèche, étaient continuellement couvert de nuages. Bien que, évidemment le commandement général soit itinérant, il logeait parfois ici, bien que plus brièvement que les nuages.

« Le Lit de Nuages ».

Arriver là-haut n’est pas facile. D’abord vous devrez traverser des pâturages et des hautes herbes. Mauvais avec la pluie, mauvais avec le soleil. Après quelques 2 heures d’épines et d’insultes, on arrive au pied de la montagne. D’ici s’élève un étroit sentier qui suit le contour de la colline de manière qu’il y a toujours un abîme sur la droite. Non, ce ne furent pas des considérations politiques qui décidèrent ce tracé en spirale ascendante, mais la capricieuse découpe de ce pic montagneux au milieu de la sierra. Même si quelqu’un n’arrêtait pas de grimper jusqu’à être presque arrivé aux portes de la baraque du commandement général de l’ezetaelene, on aurait réalisé quelques œuvres de génie militaire de manière à ce que la vigie ait le temps et la distance pour avertir opportunément.

De là, le cheminement d’accès à la caserne était propositivement difficile. À la rudesse de la montagne, nous avions ajouté des baguettes pointues, des tranchées et des épines, de manière à ce qu’il ne fut possible d’y transiter que un par un.

Lorsque j’étais jeune et beau, avec une charge moyenne – disons quelques 15-20 kilos -, il me fallait à moi, quelques 6 heures depuis la base de la colline. Maintenant que je ne suis plus que beau, et sans charge, ça me prend 8 à 9 heures.

Notre têtu pré-modernisme et notre mépris des campagnes électorales empêchent que nous ayons des héliports sur nos positions. Ainsi qu’on ne peut y arriver qu’en marchant.

Avec ces références, il était logique que la première question qui affleure fut :

« Et comment êtes-vous arriver jusqu’ici Don Luis ? »

Lui, a répondu : « En marchant », avec la même tranquillité que s’il avait dit « en taxi ».

Don Luis semblait entier, sans agitation visible, son béret intact, son sac sombre avec à peine quelques brins de liane et de branches, son pantalon de velours à peine tâché et seulement en biais, ses mocassins d’une pièce. Tout complet. S’il devait y a voir quelque chose à noter c’était sa barbe de quelques jours et l’absurdité manifeste de sa chemise claire, avec le col amidonné ouvert.

À moi cette montée me prend au moins 3 rafistolages de la chemisette, 4 du pantalon, un renforçage sur chaque botte, et une paire d’heures à essayer de retrouver mon souffle.

Mais Don Luis était là, assis en face de moi. Souriant. Hormis une légère rougeur sur les joues, on aurait effectivement put dire que, en effet, il venait de descendre du taxi.

Mais non. Don Luis avait répondu « en marchant », et donc aucun taxi.

J’étais sur le point de lâcher une grande ribambelle de reproches à propos de la santé, des calendriers fait excuses, l’impossibilité qu’à son âge avancé, il tente de faire des choses absurdes, comme escalader une montagne et se présenter, à l’aube, au commandement général de l’ezetaelene, mais quelque chose me retint.

Non, ce ne fut pas le fait indiscutable qu’il se trouvait bien ici.

Ce fut que le sourire de Don Luis était devenu nerveux, inquiet, comme lorsqu’on ne craint pas de demander, mais d’avoir des réponses.

Alors je posais la question qui devait marquer cette matinée :

« Et qu’est-ce donc que vous voulez Don Luis ? »

« Je veux être embauché comme zapatiste », répondit-il.

Il n’y avait pas dans sa voix la moindre trace de moquerie, de sarcasme ou d’ironie. Pas plus que de doute, de crainte, d’insécurité.

J’avais fait face auparavant à ce qu’un citadin ou une citadine déclare ainsi ses intentions, (bien que pas par ces mots, parce qu’ils ont plutôt l’habitude de vouloir lancer des slogans incendiaires et des phrases ronflantes où il y a beaucoup de morts et peu ou rien de vive), même si, évidemment, ils ne dépassent pas le gardien.

Je m’étranglais, et la pipe n’étais même pas allumée pour feindre que c’était à cause de la fumée. Résigné face au manque de tabac sec, je me limitais à mordiller le bec.

« Je veux être embauché comme zapatiste », il a dit. Don Luis avait utilisé une expression verbale plus habituel du quotidien dans les communautés zapatistes, que de l’Académie Mexicaine de la Langue.

Dans ce cas, j’appliquais le protocole :

Je lui détaillais les difficultés géographiques, temporelles, physiques, idéologiques, politiques, économiques, sociales, historiques, climatiques, mathématiques, barométriques, biologiques, géométriques et interstellaires.

À chaque difficulté, le sourire de Don Luis perdait quelque chose de sa nervosité et gagnait en sécurité et en aplomb.

En finissant la longue liste des inconvénients, le visage de Don Luis semblait avoir reçu une place au Collège National, au lieu du « NON » diplomatique que je lui avais refiler.

« je suis prêt », dit-il après le craquement du dernier morceau sain du bec de ma pipe.

J’ai essayé de le dissuader en mentionnant les inconvénients de la clandestinité, du fait de se cacher, de l’anonymat.

« En plus », ajoutais-je avec froideur, « il n’y a plus de passes-montagnes ».

Il était évident que ce n’était pas moi qui avait le meilleur rôle. Mais pour autant je me réinstallais dans le siège et je bougeais nerveusement les choses sur la table, je ne trouvais pas l’explication logique à l’absurde de la situation.

Don Luis accommoda son béret sur l’argent de sa chevelure clairsemée.

J’ai pensé qu’il allait prendre congé mais, lorsque je me redressais pour appeler le garde pour qu’il le raccompagne, il dit :

« Ça c’est mon passe-montagnes », dit-il en montrant son béret.

Lorsque j’arguais que le passe-montagnes devait occulter le visage de façon à ce que seul le regard demeure, il me rétorqua :

« Ne peut-on occulter le visage sans le couvrir ? »

À ce moment-là j’ai remercié pour deux choses :

Une, que dans le continu bougé des choses sur la table, j’avais trouvé une boulette de tabac sec.

L’autre, que le question du docteur en philosophie Luis Villoro Toranzo, me donnait du temps pour essayer d’accommoder les pièces et comprendre ce dont il était question ici.

Et donc, je me protégeais derrière les mots pour mieux penser :

« C’est possible, Don Luis, mais pour y arriver vous devez modifier comme on dit l’environnement. Se faire invisible c’est, donc, ne pas attirer l’attention, être un de plus parmi beaucoup d’autres. Par exemple, il est possible de cacher quelqu’un qui a perdu l’œil droit et qui utilise un bandeau, en faisant en sorte que beaucoup utilisent un bandeau sur l’œil droit, ou que quelqu’un qui attire l’attention se mette un bandeau sur l’œil droit. Tous les regards iront vers celui qui attire l’attention, et les autres bandeaux passent au second plan. De cette manière, le véritable borgne devient invisible et peut bouger à son aise. »

« Je doute que vous parveniez à ce que dans le milieu académique et universitaire tous utilisent un béret noir ou que quelqu’un attirant puissamment l’attention l’utilise. Par exemple, si vous arriviez à ce que Angelina Jolie et Brad Pitt utilisent un béret noir, hé bien, alors oui, ne vous offusquez pas Don Luis, personne ne s’intéresserait à vous ».

« En plus le béret renvoie plus au Che Guevara qu’à la philosophie idéaliste de la science. Vous savez vous-même que, bien que ce soit une jungle, l’institut de recherches philosophiques n’est pas précisément un centre de subversion, dirons-nous »

« Mais », interrompit-il, encaissant sans difficulté le coup, « une autre façon de ne pas attirer l’attention, c’est-à-dire, de passer inaperçu, c’est de ne pas changer la routine, de continuer comme de coutume. En me voyant avec le béret noir, ils ne verront rien de bizarre. Au contraire, si je mettais un passe-montagnes, hé bien ça, ce serait un changement radical. Ils me verraient. J’attirerais l’attention. Ils diraient « c’est le professeur Luis Villoro avec un passe-montagnes, il est devenu fou, le pauvre, peut-être cache-t-il une récente déformation, ou les traces de la vieillesse, ou de la maladie, ou d’un crime inconfessable ». Et, mutatis mutando, si on arrête de faire quelque chose de routinier ou de coutume, on attire l’attention. Par exemple, Sous-commandant, si vous arrêtez la pipe, ça attire l’attention. Si vous mettez un bandeau sur l’œil, autre exemple, ils s’y intéresseront plus et ils commenceront à spéculer si vous l’avez perdu ou si il est bleu à cause d’un coup ».

« Bien joué », dis-je en prenant note discrètement.

Don Luis continua : « Si je mets le béret, n’importe qui me voyant ne dira rien, il pensera que je continue d’être le même ».

Il ajouta alors comme une conclusion logique :

« Et mon nom de guerre sera « luis villoro toranzo ».

« Mais Don Luis », réfutais-je, « c’est vraiment votre nom ».

« Correct », dit-il en levant l’index droit. « Si je prends ce nom de guerre, personne ne saura que je suis zapatiste. Tous penseront que je suis le philosophe Luis Villoro Toranzo ».

« N’avez-vous pas dit qu’en se couvrant le visage les zapatistes se montraient ? »

J’acquiesçais sachant où il voulait en venir.

« Et voilà, avec le béret et le nom je me montre, c’est-à-dire, je me cache ».

« N’était-ce pas là le paradoxe ? »

J’aurais pu dire « Touché », mais j’étais si déconcerté que mon français resta dans la malle des oublis.

Le reste de la nuit-aube je la passais à argumenter contre et lui à contre-argumenter en faveur.

Laissez-moi vous dire, il faut bien le reconnaître, que son raisonnement logique était impeccable, et avec grâce et bonne humeur il évitait l’une et l’autre fois les pièges fallacieux avec lesquels j’ai l’habitude de faire trébucher les intellectuels les plus renommés.

Oui, je deviens sarcastique, donc que personne ne se sente offensé.

Le truc, ou le muche, c’était que Don Luis Villoro Toranzo, aspirant à être zapatiste dont le nom de guerre serait « Luis Villoro Toranzo » et que, pour mieux se cacher, il se montrera d’avantage avec un béret noir comme passe-montagnes, a défait un à un les obstacles et les objections qu’avec une nécessité certaine, je lui opposais.

« L’âge », lui ai-je dit comme dernier argument et défaillant presque.

Il m’acheva avec : « Si je ne me souviens pas mal, vous, sous-commandant, vous avez quelques fois indiqué que la limite était une seconde avant le dernier soupir ».

La lumière du levé du jour dessinait les gribouillis de l’horizon lorsque je décidais d’assumer la meilleure posture dans ce cas : j’alléguais la démence.

« Voyons Don Luis, même si pour moi ce serait, évidemment, un honneur, c’est clair, ce n’est pas à moi de décider, évidemment. Je suis, évidemment, disons l’examinateur synodal, c’est vrai, mais celui qui qualifie c’est un autre, évidemment. De plus, de là suit le responsable local, évidemment, le régional, évidemment, le comité, évidemment, le commandement général de l’armée zapatiste de libération nationale, évidemment. Pourquoi ne rentrez-vous pas plutôt chez vous et je vous préviendrai lorsque je saurai quelque chose ? »

Mais… alors que je disais cela, entra dans le commandement général l’autre indigène qui nous complète avec Moy et moi.

« Ah », dit-il, « je vois que tu lui a déjà parlé »

« Oui », dis-je, « mais il est sot en ce qu’il veut devenir zapatiste ».

« Bien », dit l’autre, « en réalité je parlais au compa Luis Villoro Toranzo, pas à toi ».

« Il avait déjà parlé avec moi, je lui ai dit qu’ainsi qu’il le souhaitait il passerait avec toi pour que tu examines ses arguments ».

« Mais voilà : je l’ai fait entré dans l’unité spécial. Maintenant il est pour nous le collègue Luis Villoro Toranzo ».

« Je lui ai déjà expliqué que, selon nos manières, nous l’appellerons seulement « Don Luis », je crois donc qu’il ne reste plus qu’à lui donner la bienvenue et lui assigner son travail ».

Et le compañero zapatiste Luis Villoro Toranzo se mit debout et, avec une prestance admirable, dans la ferme position du salut à l’officier.

« Et quel sera le travail qui lui sera assigné ? » parvins-je à demander au milieu de la brume de ma confusion.

« Et bien celui qui va de soi pour lui : le relais », dit l’autre et il sortit.

Je pourrais presque m’aventurer à dire que Juan, Fernanda et celles et ceux qui maintenant m’écoutent et me liront ensuite, ont pris ces mots comme un de plus parmi ces récits qui peuplent les montagnes du sud-est mexicain, remontées encore et encore par les scarabées, les petits garçons irrévérencieux et les petites filles irrévérencieuses, les fantômes, les chat-chiens, les petites lumières frissonnantes et autres absurdités.

Mais non. Il est temps que vous sachiez enfin que Don Luis Villoro Toranzo a repris du service dans l’EZLN un matin de mai, il y a de cela bien des lunes.

Son nom de guerre était « Luis Villoro Toranzo » et au commandement général de l’EZLN nous le connaissions en tant que « Don Luis » pour des raisons de brièveté et d’efficacité.

Le lieu c’était le quartier général « Lit de Nuages », où était rangée sa chemisette marron pour les passages qu’il commit bien des fois avant de mourir.

Que puis-je vous dire de plus ?

Il a parfaitement accompli sa mission. En tant que sentinelle de l’un des postes de garde de la périphérie zapatiste il fut attentif à ce qui se passait, du coin de l’œil de la pensée critique il a vu des changements et des mouvements qui, pour l’immense majorité des intellectuels autoproclamés progressistes, passèrent inaperçus.

Produit de l’alerte de l’escargot à sa charge, vous écouterez, et certains autres liront, ces jours-ci, les réflexions que nous avons eu au sujet de ces changements et mouvements.

UN CADEAU À LA MANIÈRE ZAPATISTE

C’était une autre aube. Don Luis, celui qui était alors le Lieutenant-Colonel et qui est aujourd’hui le Sous-commandant Insurgé Moisés, et moi avions commencé la discussion vers les 1700 heures de la ligne de front sud-oriental.

Vers les 2100 le désormais SupMoy s’excusa parce qu’il devait se retirer pour vérifier les positions environnantes.

La façon de débattre de Don Luis avait sa particularité : là où d’autres gesticulent et haussent la voix, lui souriait avec une vague absence. Là où d’autres argumentaient à coups de slogans, lui disait une sottise – « Juste pour se donner du temps », je me disais à moi-même.

D’habitude ces discussions ressemblaient à des rencontres d’escrime. Même si je dois bien le dire, la plus part des fois je fus abattu. Ça s’est passé ainsi un certain nombre de fois. Don Luis, alors, rit et lâcha : « Abattu, mais non perdu ! » Moi je repris corps par les mots, lui faisant remarquer qu’il serait mal vu qu’un philosophe néopositiviste, cite, consciemment ou non, le deuxième épître aux Corinthiens de l’apôtre Paul. Et lui, rusé souriant, « et ce serait encore plus mal vu qu’un chef zapatiste identifie la citation ». Il se mit alors debout et récita dramatiquement : « Nous sommes pressés de toute manière, mais non réduits à l’extrémité; dans la détresse, mais non dans le désespoir; persécutés, mais non abandonnés; abattus, mais non perdus » et ensuite s’adressant à moi : « c’est bizarre que tu n’aies pas dit qu’il s’agissait du chapitre IV, versets 8 et 9 ».

Encore endolori par la raclée argumentative, je répondais : « J’ai toujours pensé que ce texte ressemblait plus à un communiqué zapatiste décrivant la résistance, qu’une partie du Nouveau Testament ».

« Ah ! La résistance zapatiste ! », s’exclama-t-il avec enthousiasme.

Puis : « Vous savez Sous-commandant ? Vous devriez ouvrir une école ».

« Pas une, beaucoup », lui dis-je.

Ça devait être dans les années 2005-2006, des années avant Don Luis avait rejoins nos rangs et les Conseils de Bon Gouvernement s’engageaient sur les besoins en santé et éducation dans les zones, régions et communautés.

Don Luis précisa alors : « Non, je ne me réfère pas à ces écoles. Bien sûr, il faut en ouvrir de nombreuses, il n’y a pas de doute. Moi je parle d’une école zapatiste. Pas une où on enseigne le zapatisme, mais une où se montre le zapatisme. Une où on n’impose pas de dogmes, mais où on questionne, on se demande, où on s’oblige à penser. Une dont la devise serait : « Et toi alors ? ».

En réalité l’idée de Don Luis n’était pas original. Déjà avant, elle avait été ébauchée, avec des énoncés différents, par Pablo González Casanova et Adolfo Gilly.

Mais notre idée n’était pas et n’est pas d’enseigner, pas plus que « montrer ». Mais provoquer. Le « Et toi alors ? » n’attendait pas de réponse, mais incitait à la réflexion.

Bref, je continue :

Le débat se fit conversation, de la même façon qu’un torrent atteint une grande plaine dans son serpentement et se change en débit placide. Placide, oui, mais inarrêtable.

C’était maintenant le matin. Le garde de nuit nous prévint que Moy était toujours occupé et il nous offrit du café. À mon regard Don Luis répondit avec un geste affirmatif. Je ne sais même pas vraiment si Don Luis buvait du café, il laissait toujours sa tasse sans y toucher. Alors retombait la chaleur de la conversation. Je me rends compte maintenant que je ne lui ai même jamais demandé s’il avait l’habitude d’en boire. Quelqu’un pourrait supposer, évidemment, philosophe, évidemment, « café » c’est pour un philosophe comme un nom indésirable. Ou peut-être il en buvait. Nous sommes au Chiapas quoi. Venir au Chiapas et ne pas boire de café c’est… comme aller au Sinaloa et ne pas manger de chilorio, comme aller à Hambourg et ne pas se bouffer un hamburger, comme aller à La Realidad (la Réalité en français, ndt) et ne pas l’y trouver.

Le truc c’est que, sans nous en rendre vraiment compte, nous parlions de cadeaux.

« Imagine ce que serait le cadeaux parfait », proposais-je.

« Le plus surprenant », répondit-il sans y penser.

« Non, celui pour lequel il n’y a aucun remerciement. », répliquais-je.

« Comment? », me demanda-t-il intrigué.

« Comme par exemple une énigme, ou une pièce de puzzles. C’est-à-dire, un cadeau sans raison d’être. S’il n’y a pas de raison, la surprise augmente », dis-je.

« Certainement, mais pour celui qui le donne, ce pourrait être un cadeau de ne pouvoir être remercier pour le cadeau », dit-il comme pour lui-même.

Alors que l’argumentation logique se faisait de plus en plus embrouillée, je pensais plutôt, moi, que Don Luis fatiguait. Mais non, il était animé et il avait le regard brillant, comme si…

Je me levais et lui touchait le front. Je ne dis rien, je me dirigeais seulement vers la porte et je dis au garde: « Que la compa de santé vienne ».

Don Luis avait de la fièvre. L’insurgée de santé prescrivit de l’antipyrétique, un bain d’eau froide et beaucoup de liquide. Don Luis ne s’opposa à rien. Mais dès que la compañera se retira, il dit: « il suffit d’un peu de repos » et il s’endormit. Il fut comme ça durant 2 jours, se réveillant à peine pour manger et aller aux toilettes.

Puis remis de tout, il me dit qu’il devait se retirer, il me recommanda de relire ses compte-rendus de vigilance et il fit ses adieux.

Avant de passer le seuil de la porte, sans se tourner vers moi et plutôt pour ça, il murmura: « C’est ça, un cadeau pour lequel on ne peut remercier. Ce serait très zapatiste ». Il mit son béret, me dit quelque chose d’autre et s’en alla.

Maintenant, après plus de 12 lunes de son absence, je peux vous dire ce qu’il m’a dit en faisant ses adieux ce matin-là, avec le soleil levant les lumières et les ombres.

« Compagnon sous-commandant insurgé marcos », me dit-il en se mettant au garde à vous avec une vitalité remarquable.

« Compagnon Luis Villoro Toranzo », lui dis-je en suivant ma vieille habitude pour marquer ainsi que j’étais prêt à écouter.

« Je veux te demander quelque chose »

Sans tomber dans l’abandon de l’informel, j’imputais cela à sa nouvelle profession.

« Ne va pas raconter ça à qui que ce soit, pour le moment », demanda-t-il.

« Bien sûr », lui dis-je, « je comprends. Le secret, la clandestinité, tout ça, que ne la famille ne le sache pas »

« Ce n’est pas ça », me dit-il.

« Je veux que tu le dises après »

« Quand? », je lui demandais.

« Tu sauras quand ce sera le bon moment. Pour le dire à notre manière: « quand sera venue le calendrier et la géographie ». ».

« Et pour quoi? » lui demandais-je curieux.

« C’est un cadeau que je veux faire à mes enfants et à ma compagne ».

« Monsieur Don Luis, ne vous emmerdez-pas, offrez plutôt une cravate verte mouchetée de rouge à Juan, à Miguel une rouge mouchetée de vert, ou vice et versa; à votre fille Renata un vase et à Carmen, un cendrier, ou vice et versa. Comme vous voulez, comme dans toute bonne famille, ils vont se disputer. À Fernanda un cahier de notes, ceux avec des lignes. Ils sont inutiles et horribles tous ces cadeaux, mais ce qui compte c’est l’intention ».

Don Luis ria de bon cœur. Puis plus sérieux il continua:

« Racontez-leur mon histoire. Ou plutôt, cette partie de mon histoire. Alors elles et eux comprendront que je ne me cachais pas à eux. J’ai seulement gardé ça comme un cadeau. Parce que l’enchantement des cadeaux c’est que ce sont des surprises. Vous ne croyez pas? »

« Dites-leur que je leur offre ce morceau de ma vie. Dites-leur que je le leur ai caché non comme on cache un crime, mais comme on garde un cadeau ».

« Voyez Sup, bien des choses seront dites sur ma vie, certaines bonnes, certaines mauvaises. Mais cette partie, je crois, leur bouleversera tout, mais non par la peine et la douleur, mais par la joie espiègle de ce vent frais qui nous manque tant lorsque la peine de l’absence et le gris du sérieux, des formalités et des nominations, se convertissent en pierre et épitaphe. »

« Bien, Don Luis », lui dis-je, « mais n’écartez pas l’idée des cravates, du vase, du cendrier et du carnet de notes ».

Il s’en alla en souriant.

C’est ainsi Juan, Fernanda, proches de Don Luis Villoro Toranzo, que pendant bien des années j’ai gardé tel un secret cette pièce du grand puzzle que fut la vie de Don Luis.

Pas cette fois-là, mais plus tard, lorsque la rage et la douleur naquirent du corps massacré du compa maître zapatiste Galeano, je compris alors la raison pour laquelle garder cette pièce de sa vie.

Ce n’est pas qu’il le leur ait caché parce qu’il en avait honte, ni parce qu’il aurait craint qu’ils le trahissent avec l’ennemi aux milles têtes, ou parce qu’ainsi il éviterait qu’ils n’essayent de le dissuader.

C’est parce qu’il voulait leur faire ce cadeau.

Une pièce qui provoque, qui encourage, qui agite, juste comme sa pensée faite vent espiègle en nous.

Une pièce de plus de la vie de Don Luis.

La pièce qui s’appelle Luis Villoro Toranzo, le zapatiste de l’EZLN.

Il est tombé et tombé dans l’accomplissement de son devoir, couvrant la position de sentinelle dans ce monde absurde, terrible et merveilleux qui est celui que nous nous engageons à construire.

Je sais bien qu’il a laissé un héritage de livres et une brillante trajectoire intellectuelle.

Mais il m’a aussi laissé ces mots pour qu’aujourd’hui, je vous les dise:

« Parce qu’il y a des secrets qui ne font pas honte, mais rendent orgueilleux. Parce qu’il y a des secrets qui sont des cadeaux et non des affronts »

Maintenant et seulement maintenant, alors que je vous remets ces feuilles, vous pourrez lire comment s’intitule ce texte dans lequel est enveloppé, avec mes mots maladroits, la pièce du puzzle qui s’appelle:

“Luis Villoro Toranzo, le zapatiste”.

Allez. Salut et recevez de nous toutes et tous l’accolade que vous a laissé caché chez nous le compa zapatiste Don Luis.

Depuis les montagnes du Sud-est Mexicain, et maintenant sous terre.

Sous-commandant Insurgé Marcos.

Mexique, 2 mai 2014.

Rendu public le 2 mai 2015.

Paroles du Sup Moises: « S’organiser pour pouvoir se Libérer »

source.

 

Traduction collective (@ValKaracole, @EspoirChiapas, et moi) de la contribution du Sup Moisés au séminaire de l’EZLN, publié le 6 mai. Vous pouvez donc retrouver cette traduction sur le site d’Espoir Chiapas, ainsi que sur le site de Liaison Zapatiste.

Le sⒶp

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Compañeras et compañeros zapatistes des villages bases d’appui de l’Armée Zapatiste de Libération Nationale,

Compañeras, compañeroas et compañeros de la Sexta nationale et internationale,
Sœurs et Frères du Mexique et du Monde,
Nous saluons la famille du compañero Luis Villoro,
Bienvenues sur les terres rebelles qui luttent et résistent, en terre zapatiste
C’est un honneur d’être avec nous avec les Bases d’Appui Zapatiste des 5 zones,
Bienvenue à la famille du compañero Maestro Zapatiste Galeano,
Recevez nos accolades. Compañeras et compañeros de la famille du compañero Galeano tout comme la famille du compañero Luis Villoro
Nous devons vous donner et savoir vous donner, honneur à ceux qui méritent notre honneur pour la mission accomplit des compañeros Galeano et Luis Villoro.
Compañeros, compañeras, compañeroas, frères et sœurs, aujourd’hui nous sommes ici, non pas pour nous souvenir, par le manque d’existence physique des compañeros Galeano et Luis Villoro.
Nous sommes venus ici, pour nous rappeler et pour parler, la lutte qu’ils ont menée, dans leurs vies, dans leurs travaux de luttes, leurs résistance de lutte qu’ils ont menés.
Nous ne sommes pas venu nous souvenir de la mort, mais de ce qu’ils ont laissé vivant, par leurs vies de lutte et de travail, nous devons faire que restent vivantes leurs vie de lutte et le travail qu’ils ont accompli.
Nous sommes ceux et celles qui devons faire qu’ils vivent pour toujours, ceux et celles qui donnent la vie pour un monde nouveau, construit par les peuples.
Nous ne sommes pas ici pour élever une statue.
Une statue ne vas pas donner la vie, un musée ne va pas donner la vie, ils ne parlent pas
Ceux qui parlent c’est nous, c’est nous qui devons faire qu’ils vivent et ainsi durant des générations il y aura une statue et un musée dans nos cœurs et pas seulement un symbole.
Ça nous a fait plaisir et donné de la joie que vous nous parliez plus de leur vie de lutte du compagnon zapatiste Luis Villoro, qui dans d’autres parties est connu par ses théories, ici nous le connaissons pour sa pratique, dans d’autres parties il est reconnu philosophe et ici nous le connaissons zapatiste.
Ceux qui ont été à son côté dans la lutte et le travail, ceux qui ont travaillé avec lui, nous vous remercions, car vous nous avez parlé plus de lui, de ses autres morceaux de vie.
Ainsi nous comme zapatistes, nous vous parlons d’un autre morceau.
Par exemple du compagnon Luis Villoro, grâce à lui, et à d’autres personnes comme lui, il y a des maisons cliniques et des maisons écoles pour l’éducation zapatiste.
C’est son effort, son travail.
Mais ce n’était pas suffisant ainsi, on a eu besoin de gens qui construisent comme le compa Galeano, et ensuite des gens qui travaille pour que soit promu et commence à marcher ce que d’aucun-e rêvent et enfin organiser les élèves.
Et cela, ce fut cela que le compa Galeano a construit, et travaillé, et a fait marcher.
C’est ainsi que nous sommes organisés les peuples zapatistes.
Ainsi le compa Galeano a réussit à être Maître, grâce à l’aide du compa Luis Villoro et d’autres comme lui
Il nous a respecté et nous le respectons, il nous a traité d’égal à égal, nous a cru et nous l’avons cru, on est arrivé à travailler dans une même construction, sans nous voir physiquement, c’est à dire on peut construire les choses, sans que lui ou elle soit là personnellement.
C’est ainsi, par exemple, que la Sexta dans le monde travaille à la construction d’une école et clinique à La Realidad Zapatiste sur le sang de notre compagnon Galeano
Les compas luis Villoro et Galeano ne se connaissaient pas et comme vous le voudrez ils étaient ensembles pour construire une même liberté.
Du compa Galeano aussi nous écoutons des parties de sa vie de lutte
Premièrement il a décidé de lutter, et ensuite il a eu des soutiens, ensuite organiser pour la construction et ensuite organiser qui va faire le travail de promoteurs, et en dernier voir les élèves.
Cela requiert une organisation:
Car le compa Galeano a été et est un milicien, chef de milice capo, et ensuite sergent. Représentant Régional du groupe juvénile , membre des MAREZ municipalité autonome Rebelle Zapatiste, maître de l’école Zapatiste, et il était élu pour être membre de la Junta De Buen Gobierno
Cela requiert de l’organisation
De là il a travaillé et après a pu être maître et il a été donné des classes de ce qui a été dit, dans beaucoup de partie du monde avec le discours de « la liberté selon les zapatistes »
Car il est nécessaire de s’organiser pour pouvoir se LIBERER du système capitaliste.
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Le SupGaleano au CIDECI pendant le séminaire « La Pensée Critique face à l’Hydre Capitaliste » – photo @Valk

Car seul, le peuple va se libérer, personne ne va lui donner sa liberté, ce n’est pas un homme ou femme, leader, qui va lui donner la liberté
car les capitalistes ne vont pas renoncer ou ne vont pas s’en vouloir et arrêter d’exploiter le peuple.
Car on ne va pas pouvoir humaniser le système capitaliste.
Pour en finir avec ce système, il faut le détruire, c’est pour ça qu’il faut s’organiser.
Et le compa Luis Villoro, l’a vu que c’est ainsi ce que font les zapatistes, il n’a pas hésiter à accompagner, à lutter, à travailler et à appuyer la lutte et l’organisation qu’a représenté par sa vie le compa Galeano.
Nous souhaitons qu’il y ait plus de Luises, Luisas et Luisoas Villoros, Villoras et Villoroas là bas.
On arrête pas de s’organiser, car on a besoin de l’organisation pour la construction et s’organiser pour surveiller ce que tu as déjà construit, et ainsi vont les choses, celles où il faut être organiser.
Pour que ne revienne pas l’exploitation du même être de personnes, comme maintenant ils exploitent les hommes et femmes et ceux qui ne sont ni hommes ni femmes.
Pour que le peuple se prenne en main, s’autogouverne par lui même.
Cela nécessite de l’organisation. L’organisation est peuple, femmes, hommes et autres.
Et maintenant que nous avons écouté les paroles que vous nous avez dites, nous voulons vous dire ceci:
Il y a ceux qui pensent que nous sommes une organisation d’indigènes ou de Mexicaines et Mexicains, mais Non.
Nous sommes une organisation de zapatistes, indigènes et non indigènes, tout comme nous venons de le voir ici, que nous rendons hommage à 2 compañeros zapatistes.
Nous sommes au Mexique car c’est ainsi que ça nous est arrivé, c’est notre géographie.
Tout comme ceux qui lutte pour la liberté du peuple Kurde, ça leur est arrivé là où ils sont.
Tout comme ça arrive là où on se trouve. Comme lutte la Sexta au Mexique et dans le monde, ils le font là où ils se trouvent.
C’est pour cela que nous parlons de la géographie de tout un chacun, le coin du monde où chacun se lève, se rebelle, et lutte pour sa liberté, pour la liberté.
Ici ce dont on a besoin c’est de savoir clairement comment c’est être zapatiste.
Être zapatiste c’est être bien décidé, décidée, décidé-e, bien prêt, prête, prêt-e.
Il ne faut pas se vanter, sinon travailler, organiser et lutter silencieusement jusqu’à arriver aux dernières conséquences, c’est à dire la théorie et la pratique.
Ce n’est pas être zapatiste que de se mettre un passe-montagne et voila, mais c’est s’organiser et détruire le système capitaliste.
Ce n’est pas être zapatiste que de dire avec des mots « je suis zapatiste », mais c’est être décidé.e de lutter jusqu’à la mort.
Ce n’est pas être zapatiste que de parler de zapatisme, mais c’est travailler collectivement avec les villages organisés.
Ce n’est pas être zapatiste seulement quand c’est la mode comme ils nous disent, et ne plus l’être quand on souffre d’une attaque du mauvais système ou du mauvais gouvernement.
Ce n’est pas être zapatiste que de mettre un uniforme, se déguiser, nous disons, pour aller se rendre au mauvais gouvernement, car le zapatiste ne se rend pas
Ce n’est pas être zapatiste que de dire je suis commandant de l’EZLN et faire que les dialogues se passent avec l’argent et les projets du mauvais gouvernement, car le zapatiste ne se vend pas
Ce n’est pas être zapatiste de chercher et réussir à se placer sous ceux qui veulent des postes et des paies, et qui luttent seulement chaque 6 ans, ou lorsque se met en route le marché des charges.
Le zapatiste lutte pour un changement total et lutte toute sa vie, il ne se rend pas. C’est à dire qu’il ne change pas ses pensées selon la mode, ou selon ce qui lui convient ou selon quelle couleur est la plus jolie sur le marché.
Ce n’est pas être zapatiste d’être des deux cotés, parti politique et zapatiste. Car les gens des partis ne veulent qu’un changent la couleur de celui qui dirige. En échange le zapatiste veut changer tout le système, pas une partie mais tout. Et que le peuple dirige et que personne ne le dirige.
Ce n’est pas être zapatiste de ne jamais avoir peur. Oui on l’est parfois, mais on le contrôle et on continue la lutte
Ce n’est pas être zapatiste que d’avoir beaucoup de rage et de ne pas s’organiser, mais qu’il faut s’organiser et avec beaucoup de dignité
Qui dit lorsque vous allez être zapatiste? Les peuples.
Qui dit comment c’est d’être zapatiste? les peuples.
Qui dit quand arrêter d’être zapatiste? Les peuples.
Il n’y a personne qui dit « tu as terminé » mais tu dois continuer jusqu’à ce que tu meures accomplissant ton devoir sacré de libérer le peuple exploité, et bien que ce soit jusqu’à la mort, on continue de lutter.
C’est pour cela que nous rendons cet hommage, pour nous rappeler et vous rappeler que bien que vienne la mort essayer de nous oublier, nous continuons vivant dans nos villages, dans la lutte pour la lutte et par la lutte des peuples et ainsi continue la vie et elle gagne, et se termine la mort et elle perd.
Merci
Sous Commandant Insurgé Moisés.
Mexique, Mai 2015.

Programme du Séminaire zapatiste « La pensée critique face à l’hydre capitaliste »

source.

 

Traduction du communiqué de l’EZLN, diffusé le 30 avril sur le site de Liaison Zapatiste. Cette traduction a été faite par @EspoirChiapas. Vous pouvez retrouver cette traduction sur le site d’Espoir Chiapas et sur le site de Liaison Zapatiste.

Le sⒶp

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ARMÉE ZAPATISTE DE LIBÉRATION NATIONALE.

MEXIQUE.

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PROGRAMME ET AUTRES INFORMATION SUR L’HOMMAGE ET LE SÉMINAIRE.
29 avril 2015.
Compas:
Je vous donne les dernières informations sur la célébration en hommage aux Compas Luis Villoro Toranzo et le Maître Zapatiste Galeano, la journée du 2 mai 2015 et du séminaire qui se célébrera du 3 au 9 mai 2015.
Premièrement.- Un groupe d’artiste graphiques participera aussi au Séminaire « La Pensée Critique face à l’hydre Capitaliste » avec une exposition intitulée « Signes et Signaux » avec une œuvre artistique propre et spécialement créée pour cette exposition participent:
Antonio Gritón
Antonio Ramírez
Beatriz Canfield
Carolina Kerlow
César Martínez
Cisco Jiménez
Demián Flores
Domi
Eduardo Abaroa
Efraín Herrera
Emiliano Ortega Rousset
Felipe Eherenberg
Gabriel Macotela
Gabriela Gutiérrez Ovalle
Gustavo Monroy
Héctor Quiñones
Jacobo Ramírez
Johannes Lara
Joselyn Nieto
Julián Madero
Marisa Cornejo
Mauricio Gómez Morín
Néstor Quiñones
Oscar Ratto
Vicente Rojo
Vicente Rojo Cama
La présentation de l’exposition sera le matin du 4 mai 2015 au CIDECI.
Deuxièmement:
– Nous vous donnons le programme des activités et participations pour le séminaire. Il pourra y avoir quelques changements (attention: tous les horaires sont à l’heure nationale).
HOMMAGE:
Samedi 2 mai. Caracol de Oventik. 12:30 hrs.
Hommage aux compañeros Luis Villoro Toranzo et Maestro Zapatiste Galeano.
Participent:
Pablo González Casanova (un écrit).
Adolfo Gilly.
Fernanda Navarro.
Juan Villoro.
Mère, Père épouse et fil-le-s du compañero maestro Galeano.
Compañeros et compañeras de lutte du compañero maestro Galeano.
Comandancia General – Comisión Sexta del EZLN.
Note: La journée du 2 mai on autorisera l’accès au caracol avant 12:30. Quand arrivera l’heure, nous vous demanderons de vous installer à l’extérieur, pour la cérémonie de réception des familles des « hommagés et invité-e-s d’honneur, et que tou-t-e-s entrés derrière eux au lieu précis de l’hommage. En terminant l’acte, vous devrez vous retirer tou-t-e-s parceque le caracol sera occupé dans sa totalité par les compañeras et compañeros bases d’appui zapatiste. Vous ne pourrez pas rester passer la nuit dans le caracol. On calcule que l’hommage se terminera au plus tard entre 16:00hrs et 17:00hrs de façon à ce que vous puissiez rentrer en sécurité et confort à San Cristobal de Las Casas.
SÉMINAIRE « LA PENSÉE CRITIQUE FACE A L’HYDRE CAPITALISTE »
Dimanche 3 mai. Caracol de Oventikl 10:00-14:00. On vous demande d’arriver un peu avant cette heure.
Inauguration à la charge de la Comandancia Générale de l’EZLN.
Don Mario González et Doña Hilda Hernández (video).
Doña Bertha Nava et Don Tomás Ramírez.
Participation de la Commission Sexta de l’EZLN.
Juan Villoro.
Adolfo Gilly.
Participation de la Commission Sexta de l’EZLN.
Transfert aux installations du CIDECI à  San Cristóbal de Las Casas, Chiapas, à partir de 14:00 hrs.
Dimanche 3 mai. CIDECI. 18:00-21:00.
Sergio Rodríguez Lazcano.
Luis Lozano Arredondo.
Rosa Albina Garavito.
Participation de la Comissión Sexta de l’EZLN.
Lundi 4 mai. CIDECI. 10:00 a 14:00.
María O’Higgins.
Oscar Chávez (enregistrement).
Guillermo Velázquez (enregistrement).
Antonio Gritón. Présentation de l’Exposition Graphique “L’Hydre Capitaliste ».
Efraín Herrera.
Participation de la Commission Sexta de l’EZLN.
Lundi 4 mai. CIDECI. 17:00 a 21:00.
Eduardo Almeida.
Vilma Almendra.
María Eugenia Sánchez.
Alicia Castellanos.
Greg Ruggiero (écrit).
Participation de la Commission Sexta de l’EZLN.
Mardi 5 mai, CIDECI. 10:00 a 14:00.
Jerónimo Díaz.
Rubén Trejo.
Cati Marielle.
Álvaro Salgado.
Elena Álvarez-Buylla.
Participation de la Commission Sexta de l’EZLN.
Mardi 5 mai. CIDECI. 17:00 a 21:00.
Pablo Reyna.
Malú Huacuja del Toro (écrit).
Javier Hernández Alpízar.
Tamerantong (video).
Ana Lidya Flores.
Participation de la Commission Sexta de l’EZLN.
Mercredi 6 mai. CIDECI. 10:00 a 14:00.
Gilberto López y Rivas.
Immanuel Wallerstein (écrit).
Michael Lowy (écrit).
Salvador Castañeda O´Connor.
Pablo González Casanova (écrit).
Participation de la Commission Sexta de l’EZLN.
Mercredi 6 mai. CIDECI. 17:00 a 21:00.
Karla Quiñonez (écrit).
Mariana Favela.
Silvia Federici (écrit).
Márgara Millán.
Sylvia Marcos.
Havin Güneser, du Kurdish Freedom Movement.
Participation de la Commission Sexta de l’EZLN.
Jeudi 7 mai, CIDECI. 10:00 a 14:00.
Juan Wahren.
Arturo Anguiano.
Paulina Fernández.
Marcos Roitman (écrit).
Participation de la Commission Sexta del EZLN.
Jeudi 7 mai, CIDECI. 17:00 a 21:00.
Daniel Inclán.
Manuel Rozental.
Abdullah Öcalan, du Kurdish Freedom Movement (participation écrite).
John Holloway.
Gustavo Esteva.
Sergio Tischler.
Participation de la Commission Sexta de l’EZLN.
Vendredi 8 mai. CIDECI. 10:00 a 14:00.
Philippe Corcuff (video).
Donovan Hernández.
Jorge Alonso.
Raúl Zibechi.
Carlos Aguirre Rojas.
Participation de la Commission Sexta de l’EZLN.
Vendredi 8 mai. CIDECI. 17:00 a 21:00.
Carlos González.
Hugo Blanco (video).
Xuno López.
Juan Carlos Mijangos.
Óscar Olivera (video).
Participation de la Commission Sexta del EZLN.
Samedi 9 mai. CIDECI. 10:00 a 14:00.
Jean Robert.
Jérôme Baschet.
John Berger (escrito).
Fernanda Navarro.
Participation de la Commission Sexta de l’EZLN.
Clôture…
Troisièmement.
– Jusqu’au 29 avril 2015 nous avons confirmé l’inscription de 1 528 personnes. Parmi elles: 764 disent être adhérentes à la Sexta, 693 disent ne pas être adhérentes, 117 disent être des médias libres autonomes alternatifs ou comme ils s’appellent, et 8 collaborent avec les médias commerciaux.
Quatrièmement.
– Ceux qui n’arrivent pas à s’enregistrer pour la journée du 2 mai 2015, pourront le faire directement au CIDECI à San Cristobal de Las Casas, Chiapas.
C’est tout pour l’instant.
Bon voyage.
Depuis la conciergerie.
SupGaleano.
Avril 2015.
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RAPPORT SUR L’INSCRIPTION AU SÉMINAIRE « LA PENSÉE CRITIQUE FACE A L’HYDRE CAPITALISTE »

source.

 

Traduction collective (@ValKaracole, @EspoirChiapas, et moi) du communiqué de l’EZLN publié le 22 avril. Vous pouvez donc retrouver cette traduction sur le site d’Espoir Chiapas, ainsi que sur le site de Liaison Zapatiste.

Le sⒶp

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RAPPORT SUR L’INSCRIPTION AU SÉMINAIRE

« LA PENSÉE CRITIQUE FACE A L’HYDRE CAPITALISTE »

SUPGALEANO

ARMÉE ZAPATISTE DE LIBÉRATION NATIONALE

MEXIQUE.

21 avril 2015.

Aux comp@s de la Sexta :

Aux présumé-e-s assistant-e-s au Séminaire « La Pensée Critique face à l’Hydre Capitaliste » :

Nous vous avisons que :

Jusqu’au 21 avril 2015, se sont inscrits pour assister au séminaire « La Pensée Critique face à l’Hydre Capitaliste », approximativement 1074 hommes, femmes, autres, filles, garçons, anciens, anciennes du Mexique et du monde. De ce total :

558 personnes sont adhérentes à la Sexta.

430 personnes ne sont pas adhérentes à la Sexta.

82 personnes disent être des médias libres, autonomes, indépendants, alternatifs ou comme ils se nomment.

4 personnes sont des médias de communication à gages (seule une personne des médias commerciaux, une des trois parrainées par le gouvernement de l’état du Chiapas pour ternir le nom du compa maître zapatiste Galeano et présenter ses assassins comme victimes, a été refusée).

Maintenant, bon, nous ne savons pas si dans ces 1074 personnes qui se sont inscrites jusqu’à ce jour, il y en a beaucoup qui se sont trompées et pensent s’être inscrites au mariage de mademoiselle Anahi (il semblerait qu’elle se marie avec quelqu’un du Chiapas, je ne sais pas, ne m’écoutez pas trop car la politique et la farandole sont très déroutantes ici… Ah ! Là-bas aussi ? Je n’en parle pas ?). Bon, je vous donne l’info car c’est bien plus que ceux que nous avions prévu qui assisteraient au semencier. Clairement, maintenant le problème est pour la bande du CIDECI, c’est ainsi : courage !

Quoi ? S’il est toujours possible de s’inscrire ? Je crois que oui, je ne sais pas. Interrogé par rapport à ça par les Tiers Compas, le doctor Raymundo a déclaré : « il n’y a pas de problème, de toute manière, ceux qui seront attentifs sont bien moins« . Ok ok ok il n’a pas dit ça, mais dans le contexte il aurait pu le dire. C’est plus, le doc ne sait même pas combien de personnes vont se rendre au CIDECI.

De toute manière, si vous êtes absorbé-e par la grande qualité des campagnes électorales et réfléchissez profondément sur les diaphanes propositions des candidat-e-s, vous ne devriez pas perdre votre temps à ça, à la pensée critique.

Bon, n’oubliez pas votre brosse à dent, savon et quelque chose pour vous coiffer.

Depuis la conciergerie du semencier, cherchant le chat-chien.

Sup Galeano.

Mexique, Avril 2015.

Le Chat-Chien lors du chat de « Attention zapatiste au client antizapatiste » :

(Vous êtes en ligne, dans un moment l’un de nos conseiller-e-s va vous répondre. Si ça tarde, c’est parce que c’est l’heure du pozol. Nous vous remercions de votre patience)

huella

– Bonjour ? Allô ?

 

huella

– Ah, allô, je veux m’inscrire.

 

huella  huella

– Allô, mais il y a toujours de la place ?

 

huella

– Bon, allô, parce que je veux un lieu très proche, vous comprenez ?

 

huella

– Allô, et y’aura la possibilité pour un selfie? autographes? tout ça ?

 

huella huella

– Oui allô, je me demande si dans l’inscription ils te donnent comme qui dirait un bonus.

 

huella

– Comment ! allô, c’est pas ici l’inscription pour le concert de Juan Gabriel ?

 

huella

– Merde ! Je le savais, allô. Je l’avais dit aux autres que si nous ne nous dépêchions pas, nous n’arriverions pas à avoir de place.

 

huella

– Bon, allô, s’il n’y a pas de place avec Juan Gabriel, ben alors avec Jaime Maussan.

 

huella

– Il n’y a pas de place non plus avec Maussan ! Bon, allo, ben dites moi où il y a de la place.

 

huella

– Allez ! Allô, vous voulez paraître très postmodernes non ? Très de MetaFukuyama et tout ça, non ?

 

huella

– Allô, ben laissez-moi vous dire que pour du postmodernisme, celui de José Alfredo Jimenez et son déjà très classique aphorisme de « la vie ne vaut rien ». Ça, écoutez, ce sont des coups de fouets et pas des bêtises comme le nihilisme avec préservatifs et serviettes féminines de couleurs.

 

huella

– Bon, allô, laissez-moi vous dire que ce qui importe réellement c’est un pragmatisme illustré. Ou que ce soit avec de bonnes vibes, vous me comprenez ? Par exemple, allo, l’Araignée tissant des alliances inavouables, Menique investissant sa paie dans différents « scénarios », et la gauche institutionnelle doutant entre être de gauche ou être institutionnelle, le LauraBozzo de avant-gardisme du prolétaire pontifié, beaucoup de nus sveltes, pour leur rappeler la cellulites et les rides, Kirkman proposant le fascisme comme la meilleure option en temps de crise, Rick et Carol tels quels, Tyron changeant la Cercei en Khaleesi, le « journalisme d’investigation » cherchant qui lui ferait son travail avec comme consigne « dénonce, nous verrons si ça peut se vendre ». Si, ce dont Alejandria a besoin c’est moins de latinos et afro américains, et plus dans l’ambiance Justin Bieber et Miley Cyrus. Et voilà, jusqu’au putain de dragons qui ont changé de partis politique et les Stark avec des problèmes pour obtenir l’inscription. Et ensuite, le Mance Rider, qui a vraiment voulu se mettre dans l’ambiance libertaire et tout ça, et ils l’ont inculpé pour ne pas vouloir aller voter. Ah, mais dans le jeu des trônes qui importe, le tirage au sort est dans l’île de Braavos. Sept Royaumes sinon rien! L’hiver s’approche et « La Banque de Fer obtient ce qui lui appartient. »

 

huella

– Allô, je vous ferais bien plus de spoiler, mais non. Je vous laisse avec vos doutes ! Souffrez ! Allô.

 

huella

– Allô, vous êtes sûr qu’il n’y a pas de place ? Ni même pour Neil Diamond ? La Sonora Santanera ? Arjona s’il le faut ?

 

huella

– Allô, j’ai un doute : c’est pas ici où on s’inscrit pour des spectacles, vous savez, ciné, théâtre, concerts, le bar comique, les campagnes électorales, Don Francisco, cirques avec des animaux à la carte, candidatures, realitishow, spots vert sur l’écran Imax, « Arrête de Souffrir » avec charge du trésor, baisse de poids en trottant jusqu’aux urnes ?

 

huella

– Je le savais ! Écoutez ! Putain de Peñarobots ! Je suis sûr qu’ils sont abstentionnistes ! Vous ne comprenez pas que vous faites le jeu de la droite ? Vous ne voyez pas les grandes avancées des gouvernements progressistes dans le monde ? C’est sûr que vous louez ou que vous avez hypothéqué la maison, allô. Une personne ici, ayant sa propre maison, s’efforce de vous orienter et vous diriger, et vous êtes dans le sadomasochisme, allô. J’espère qu’on vous a donné le gâteau avec la salmonelle ! Là ils ont leur unlique, leur miute, leur blocage et leur unfolo ! Maintenant, à voir comment ils vivent, allô !

 

 huellahuellahuella
(L’usager a quitté la ligne. La session de chat est achevée. Fin de transmission).
(…)

(un liquide vert coule)

(…)

(voix off) : Qui a laissé le pozol aigrir sur le clavier ! Je vous ai déjà dit de ne pas laisser le chat-chien s’emparer de l’ordinateur ! Ah, mais laissez-moi le trouver et il va voir !

J’atteste.

SupGaleano

huellawouaf ! miaou ! (et vice versa).