LE DANGEREUX DISCOURS DES « INFILTRÉS »

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Traduction d’un article publié sur Proyecto Ambulante, site de contre-information libertaire, le 22 novembre.

 

 

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Manifestation pour les 43 étudiants disparus

LE DANGEREUX DISCOURS DES « INFILTRÉS »

Depuis les mobilisations exigeant la réapparition des 43 étudiants enlevés par des policiers, a commencé une radicalisation de divers secteurs des mouvements sociaux. Il y a toujours plus de gens qui s’investissent dans des activités politiques de différentes natures teinté d’un fort anti-étatisme et n’ayant pas peur de se confronter directement aux institutions. Il faut comprendre que les niveaux de violence, inégalité et corruption sont arrivés à un tel degré que la majorité de la population vit totalement soumise, bien souvent par des méthodes violentes. Au milieu de cette violence structurelle existent des formes de résistance qui ont culminé avec l’incendie d’édifices, d’autobus, de voitures de patrouille et de portes dans plusieurs villes du Mexique. La multiplication massive de ces groupes fait partie de différents développements ayant été accompagné du mépris institutionnel et la violence policière.
Dans ce contexte, les médias de communication officiels et quelques autres de « gauche » ont conçu une campagne de discrédit, de peur, de méfiance et de démobilisation centrée sur les fameux « infiltrés » qui sont supposés « discréditer » les marches ou « justifier » la répression. Ces discours viennent d’en-haut, Peña Nieto lui-même et les organisations patronales les ont répétés. En focalisant et en accusant les « infiltrés » on dilue la responsabilité de l’état, on retire de l’importance à la brutalité policière. Croire qu’il y a eu une opération bien planifiée pour vider le Zocalo afin « d’arrêter » 50 personnes qui « attaquaient la porte du palais national » c’est comme croire que les 4 agents de police présents à la UNAM, dont l’un a tiré sur des étudiants, l’étaient pour « enquêter » sur un portable volé.
« L’infiltré » n’est pas un agent fait pour « délégitimer » ni pour « provoquer la répression ». Toute manifestation contre ce régime totalitaire est légitime et le gouvernement n’a jamais eu besoin de prétexte pour réprimer, et lorsqu’il n’en a pas il en invente ultérieurement (Comme ils le font au sujet des détentions aux abords de l’aéroport). « L’infiltré » est là pour causer la division, pour identifier les personnes les plus actives, pour discréditer ceux qui soutiennent l’action directe et l’auto-défense. Il est extrêmement difficile de reconnaître la plus part des infiltrés, à l’exception de ceux qui donnent les ordres avec ostentation pour se vanter de l’impunité avec la quelle ils peuvent agir. Ils peuvent faire disparaître 43 normaliens sans donner aucune explication cohérente.
Entre le 14 et le 15 novembre ont été arrêtés Julián Luna, Bryan Reyes et Jaqueline Santana près de chez eux, quelques heures avant qu’un policier ne tire sur des étudiants au sein de la UNAM. Depuis ce jour, au cours duquel Peña Nieto a dit qu’il pourrait recourir à la force publique la répression a augmenté dans tout le pays. La répression du 20 novembre sur le Zocalo a été la déclaration de guerre contre les mouvements sociaux, nous sommes devant les préambules au début d’une nouvelle Guerre Sale.
Essayer de faire prendre au sein de la population le discours sur les « infiltrés » et « le vandalisme » amènera une fracture à l’intérieur du mouvement, une possible aseptisation  des manifestations et une nouvelle guerre sale avec son lot d’arrestations, de tortures, de disparitions et d’assassinats bien plus intense qu’aujourd’hui. Ceux qui avalent l’histoire des « infiltrés pour justifier la répression » ne prêteront plus attention au terrorisme d’état ni aux véritables infiltrés dans le mouvement, ceux qui divisent, qui sèment la peur et récoltent des informations.
Ce discours doit être combattu, il faut dire qui est coupable et expliquer la multiplicité des voies. Il faut rendre visible d’autres formes que celles qui plaisent au gouvernement. Que le politiquement incorrect n’implique pas la malignité. Il faut mettre en lumière ceux qui usent systématiquement de violence et parler plus d’auto-défense que d’infiltrés.
Il faut faire attention, mais ne pas reculer. Il faut défendre, et se défendre du véritable ennemi : l’État. L’État a fait disparaître les 43 normaliens, l’État a réprimé sur le Zocalo le 20 novembre. L’État a capturé des gens innocents et les accuse de terrorisme, les envoie dans des prisons du Veracruz et du Nayarit pour gêner familles et avocats. C’est l’État qui a réformé les lois au bénéfice des corporations et de quelques familles parasites.
C’ÉTAIT L’ÉTAT.

 

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Illustration de La Pinche Canela / Tumblr.

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