Notes d’une vie

source.

Traduction par la #TradTeam de l’hommage du Sup Galeano au professeur zapatiste Galeano, publié le 2 mai sur le site de liaison zapatiste. Vous pouvez donc retrouver cette traduction sur le site d’Espoir Chiapas, ainsi que sur le site de Liaison Zapatiste.

Le sⒶp

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Professeur Zapatista Galeano: Notes d’une vie.
2 mai 2015
Compagnons et compagnes de l’Armée Zapatiste de Libération Nationale:
Compagnons et compagnes de la Sexta:
À ceux qui nous rendent visite:
Je dois maintenant vous parler du compagnon professeur Zapatiste Galeano.
Parler de lui pour qu’il vive à travers la parole. Vous parler de lui pour que, peut-être vous compreniez notre colère.
Et nous disons « professeur zapatiste Galeano» parce que c’est le poste ou la position ou le travail qu’il occupait lorsqu’il a été assassiné.
Pour nous, hommes et femmes zapatistes, le compagnon professeur Galeano représente toute une génération anonyme du mouvement zapatiste. Anonyme pour l’extérieur, mais protagoniste fondamental dans le soulèvement et durant ces presque 20 ans de rébellion et de résistance.
La génération qui, étant jeune, était dans ce que l’on appelle les organisations sociales et a connu la corruption et le mensonge qui nourrissent ses dirigeants, s’est préparée à la clandestinité, s’est soulevée avec les armes contre le gouvernement suprême, a résisté à nos coté aux trahisons et persécutions, et a guidé la résistance de la génération qui est aujourd’hui en charge des communautés indigènes.
La mort violente, absurde, implacable, cruelle, injuste l’a rattrapé au poste de professeur.
Un peu plus et elle l’aurait rattrapé en tant qu’autorité autonome.
Avant ça elle l’aurait rattrapé comme guide.
Encore avant, la mort aurait tué le milicien.
Beaucoup de lunes avant, le mort aurait été un jeune qui en savait suffisamment et le nécessaire sur le système, et cherchait, comme beaucoup d’autres hommes et femmes encore, le meilleur moyen de le défier.
Il y a un an, un trio de journalistes, à la solde du gouvernement de Ario Velasco et sa court pourrie, a émis un mensonge sur son assassinat.
Celui qui a pris les photos blessantes des sois-disant coups, soigneusement bandés, des assassins, est allé en récompense promener à New York d’autres photos mercenaires.
Ceux qui ont gobé toute crue la merde gouvernementale et l’ont diffusée en première page, ont fait écho à ceux qui maquillent les informations et présentent son assassinat comme le résultat d’un affrontement.
Les complices qui se sont tu par intérêt économique ou calcul politique continuent de simuler qu’ils font du journalisme et non de la publicité mal dissimulée.
Peu de jours avant la présente convocation, nous avons lu dans la presse payée que « l’héroïque » « la dévouée », « la professionnelle », « l’impeccable » police du district fédéral à Mexico, avait eu un « affrontement », c’est le terme employé, avec un groupe de personnes non-voyantes. Les satanés aveugles s’en sont pris avec leurs « armes », leurs cannes, aux pauvres policiers qui ne faisaient rien d’autre que l’accomplissement de leur devoir et ont dut répondre à coups de matraques et de boucliers pour faire voir, aux non-voyants, que la loi est la loi pour ceux d’en bas, et pas pour ceux d’en haut.
Il y a peu également, et avec le prétexte des spéculations saisonnières qui reviennent non seulement dans le milieu journalistique mais aussi sur les réseaux sociaux, quand on parle de quelque chose pour cacher qu’il n’y a rien d’important à dire ni à informer, une journaliste, de celle qui revendique « professionnalisme » et « objectivité », écrivait sur la mort du frère en lutte et ramasseur de pluies, Eduardo Galeano, et sous entendait un lien erroné entre le Galeano écrivain et le Galeano professeur, milicien et zapatiste.
En citant le compagnon zapatiste Galeano, la journaliste corrompu insistait sur le fait qu’il était mort lors d’un affrontement et réutilisait les photos de son collègue, le touriste de New York.
Je précise que c’est une journaliste, non par misogynie, mais pour la raison suivante: comme il est courant dans les médias, si courant que parfois on en parle même pas, les meurtres de femmes sont également maquillés de façons à ce qu’elles soient « mortes » et non « assassinées ».
Prenons n’importe quel exemple, un foyer ou une rue n’importe laquelle, un endroit n’importe où, une date quelconque: il y a une dispute, une bagarre, ou même pas, parce que c’est lui qui commande, l’homme agresse la femme, la femme se défend et parvient à le griffer, l’homme la tue sous les coups, à coups de poings, à coups de couteau, à coup de balles, à coups de mépris. L’homme est soigné et les griffures soignées et bandées.
De ce fait, la journaliste, « professionnelle et « objective », comme elle dit l’être, écrira la note suivante: « une femme est morte lors d’une querelle avec son conjoint, l’homme présente des blessures dues à la bagarre. On joindra des photos du pauvre homme blessé, après avoir été soigné par les services médicaux. La famille de la femme auteur de l’agression a refusé que son corps soit photographié ». Fin de l’article et à l’encaissement.
Ainsi sont les notes journalistiques de nos jours: des aveugles armés de cannes affrontent des policiers armés de boucliers, matraques et gaz lacrymogènes. Des femmes armées d’ongles affrontent des hommes armés de couteaux, de garrots, de pénis.
Voici les affrontements couverts par les médias corrompus, même si certains se font passer pour des médias libres, comme certains qui se sont inscrits ici, en pensant que nous ne les identifierions pas et que nous ne les laisserions pas entrer si ils étaient à la solde d’intérêts divers. Mais nous les identifions et ils sont là et « couvrent » cet événement.
Le compagnon professeur Galeano n’est pas mort lors d’un affrontement. Il a été séquestré, torturé, vidé de son sang, roué de coups de bâtons, de coups de machettes, assassiné et balancé. Ses agresseurs avaient des armes à feu, pas lui. Ses agresseurs étaient plusieurs hommes et femme, lui était seul.
La journaliste « professionnelle » et « objective » réclamera les photos et l’autopsie, et n’obtiendra ni les unes ni l’autre. Parce que si elle ne se respecte pas elle-même, et qu’elle ne respecte pas son travail, et que c’est pour ça qu’elle écrit ce qu’elle écrit sans que personne ne la questionne et en plus en se faisant payer pour ça; nous Zapatistes, homes et femmes, si nous respectons nos morts.
 
Il y a plus de 20 ans, durant la bataille de Ocosingo, qui a duré 4 jours, des combattants zapatistes ont étés exécutés par les fédéraux après avoir été blessés au combat. Les armes à feu des zapatistes ont été remplacées par des armes de bois. La presse avait alors été appelée à s’acquitter de sa paye sous la surveillance des troupes gouvernementales. Apparu ainsi le tissu de mensonges, répété depuis jusqu’à en vomir et aujourd’hui encore, disant que les troupes de l’EZLN s’attaquait avec des armes de bois au mauvais gouvernement. Seulement le petit problème c’est que quelqu’un avait pris des photos des zapatistes qui une fois tombés n’avaient rien entre les mains. Et avait mis ses photos en opposition avec les photos présentées officiellement. Il y a eu beaucoup d’argent versé pour que les photos représentant la vérité ne soient pas diffusées.
Maintenant, en ces temps modernes de crise économique des médias à la solde, un art, la photographie journalistique, est devenue une marchandise mal payée, qui parfois ne provoque que des nausées.
je ne vais pas vous donner les détails de chacune des blessures du compagnon Galeano, ni vous montrer les photos de son cadavre bafoué. Je ne vous rapporterai pas le cynisme narratif avec lequel ses assassins donnèrent des détails du crime comme si il s’agissait d’un exploit.
Il faudra du temps. Les confessions des bourreaux apparaîtront à la lumière. On aura les détails des tortures, des célébrations pour chaque goutte de sang, la beuverie de la mort cruelle, l’euphorie qui suivie, la gueule de bois morale et éthylique des jours suivants,la culpabilité qui les assaillait, la justice qui les rattrapait.
Les communautés zapatistes se souviendront du compagnon maître zapatiste Galeano, sans raffut ni première page. Sa vie et non sa mort apportera de la joie à notre lutte pour des générations. Des centaines d’enfants des communautés tojolabales, tzeltales, tzotziles, choles, zoques, mames et métisses porteront son nom. Et il y aura bien la petite fille qui s’appellera Galeana.
Les 3 membres de la noblesse médiatique, qui ont appelé à la guerre par la diffusion d’un mensonge, ceux qui se sont tu par lâcheté, et la journaliste « professionnelle et objective », continueront d’être médiocres, ils vivront médiocres, mourrons médiocres, et l’histoire continuera son cours sans qu’ils ne manquent à personne.
Et juste pour en finir avec les stupides suppositions, le nom du compagnon professeur zapatiste Galeano ne vient pas de l’infatigable cueilleur des paroles d’en bas que fût Eduardo Galeano. Ce lien est une invention des médias.
Même si cela a l’air bête, le nom de lutte du compagnon vient du rebelle Hermenegildo Galeana, d’ailleurs originaire de Tecpan, dans ce qui est maintenant l’état du Guerrero, et qui réussi à être sous lieutenant du chef de l’indépendance José Maria Morelos y Pavon. Hermenegildo Galeana faisait parti des troupes insurgées lorsque, le 2 mai 1812, on mit fin au siège que l’armée réaliste maintenait à Cuautla, anéantissant au passage les troupes du général Félix Maria Calera. La résistance insurgée écrivait alors une page brillante de son histoire militaire.
Il est commun chez les peuples zapatistes que hommes et femmes appliquent les genres à leur manière très personnelle. Ainsi, par exemple « le » plan devient « la » plan. Le compagnon a masculinisé le nom de famille Galeana en Galeano. Et ceci des années avant notre apparition publique.
Il n’y a pas grand chose d’autre à dire sur le compagnon professeur Galeano.
Ses proches et ses compagnons hommes et femmes, qui nous honorent aujourd’hui de leur présence, le feront mieux, de même que le Sous-comandant Insurgé Moises.
Moi, je souffre encore de son absence.
Je ne m’explique toujours pas la cruauté avec laquelle on s’est acharné contre lui, en voulant le tuer avec des armes et avec des articles journalistiques.
Je ne comprends toujours pas le silence complice et le désintérêt de ceux qu’il avait soutenu et aidé avec générosité, qui lui ont tourné le dos à sa mort après avoir profité de sa vie.
C’est pour cela que je pense que, puisqu’il s’agit de sa vie, c’est mieux que ce soit le Compagnon Galeano qui vous parle.
Les passages suivants que je vais vous lire, viennent du carnet de notes du compagnon Galeano. Le cahier, avec ces écrits et d’autres ont été remis à la direction Générale de EZLN par la famille du compagnon que nous regrettons aujourd’hui.
Apparemment les écrits débutent en 2005 et les derniers datent de 2012.
Voici:
«  Pour tous ceux qui lisent cette brillante histoire et pour qu’un jour mes enfants et mes compagnons ne disent pas il a disparu.
J’écris mes actions et mes pas dans la lutte, mais je suis aussi critique pour que vous connaissiez aussi mes erreurs et que vous ne commettiez pas les mêmes. Mais cela ne veut pas dire que je ne suis pas un compagnon.
Bon je vais commencer depuis ma jeune vie de civil avant.
Quand j’avais environ 15 ans j’avais toujours participé aux œuvres et actions d’une organisation appelée « Unions communales de la Jungle ».
Je savais aussi que j’étais exploité parce que le poids de la pauvreté qui pesait sur mes épaules brûlées suffisait à me rendre compte que l’exploitation existait encore, et qu’un jour quelqu’un viendrait nous relever et nous montrer le chemin, pour nous guider.
Bon, comme je vous l’ai dit au début j’ai participé à un tour que nous avons fait (nombre illisibles) indigènes pour essayer d’échanger des idées de travail productif. C’est comme ça que s’appelait ce programme qu’ils avaient fait selon nos conseillers de cette Union, dans laquelle nous militions.
Bon, à moi cela m’a servi pour apprendre beaucoup de choses. D’abord je me suis rendu compte de comment ils ont essayé de nous tromper ces maudits conseillers Juarez et Jaime Valencia entre autres. Nous sommes allés jusqu’à Oaxaca, à un endroit où il y a des indigène comme nous, qui avaient aussi une organisation appelée X dirigés par un prêtre qui était avec eux. Mais qui connaissent la même oppression que nous.
Bon, nous avons donc parcouru plusieurs villes du pays. C’est là que je me suis rendu compte combien de gens mendient dans la rue, sans toit et sans avoir à manger. Je me suis vraiment rendu compte que ce devait être notre objectif, échanger des idées pour tenter de voir comment exiger une vie digne pour tous ceux qui vivons dans des conditions de pauvreté humiliante à cause des gouvernements.
Je me suis aussi rendu compte de quelque chose que j’ai détesté et je n’ai plus jamais été dépendant de ces hommes menteurs et manipulateurs qui font semblant d’être avec ceux d’en bas. Ils organisaient tous ces mouvements pour s’enrichir sur notre dos, les cons que nous étions croyaient en leur frauduleuse et fausse idée.
Pourquoi est-ce que je dis ceci? Vous allez voir comment ça s’est passé. En fait ils faisaient la promotion de programmes du gouvernement pour nous tromper, et qu’à notre tour nous trompions les gens de nos communautés. Pour ce tour, le gouvernement a versé une subvention de 7 millions de pesos, ce qui à l’époque était une grosse somme parce qu’on parlait en milliers, pas comme maintenant en pesos. A l’époque on nous a dit que le gouvernement avait donné 7 millions, mais qu’on ne nous donnerait pas tout, seulement 3 millions et que le reste servirait pour les prochaines tournées, et nous n’avons plus jamais entendu parler de cet argent.
Évidement, ils ne nous l’ont pas dit, mais les maudits conseillers ont gardé cet argent, pendant que nous mangions des chips avec un petit morceau de fromage, là-bas à Oaxaca, et que nous dormions dans le couloir de la préfecture de Ixtepec dans l’état de Oaxaca, eux où étaient-ils? et bien devinez, ils dormaient dans de bons hôtels et mangeait dans de bons restaurants. Et nous sommes revenus au Chiapas.
Nous sommes arrivés à Puerto Arista. Là pour couronner le tout ils ont acheté des caisses de bières. Les 3 millions qu’administraient les responsables des dépenses ce sont alors sois-disant terminés. Ils nous ont dit que nous allions devoir manger des gâteaux et des sodas parce qu’il n’y avait plus d’argent.
Mais moi je savais que ce n’était pas vrai, Que les trésoriers nous faisaient croire qu’il n’y avait plus d’argent, mais qu’ils avaient passé un accord avec ces salauds de conseillers. Moi je leur ai dit que nous refassions les comptes pour vérifier si c’était vrai qu’il n’y avait plus d’argent. Mais ma proposition n’a pas été acceptée et ils m’ont dit que la campagne s’arrêtait là, à Motozintla. Ils m’ont donné 40 mille pesos (d’alors) pour rentrer chez moi, parce qu’ils avaient compté que c’était ce que j’allais dépenser en transports jusqu’à Margaritas puis jusqu’à La Realidad, que je me débrouille avec ça. J’en ai chier, 40 mille anciens pesos que Salinas a converti en 40 nouveaux pesos. Et c’est dans ces conditions que je suis rentré dans mon village, triste et furieux à la fois.
C’est en 89, que j’ai connu un vrai conseiller, un homme qui se faisait passer pour un humble travailleur vendeur de perruches. Nous étions presque devenus amis, mais bien que nous nous connaissions bien, il ne m’avait jamais dit qui il était ni ce qu’il voulait et faisait réellement. Nous nous retrouvions souvent au Cerro Quemado, nous discutions, je voyais qu’il avait son sac à dos « plein », comme nous les appelons ici, et enveloppés il avaient ses outils de travail. C’est ce que me disait mon ami. Combien d’autres comme moi connaissait l’histoire de mon ami sans savoir la vérité, restait encore à découvrir combien de mensonges racontait mon ami de l’époque. Des mensonges pour faire la vérité, des mensonges pour faire la Réalité, des vrais mensonges. C’était mon pote, et moi si maladroit je ne comprenais pas ce qu’il se passait.
Jusqu’au jour où j’ai revu mon ami, mais cette fois il n’était pas habillé comme un humble travailleur, ni portait de sac à dos et n’avait pas non plus de cage à oiseaux.
Que portait-il alors? Vous voyez, mon ami était là, mon pote, tout en noir et marron, avec sac à dos et chaussures, et arme à l’épaule. Mon ami était en fait un courageux guerrier et soldat du peuple. j’étais étonné et je suis rentré, triste et sans comprendre ce qu’il se passait.
Ce fût mon erreur, ne pas comprendre rapidement ce que voulait cet homme.
Comme il a compris que je l’avais reconnu, ils m’ont fait venir à la maison de sûreté avec mes parents et mes frères. Mais finalement mon père n’a pas voulu s’enrôler, mes frères non plus, mais moi je n’avais rien d’autre à faire ni à dire. C’est comme ça que je suis vraiment entré dans l’organisation. Ils m’ont emmener pour m’entraîner. A l’époque ils étaient presque tous zapatistes. Nous sommes allés nous entraîner. Ensuite on m’a nommé caporal et ainsi jusqu’à ce que s’enrôlent tous mes proches.
Jusqu’au jour où j’ai su qui était et comment s’appelait mon véritable ami menteur: Il était à l’époque le Capitaine insurgé Z. Il était là cet homme qui avait dût parcourir tous les villages indiens du Chiapas, toutes ses montagnes,ses fleuves et ses vallées. Il marchait la nuit en tant que guerrier; le jour comme un simple travailleur, en semant petit à petit la graine de la liberté jusqu’à ce qu’elle pousse et donne des fruits.
 
Sa souffrance a été grande, mais il a récolté de jolis fruits qu’il a emmené. Et il a obtenu avec orgueil le grade de Major grâce à son intelligente et courageuse action et préparation.
Mais il n’y avait pas que lui, Il y avait un autre grand homme courageux et inoubliable révolutionnaire dans l’histoire de notre clandestinité, le nommé et cher Sous-commandant Insurgé Pedro, « l’oncle » surnommé ainsi avec respect par tous les compagnons de notre lutte. Aimé par tous parce qu’il était un véritable exemple qui a partagé son savoir révolutionnaire. Il a été un véritable maître en discipline et compagnonnage.
Exemplaire parce qu’il disait qu’il irait aux fronts lors des combats, et que si c’était nécessaire de mourir pour notre peuple, il le ferait.
Le 28 décembre (1993) Le compagnon Sup I. Pedro m’a dit, Tu vas à Margaritas pour acheter l’essence et les piles dont nous avons besoin, dit au compagnon Alfredo qu’il prenne « l’Ami », c’est à dire la voiture de la communauté, mais ne lui dit pas que la guerre va commencer.
Et je suis parti. Nous avons partagé des grains de mais pour endormir le chauffeur, parce quil était urgent de partir et comme ça il ne se douterait pas de ce quil allait arriver. Mais il savait, comme un ragot, que la guerre allait commencer, et il posait des questions, mais je ne lui ai rien dit, c’était les ordres, et je les ai respecté bien que ce soit mon compagnon. Même à mes parents je nai pas dit ce quil allait arriver, parce que eux vivaient déjà à Margaritas. Nous avons roulé toute la nuit et toute la journée.
Le 29 ( décembre 1993) nous sommes rentrés vers 4 heures de laprès-midi à la Réalidad. Javais accompli ma première mission. je suis allé au rapport et il ma dit: Prépare toi parce que nous allons nous battre, en une demi heure les policiers de Margaritas se seront rendu. Cela est resté gravé pour toujours. et dautres exploits du Sup C. I. Pedro.
Encore aujourdhui le 30 (décembre 1993) sorti à Margaritas. Il y a eu aussi beaucoup daccidents en chemin. Lavancée de nos troupes a été incroyable. Sans que lennemi ne sen rende compte, nous avancions comme des fantômes au milieu de la nuit noire, seulement éclairés par les phares des voitures et des bus zapatistes.
Avant darriver à Margaritas, il y a un endroit, avant darriver à Zaragoza. Prés de ce village on nous a réparti nos taches révolutionnaires: premier groupe, prise de la préfecture; second groupe, prise et barrage de la route Margaritas – Comitan; troisième groupe, prise et barrage de la route San Jose Las Palmas – Altamirano, quatrième groupe, route Indépendencia – Margaritas; cinquième groupe, prendre la radio Margaritas.
C’était le matin de ce glorieux 1 janvier, quand nous n’étions plus des fantômes sortis de la nuit, nous étions enfin le EZLN à la lumière du jour. Tout le monde nous regardait avec étonnement et respect pour notre action courageuse.
Cest comme ça que le SUP C. I. Pedro est tombé au combat contre les policiers. Il est mort comme un grand courageux, en tuant plusieurs policiers. Il les a juste affronté. Sa rage contre les assassins du peuple était si grande que sa vie nimportait pas, il a ainsi tenu sa parole: mourir pour le peuple ou vivre pour la patrie.
Quelle a été ma surprise lorsquon nous a prévenu que notre bien aimé chef était tombé. Jai ressenti une douleur si grande, mais il avait accompli sa mission, et avait bien préparé sa succession aux commandes. Parce quil savait quil allait se battre et que pendant une guerre il peut se passer ce genre de choses.
Cest alors que prend les commandes et que lon voit de nouveau en action ce courageux guerrier, mon ami le Major Insoumis Z. Nos missions, malgré la douloureuse perte de notre grand chef, étaient dirigées par le Major I. Z. Un groupe est allé prendre la finca du Général Absalon Castellano Dominguez, lont fait prisonnier et lon amené jusquaux montagnes, pour après le juger pour tous les crimes commis durant son gouvernement, il en était lauteur intellectuel. Malgré tout ce quil traînait, sa culpabilité et d’être lassassin de tant denfants, de femmes et de vieux à Wololchan, on respecta ses droits comme prisonnier de guerre. Il na jamais été torturé. Au contraire, ce que mangeait les troupes, il en mangeait aussi. Ainsi notre compagnon prouva une fois de plus son éducation, et la bonne formation militaire reçue pendant sa clandestinité. Le respect des vies de ceux qui sont fait prisonniers pendant une guerre doit être respecté. Et nous rappelons à tous ceux qui nous lisent que le respect se gagne en respectant ceux den-bas, mais aussi ceux den-haut si ces derniers respectent ceux den-bas. Merci. Mourir pour vivre. Galeano. »
(il continue)
« A Margaritas je faisais parti du barrage de la route Margaritas San José las Palmas. De là nous sommes sommes allés à la route Margaritas-Comitan. Nous sommes resté là toute la nuit du 1er janvier jusqu’à ce quon nous donne lordre de prendre lentrepôt de la Conasupo qui était à Espiritu Santo. Avec dautres compagnons insoumis nous sommes allé prendre des vivres pour les troupes. Puis nous avons reçu lordre de retrait vers les montagnes et nous sommes allés à Guadalupe Tepeyac en faction. Nous étions en embuscade de La Realidad au kilomètre 90 du Cerro Quemado, puis on ma envoyé récupérer un véhicule 3 tonnes qui appartenait à un type appelé J. de Guadalupe Los Altos.
Je ne savais pas bien conduire. Je ne connaissais que la théorie de la conduite, et là je suis passé à la pratique et jai bougé le véhicule. Jai fait tout le chemin jusqu’à La Realidad en première. J’étais attendu, et la compagne capitaine L et dautres insurgés mont dit « Allez Galeano », mais je leur ai répondu « jai jamais conduit et encore moins des poids lourds ».
Mourrir pour vivre. Galeano » (entre 2005 et 2009)
(Il continue)
« Cest pas grave, à la guerre tout est permis », ma répondu la compagne et nous sommes parti, mais après le Cerro Quemado, javais pris confiance, jai commencé à aller plus vite, mais dans un virage jai trop tourné le volant et je suis sorti de la route et me suis retrouvé dans les plantes à 15 mètres de la route. Mais bon, jen suis sorti comme jai pu et jai continué pour accomplir ma mission.

 
A partir de ce jour, jai conduit tous les jours, jusqu’à ce quun hélicoptère nous voit et nous mitraille. Il ma tiré dessus pendant 10 ou 20 minutes, mais j’étais bien caché sous une pierre. Seuls la poussière et lodeur de la pierre et de la poudre arrivaient jusqu’à moi. Jai attendu que cesse le feu et que lhélicoptère sen aille pour sortir de ma cachette et continuer ma mission. La mission consistait à aller chercher les miliciens qui étaient à Momon. Je suis allé et venu avec mon ami et chef militaire le compagnon Major Insurgé Z. Nous avons toujours été ensemble pendant la guerre, même les jours de cessez le feu.
Dans les missions du premier Aguascalientes à Guadalupe Tepeyac, j’étais à la fouille des gens qui venaient à la Convention Démocratique. On me forma pour être garde du corps, et j’étais garde du corps de nos dirigeants.
Puis, le jour de la trahison de Zedillo, le 9 février nous avons mis des obstacles sur la route à Cerro Quemado. Larmée était déjà à Guadalupe Tepeyac. Mais nous avancions quand même dans lobscurité et on creusait des tranchées, on coupait des arbres pour barrer la route à larmée fédéral vers La Realidad.
Nous sommes restés dans les montagnes plusieurs jours, jusqu’à ce que le peuple du Mexique et du monde se mobilise de nouveau et freine la persécution de nos dirigeants et des troupes de lEZLN. Après plusieurs jours et nuits de campement dans les montagnes, nous sommes rentrés dans nos villages.
Jai participé à toutes les rencontres que notre groupe organisa. Jai été garde du corps de nos chefs militaires. jai participé à la marche des 1 111 Zapatistes à la ville de Mexico.
Dans toutes les marches jai voyagé avec orgueil comme chauffeur du « Conejo », du « Tata », du « Chocolate ». Emmenant toujours nos compagnons aux marches pour exiger l’accomplissement de nos revendications. Quand tous les sergents se sont dégonflés et que je suis resté on ma nommé sergent. Jai participé aux groupes juvéniles régionaux dans la clandestinité et en temps de guerre. De plus de mille façon nous avons fait la guerre à lennemi, même si le mauvais gouvernement en a fait autant.
Nous devons reconnaître le long chemin parcouru peu importe les sacrifices et les privations.
Cest ce qui nous a rendu forts et me maintient sur le chemin de la lutte, jusqu’à obtenir la liberté dont notre peuple a besoin. Il y a encore du chemin à parcourir, parce que déjà quil est long et difficile, peut-être près, peut-être loin, mais nous triompherons.
Ensuite on a organisé les réunions du Bon Gouvernement, et jai été choisi comme chauffeur du premier camion qua eu le Conseil du Bon Gouvernement. Il sappelait « Le Diable ». Jai été enlevé avec un autre compagnon, et ils nous ont emmené attachés dans le camion à la CIOAC-Historica. Je suis resté attaché plusieurs heures avant d’être transféré dans une prison à Saltillo. Puis à Justo Sierra, sans manger, attaché, sans communication. Ils voulaient que jexige la libération dun délinquant mais je nacceptais pas d’être échangé parce que moi j’étais innocent et lui un voleur de ceux qui pullulent toujours dans les organisations sociales.
Jai été prisonnier 9 jours jusqu’à ce quils rendent compte quil allaient avoir des problèmes avec les droits de lhomme et avec lEZLN. Ils ont rendu le camion au bout de 3 mois. On lui a ensuite changé de nom (au camion) et on la appelé le « kidnappé historique ». Ainsi a commencé la labeur des Conseil du Bon Gouvernement et de lautonomie. Mourir pour vivre. Galeano. (24 janvier 2012).
Cest la dernière date indiquée dans son cahier. Avec cette brève autobiographie il y a quelques poèmes, sans doute de lui, et quelques chansons damour et choses comme ça.
De mon coté, Je nai rien à ajouter sauf que le compagnon professeur zapatiste Galeano était comme nimporte quel compagne ou compagnon zapatiste, Quelquun qui vaut bien la peine de mourir pour le faire vivre de nouveau.
En terminant ces lignes, peut-être y a t-il une réponse à une question latente. Une question semée à la moitié de lhistoire et qui ne s’écrit pas avec des mots:
Quoi ou qui a rendu possible quun espace de lutte soit le lieu de rencontre entre le philosophe zapatiste et lindigène zapatiste?
Comment sans cesser d’être professeur, le philosophe est devenu zapatiste, et lindigène, sans cesser d’être zapatiste, est devenu professeur?
Il se passe des choses dans le monde qui rendent possible cette absurdité et dautres.
Pourquoi, pour vivre, lègue-t-on aux siens une pièce cachée du puzzle de son histoire?
Pourquoi, pour ne pas partir, nous a-t-il laissé, en lettres, un regard vers lui-même et son histoire avec nous, hommes et femmes zapatistes?
Cest ce à quoi nous tentons de répondre chaque jour, à chaque heure, partout.
Au moment de mettre le point final à ces mots, il me vient que la réponse, ou au moins en partie, est assise à cette table, elle est en tous ceux qui sont derrière et devant moi, elle est dans les mondes qui rejoignent le notre par la lutte de ceux, qui avec une fierté secrète, se font appeler zapatistes, professionnels de lespoir, transgresseurs de la loi de la gravité, des gens qui sans sursaut à chaque pas se répètent: POUR VIVRE NOUS MOURRONS.
Depuis les montagnes du sud est mexicain
Sous-Commandant Insurgé Galeano
Mexique, 2 mai 2015
Je passe la parole à la compagne auditrice zapatiste Selena.

Luis le zapatiste

source.

Traduction collective (@ValKaracole, @EspoirChiapas, et moi) de l’hommage du Sup Marcos/Galeano au philosophe et zapatiste Don Luis Villoro Toranzo, publié le 2 mai sur le site de liaison zapatiste. Vous pouvez donc retrouver cette traduction sur le site d’Espoir Chiapas, ainsi que sur le site de Liaison Zapatiste.

Le sⒶp

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ARMÉE ZAPATISTE DE LIBÉRATION NATIONALE.

Mexique,

2 mai 2015

 

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Introduction.

Bonnes après-midis, jours, nuits à celles et ceux qui écoutent et à celles et ceux qui lisent, sans qu’importent leurs calendriers et leurs géographies.

Celles qui maintenant sont rendues publiques, sont les paroles que le défunt Sous-commandant Insurgé Marcos avait préparées pour l’hommage à Don Luis Villoro Toranzo, celui-là même qui devait se faire en juin 2014.

Il supposait, lui, que seraient présents les proches de Don Luis, en particulier son fils, Juan Villoro Ruiz, et sa compagne, Fernanda Sylvia Navarro y Solares.

Quelques jours avant que ne soit célébré l’hommage, fut assassiné notre compagnon Galeano, maître et autorité autonome, qui a fait et fait parti d’une génération de femmes et d’hommes indigènes zapatistes qui se forgea dans la clandestinité de la préparation, dans le soulèvement, dans la résistance et dans la révolte.

La douleur et la rage que nous avions ressenti à l’époque et aujourd’hui s’ajoutèrent, en ce mois de mai d’il y a un an, à la tristesse pour la mort de Don Luis.

Il y eut alors une série d’événements, dont l’un fut de faire mourir celui qui fut jusqu’alors le porte-parole et le chef militaire de l’EZLN. Le décès du SupMarcos se concrétisa au matin du 25 mai 2014.

Parmi les restes, comme nous disons nous, hommes et femmes zapatistes, qu’a laissé le défunt supmarcos il y a un livre sur la politique, promis à Don Pablo González Casanova en échange d’une boîte de biscuits à la crème, une série de textes et de dessins inclassables (plusieurs remontent à ses premiers jours en tant qu’insurgé de l’EZLN), et le texte en hommage à Don Luis Villoro dont je ferai la lecture dans quelques instants.

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Lorsque, au commandement général de l’EZLN, avec le sous-commandant insurgé Moisés nous parlions de ce que serait ce jour avant et aujourd’hui, nous nous rendions compte que, en mettant une vie dans la balance, nous réunissions des morceaux qui jamais ne parvenaient à se compléter.

Que toujours nous restions avec une image inachevée, brisée. Que ce que nous avons et avions, nous rendaient urgent la recherche et la découverte de ce qu ‘il manquait.

« Manque ce qui manque », disons-nous obstinément, femmes et hommes zapatistes.

Pas avec résignation, jamais avec conformisme.

Mais pour nous rappeler que l’histoire n’est pas accomplie, que lui manque des pièces, des dates, des lieux, des calendriers et des géographies, des vies.

Que des morts et des absences nous en avons beaucoup, trop.

Et que nous devrions agrandir la mémoire et le cœur pour qu’aucun ne manque, oui, mais aussi pour qu’ils ne soient pas immobilisés, pour qu’ils soient complétés l’une ou l’autre fois par notre marche collective.

Nous imaginons ainsi que ce jour, cette après-midi, cette nuit, toujours un matin, pourrait bien être un échange de pièces pour continuer à essayer de compléter la vie de celui que vous avez connu et connaissez comme le docteur Luis Villoro Toranzo, professeur de la Faculté de Philosophie et de Lettres de la UNAM, fondateur du groupe Hiperion, disciple de José Gaos, chercheur de l’Institut de Recherches Philosophiques, membre du Collège National, président de l’Association Philosophique du Mexique, et membre honoraire de l’Académie Mexicaine de la Langue. « Maître, père et compagnon », comme le dit peut-être son épitaphe.

Il y a des compas, des femmes, des hommes, des autres qui ont une place spéciale parmi nous, hommes et femmes zapatistes de l’EZLN. Ce ne fut pas un cadeau ou un don. Cette place spéciale ils l’ont gagné par un acharnement et un engagement bien loin des projecteurs et des estrades.

C’est pourquoi, quand ils nous quittent irrémédiablement, nous ne nous faisons pas l’écho du bruit et de la poussière qu’a l’habitude de soulever leur mort. Nous attendons. Notre attente est donc un hommage silencieux, sourd. Comme fut silencieuse et sourde leur lutte à nos côtés.

Nous laissons alors s’éteindre le bruit, qu’une autre mode succède à celle qui simule consternation et peine, que retombe la poussière, que le silence redevienne repos serein pour ceux qui nous manquent.

Peut-être parce que nous respectons cette vie maintenant absente, parce que nous respectons son temps et son mode. Et parce que nous espérons que, le calendrier avançant, son silence fera une place pour nous écouter.

Pour là-bas dehors, je le dis comme pour signaler un fait, pas comme un reproche, le docteur Luis Villoro Toranzo fut un intellectuel brillant, une personne sage à qui peut-être on ne peut reprocher que la proximité que de son vivant il eut avec les peuples originaires du Mexique, en particulier avec ceux qui se soulevèrent en armes contre l’oubli et qui résistent au-delà des modes et des médias.

Pour celles et ceux qui n’ont pas connu vivant le docteur Luis Villoro Toranzo, il y a et, je l’espère, il y aura des tables rondes, des rééditions, des analyses dans des revues spécialisées ou non.

Notre parole du jour ne passera pas par ces chemins. Non que nous ne connaissions pas son œuvre historique et philosophique, mais parce que nous sommes ici pour accomplir un devoir, régler un dû, accomplir un engagement.

Parce que vous, là-bas dehors, vous connaissez Luis Villoro Toranzo en tant que penseur brillant, mais nous, femmes et hommes zapatistes, nous le connaissons comme…

Comme ?

Nous savons que nous n’avons qu’une seule de tant de pièces.

Et nous sommes venus ici, à cet hommage, pour remettre à celles et ceux qui ont partagé et partagent le sang et l’histoire avec lui, une pièce que, nous croyons, non seulement ils n’avaient pas, mais que peut-être ils n’imaginaient même pas.

L’histoire ici en-bas, du côté zapatiste, a beaucoup de chambres murées. Des compartiments étanches où s’accomplissent des vies différentes avec une apparente indifférence, et où seule la mort fait tomber les murs pour que nous voyions et apprenions de la vie qui ici s’écoula.

Et nous opérons, comment dire ? Une permutation ? Un changement de lieux ?

En ouvrant le compartiment, en faisant tomber le quatrième mur, en entrant, nous troquons : cette mort au musée, cette vie à la vie.

« Des compartiments étanches », ai-je dit. Notre façon de lutter implique cette part d’anonymat qui, seulement pour certain.e.s d’entre-nous, est désirable. Mais peut-être aurons-nous ensuite l’opportunité de revenir là-dessus.

Vous avez écouté le Sous-commandant Moisés parler à nos compañeras et compañeros des communautés zapatiste d’une partie de ce que fut Don Luis Villoro Toranzo dans notre lutte.

L’immense majorité d’entre-elles et eux ne le connaissait pas, ne l’ont pas connu. Et comme elles et eux, nous avons des compañerascompañeros et compañeroas qui ignorait jusqu’à son existence.

Ce savoir soudain que nous avons eu compagnons et compagnes, que nous ne savions même pas qu’ils existaient, jusqu’à ce qu’ils n’existent plus, n’est pas quelque chose de nouveau pour nous, femmes et hommes zapatistes.

Peut-être est-ce notre manière, en nommant la vie de celui qui manque, de le faire exister d’une autre façon.

Comme si c’était notre manière d’amener au collectif l’indigène zapatiste Galeano avant, Don Luis Villoro maintenant.

Notre manière de les bousculer, de les presser, de leur crier « Hé ! Aucun repos ! », de les ramener et qu’ils poursuivent la lutte, le boulot, la besogne, le travail, le chemin, la vie.

Mais ce n’est pas une vie que je vais vous relater. Pas plus, évidemment, qu’il ne s’agit d’une mort.

C’est plus, je ne suis pas venu ne rien vous raconter. Je viens vous dessiner un contour, plus ou moins défini, plus ou moins net, d’une pièce d’un puzzle gigantesque, terrible, merveilleux.

Et ce que je vais vous conter vous semblera fantastique.

Peut-être que mon frère sous protestations (sous ses protestations à lui), Juan Villoro, devinera ensuite dans mes paroles à peine un fil d’une pelote absurde et complexe, plus proche de la littérature que de l’histoire. Peut-être que ça lui servira plus tard pour compléter ce livre qu’il ne sait pas encore qu’il écrira.

Peut-être que Fernanda pressent l’irruption d’un concept qui semblait absent, signalant un vide dont la satisfaction donnera un bouleversement théorique à toute une pensée. Peut-être que ça lui servira plus tard pour commencer une réflexion qu’aujourd’hui elle ne sait pas qu’elle entreprendra.

Je ne le sais pas. Peut-être que lui, elle, celles et ceux qui ne sont pas là, l’archiveront simplement dans le dossier des « H », comme « hommage », comme « hurlement », comme « humain », comme « Hydre », comme dans les « Histoires »…

“Il était une fois…”

 

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Le SupGaleano lors de l’hommage à Don Luis – photo @ValK

Je dois être, pour des raisons de sécurité, propositivement imprécis sur la géographie et le calendrier, mais c’était l’aube et c’était le quartier général de l’EZLN.

Peut-être qu’une brève description du commandement général zapatiste en désillusionnera plus d’un, plus d’une, plus d‘unE.

Non, il n’y a pas de carte gigantesque avec des lumières de toutes les teintes ou des punaises de couleurs, recouvrant l’un des murs.

Non, il n’y a pas d’équipement moderne de radiocommunication avec des voix en plusieurs langues.

Il n’y a pas de téléphone rouge.

Il n’y a pas d’ordinateur moderne avec de multiples écrans acharnés à chiffrer et déchiffrer la vertigineuse statique de lamatrix cybernétique.

Ce qu’il y a c’est une paire de tables, deux ou trois chaises, quelques tasses avec des restes de café froid, des papiers mal chiffonnés, des cendres de tabac, de la fumée, beaucoup de fumée.

Parfois il y a aussi un bol de pop-corn rance, mais seulement au cas où serait nécessaire un échange avec quelque être insolite.

Parce que, vous n’allez pas le croire, mais ce qui en d’autres lieux est appelé « Duel judiciaire », s’appelle ici « Fais gaffe y’a d’la boue ».

Je ne m’étendrai pas sur cette façon particulière de résoudre les différents judiciaires entre êtres qui sont plus qu’éloignés de la jurisprudence réelle ou fictionnelle. Il suffit de dire que le bol de pop-corn rance a sa raison d’être.

Il a pu y avoir, pas toujours, c’est certain, un ordinateur portable et une imprimante. Je ne donnerai ni marque ni modèle, il suffit de dire que l’ordinateur travaillait à coup d’insultes et de menaces, et que l’imprimante avait un sens particulier du libre-arbitre puisqu’elle se refusait à imprimer ce qui ne lui paraissait pas digne d’aller au-delà de l’écran.

Bien sûr, il y avait habituellement dans l’écran de cet ordinateur, invariablement un traitement de textes et un écrit qui n’en finissait pas de mettre un point final…

Des virus ? Les seuls qui peuvent passer à travers la liane qui servait à se connecter à l’un des tunnels du réseau. Ou peut-être étaient-ce des araignées, ou des bestioles fuyant la susdite liane pendant qu’une petite lumière clignotait alarmée.

Mais laissons l’imagination de chacun compléter le tableau.

Je pourrais enjoliver et vous dire que ce matin-là j’étais, moi, en train de lire un traité de philosophie hellénique, ou les Fables d’Hyginus, ou le traité Sur les Dieux d’Apollodore d’Athènes, ou Los Doze Trabajos de Hércules, oui, avec un « z », d’Enrique de Villena, l’Astrologue, mais non.

Ou je pourrais vous dire, et vanter mon modernisme, en vous disant que moi, j’étais sur le réseau alternatif, prenant un cours en ligne avec un, une, unE hacker anonyme. J’allais devenir célèbre, mais si c’est anonyme on ne peut être célèbre. Si ? Ou peut-être est-ce un collectif organisé : « toi, clique sur reload, toi appuie sur la touche control, non, ne touche pas la lettre « z » parce que ça fout un de ces bordels et après tu te retrouves à chatter avec un être incompréhensible dans les montagnes du sud-est mexicain. Enfin, un nickname et un avatar, presque les équivalents à un nom de guerre et un passe-montagnes, qui, patient, explique les fondations d’un terrain de lutte. Comme dans toute nouvelle langue qu’on apprend, ce qu’il faut connaître en premier ce sont les insultes. Et donc savoir que « noob » est l’équivalent de « ta mère ».

Ou je pourrai vous raconter, et réitérer le cliché, que j’étais dans une joute multi-parties d’échec interocéanique avec le collectif appelé « les Irréguliers de Baker Street » installé sur la blonde Albion.

Mais non.

Ce que moi je faisais en réalité, c’est de tenter de mettre un point final à un texte qui en attendait un depuis 20 ans, mais…

Apparu alors dans le linteau de la porte le relais, le garde, la sentinelle, la vigie ou comme vous préférez dire :

– « Sup, il y a quelqu’un qui veut te parler » -, dit-il laconique après le salut militaire.

– Qui ? – demandais-je presque pour la forme car je supposais que c’était l’insurgée Erika avec l’une de ces énigmes compliquées sur l’amour et ce genre de choses.

– « Un certain Don Luis, c’est ce qu’il dit. D’un certain âge, un sage » -, répondit l’insurgé.

– Don Luis ? Je ne connais aucun Don Luis -, dis-je avec colère.

– Sous-commandant – j’entendis sa voix, et sa silhouette se découpa sur le seuil.

Le garde parvint à balbutier : « il est entré sans prévenir, je lui ai dis d’attendre, il n’a pas obéi »,

« Ah, il n’a pas obéi, évidemment. Laisse-le », ai-je dit à la vigie et nous nous sommes donné l’accolade avec Don Luis Villoro Toranzo, né à Barcelone, Catalogne, État Espagnol, le 3 novembre de l’an 1922.

Je lui offris un siège.

Don Luis s’assit, retira son béret et se frotta les mains en souriant. À cause du froid j’imagine.

Je vous avais dit qu’il faisait froid ce matin-là ?

Hé bien il faisait sacrément froid, sacrément comme lorsqu’il n’y a pas une lumière pour tiédir l’obscurité, comme aujourd’hui. C’est plus encore, le froid mordait les joues comme un amant obsédé.

Don Luis ne semblait pas l’avoir noté.

« Il fait froid à Barcelone ? », je lui demandais, un peu comme un salut de bienvenue, un peu aussi pour le distraire pendant que j’éteignais discrètement l’ordinateur.

Je rangeais finalement le portable, demandais du café pour 3 et rallumais la pipe, bourrée comme elle l’était de vieux tabac humide.

Je ne me souviens plus maintenant si Don Luis a répondu à la question sur le climat à Barcelone.

Mais qu’il attendait patiemment que je finisse par m’avouer vaincu, et que j’arrête d’essayer de raviver les braises du brûloir.

« Vous n’auriez pas du tabac par hasard ? », lui demandais-je anticipant déjà avec désillusion la réponse négative.

« Je ne me souviens plus », dit-il, et il continuait de sourire.

Il se référait au froid à Barcelone ou à si il a apporté du tabac ?

Mais ce n’étaient pas les principales questions qui s’accumulaient dans la marmite éteinte de la pipe.

Avant de demander au docteur en philosophie Luis Villoro Toranzo ce que diable il faisait ici, laissez-moi vous expliquer…

En ce temps, le quartier général de l’EZLN était le « Lit de nuages », ainsi nommé parce qu’il se trouvait sur les hauteurs d’une montagne et, en-dehors de quelques jours pendant la saison sèche, étaient continuellement couvert de nuages. Bien que, évidemment le commandement général soit itinérant, il logeait parfois ici, bien que plus brièvement que les nuages.

« Le Lit de Nuages ».

Arriver là-haut n’est pas facile. D’abord vous devrez traverser des pâturages et des hautes herbes. Mauvais avec la pluie, mauvais avec le soleil. Après quelques 2 heures d’épines et d’insultes, on arrive au pied de la montagne. D’ici s’élève un étroit sentier qui suit le contour de la colline de manière qu’il y a toujours un abîme sur la droite. Non, ce ne furent pas des considérations politiques qui décidèrent ce tracé en spirale ascendante, mais la capricieuse découpe de ce pic montagneux au milieu de la sierra. Même si quelqu’un n’arrêtait pas de grimper jusqu’à être presque arrivé aux portes de la baraque du commandement général de l’ezetaelene, on aurait réalisé quelques œuvres de génie militaire de manière à ce que la vigie ait le temps et la distance pour avertir opportunément.

De là, le cheminement d’accès à la caserne était propositivement difficile. À la rudesse de la montagne, nous avions ajouté des baguettes pointues, des tranchées et des épines, de manière à ce qu’il ne fut possible d’y transiter que un par un.

Lorsque j’étais jeune et beau, avec une charge moyenne – disons quelques 15-20 kilos -, il me fallait à moi, quelques 6 heures depuis la base de la colline. Maintenant que je ne suis plus que beau, et sans charge, ça me prend 8 à 9 heures.

Notre têtu pré-modernisme et notre mépris des campagnes électorales empêchent que nous ayons des héliports sur nos positions. Ainsi qu’on ne peut y arriver qu’en marchant.

Avec ces références, il était logique que la première question qui affleure fut :

« Et comment êtes-vous arriver jusqu’ici Don Luis ? »

Lui, a répondu : « En marchant », avec la même tranquillité que s’il avait dit « en taxi ».

Don Luis semblait entier, sans agitation visible, son béret intact, son sac sombre avec à peine quelques brins de liane et de branches, son pantalon de velours à peine tâché et seulement en biais, ses mocassins d’une pièce. Tout complet. S’il devait y a voir quelque chose à noter c’était sa barbe de quelques jours et l’absurdité manifeste de sa chemise claire, avec le col amidonné ouvert.

À moi cette montée me prend au moins 3 rafistolages de la chemisette, 4 du pantalon, un renforçage sur chaque botte, et une paire d’heures à essayer de retrouver mon souffle.

Mais Don Luis était là, assis en face de moi. Souriant. Hormis une légère rougeur sur les joues, on aurait effectivement put dire que, en effet, il venait de descendre du taxi.

Mais non. Don Luis avait répondu « en marchant », et donc aucun taxi.

J’étais sur le point de lâcher une grande ribambelle de reproches à propos de la santé, des calendriers fait excuses, l’impossibilité qu’à son âge avancé, il tente de faire des choses absurdes, comme escalader une montagne et se présenter, à l’aube, au commandement général de l’ezetaelene, mais quelque chose me retint.

Non, ce ne fut pas le fait indiscutable qu’il se trouvait bien ici.

Ce fut que le sourire de Don Luis était devenu nerveux, inquiet, comme lorsqu’on ne craint pas de demander, mais d’avoir des réponses.

Alors je posais la question qui devait marquer cette matinée :

« Et qu’est-ce donc que vous voulez Don Luis ? »

« Je veux être embauché comme zapatiste », répondit-il.

Il n’y avait pas dans sa voix la moindre trace de moquerie, de sarcasme ou d’ironie. Pas plus que de doute, de crainte, d’insécurité.

J’avais fait face auparavant à ce qu’un citadin ou une citadine déclare ainsi ses intentions, (bien que pas par ces mots, parce qu’ils ont plutôt l’habitude de vouloir lancer des slogans incendiaires et des phrases ronflantes où il y a beaucoup de morts et peu ou rien de vive), même si, évidemment, ils ne dépassent pas le gardien.

Je m’étranglais, et la pipe n’étais même pas allumée pour feindre que c’était à cause de la fumée. Résigné face au manque de tabac sec, je me limitais à mordiller le bec.

« Je veux être embauché comme zapatiste », il a dit. Don Luis avait utilisé une expression verbale plus habituel du quotidien dans les communautés zapatistes, que de l’Académie Mexicaine de la Langue.

Dans ce cas, j’appliquais le protocole :

Je lui détaillais les difficultés géographiques, temporelles, physiques, idéologiques, politiques, économiques, sociales, historiques, climatiques, mathématiques, barométriques, biologiques, géométriques et interstellaires.

À chaque difficulté, le sourire de Don Luis perdait quelque chose de sa nervosité et gagnait en sécurité et en aplomb.

En finissant la longue liste des inconvénients, le visage de Don Luis semblait avoir reçu une place au Collège National, au lieu du « NON » diplomatique que je lui avais refiler.

« je suis prêt », dit-il après le craquement du dernier morceau sain du bec de ma pipe.

J’ai essayé de le dissuader en mentionnant les inconvénients de la clandestinité, du fait de se cacher, de l’anonymat.

« En plus », ajoutais-je avec froideur, « il n’y a plus de passes-montagnes ».

Il était évident que ce n’était pas moi qui avait le meilleur rôle. Mais pour autant je me réinstallais dans le siège et je bougeais nerveusement les choses sur la table, je ne trouvais pas l’explication logique à l’absurde de la situation.

Don Luis accommoda son béret sur l’argent de sa chevelure clairsemée.

J’ai pensé qu’il allait prendre congé mais, lorsque je me redressais pour appeler le garde pour qu’il le raccompagne, il dit :

« Ça c’est mon passe-montagnes », dit-il en montrant son béret.

Lorsque j’arguais que le passe-montagnes devait occulter le visage de façon à ce que seul le regard demeure, il me rétorqua :

« Ne peut-on occulter le visage sans le couvrir ? »

À ce moment-là j’ai remercié pour deux choses :

Une, que dans le continu bougé des choses sur la table, j’avais trouvé une boulette de tabac sec.

L’autre, que le question du docteur en philosophie Luis Villoro Toranzo, me donnait du temps pour essayer d’accommoder les pièces et comprendre ce dont il était question ici.

Et donc, je me protégeais derrière les mots pour mieux penser :

« C’est possible, Don Luis, mais pour y arriver vous devez modifier comme on dit l’environnement. Se faire invisible c’est, donc, ne pas attirer l’attention, être un de plus parmi beaucoup d’autres. Par exemple, il est possible de cacher quelqu’un qui a perdu l’œil droit et qui utilise un bandeau, en faisant en sorte que beaucoup utilisent un bandeau sur l’œil droit, ou que quelqu’un qui attire l’attention se mette un bandeau sur l’œil droit. Tous les regards iront vers celui qui attire l’attention, et les autres bandeaux passent au second plan. De cette manière, le véritable borgne devient invisible et peut bouger à son aise. »

« Je doute que vous parveniez à ce que dans le milieu académique et universitaire tous utilisent un béret noir ou que quelqu’un attirant puissamment l’attention l’utilise. Par exemple, si vous arriviez à ce que Angelina Jolie et Brad Pitt utilisent un béret noir, hé bien, alors oui, ne vous offusquez pas Don Luis, personne ne s’intéresserait à vous ».

« En plus le béret renvoie plus au Che Guevara qu’à la philosophie idéaliste de la science. Vous savez vous-même que, bien que ce soit une jungle, l’institut de recherches philosophiques n’est pas précisément un centre de subversion, dirons-nous »

« Mais », interrompit-il, encaissant sans difficulté le coup, « une autre façon de ne pas attirer l’attention, c’est-à-dire, de passer inaperçu, c’est de ne pas changer la routine, de continuer comme de coutume. En me voyant avec le béret noir, ils ne verront rien de bizarre. Au contraire, si je mettais un passe-montagnes, hé bien ça, ce serait un changement radical. Ils me verraient. J’attirerais l’attention. Ils diraient « c’est le professeur Luis Villoro avec un passe-montagnes, il est devenu fou, le pauvre, peut-être cache-t-il une récente déformation, ou les traces de la vieillesse, ou de la maladie, ou d’un crime inconfessable ». Et, mutatis mutando, si on arrête de faire quelque chose de routinier ou de coutume, on attire l’attention. Par exemple, Sous-commandant, si vous arrêtez la pipe, ça attire l’attention. Si vous mettez un bandeau sur l’œil, autre exemple, ils s’y intéresseront plus et ils commenceront à spéculer si vous l’avez perdu ou si il est bleu à cause d’un coup ».

« Bien joué », dis-je en prenant note discrètement.

Don Luis continua : « Si je mets le béret, n’importe qui me voyant ne dira rien, il pensera que je continue d’être le même ».

Il ajouta alors comme une conclusion logique :

« Et mon nom de guerre sera « luis villoro toranzo ».

« Mais Don Luis », réfutais-je, « c’est vraiment votre nom ».

« Correct », dit-il en levant l’index droit. « Si je prends ce nom de guerre, personne ne saura que je suis zapatiste. Tous penseront que je suis le philosophe Luis Villoro Toranzo ».

« N’avez-vous pas dit qu’en se couvrant le visage les zapatistes se montraient ? »

J’acquiesçais sachant où il voulait en venir.

« Et voilà, avec le béret et le nom je me montre, c’est-à-dire, je me cache ».

« N’était-ce pas là le paradoxe ? »

J’aurais pu dire « Touché », mais j’étais si déconcerté que mon français resta dans la malle des oublis.

Le reste de la nuit-aube je la passais à argumenter contre et lui à contre-argumenter en faveur.

Laissez-moi vous dire, il faut bien le reconnaître, que son raisonnement logique était impeccable, et avec grâce et bonne humeur il évitait l’une et l’autre fois les pièges fallacieux avec lesquels j’ai l’habitude de faire trébucher les intellectuels les plus renommés.

Oui, je deviens sarcastique, donc que personne ne se sente offensé.

Le truc, ou le muche, c’était que Don Luis Villoro Toranzo, aspirant à être zapatiste dont le nom de guerre serait « Luis Villoro Toranzo » et que, pour mieux se cacher, il se montrera d’avantage avec un béret noir comme passe-montagnes, a défait un à un les obstacles et les objections qu’avec une nécessité certaine, je lui opposais.

« L’âge », lui ai-je dit comme dernier argument et défaillant presque.

Il m’acheva avec : « Si je ne me souviens pas mal, vous, sous-commandant, vous avez quelques fois indiqué que la limite était une seconde avant le dernier soupir ».

La lumière du levé du jour dessinait les gribouillis de l’horizon lorsque je décidais d’assumer la meilleure posture dans ce cas : j’alléguais la démence.

« Voyons Don Luis, même si pour moi ce serait, évidemment, un honneur, c’est clair, ce n’est pas à moi de décider, évidemment. Je suis, évidemment, disons l’examinateur synodal, c’est vrai, mais celui qui qualifie c’est un autre, évidemment. De plus, de là suit le responsable local, évidemment, le régional, évidemment, le comité, évidemment, le commandement général de l’armée zapatiste de libération nationale, évidemment. Pourquoi ne rentrez-vous pas plutôt chez vous et je vous préviendrai lorsque je saurai quelque chose ? »

Mais… alors que je disais cela, entra dans le commandement général l’autre indigène qui nous complète avec Moy et moi.

« Ah », dit-il, « je vois que tu lui a déjà parlé »

« Oui », dis-je, « mais il est sot en ce qu’il veut devenir zapatiste ».

« Bien », dit l’autre, « en réalité je parlais au compa Luis Villoro Toranzo, pas à toi ».

« Il avait déjà parlé avec moi, je lui ai dit qu’ainsi qu’il le souhaitait il passerait avec toi pour que tu examines ses arguments ».

« Mais voilà : je l’ai fait entré dans l’unité spécial. Maintenant il est pour nous le collègue Luis Villoro Toranzo ».

« Je lui ai déjà expliqué que, selon nos manières, nous l’appellerons seulement « Don Luis », je crois donc qu’il ne reste plus qu’à lui donner la bienvenue et lui assigner son travail ».

Et le compañero zapatiste Luis Villoro Toranzo se mit debout et, avec une prestance admirable, dans la ferme position du salut à l’officier.

« Et quel sera le travail qui lui sera assigné ? » parvins-je à demander au milieu de la brume de ma confusion.

« Et bien celui qui va de soi pour lui : le relais », dit l’autre et il sortit.

Je pourrais presque m’aventurer à dire que Juan, Fernanda et celles et ceux qui maintenant m’écoutent et me liront ensuite, ont pris ces mots comme un de plus parmi ces récits qui peuplent les montagnes du sud-est mexicain, remontées encore et encore par les scarabées, les petits garçons irrévérencieux et les petites filles irrévérencieuses, les fantômes, les chat-chiens, les petites lumières frissonnantes et autres absurdités.

Mais non. Il est temps que vous sachiez enfin que Don Luis Villoro Toranzo a repris du service dans l’EZLN un matin de mai, il y a de cela bien des lunes.

Son nom de guerre était « Luis Villoro Toranzo » et au commandement général de l’EZLN nous le connaissions en tant que « Don Luis » pour des raisons de brièveté et d’efficacité.

Le lieu c’était le quartier général « Lit de Nuages », où était rangée sa chemisette marron pour les passages qu’il commit bien des fois avant de mourir.

Que puis-je vous dire de plus ?

Il a parfaitement accompli sa mission. En tant que sentinelle de l’un des postes de garde de la périphérie zapatiste il fut attentif à ce qui se passait, du coin de l’œil de la pensée critique il a vu des changements et des mouvements qui, pour l’immense majorité des intellectuels autoproclamés progressistes, passèrent inaperçus.

Produit de l’alerte de l’escargot à sa charge, vous écouterez, et certains autres liront, ces jours-ci, les réflexions que nous avons eu au sujet de ces changements et mouvements.

UN CADEAU À LA MANIÈRE ZAPATISTE

C’était une autre aube. Don Luis, celui qui était alors le Lieutenant-Colonel et qui est aujourd’hui le Sous-commandant Insurgé Moisés, et moi avions commencé la discussion vers les 1700 heures de la ligne de front sud-oriental.

Vers les 2100 le désormais SupMoy s’excusa parce qu’il devait se retirer pour vérifier les positions environnantes.

La façon de débattre de Don Luis avait sa particularité : là où d’autres gesticulent et haussent la voix, lui souriait avec une vague absence. Là où d’autres argumentaient à coups de slogans, lui disait une sottise – « Juste pour se donner du temps », je me disais à moi-même.

D’habitude ces discussions ressemblaient à des rencontres d’escrime. Même si je dois bien le dire, la plus part des fois je fus abattu. Ça s’est passé ainsi un certain nombre de fois. Don Luis, alors, rit et lâcha : « Abattu, mais non perdu ! » Moi je repris corps par les mots, lui faisant remarquer qu’il serait mal vu qu’un philosophe néopositiviste, cite, consciemment ou non, le deuxième épître aux Corinthiens de l’apôtre Paul. Et lui, rusé souriant, « et ce serait encore plus mal vu qu’un chef zapatiste identifie la citation ». Il se mit alors debout et récita dramatiquement : « Nous sommes pressés de toute manière, mais non réduits à l’extrémité; dans la détresse, mais non dans le désespoir; persécutés, mais non abandonnés; abattus, mais non perdus » et ensuite s’adressant à moi : « c’est bizarre que tu n’aies pas dit qu’il s’agissait du chapitre IV, versets 8 et 9 ».

Encore endolori par la raclée argumentative, je répondais : « J’ai toujours pensé que ce texte ressemblait plus à un communiqué zapatiste décrivant la résistance, qu’une partie du Nouveau Testament ».

« Ah ! La résistance zapatiste ! », s’exclama-t-il avec enthousiasme.

Puis : « Vous savez Sous-commandant ? Vous devriez ouvrir une école ».

« Pas une, beaucoup », lui dis-je.

Ça devait être dans les années 2005-2006, des années avant Don Luis avait rejoins nos rangs et les Conseils de Bon Gouvernement s’engageaient sur les besoins en santé et éducation dans les zones, régions et communautés.

Don Luis précisa alors : « Non, je ne me réfère pas à ces écoles. Bien sûr, il faut en ouvrir de nombreuses, il n’y a pas de doute. Moi je parle d’une école zapatiste. Pas une où on enseigne le zapatisme, mais une où se montre le zapatisme. Une où on n’impose pas de dogmes, mais où on questionne, on se demande, où on s’oblige à penser. Une dont la devise serait : « Et toi alors ? ».

En réalité l’idée de Don Luis n’était pas original. Déjà avant, elle avait été ébauchée, avec des énoncés différents, par Pablo González Casanova et Adolfo Gilly.

Mais notre idée n’était pas et n’est pas d’enseigner, pas plus que « montrer ». Mais provoquer. Le « Et toi alors ? » n’attendait pas de réponse, mais incitait à la réflexion.

Bref, je continue :

Le débat se fit conversation, de la même façon qu’un torrent atteint une grande plaine dans son serpentement et se change en débit placide. Placide, oui, mais inarrêtable.

C’était maintenant le matin. Le garde de nuit nous prévint que Moy était toujours occupé et il nous offrit du café. À mon regard Don Luis répondit avec un geste affirmatif. Je ne sais même pas vraiment si Don Luis buvait du café, il laissait toujours sa tasse sans y toucher. Alors retombait la chaleur de la conversation. Je me rends compte maintenant que je ne lui ai même jamais demandé s’il avait l’habitude d’en boire. Quelqu’un pourrait supposer, évidemment, philosophe, évidemment, « café » c’est pour un philosophe comme un nom indésirable. Ou peut-être il en buvait. Nous sommes au Chiapas quoi. Venir au Chiapas et ne pas boire de café c’est… comme aller au Sinaloa et ne pas manger de chilorio, comme aller à Hambourg et ne pas se bouffer un hamburger, comme aller à La Realidad (la Réalité en français, ndt) et ne pas l’y trouver.

Le truc c’est que, sans nous en rendre vraiment compte, nous parlions de cadeaux.

« Imagine ce que serait le cadeaux parfait », proposais-je.

« Le plus surprenant », répondit-il sans y penser.

« Non, celui pour lequel il n’y a aucun remerciement. », répliquais-je.

« Comment? », me demanda-t-il intrigué.

« Comme par exemple une énigme, ou une pièce de puzzles. C’est-à-dire, un cadeau sans raison d’être. S’il n’y a pas de raison, la surprise augmente », dis-je.

« Certainement, mais pour celui qui le donne, ce pourrait être un cadeau de ne pouvoir être remercier pour le cadeau », dit-il comme pour lui-même.

Alors que l’argumentation logique se faisait de plus en plus embrouillée, je pensais plutôt, moi, que Don Luis fatiguait. Mais non, il était animé et il avait le regard brillant, comme si…

Je me levais et lui touchait le front. Je ne dis rien, je me dirigeais seulement vers la porte et je dis au garde: « Que la compa de santé vienne ».

Don Luis avait de la fièvre. L’insurgée de santé prescrivit de l’antipyrétique, un bain d’eau froide et beaucoup de liquide. Don Luis ne s’opposa à rien. Mais dès que la compañera se retira, il dit: « il suffit d’un peu de repos » et il s’endormit. Il fut comme ça durant 2 jours, se réveillant à peine pour manger et aller aux toilettes.

Puis remis de tout, il me dit qu’il devait se retirer, il me recommanda de relire ses compte-rendus de vigilance et il fit ses adieux.

Avant de passer le seuil de la porte, sans se tourner vers moi et plutôt pour ça, il murmura: « C’est ça, un cadeau pour lequel on ne peut remercier. Ce serait très zapatiste ». Il mit son béret, me dit quelque chose d’autre et s’en alla.

Maintenant, après plus de 12 lunes de son absence, je peux vous dire ce qu’il m’a dit en faisant ses adieux ce matin-là, avec le soleil levant les lumières et les ombres.

« Compagnon sous-commandant insurgé marcos », me dit-il en se mettant au garde à vous avec une vitalité remarquable.

« Compagnon Luis Villoro Toranzo », lui dis-je en suivant ma vieille habitude pour marquer ainsi que j’étais prêt à écouter.

« Je veux te demander quelque chose »

Sans tomber dans l’abandon de l’informel, j’imputais cela à sa nouvelle profession.

« Ne va pas raconter ça à qui que ce soit, pour le moment », demanda-t-il.

« Bien sûr », lui dis-je, « je comprends. Le secret, la clandestinité, tout ça, que ne la famille ne le sache pas »

« Ce n’est pas ça », me dit-il.

« Je veux que tu le dises après »

« Quand? », je lui demandais.

« Tu sauras quand ce sera le bon moment. Pour le dire à notre manière: « quand sera venue le calendrier et la géographie ». ».

« Et pour quoi? » lui demandais-je curieux.

« C’est un cadeau que je veux faire à mes enfants et à ma compagne ».

« Monsieur Don Luis, ne vous emmerdez-pas, offrez plutôt une cravate verte mouchetée de rouge à Juan, à Miguel une rouge mouchetée de vert, ou vice et versa; à votre fille Renata un vase et à Carmen, un cendrier, ou vice et versa. Comme vous voulez, comme dans toute bonne famille, ils vont se disputer. À Fernanda un cahier de notes, ceux avec des lignes. Ils sont inutiles et horribles tous ces cadeaux, mais ce qui compte c’est l’intention ».

Don Luis ria de bon cœur. Puis plus sérieux il continua:

« Racontez-leur mon histoire. Ou plutôt, cette partie de mon histoire. Alors elles et eux comprendront que je ne me cachais pas à eux. J’ai seulement gardé ça comme un cadeau. Parce que l’enchantement des cadeaux c’est que ce sont des surprises. Vous ne croyez pas? »

« Dites-leur que je leur offre ce morceau de ma vie. Dites-leur que je le leur ai caché non comme on cache un crime, mais comme on garde un cadeau ».

« Voyez Sup, bien des choses seront dites sur ma vie, certaines bonnes, certaines mauvaises. Mais cette partie, je crois, leur bouleversera tout, mais non par la peine et la douleur, mais par la joie espiègle de ce vent frais qui nous manque tant lorsque la peine de l’absence et le gris du sérieux, des formalités et des nominations, se convertissent en pierre et épitaphe. »

« Bien, Don Luis », lui dis-je, « mais n’écartez pas l’idée des cravates, du vase, du cendrier et du carnet de notes ».

Il s’en alla en souriant.

C’est ainsi Juan, Fernanda, proches de Don Luis Villoro Toranzo, que pendant bien des années j’ai gardé tel un secret cette pièce du grand puzzle que fut la vie de Don Luis.

Pas cette fois-là, mais plus tard, lorsque la rage et la douleur naquirent du corps massacré du compa maître zapatiste Galeano, je compris alors la raison pour laquelle garder cette pièce de sa vie.

Ce n’est pas qu’il le leur ait caché parce qu’il en avait honte, ni parce qu’il aurait craint qu’ils le trahissent avec l’ennemi aux milles têtes, ou parce qu’ainsi il éviterait qu’ils n’essayent de le dissuader.

C’est parce qu’il voulait leur faire ce cadeau.

Une pièce qui provoque, qui encourage, qui agite, juste comme sa pensée faite vent espiègle en nous.

Une pièce de plus de la vie de Don Luis.

La pièce qui s’appelle Luis Villoro Toranzo, le zapatiste de l’EZLN.

Il est tombé et tombé dans l’accomplissement de son devoir, couvrant la position de sentinelle dans ce monde absurde, terrible et merveilleux qui est celui que nous nous engageons à construire.

Je sais bien qu’il a laissé un héritage de livres et une brillante trajectoire intellectuelle.

Mais il m’a aussi laissé ces mots pour qu’aujourd’hui, je vous les dise:

« Parce qu’il y a des secrets qui ne font pas honte, mais rendent orgueilleux. Parce qu’il y a des secrets qui sont des cadeaux et non des affronts »

Maintenant et seulement maintenant, alors que je vous remets ces feuilles, vous pourrez lire comment s’intitule ce texte dans lequel est enveloppé, avec mes mots maladroits, la pièce du puzzle qui s’appelle:

“Luis Villoro Toranzo, le zapatiste”.

Allez. Salut et recevez de nous toutes et tous l’accolade que vous a laissé caché chez nous le compa zapatiste Don Luis.

Depuis les montagnes du Sud-est Mexicain, et maintenant sous terre.

Sous-commandant Insurgé Marcos.

Mexique, 2 mai 2014.

Rendu public le 2 mai 2015.

Paroles du Sup Moises: « S’organiser pour pouvoir se Libérer »

source.

 

Traduction collective (@ValKaracole, @EspoirChiapas, et moi) de la contribution du Sup Moisés au séminaire de l’EZLN, publié le 6 mai. Vous pouvez donc retrouver cette traduction sur le site d’Espoir Chiapas, ainsi que sur le site de Liaison Zapatiste.

Le sⒶp

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Compañeras et compañeros zapatistes des villages bases d’appui de l’Armée Zapatiste de Libération Nationale,

Compañeras, compañeroas et compañeros de la Sexta nationale et internationale,
Sœurs et Frères du Mexique et du Monde,
Nous saluons la famille du compañero Luis Villoro,
Bienvenues sur les terres rebelles qui luttent et résistent, en terre zapatiste
C’est un honneur d’être avec nous avec les Bases d’Appui Zapatiste des 5 zones,
Bienvenue à la famille du compañero Maestro Zapatiste Galeano,
Recevez nos accolades. Compañeras et compañeros de la famille du compañero Galeano tout comme la famille du compañero Luis Villoro
Nous devons vous donner et savoir vous donner, honneur à ceux qui méritent notre honneur pour la mission accomplit des compañeros Galeano et Luis Villoro.
Compañeros, compañeras, compañeroas, frères et sœurs, aujourd’hui nous sommes ici, non pas pour nous souvenir, par le manque d’existence physique des compañeros Galeano et Luis Villoro.
Nous sommes venus ici, pour nous rappeler et pour parler, la lutte qu’ils ont menée, dans leurs vies, dans leurs travaux de luttes, leurs résistance de lutte qu’ils ont menés.
Nous ne sommes pas venu nous souvenir de la mort, mais de ce qu’ils ont laissé vivant, par leurs vies de lutte et de travail, nous devons faire que restent vivantes leurs vie de lutte et le travail qu’ils ont accompli.
Nous sommes ceux et celles qui devons faire qu’ils vivent pour toujours, ceux et celles qui donnent la vie pour un monde nouveau, construit par les peuples.
Nous ne sommes pas ici pour élever une statue.
Une statue ne vas pas donner la vie, un musée ne va pas donner la vie, ils ne parlent pas
Ceux qui parlent c’est nous, c’est nous qui devons faire qu’ils vivent et ainsi durant des générations il y aura une statue et un musée dans nos cœurs et pas seulement un symbole.
Ça nous a fait plaisir et donné de la joie que vous nous parliez plus de leur vie de lutte du compagnon zapatiste Luis Villoro, qui dans d’autres parties est connu par ses théories, ici nous le connaissons pour sa pratique, dans d’autres parties il est reconnu philosophe et ici nous le connaissons zapatiste.
Ceux qui ont été à son côté dans la lutte et le travail, ceux qui ont travaillé avec lui, nous vous remercions, car vous nous avez parlé plus de lui, de ses autres morceaux de vie.
Ainsi nous comme zapatistes, nous vous parlons d’un autre morceau.
Par exemple du compagnon Luis Villoro, grâce à lui, et à d’autres personnes comme lui, il y a des maisons cliniques et des maisons écoles pour l’éducation zapatiste.
C’est son effort, son travail.
Mais ce n’était pas suffisant ainsi, on a eu besoin de gens qui construisent comme le compa Galeano, et ensuite des gens qui travaille pour que soit promu et commence à marcher ce que d’aucun-e rêvent et enfin organiser les élèves.
Et cela, ce fut cela que le compa Galeano a construit, et travaillé, et a fait marcher.
C’est ainsi que nous sommes organisés les peuples zapatistes.
Ainsi le compa Galeano a réussit à être Maître, grâce à l’aide du compa Luis Villoro et d’autres comme lui
Il nous a respecté et nous le respectons, il nous a traité d’égal à égal, nous a cru et nous l’avons cru, on est arrivé à travailler dans une même construction, sans nous voir physiquement, c’est à dire on peut construire les choses, sans que lui ou elle soit là personnellement.
C’est ainsi, par exemple, que la Sexta dans le monde travaille à la construction d’une école et clinique à La Realidad Zapatiste sur le sang de notre compagnon Galeano
Les compas luis Villoro et Galeano ne se connaissaient pas et comme vous le voudrez ils étaient ensembles pour construire une même liberté.
Du compa Galeano aussi nous écoutons des parties de sa vie de lutte
Premièrement il a décidé de lutter, et ensuite il a eu des soutiens, ensuite organiser pour la construction et ensuite organiser qui va faire le travail de promoteurs, et en dernier voir les élèves.
Cela requiert une organisation:
Car le compa Galeano a été et est un milicien, chef de milice capo, et ensuite sergent. Représentant Régional du groupe juvénile , membre des MAREZ municipalité autonome Rebelle Zapatiste, maître de l’école Zapatiste, et il était élu pour être membre de la Junta De Buen Gobierno
Cela requiert de l’organisation
De là il a travaillé et après a pu être maître et il a été donné des classes de ce qui a été dit, dans beaucoup de partie du monde avec le discours de « la liberté selon les zapatistes »
Car il est nécessaire de s’organiser pour pouvoir se LIBERER du système capitaliste.
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Le SupGaleano au CIDECI pendant le séminaire « La Pensée Critique face à l’Hydre Capitaliste » – photo @Valk

Car seul, le peuple va se libérer, personne ne va lui donner sa liberté, ce n’est pas un homme ou femme, leader, qui va lui donner la liberté
car les capitalistes ne vont pas renoncer ou ne vont pas s’en vouloir et arrêter d’exploiter le peuple.
Car on ne va pas pouvoir humaniser le système capitaliste.
Pour en finir avec ce système, il faut le détruire, c’est pour ça qu’il faut s’organiser.
Et le compa Luis Villoro, l’a vu que c’est ainsi ce que font les zapatistes, il n’a pas hésiter à accompagner, à lutter, à travailler et à appuyer la lutte et l’organisation qu’a représenté par sa vie le compa Galeano.
Nous souhaitons qu’il y ait plus de Luises, Luisas et Luisoas Villoros, Villoras et Villoroas là bas.
On arrête pas de s’organiser, car on a besoin de l’organisation pour la construction et s’organiser pour surveiller ce que tu as déjà construit, et ainsi vont les choses, celles où il faut être organiser.
Pour que ne revienne pas l’exploitation du même être de personnes, comme maintenant ils exploitent les hommes et femmes et ceux qui ne sont ni hommes ni femmes.
Pour que le peuple se prenne en main, s’autogouverne par lui même.
Cela nécessite de l’organisation. L’organisation est peuple, femmes, hommes et autres.
Et maintenant que nous avons écouté les paroles que vous nous avez dites, nous voulons vous dire ceci:
Il y a ceux qui pensent que nous sommes une organisation d’indigènes ou de Mexicaines et Mexicains, mais Non.
Nous sommes une organisation de zapatistes, indigènes et non indigènes, tout comme nous venons de le voir ici, que nous rendons hommage à 2 compañeros zapatistes.
Nous sommes au Mexique car c’est ainsi que ça nous est arrivé, c’est notre géographie.
Tout comme ceux qui lutte pour la liberté du peuple Kurde, ça leur est arrivé là où ils sont.
Tout comme ça arrive là où on se trouve. Comme lutte la Sexta au Mexique et dans le monde, ils le font là où ils se trouvent.
C’est pour cela que nous parlons de la géographie de tout un chacun, le coin du monde où chacun se lève, se rebelle, et lutte pour sa liberté, pour la liberté.
Ici ce dont on a besoin c’est de savoir clairement comment c’est être zapatiste.
Être zapatiste c’est être bien décidé, décidée, décidé-e, bien prêt, prête, prêt-e.
Il ne faut pas se vanter, sinon travailler, organiser et lutter silencieusement jusqu’à arriver aux dernières conséquences, c’est à dire la théorie et la pratique.
Ce n’est pas être zapatiste que de se mettre un passe-montagne et voila, mais c’est s’organiser et détruire le système capitaliste.
Ce n’est pas être zapatiste que de dire avec des mots « je suis zapatiste », mais c’est être décidé.e de lutter jusqu’à la mort.
Ce n’est pas être zapatiste que de parler de zapatisme, mais c’est travailler collectivement avec les villages organisés.
Ce n’est pas être zapatiste seulement quand c’est la mode comme ils nous disent, et ne plus l’être quand on souffre d’une attaque du mauvais système ou du mauvais gouvernement.
Ce n’est pas être zapatiste que de mettre un uniforme, se déguiser, nous disons, pour aller se rendre au mauvais gouvernement, car le zapatiste ne se rend pas
Ce n’est pas être zapatiste que de dire je suis commandant de l’EZLN et faire que les dialogues se passent avec l’argent et les projets du mauvais gouvernement, car le zapatiste ne se vend pas
Ce n’est pas être zapatiste de chercher et réussir à se placer sous ceux qui veulent des postes et des paies, et qui luttent seulement chaque 6 ans, ou lorsque se met en route le marché des charges.
Le zapatiste lutte pour un changement total et lutte toute sa vie, il ne se rend pas. C’est à dire qu’il ne change pas ses pensées selon la mode, ou selon ce qui lui convient ou selon quelle couleur est la plus jolie sur le marché.
Ce n’est pas être zapatiste d’être des deux cotés, parti politique et zapatiste. Car les gens des partis ne veulent qu’un changent la couleur de celui qui dirige. En échange le zapatiste veut changer tout le système, pas une partie mais tout. Et que le peuple dirige et que personne ne le dirige.
Ce n’est pas être zapatiste de ne jamais avoir peur. Oui on l’est parfois, mais on le contrôle et on continue la lutte
Ce n’est pas être zapatiste que d’avoir beaucoup de rage et de ne pas s’organiser, mais qu’il faut s’organiser et avec beaucoup de dignité
Qui dit lorsque vous allez être zapatiste? Les peuples.
Qui dit comment c’est d’être zapatiste? les peuples.
Qui dit quand arrêter d’être zapatiste? Les peuples.
Il n’y a personne qui dit « tu as terminé » mais tu dois continuer jusqu’à ce que tu meures accomplissant ton devoir sacré de libérer le peuple exploité, et bien que ce soit jusqu’à la mort, on continue de lutter.
C’est pour cela que nous rendons cet hommage, pour nous rappeler et vous rappeler que bien que vienne la mort essayer de nous oublier, nous continuons vivant dans nos villages, dans la lutte pour la lutte et par la lutte des peuples et ainsi continue la vie et elle gagne, et se termine la mort et elle perd.
Merci
Sous Commandant Insurgé Moisés.
Mexique, Mai 2015.

L’importance de la critique dans le développement du mouvement révolutionnaire

source.

 

Traduction du texte publié le 12 novembre 2007 sur El Foro Anarquista. Je le publie aujourd’hui car si la pensée critique doit permettre, comme le suggère le titre du séminaire zapatiste qui s’est ouvert aujourd’hui, de combattre « l’Hydre capitaliste », la pensée critique doit également pouvoir s’exprimer au sein du mouvement libertaire, et au-delà dans l’ensemble du mouvement d’émancipation sociale, afin de ne pas s’enfermer dans le sectarisme idéologique…

De fait, le texte – dont je ne partage pas forcément chaque virgule ou chaque mot – pointe une tendance lourde de notre mouvement: l’absence de culture du débat! Cette analyse, je la partage et pense également qu’elle nous empêche de jeter des ponts non seulement avec d’autres tendances du mouvement social, mais aussi avec une large part de la population, qui aurait tout à gagner d’un mouvement luttant pour l’émancipation.

Le sⒶp

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L’importance de la critique dans le développement du mouvement révolutionnaire

 

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I.

Il n’est pas peu fréquent d’entendre, lorsqu’on parle des différences entre l’anarchisme et les autres courants de la gauche, que l’anarchisme est un courant « libre de dogmes », « non fermé sur lui-même », et « ouvert à l’approfondissement au moyen de la libre critique ». Ça a été répété jusqu’à saturation, inlassablement, et de lieu-commun ça a été assumé comme quelque vertu suprême de l’anarchisme. Cependant, le plus petit contact avec la réalité des cercles anarchistes nous dévoile une réalité bien différente de ces auto-complaisantes déclarations. Malgré tout ce qui se dit sur le manque de « dogmatisme » de l’anarchisme, ce qu’on voit fréquemment est un manque de réflexion mêlée systématiquement au plus récalcitrant des dogmatismes, où l’analyse sereine de la réalité est remplacée par une série de catégories aprioriques et incomparables avec la réalité. Loin de trouver une ambiance favorable au développement de la critique, nous trouvons un mouvement paranoïaque qui tend à prendre la critique comme une attaque et qui est trop timide pour débattre en termes effectifs des différences réelles en son sein. Et nous trouvons un mouvement qui, loin d’accepter les différences, en débattant depuis un point de vue élevé, est toujours prêt à excommunier. Un état de fait qui n’est pas le défaut de telle ou telle publication ou de tel ou tel personnage du mouvement (même s’il est évident qu’il y en a certains qui portent cette tendance à des niveaux pathologiques), mais un défaut profondément enraciné dans le mouvement libertaire qui suinte dans presque tous les secteurs et tous les courants de celui-ci.

En vérité, l’anarchisme a même de nombreuses failles. Nous souffrons en tant que mouvement de bien des choses, nous sommes encore un mouvement en herbe, malgré notre longue histoire. Mais l’une des carences qui fait le plus mal est l’absence d’une tradition authentique du débat. Et bon, là où il n’y a pas de discussion, il y a dogmatisme, et là où il y a dogmatisme, il y a ignorance. Là où la discussion ne s’envole pas librement, ce qui domine est le manque de dynamisme dans les idées et le décalage avec la réalité. Une telle ambiance ne peut favoriser le développement d’un mouvement sain, avec des ambitions de transformation du monde actuel.

II.

Nous manquons d’une tradition de débat. Nous sommes beaucoup trop habitués à « nous dénoncer » au lieu de débattre. Il y a trop de personnes dans notre mouvement plus proche de l’esprit de Torquemada que de l’esprit de Bakounine. Nombreux sont ceux qui préfèrent perdre leur temps « en surveillant » les démarches d’autres anarchistes et en dénonçant tout ce que eux considèrent comme une déviance, plutôt que d’apporter à la construction concrète d’un mouvement. L’anarchisme apparaît ainsi, plus que comme un outil de transformation du monde, comme un ensemble de dogmes élémentaires, de rudiments politiques mal digérés, de consignes vagues et générales qui remplacent la réflexion politique sérieuse. Le simplisme prend l’espace de la pensée articulée. Nous avons trop d’autoproclamés défenseurs de la foi et trop peu d’anarchistes disposés à défier le présent pour explorer de nouveaux chemins pour l’anarchisme face à un monde qui ne cesse de tourner.

Au lieu d’accepter les différences d’opinion comme telles et de procéder à des échanges, respectueusement, énergiquement, mais toujours avec un esprit constructif, nous dénonçons et nous disqualifions. Nous ne savons pas débattre et fréquemment nos débats sont tombés dans le piège des principes et toutes les divergences tactiques sont élevées jusqu’à la catégorie des débats de principes éternels de l’anarchisme. Pierre Monatte, le vieil anarcho-syndicaliste français, se plaignait lors du Congrès d’Amsterdam (en 1907!) qu’« existent des camarades qui, pour tout, même pour les choses les plus futiles, ressentent le besoin de soulever des questions de principe » [1]. Avec ça, il semble qu’à chaque différence nous jugions la raison d’être anarchiste et les positions divergentes sont caricaturées comme « autoritaires », « totalitaires », « marxistes », « réformiste », etc. Des trompe-l’œil bien utiles pour éviter d’aborder les discussions de façon politiques et non hystérique. Dans notre mouvement, lamentablement, on tend à enjoliver, toute argumentation, d’innombrables adjectifs qualificatifs qui n’apportent rien, absolument rien, à l’éclaircissement du sujet débattu. Ainsi, chaque débat au sujet de l’anarchisme se termine en une lutte pour voir qui est le « plus » anarchiste, qui conserve la ligne sacrée… et non qui a raison à la lumière de la réalité.

Il semblerait que dans cette ambiance de « dénonciations » et d’absence de débat, la réalité elle-même ne serait qu’un aspect secondaire apportant peu ou rien à toute matière étant sur le tapis.

III.

Ce sectarisme et ce dogmatisme se voient également reflétés dans notre propagande. Nous sommes même arrivé à l’extrémité que certaines publications entières de l’anarchisme gâchent une énorme quantité de papier et d’encre à attaquer d’autres anarchistes, au lieu de débattre sereinement ou d’attaquer ceux qui réellement emmerdent la vie de millions de personnes dans ce monde [2]. Ceux qu agissent de cette manière portent un coup énorme au mouvement : non seulement ils alimentent les tendances centripètes dans l’anarchisme, mais en plus ils persuadent les lecteurs non familiarisés avec nos idées, que l’anarchisme est un mouvement à l’esprit mesquin, étroit et petit, ébloui par ses propres vanités et insensible aux véritables problèmes de notre temps. Pourquoi rejoindre un mouvement trop occupé à des tâches inquisitoriales pour se préoccuper de la problématique quotidienne de l’ensemble des opprimés, des pauvres, des exploités, des marginalisés ? [3]

Cette virulence dans les attaques contre ceux qui pensent ou agissent de façon différente et ce sectarisme, sont arrivés à leur paroxysme avec les possibilités ouvertes par internet et la communication virtuelle.

N’importe qui peut à l’heure actuelle insulter gratuitement et lâchement, depuis le confort de son foyer et avec la protection offerte par l’anonymat, des organisations ou des référents du mouvement libertaire qui mettent en lumière leur visage et leur lutte. N’importe qui peut laisser libre cours à ses envies destructrices et à son esprit misérable pour dévaloriser les efforts faits, bien souvent avec d’énormes sacrifices par des camarades qui mouillent le maillot pour construire dans les faits une alternative libertaire. Avec toutes les possibilités ouvertes par internet d’échanger des expériences et de débattre, il est parlant que la majorité des forums soient extrêmement pauvres et que lorsque les commentaires sont nombreux, ce soit seulement pour insulter ou pour disqualifier. Ceci est une réalité extrêmement triste et douloureuse pour qui souhaite être honnête dans la lutte.

Ceci est le propre des mouvements éloignés de la réalité, et en vérité, même dans les rangs anarchistes, nombreux sont ceux qui manquent de contact – dans un sens organique, évidemment – avec le monde populaire ou manquent d’efforts pour mener un travail constructif au milieu des exploités. Il ne suffit pas de connaître la lutte par les livres d’histoire, mais il faut savoir l’incarner au jour le jour. Avec des gens déracinés des luttes et des organisations populaires nous croyons qu’un débat effectivement constructif est difficile, et bon en manquant d’expérience pratique, ils sont incapables de maintenir la discussion sur le plan de la réalité et ils sont facilement portés vers l’Olympe des principes abstraits. Et de là aux dénonciations de « trahison de l’anarchisme ». Ceci est son véritable terrain, et c’est pour ça que face aux différences sa réaction naturelle est de se réfugier dans la sécurité de son propre groupuscule, une poignée de gardiens de la foi.

IV.

Ces problèmes auxquels nous nous référons n’est, en rien, un sujet nouveau. Il y a 85 ans ils étaient signalés de manière incisive par Camilo Berneri dans un article dont le ton, à qui a passé un bon bout de temps à militer dans le mouvement anarchiste, sonnera tristement actuel et familier :

(…) Nous sommes immatures. Le démontre ce qui a été débattu à propos de l’Union Anarchiste en faisant des subtilités sur les mots parti, mouvement, sans comprendre que la question n’est pas de forme mais de substance, et que ce qui nous manque n’est pas l’extériorité du parti mais la conscience de parti.

Qu’est-ce que j’entends par conscience de parti ?

J’entends ici quelque chose de plus que le ferment passionnel d’une idée, que l’exaltation générique d’idéaux. J’entends le contenu spécifique d’un programme partidaire. Nous sommes dépourvus de conscience politique dans le sens où nous n’avons pas conscience des problèmes actuels et nous continuons de défendre des solutions acquises dans notre littérature de propagande. Nous sommes utopiques et voilà. Qu’il y aient de nos éditeurs qui continuent de rééditer les écrits des maîtres sans jamais ajouter de note critique démontre que notre culture et notre propagande sont aux mains de gens qui tentent de maintenir sur pieds le même pantin plutôt que de pousser le mouvement à sortir du prêt-à-penser afin de se forcer à la critique, à ce qui est fait pour penser. Qu’il y aient des polémistes qui essayent de coincer l’adversaire plutôt que de chercher la vérité, démontre que parmi nous il y a des franc-maçons, au sens intellectuel. Nous y ajoutons les pisse-copies pour qui l’article est un soulagement ou une vanité et nous avons un ensemble d’éléments qui entravent le travail de rénovation initié par une poignée d’indépendants prometteurs.

L’anarchisme doit être large dans ses conceptions, audacieux, insatiable. S’il veut vivre et accomplir sa mission d’avant-garde il doit se diversifier et conserver haut son étendard bien que cela puisse l’isoler dans le cercle restreint des siens. Mais la spécificité de son caractère et de sa mission n’exclut pas une plus grande inscription de son action dans les fractures de la société qui se meurt et non dans les constructions aprioriques des architectes du future. De même que dans les recherches scientifiques l’hypothèse peut illuminer le chemin de l’expérimentation mais que s’éteint cette lumière lorsqu’elle se révèle fausse, l’anarchisme doit conserver cet ensemble de principes généraux qui constituent la base de sa pensée et le moteur passionnel de son action, mais il doit savoir affronter le complexe mécanisme de la société actuelle sans œillères doctrinales et sans attachement excessif à l’intégrité de sa foi (…)

L’heure est venue d’en finir avec les apothicaires des formules compliquées qui ne voient pas plus loin que leurs récipients pleins de fumée ; l’heure est venue d’en finir avec les charlatans qui enivrent le public avec de belles phrases pompeuses ; l’heure est venue d’en finir avec les simplets qui ont trois ou quatre idées clouées dans la tête et qui exercent en tant que vestale du feu sacré de l’Idéal distribuant les excommunications (…)

Celui qui a un gramme d’intelligence et de bonne volonté, qui fait l’effort de sa propre pensée, qui essaye de lire dans la réalité quelque chose de plus que ce qu’il lit dans les livres et les journaux. Étudier les problèmes d’aujourd’hui signifie éradiquer les idées non pensées, ça signifie amplifier la sphère de son influence en tant que propagandiste, ça signifie faire faire un pas en avant, et même un bon saut en longueur, à notre mouvement.

C’est précisément chercher les solutions en se confrontant aux problèmes. C’est précisément pour nous d’adopter de nouvelles habitudes mentales. De même que le naturalisme surpassa la scolastique médiévale en lisant le grand livre de la nature plutôt que les textes aristotéliciens, l’anarchisme surpassera le pédant socialisme scientifique, le communisme doctrinal enfermé dans ses boîtes aprioriques et toutes les autres idéologies cristallisées.

J’entends par anarchisme critique un anarchisme qui, sans être sceptique, ne se satisfait pas des vérités acquises, des formules simplistes ; un anarchisme idéaliste et en même temps réaliste ; un anarchisme, en définitive, qui greffe de nouvelles vérités sur le tronc de ses vérités fondamentales, qui sache tailler les vieilles branches.

Pas un travail de facile démolition, de nihilisme hypercritique, mais de rénovation qui enrichisse le patrimoine original et lui ajoute des forces et des beautés nouvelles. Ce travail nous avons à le faire maintenant, parce que demain nous devrons reprendre la lutte, qui ne s’ajuste pas bien à la pensée, spécialement pour nous qui ne pouvons jamais nous retirer dans les pavillons lorsque la bataille redouble.

Camillo Berneri

(Pagine Libertarie, Milán, 20 novembre 1922)[4]

Les mots de Berneri nous blessent par leur acuité, mais avant tout, par leur douloureuse actualité. Prime encore, dans la discussion, l’envie de défaire l’adversaire plus que celle d’avancer et d’apprendre. Priment encore l’esprit de secte au-dessus de l’esprit de parti. Ceci fait que, à la moindre différence, les groupes se divisent. Ce n’est pas que nous soyons partisans de l’unité à tout prix ; l’unité n’a de sens que lorsqu’il y a des pratiques et des idées fondamentales convergentes (pas identiques, puisque les différences sont fondamentales pour le développement d’une ligne politique). Mais nous sommes de farouches adversaires du sectarisme et de la division pour des mesquineries.

V.

L’article de Berneri cité n’est pas seulement très important pour la critique qu’il fait du mouvement, mais en plus, parce qu’il remet à sa place l’importance du développement de la pensée critique dans notre mouvement. Je crois que notre mouvement ne sait toujours pas prendre le pouls de l’importance du développement de la critique et du débat en son sein.

Il existe une relation directe entre le niveau de discussion dans un mouvement politique et son dynamisme. Et seul un mouvement dynamique prend l’initiative politique et sait influer sur la réalité. Ce facteur, le dynamisme, laisse à désirer dans les médias anarchistes. Nous sommes trop habitués à traiter la divergence d’opinion de deux manières apparemment opposées : ou nous nous insultons, insinuant que ceux qui pensent différemment ne sont pas de vrais anarchistes, ou nous ignorons les différences en disant qu’au final dans l’anarchisme tout a cours (même les idées les plus extravagantes). Le résultat de ces deux mécanismes d’affrontement du dissentiment est identique, cependant, et c’est qu’en fin de compte il n’y a pas de discussion. Ou nous nous enfermons dans des chapelles différentes, ou nous montons une unique grande arène où tous coexistent mais où personne ne touche aux thématiques brûlantes pour ne pas heurter les « susceptibilités ».

Bien que superficiellement ils semblent être des extrêmes diamétralement opposés, le « tout a cours » dans l’anarchisme et le sectarisme dogmatique sont identiques dans le fait que les deux font échouer la discussion et l’avancée des idées.

VI.

Je crois, que si nous ne savons débattre entre nous, nous saurons alors encore moins débattre avec d’autres secteurs du monde populaire et il en résultera que nous échangerons la lutte politique (l’échange et le questionnement des idées et pratiques) pour un infatigable et insupportable prêche entre convaincus. Un résultat suffisamment parlant est qu’une grande majorité de publications de « divulgation » anarchiste semblent être adressées à d’autres anarchistes bien plus qu’à ceux à qui nous devrions divulguer nos idées : à cette large masse de personnes qui ne pensent ni n’agissent de manière anarchiste [5].

De la même manière qu’entre nous la différence d’opinion ou de pratique est synonyme d’anathème, à l’encontre du reste du mouvement révolutionnaire ou de la gauche, ou même du peuple, nous montrons le même entêtement. « Réformistes », « Fascistes rouges », « Autoritaires » sont des termes abusifs qui n’ont que peu de sens, voir aucun à ce niveau, précisément, pour avoir été tant pervertis. Des termes qui, au lieu de nous aider à éclaircir les divergences et jeter des ponts dans les discussions, nous isolent, sans nous aider ni à persuader ni à éclaircir les véritables points du débat. Tous les problèmes de méthodes et de conceptions avec le reste de la gauche sont réduits à une simple formule « vous voulez prendre le pouvoir et nous non ». J’ai toujours pensé au côté absurde de cette énoncé : n’importe qui réellement aveuglé par l’obsession de détenir le pouvoir ferait mieux de s’allier aux partis de gouvernement ou de la bourgeoisie, plutôt que de militer dans un parti communiste ou d’inspiration socialiste, ce qui indubitablement peut lui attirer plus de problèmes que de bénéfices matériels dans l’immédiat. C’est autre chose ce qui arrive lorsque ces partis arrivent à avoir quelque pouvoir entre leurs mains, ou lorsqu’ils parviennent à développer une bureaucratie ayant une quelconque parcelle de pouvoir au sein d’un quelconque mouvement influent. Mais j’insiste, ceci est un problème de méthodes plus que des sinistres intentions originelles.

Ceci n’exclut pas qu’au sein de la gauche, comme n’importe où, il y ait des gens malhonnêtes, des gens opportunistes, des gens avec un esprit étriqué et incapables de comprendre la réalité au-delà de leurs étroites œillères partisanes, ou encore pire, des gens qui fassent passer les intérêts de leur secte avant ceux de l’ensemble du peuple. Mais entre accepter ceci et supposer que nous sommes le seul secteur révolutionnaire bien intentionné, pur et dévoué, il y a une énorme différence.

VII.

Luigi Fabbri, dans son document fondamentale « Les influences bourgeoises dans l’Anarchisme » se plaignait alors en 1918 du problème du langage utilisé entre anarchiste pour débattre, mais également envers d’autres secteurs populaires ou de gauche. Sa plainte est particulièrement révélatrice pour tout ce que j’ai essayé d’exposer. Fabbri nous dit :

« Le but de la propagande et de la polémique est de convaincre et persuader. Donc bon : on ne convainc pas et on ne persuade pas par la violence du langage, avec des insultes et des invectives, mais avec la courtoisie et l’éducation des manières. [6]. »

Et il continue :

« (…) Mais la violence du langage dans la polémique et dans la propagande, la violence verbale et écrite, qui s’est parfois résolu douloureusement par des actes de violence matérielle contre des personnes, la violence qui, surtout, je le déplore, est celle utilisée contre d’autres partis progressistes, plus ou moins révolutionnaires, ce qui importe peu, qui sont composés d’opprimés et d’exploités comme nous, des gens qui comme nous sont animés par le désir de changer pour le meilleur la situation politique et sociale actuelle. De tels partis, qui aspirent au pouvoir, lorsqu’ils y parviennent, seront indubitablement des ennemis des anarchistes, mais comme ceci est encore loin d’arriver, comme leurs intentions peuvent être bonnes et que beaucoup des maux qu’ils veulent éliminer nous voulons également les voir disparaître, et comme nous avons beaucoup d’ennemis communs et qu’en commun nous auront, sans doute, à livrer plus d’une bataille, il est inutile, quand ce n’est pas préjudiciable, de les traiter avec violence, étant donné que pour l’instant ce qui nous divise est une différence d’opinion, et traiter violemment quelqu’un parce qu’il ne pense pas ou n’agit pas comme nous est une prépotence, un acte antisocial.

La propagande et la polémique que nous menons envers les éléments des autres partis, tend à les persuader de la bonté de nos raisons, à les attirer dans notre sphère. Ce que nous avons dit précédemment dans les grandes lignes, c’est-à-dire, qu’on persuade mal celui qu’on traite mal, s’applique plus particulièrement lorsqu’il s’agit d’éléments assimilables : des ouvriers, des jeunes, des intelligences déjà éveillées, des hommes qui sont sur le chemin de la vérité. Le choc de la violence, au contraire, loin de les pousser, les arrête en chemin, par réaction. Certains de leurs chefs peuvent agir de mauvaise foi, mais dites-moi : sommes-nous sûrs que parmi nous il n’y a pas aussi des personnes qui agissent de la même manière ? Nous devons tâcher de les attaquer en les attrapant, comme on a l’habitude de dire, la main dans les sac, lorsqu’il est évident qu’ils agissent de mauvaise foi, et ne pas se mettre à attaquer tout le parti. Il est certain que beaucoup de leurs doctrines sont erronées, mais pour démontrer leur erreur les insultes ne sont pas nécessaires ; certaines de leurs méthodes sont nocives pour la cause révolutionnaire, mais en agissant, nous, de manière différente et en faisant de la propagande par l’exemple et la démonstration raisonnée, nous leur montrerons que nos méthodes sont meilleures.

Toutes les considérations de ce travail m’ont été suggérées par la constatation d’un phénomène que j’ai observé dans notre camp. Nous nous sommes tant habitués à donner de la voix toujours et à tout propos, que nous avons perdu graduellement la valeur des mots et de leur relativité. Les mêmes adjectifs méprisants nous servent de la même manière à attaquer de front le curé, le monarque, le républicain, le socialiste, et même l’anarchiste qui ne pense pas comme nous. Et ceci est un défaut primordial. Si une quelconque différence se fait jour, c’est plutôt au bénéfice de nos pires ennemis. On peut dire que les anarchistes et les socialistes nous n’avons jamais usé de tant d’insolence envers le curé et le monarque qu’envers les républicains, et que les anarchistes n’en ont jamais autant dit aux bourgeois qu’ils n’en ont dit aux socialistes. Et je dirais plus encore : spécialement ces derniers temps, il y a eu des anarchistes qui ont ont traité d’autres anarchistes, qui ne pensaient pas exactement comme eux, comme jamais ils n’ont traité les clercs, les exploiteurs et les policiers réunis.

(…) je crois qu’il vaudrait mieux que nous nous attachions à nous connaître, et, surtout, à travailler sans jamais perdre de vue qu’en face nous avons l’ennemi, le véritable ennemi qui guette le moment de notre faiblesse pour nous assener ses coups. Parce que nulle part comme au milieu des partis où l’action est l’unique raison de vivre, on ne peut dire avec de meilleurs raisons que l’oisiveté est le pire des vices et le premier d’entre eux est celui de la discorde. » [7]

On ne peut être plus lapidaire et précis que dans cet jugement. Et une nouvelle fois nous voyons que, en 90 ans nous avons appris extrêmement peu et qu’il nous manque encore beaucoup pour avancer dans la construction d’un espace sain de débat, où nous pouvons apprendre et avancer.

VIII.

Pour nous, la critique et le débat doivent être des outils pour la construction, avant tout. Ne nous intéresse pas le débat pour démontrer « qui a raison », ni le débat à des fins purement sportives, mais celui servant à chercher le chemin le plus judicieux pour affronter les problèmes auxquels notre mouvement est confronté et dans un esprit véritablement constructif. Il est certain qu’une telle forme de débat doit avoir pour point de départ la pratique, car nous croyons que le débat doit être fermement ancré dans la réalité pour ainsi éviter les distorsions propres à la méconnaissance pratique ou de l’idéalisme en résultant. De plus, seule la discussion fondée sur des expériences équivalentes peut générer un langage commun et productif. Si donc on critique une organisation pour sa manière de faire les choses, certainement, nous devons être capables de montrer qu’existe une autre manière de les faire ou, qu’au moins nous puissions suggérer des alternatives. Bien qu’il soit nécessaire d’avoir présent à l’esprit à chaque moment qu’il est rare qu’une position soit entièrement bonne et que, en fin de comptes, c’est la même pratique, le développement de la réalité, laquelle se voue à trancher les positions les plus judicieuses des moins judicieuses.

Bien, un autre point important est que si la critique révolutionnaire ne s’accompagne pas d’une pratique, elle est alors insignifiante. Bon, quel sens peut avoir une critique se vantant d’être révolutionnaire si elle n’est pas disposée à se convertir en verbe, dans l’action indispensable pour qu’il y ait un vrai mouvement révolutionnaire et non en pure dilettantisme intellectuel ? Le révolutionnaire, à la différence du politicard, ne parle pas depuis le parterre, depuis la place de spectateur : le révolutionnaire doit parler depuis l’action et depuis l’effort, aussi humble qu’il puisse paraître, de se convertir en alternative au présent. Je tends à être aussi sceptique envers les hypercritiques que des ultra-révolutionnaire qu’on ne voit jamais dans aucune expérience concrète et qui jamais ne se sont sali les mains. Ceci est une vision constructive de la critique : une qui se forge à la chaleur de la construction concrète et non du seul esprit de destruction de l’effort de l’autrui.

Le débat doit, de plus, être mis au service de la pratique, bref, la dynamique qu’il génère doit servir à enrichir nos expériences. Et vice versa, la pratique amène ensuite de nouveaux éléments pour avancer dans la théorie, et comme disait Berneri, vers un anarchisme qui sache tailler les anciennes branches, qui sache insérer des vérités nouvelles à ses vérités fondamentales et qui sache se rénover, parce que bon c’est l’immobilisme intellectuel le principal facteur de notre incapacité à comprendre complètement les phénomènes d’un monde qui est en perpétuel transformation.

Mais la critique n’a pas seulement pour rôle de nous aider à mieux comprendre notre réalité et à développer des concepts, des préceptes et des propositions plus judicieuses face aux nécessités de notre époque. Le débat est aussi important pour avancer et se défaire d’idées erronées, mal formulées ou insuffisantes. Comme me disait un jour un camarade : « tu n’es pas parvenu à me convaincre par notre débat, mais au moins, il m’a servi à découvrir mes propres faiblesses et donc à renforcer mes idées ». Ce n’est pas tomber dans un dialogue de sourds, à condition de nous répondre et d’écouter les arguments de l’autre. Plus encore, c’est une aide cruciale pour avancer, puisqu’elle donne de la force aux idées et elles apparaissent alors mieux argumentées, plus convaincantes et plus judicieuses. Tout en nous défaisant des idées fausses ou disparates.

Enfin, la critique et le débat sont extrêmement importants pour jeter des ponts vers d’autres courants. En développant ça nous pouvons approcher ceux qui ont été attirés par d’autres courants, nous pouvons gagner d’autres organisations à nos positions ou nous pouvons apprendre d’elles et nous rendre compte que, dans certains aspects précis de notre politique, nous faisions erreur. Seul là où a été jeté le pont d’une saine discussion, il peut y avoir une pratique libre de tout sectarisme qui, respectant les différences, soit capable de conjuguer les efforts là où il y a unité de points de vue.

IX.

Ces paroles ne sont pas écrites avec l’intention de dénoncer ou désigner tel ou tel camarade comme sectaire. Je ne crois pas non plus qu’il existe aucun courant libre de ce vice qui s’est converti en coutume dans nos cercles. Bien souvent est aussi coupable celui qui provoque que celui qui se laisse provoquer et suit le courant. Nous savons tous qu’il y a « des francs-maçons au sens intellectuel » dans le mouvement ; nous savons tous qu’il y a des dévots du « Saint Office » ; eux n’ont pour nous la moindre bienveillance. On en a rien à secouer, comme on dit, car nous savons que rien de ce qui est fondamentale pour parvenir à une société libre ne se tranche de ce côté-là. Mais ce qui est préoccupant, c’est qu’eux parviennent à rallier d’autres camarades ou organisations qui se révèlent précieux pour cet obstacle. Et pire encore, que la culture du débat ait comme référent commun tracé par cet esprit insignifiant. Et pire encore : que les camarades qui, depuis certains aspects ou perspectives, qui seraient présent dans la lutte et la construction n’aient pas encore appris à générer ces dynamiques d’échange salutaire. C’est ce qui est vraiment préoccupant.

La gauche traditionnelle a été sectaire, a été dogmatique et a fréquemment ignoré la réalité qui l’entoure. Je ne crois pas que les anarchistes, en général, aient été meilleurs. Il est temps de donner l’exemple. Ce que nous devons viser c’est construire des espaces de discussion et changer les habitudes malsaines au sein de notre mouvement, qui n’apportent rien au débat et entravent le développement du nécessaire esprit critique dont a tant besoin le mouvement révolutionnaire pour faire face aux difficiles tâches de régénération sociale que nous avons devant nous.

[1] Dans “‘Anarchisme & Syndicalisme’ Le Congrès Anarchiste International d’Amsterdam (1907)” Ed. Nautilus-Monde Libertaire, 1997, p.161.

[2] Cet attrait pour la dénonciation est arrivé, lamentablement, à des extrémités morbides dans les médias argentins et espagnols.

[3] Luigi Fabbri, le fameux anarchiste italien, dit que la première fois qu’il a vu des journaux anarchistes ceux-là ne l’ont pas convaincu et que si ça avait du être par la propagande écrite des anarchistes, il ne se serait jamais rapproché du mouvement. Lamentablement, beaucoup de notre presse aujourd’hui, par sa virulence contre le reste de l’anarchisme et de la gauche tient plus un rôle de contre-propagande que de propagande proprement dit.
[4] Dans “Camillo Berneri: Humanisme et Anarchisme” Ed. de Ernest Cañada, ed. Los libros de la Catarata, 1998, pp.43-46.

[5] Il y a évidemment des articles (comme celui-là même que j’écris) ou des publications qui sont dirigées principalement au public libertaire, qui est son véritable auditoire. Jene me réfère certainement pas dans cet article à ce type de publications, mais à celles qui explicitement se disent de « propagande », de « diffusion », de « divulgation », etc…

[6] Luigi Fabbri, “Influences Bourgeoises de l’Anarchisme”, éd. Solidarité Ouvrière (Paris), 1959, p.53.

[7] Ibid. pp.56-59.

Auteur(s): José Antonio Gutiérrez
Notas: Publicado el 12 de noviembre de 2007.
Source: anarkismo.net
http://es.theanarchistlibrary.org/librar…evoluciona

Programme du Séminaire zapatiste « La pensée critique face à l’hydre capitaliste »

source.

 

Traduction du communiqué de l’EZLN, diffusé le 30 avril sur le site de Liaison Zapatiste. Cette traduction a été faite par @EspoirChiapas. Vous pouvez retrouver cette traduction sur le site d’Espoir Chiapas et sur le site de Liaison Zapatiste.

Le sⒶp

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ARMÉE ZAPATISTE DE LIBÉRATION NATIONALE.

MEXIQUE.

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PROGRAMME ET AUTRES INFORMATION SUR L’HOMMAGE ET LE SÉMINAIRE.
29 avril 2015.
Compas:
Je vous donne les dernières informations sur la célébration en hommage aux Compas Luis Villoro Toranzo et le Maître Zapatiste Galeano, la journée du 2 mai 2015 et du séminaire qui se célébrera du 3 au 9 mai 2015.
Premièrement.- Un groupe d’artiste graphiques participera aussi au Séminaire « La Pensée Critique face à l’hydre Capitaliste » avec une exposition intitulée « Signes et Signaux » avec une œuvre artistique propre et spécialement créée pour cette exposition participent:
Antonio Gritón
Antonio Ramírez
Beatriz Canfield
Carolina Kerlow
César Martínez
Cisco Jiménez
Demián Flores
Domi
Eduardo Abaroa
Efraín Herrera
Emiliano Ortega Rousset
Felipe Eherenberg
Gabriel Macotela
Gabriela Gutiérrez Ovalle
Gustavo Monroy
Héctor Quiñones
Jacobo Ramírez
Johannes Lara
Joselyn Nieto
Julián Madero
Marisa Cornejo
Mauricio Gómez Morín
Néstor Quiñones
Oscar Ratto
Vicente Rojo
Vicente Rojo Cama
La présentation de l’exposition sera le matin du 4 mai 2015 au CIDECI.
Deuxièmement:
– Nous vous donnons le programme des activités et participations pour le séminaire. Il pourra y avoir quelques changements (attention: tous les horaires sont à l’heure nationale).
HOMMAGE:
Samedi 2 mai. Caracol de Oventik. 12:30 hrs.
Hommage aux compañeros Luis Villoro Toranzo et Maestro Zapatiste Galeano.
Participent:
Pablo González Casanova (un écrit).
Adolfo Gilly.
Fernanda Navarro.
Juan Villoro.
Mère, Père épouse et fil-le-s du compañero maestro Galeano.
Compañeros et compañeras de lutte du compañero maestro Galeano.
Comandancia General – Comisión Sexta del EZLN.
Note: La journée du 2 mai on autorisera l’accès au caracol avant 12:30. Quand arrivera l’heure, nous vous demanderons de vous installer à l’extérieur, pour la cérémonie de réception des familles des « hommagés et invité-e-s d’honneur, et que tou-t-e-s entrés derrière eux au lieu précis de l’hommage. En terminant l’acte, vous devrez vous retirer tou-t-e-s parceque le caracol sera occupé dans sa totalité par les compañeras et compañeros bases d’appui zapatiste. Vous ne pourrez pas rester passer la nuit dans le caracol. On calcule que l’hommage se terminera au plus tard entre 16:00hrs et 17:00hrs de façon à ce que vous puissiez rentrer en sécurité et confort à San Cristobal de Las Casas.
SÉMINAIRE « LA PENSÉE CRITIQUE FACE A L’HYDRE CAPITALISTE »
Dimanche 3 mai. Caracol de Oventikl 10:00-14:00. On vous demande d’arriver un peu avant cette heure.
Inauguration à la charge de la Comandancia Générale de l’EZLN.
Don Mario González et Doña Hilda Hernández (video).
Doña Bertha Nava et Don Tomás Ramírez.
Participation de la Commission Sexta de l’EZLN.
Juan Villoro.
Adolfo Gilly.
Participation de la Commission Sexta de l’EZLN.
Transfert aux installations du CIDECI à  San Cristóbal de Las Casas, Chiapas, à partir de 14:00 hrs.
Dimanche 3 mai. CIDECI. 18:00-21:00.
Sergio Rodríguez Lazcano.
Luis Lozano Arredondo.
Rosa Albina Garavito.
Participation de la Comissión Sexta de l’EZLN.
Lundi 4 mai. CIDECI. 10:00 a 14:00.
María O’Higgins.
Oscar Chávez (enregistrement).
Guillermo Velázquez (enregistrement).
Antonio Gritón. Présentation de l’Exposition Graphique “L’Hydre Capitaliste ».
Efraín Herrera.
Participation de la Commission Sexta de l’EZLN.
Lundi 4 mai. CIDECI. 17:00 a 21:00.
Eduardo Almeida.
Vilma Almendra.
María Eugenia Sánchez.
Alicia Castellanos.
Greg Ruggiero (écrit).
Participation de la Commission Sexta de l’EZLN.
Mardi 5 mai, CIDECI. 10:00 a 14:00.
Jerónimo Díaz.
Rubén Trejo.
Cati Marielle.
Álvaro Salgado.
Elena Álvarez-Buylla.
Participation de la Commission Sexta de l’EZLN.
Mardi 5 mai. CIDECI. 17:00 a 21:00.
Pablo Reyna.
Malú Huacuja del Toro (écrit).
Javier Hernández Alpízar.
Tamerantong (video).
Ana Lidya Flores.
Participation de la Commission Sexta de l’EZLN.
Mercredi 6 mai. CIDECI. 10:00 a 14:00.
Gilberto López y Rivas.
Immanuel Wallerstein (écrit).
Michael Lowy (écrit).
Salvador Castañeda O´Connor.
Pablo González Casanova (écrit).
Participation de la Commission Sexta de l’EZLN.
Mercredi 6 mai. CIDECI. 17:00 a 21:00.
Karla Quiñonez (écrit).
Mariana Favela.
Silvia Federici (écrit).
Márgara Millán.
Sylvia Marcos.
Havin Güneser, du Kurdish Freedom Movement.
Participation de la Commission Sexta de l’EZLN.
Jeudi 7 mai, CIDECI. 10:00 a 14:00.
Juan Wahren.
Arturo Anguiano.
Paulina Fernández.
Marcos Roitman (écrit).
Participation de la Commission Sexta del EZLN.
Jeudi 7 mai, CIDECI. 17:00 a 21:00.
Daniel Inclán.
Manuel Rozental.
Abdullah Öcalan, du Kurdish Freedom Movement (participation écrite).
John Holloway.
Gustavo Esteva.
Sergio Tischler.
Participation de la Commission Sexta de l’EZLN.
Vendredi 8 mai. CIDECI. 10:00 a 14:00.
Philippe Corcuff (video).
Donovan Hernández.
Jorge Alonso.
Raúl Zibechi.
Carlos Aguirre Rojas.
Participation de la Commission Sexta de l’EZLN.
Vendredi 8 mai. CIDECI. 17:00 a 21:00.
Carlos González.
Hugo Blanco (video).
Xuno López.
Juan Carlos Mijangos.
Óscar Olivera (video).
Participation de la Commission Sexta del EZLN.
Samedi 9 mai. CIDECI. 10:00 a 14:00.
Jean Robert.
Jérôme Baschet.
John Berger (escrito).
Fernanda Navarro.
Participation de la Commission Sexta de l’EZLN.
Clôture…
Troisièmement.
– Jusqu’au 29 avril 2015 nous avons confirmé l’inscription de 1 528 personnes. Parmi elles: 764 disent être adhérentes à la Sexta, 693 disent ne pas être adhérentes, 117 disent être des médias libres autonomes alternatifs ou comme ils s’appellent, et 8 collaborent avec les médias commerciaux.
Quatrièmement.
– Ceux qui n’arrivent pas à s’enregistrer pour la journée du 2 mai 2015, pourront le faire directement au CIDECI à San Cristobal de Las Casas, Chiapas.
C’est tout pour l’instant.
Bon voyage.
Depuis la conciergerie.
SupGaleano.
Avril 2015.
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RAPPORT SUR L’INSCRIPTION AU SÉMINAIRE « LA PENSÉE CRITIQUE FACE A L’HYDRE CAPITALISTE »

source.

 

Traduction collective (@ValKaracole, @EspoirChiapas, et moi) du communiqué de l’EZLN publié le 22 avril. Vous pouvez donc retrouver cette traduction sur le site d’Espoir Chiapas, ainsi que sur le site de Liaison Zapatiste.

Le sⒶp

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RAPPORT SUR L’INSCRIPTION AU SÉMINAIRE

« LA PENSÉE CRITIQUE FACE A L’HYDRE CAPITALISTE »

SUPGALEANO

ARMÉE ZAPATISTE DE LIBÉRATION NATIONALE

MEXIQUE.

21 avril 2015.

Aux [email protected] de la Sexta :

Aux présumé-e-s assistant-e-s au Séminaire « La Pensée Critique face à l’Hydre Capitaliste » :

Nous vous avisons que :

Jusqu’au 21 avril 2015, se sont inscrits pour assister au séminaire « La Pensée Critique face à l’Hydre Capitaliste », approximativement 1074 hommes, femmes, autres, filles, garçons, anciens, anciennes du Mexique et du monde. De ce total :

558 personnes sont adhérentes à la Sexta.

430 personnes ne sont pas adhérentes à la Sexta.

82 personnes disent être des médias libres, autonomes, indépendants, alternatifs ou comme ils se nomment.

4 personnes sont des médias de communication à gages (seule une personne des médias commerciaux, une des trois parrainées par le gouvernement de l’état du Chiapas pour ternir le nom du compa maître zapatiste Galeano et présenter ses assassins comme victimes, a été refusée).

Maintenant, bon, nous ne savons pas si dans ces 1074 personnes qui se sont inscrites jusqu’à ce jour, il y en a beaucoup qui se sont trompées et pensent s’être inscrites au mariage de mademoiselle Anahi (il semblerait qu’elle se marie avec quelqu’un du Chiapas, je ne sais pas, ne m’écoutez pas trop car la politique et la farandole sont très déroutantes ici… Ah ! Là-bas aussi ? Je n’en parle pas ?). Bon, je vous donne l’info car c’est bien plus que ceux que nous avions prévu qui assisteraient au semencier. Clairement, maintenant le problème est pour la bande du CIDECI, c’est ainsi : courage !

Quoi ? S’il est toujours possible de s’inscrire ? Je crois que oui, je ne sais pas. Interrogé par rapport à ça par les Tiers Compas, le doctor Raymundo a déclaré : « il n’y a pas de problème, de toute manière, ceux qui seront attentifs sont bien moins« . Ok ok ok il n’a pas dit ça, mais dans le contexte il aurait pu le dire. C’est plus, le doc ne sait même pas combien de personnes vont se rendre au CIDECI.

De toute manière, si vous êtes absorbé-e par la grande qualité des campagnes électorales et réfléchissez profondément sur les diaphanes propositions des candidat-e-s, vous ne devriez pas perdre votre temps à ça, à la pensée critique.

Bon, n’oubliez pas votre brosse à dent, savon et quelque chose pour vous coiffer.

Depuis la conciergerie du semencier, cherchant le chat-chien.

Sup Galeano.

Mexique, Avril 2015.

Le Chat-Chien lors du chat de « Attention zapatiste au client antizapatiste » :

(Vous êtes en ligne, dans un moment l’un de nos conseiller-e-s va vous répondre. Si ça tarde, c’est parce que c’est l’heure du pozol. Nous vous remercions de votre patience)

huella

– Bonjour ? Allô ?

 

huella

– Ah, allô, je veux m’inscrire.

 

huella  huella

– Allô, mais il y a toujours de la place ?

 

huella

– Bon, allô, parce que je veux un lieu très proche, vous comprenez ?

 

huella

– Allô, et y’aura la possibilité pour un selfie? autographes? tout ça ?

 

huella huella

– Oui allô, je me demande si dans l’inscription ils te donnent comme qui dirait un bonus.

 

huella

– Comment ! allô, c’est pas ici l’inscription pour le concert de Juan Gabriel ?

 

huella

– Merde ! Je le savais, allô. Je l’avais dit aux autres que si nous ne nous dépêchions pas, nous n’arriverions pas à avoir de place.

 

huella

– Bon, allô, s’il n’y a pas de place avec Juan Gabriel, ben alors avec Jaime Maussan.

 

huella

– Il n’y a pas de place non plus avec Maussan ! Bon, allo, ben dites moi où il y a de la place.

 

huella

– Allez ! Allô, vous voulez paraître très postmodernes non ? Très de MetaFukuyama et tout ça, non ?

 

huella

– Allô, ben laissez-moi vous dire que pour du postmodernisme, celui de José Alfredo Jimenez et son déjà très classique aphorisme de « la vie ne vaut rien ». Ça, écoutez, ce sont des coups de fouets et pas des bêtises comme le nihilisme avec préservatifs et serviettes féminines de couleurs.

 

huella

– Bon, allô, laissez-moi vous dire que ce qui importe réellement c’est un pragmatisme illustré. Ou que ce soit avec de bonnes vibes, vous me comprenez ? Par exemple, allo, l’Araignée tissant des alliances inavouables, Menique investissant sa paie dans différents « scénarios », et la gauche institutionnelle doutant entre être de gauche ou être institutionnelle, le LauraBozzo de avant-gardisme du prolétaire pontifié, beaucoup de nus sveltes, pour leur rappeler la cellulites et les rides, Kirkman proposant le fascisme comme la meilleure option en temps de crise, Rick et Carol tels quels, Tyron changeant la Cercei en Khaleesi, le « journalisme d’investigation » cherchant qui lui ferait son travail avec comme consigne « dénonce, nous verrons si ça peut se vendre ». Si, ce dont Alejandria a besoin c’est moins de latinos et afro américains, et plus dans l’ambiance Justin Bieber et Miley Cyrus. Et voilà, jusqu’au putain de dragons qui ont changé de partis politique et les Stark avec des problèmes pour obtenir l’inscription. Et ensuite, le Mance Rider, qui a vraiment voulu se mettre dans l’ambiance libertaire et tout ça, et ils l’ont inculpé pour ne pas vouloir aller voter. Ah, mais dans le jeu des trônes qui importe, le tirage au sort est dans l’île de Braavos. Sept Royaumes sinon rien! L’hiver s’approche et « La Banque de Fer obtient ce qui lui appartient. »

 

huella

– Allô, je vous ferais bien plus de spoiler, mais non. Je vous laisse avec vos doutes ! Souffrez ! Allô.

 

huella

– Allô, vous êtes sûr qu’il n’y a pas de place ? Ni même pour Neil Diamond ? La Sonora Santanera ? Arjona s’il le faut ?

 

huella

– Allô, j’ai un doute : c’est pas ici où on s’inscrit pour des spectacles, vous savez, ciné, théâtre, concerts, le bar comique, les campagnes électorales, Don Francisco, cirques avec des animaux à la carte, candidatures, realitishow, spots vert sur l’écran Imax, « Arrête de Souffrir » avec charge du trésor, baisse de poids en trottant jusqu’aux urnes ?

 

huella

– Je le savais ! Écoutez ! Putain de Peñarobots ! Je suis sûr qu’ils sont abstentionnistes ! Vous ne comprenez pas que vous faites le jeu de la droite ? Vous ne voyez pas les grandes avancées des gouvernements progressistes dans le monde ? C’est sûr que vous louez ou que vous avez hypothéqué la maison, allô. Une personne ici, ayant sa propre maison, s’efforce de vous orienter et vous diriger, et vous êtes dans le sadomasochisme, allô. J’espère qu’on vous a donné le gâteau avec la salmonelle ! Là ils ont leur unlique, leur miute, leur blocage et leur unfolo ! Maintenant, à voir comment ils vivent, allô !

 

 huellahuellahuella
(L’usager a quitté la ligne. La session de chat est achevée. Fin de transmission).
(…)

(un liquide vert coule)

(…)

(voix off) : Qui a laissé le pozol aigrir sur le clavier ! Je vous ai déjà dit de ne pas laisser le chat-chien s’emparer de l’ordinateur ! Ah, mais laissez-moi le trouver et il va voir !

J’atteste.

SupGaleano

huellawouaf ! miaou ! (et vice versa).

Pourquoi cet air si sérieux ?

source.

 

Traduction collective (@ValKaracole, @EspoirChiapas, et moi) du communiqué de l’EZLN publié le 9 avril. Vous pouvez donc retrouver cette traduction sur le site d’Espoir Chiapas, ainsi que sur le site de Liaison Zapatiste.

Le sⒶp

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Pourquoi cet air si sérieux ?

(01001101 01110101 01100011 01101000 01100001 01110011 00100000 01000111 01110010 01100001 01100011 01101001 01100001 01110011 00100000 01000011 01101111 01101101 01110000 01100001 01110011 -attention : traduire en code binaire-)

 

Avril 2015

Nous ne savions rien. Nous avons su. Ils nous ont expliqué plus ou moins. Nous avons moins compris. Mais bon voilà, comme ils disent après, « nous avons capté le concept dans son contexte intégral ». Soit rien de rien. Mais c’était quelque chose comme quoi nous avions été victime d’une attaque cybernétique de « haut niveau ». Évidemment, nous avons pris nos airs de « pas de problème », de « il n’y aura qu’à prendre les mesures pertinentes », de « ça ira jusqu’aux ultimes conséquences ». Mais, en vérité, nous nous demandions si ce n’était pas le résultat des « clics » que nous faisons sur le site pour qu’augmente le nombre de visites. « Un enthousiaste de la souris », avons-nous pensé. Mais bon ceci est confidentiel, nous vous remercions donc de ne pas le rendre public.

Et puis ensuite ils nous ont dit qu’on estimait que, rien qu’aux États-Unis, le coût moyen annuel des cyberattaques a été de 12,7 millions de dollars en 2014. Nous n’avons pas compris, je me réfère à la quantité. Ils nous ont expliqué. Nous avons alors paniqué et, en courant, nous avons été vérifier si nos réserves de pozole avait diminué. Rien. « Niveau stable », a dit le garde (ceci veut dire qu’il y en a assez pour les hommages et le séminaire). Jusqu’ici tout va bien. Le problème c’est que, afin de célébrer le fait que la cyberattaque n’avait pas réussi à pénétrer les solides caves où nous accumulons « l’or du LXIXe siècle », nous avons fait la fête et dansé avec de la musique électro des dijis du peuple. Résultat ? Les réserves stratégiques ont significativement baissé et maintenant il faut les reconstituer.

Mais, comme on dit, voilà c’est officiel : le néozapatisme est entré dans le XXIe siècle. Ok, ok, ok, on a pris notre temps, mais tenez compte du fait que nous sommes à peine en 2015.

Vous pensiez que l’image moderne du Mexique était de faire du shopping à Beverly Hills, en voyageant en hélicoptère ou dans un spot électoral ? Wrong ! 404 Error ! Erreur ! Fehler ! Oшибка !

La page de l’ezetaelene a été l’objet d’une attaque c-y-b-e-r-n-é-t-i-q-u-e !

Ok, ok, ok, nous ne savons pas bien ce que tout ça veut dire, (nous, tellement pré-modernes, habitués seulement aux attaques de soldats, policiers, paramilitaires, et pisses-copies différents), mais on en entend beaucoup de ceux de là-bas, de beaucoup de cachés, de classe mon cher, de pays riches.

Ah ! J’ai pensé que ce jour n’arriverait jamais ! Que meurent d’envie Sony, Microsoft, et Apple ! Que souffrent de jalousie Obama, Poutine et Merkel ! Que ça renforce la rage de Wallmart, Carrefour, Tesco et Metro ! Qu’ils achètent leurs antiacides les Samsung, LG, et Motorola ! Agenouillez-vous boissons de coca, bouffe de chips et fast-food ! Ne dissimulez pas votre humiliation Fond Monétaire International, Banque Mondiale et Organisation Mondiale du Commerce !

Et nous le prenons pour ce que c’est : un minime hommage à notre humble et muet travail à donner des « clics » à la page web pour qu’augmente le « trafic web » et, bientôt, nous recevrons de l’argent pour annoncer des cours de dépassement de soi, des classes de langues d’elfe, dohtraki, haut valyrio, klingon et na’vi, et, bien sûr, des offres « online » de « Sandales Indiennes Rapide ».

Bon en réalité, et dans la Realidad, tout ça n’est rien d’autre qu’un prétexte pour vous envoyer une accolade et vous dire :

Merci à la bande, aux gens, au crew, au quartier, aux potos, à la fratrie, aux compas, ou comme ils se nomment, qui nous ont donné un coup de pouce, un soutien, un backup, un support et qui, comme on dit aujourd’hui « ont répliqué » le contenu dans leurs pages, tweets, face, et dans les chats les plus proches de leurs cœurs respectifs. Comme il est sûr que cela va de nouveau se passer, bon nous réitérons directement : Merci (s’il vous plaît utilisez la méthode scientifique du « copier – coller » avec ce remerciement car ce ne sera pas la dernière fois).

Depuis la cyber conciergerie, se protégeant avec l’hyper moderne firewall Pozolware 6.9.

Le Sup Galeano, luttant avec le chat-chien pour les droits du copyleft.

(Naaan, c’est pour les pop-corn… et je suis arrivé en premier !)

Mexique, Avril 2015.

 

Du cahier de note du Chat-Chien :

Cherchant qui accuser :

– Hypothèse en mode « Hystérie Modérée » : Sans doute ce furent les reptiliens-millénaire-illuminatis-narcomondialiste-des-partis-électoralistes.

– Hypothèse en mode « Haute Politique Misogyne » : C’était Frank Underwood, mais mal conseillé par Claire… ok, ok, ok, par Petrov alors ?

 

gatp-1-11

 – Rapport du Big Brother, reçu au Pentagone : (Résumé de l’observation dans la « Situation Room » de la « East Wing » de l’Hexagone Zapatiste. Rapport : Système Échelon. 7 avril 2015. 2330 heure zoulou) : « Les opinions sont partagées : quelqu’un a dit que c’était une attaque de notre part -le Pentagone-. Un autre du Kremlin. Un autre du Palais de Buckingham, du Palais d’Hiver, Liverpool ou Sears. Personne de la Tour Eiffel (ce qui les rassure, parce qu’ils étaient inquiets pour leurs compas de Tamerantong).

Quelqu’un amer a signalé qu’il savait bien que la nouvelle saison de Game of Thrones n’apporterait rien de bon. Un personnage indescriptible, ressemblant à un chien… ou à un chat… ou vice versa, a brandi un écriteau sur lequel se lisait : Bientôt sera inaugurée notre section : « spoiler tant qu’à faire ».

Il semblerait qu’ils arrivent à un accord lorsque l’on entend le son d’une marimba accordée. Dans l’audio les voix deviennent chaotiques, confuses et on arrive juste à distinguer un espèce de cri : « Pozol Amer! ». Ce doit être une sorte de signal d’alarme car la « Situation Room » et toute l’aile de ce complexe reste déserte.

(Fin du rapport qui démontre que tout le budget destiné aux travaux d’espionnage est de l’argent jeté en l’air du cyberespace).

-Section: « Il y a un Trending Topic pour le futur » : Suggestion de hashtag solidaires:

#wewantbacklapáginadelezetaeleeneaunqueyanosregistramos

(en franglais : #wewantbacklapagedelezedelenpournousenregistrer)

#lapáginadeenlacezapatistasequedaonlainysilatirannoshaceelparolabanda

(en français : #lapagedeenlacezapatistaresteonlinesivouslajeteznousemprisonnonslabande)

#quelapaginadeenelacezapatistaosealabitacoradelacomisiónsextadelezlnnoseaatacada

(en français : #quelapagedenlacezapatistacestàdirelelivredeborddelacommissionsextadelezlnnesoitpasattaquée)

cybernétiquementparlantpourlecomplotàlamode

 

Je certifie :

(grognements et miaulements).

 

JokerCaricatura1

Les zapatistes attaqués sur le web!

Depuis le mardi 7 avril dans l’après-midi (heure de Paris), le site de Liaison Zapatiste subi une attaque par déni de service. A l’heure où j’écris ces lignes, le site est toujours indisponible.

Par ce post, je me joins à l’élan de solidarité demandé par nos [email protected] du Chiapas de reproduire le texte « La tempête, la sentinelle et le syndrome de la vigie » (ce qui a été fait précédemment), ainsi que les liens pour les pré-inscriptions pour le séminaire « La Pensée Critique face à l’Hydre Capitaliste ».

Vous trouverez tout d’abord une traduction d’un bref communiqué explicatif concernant la cyber-attaque publié sur FaceBook.

Le sⒶp

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Information sur l’attaque cybernétique contre la page de Enlace Zapatista

url

Aux adhérent.e.s de la Sexta.
Aux médias libres.


Information sur l’attaque cybernétique contre la page http://enlacezapatista.ezln.org.mx/
Ce matin, aux alentours de 10h30, est arrivé une attaque ddos (par déni de service).
Ce type d’attaques sont générées par des programmes automatisés lançant des milliers de requêtes simultanées vers le même domaine (l’adresse du site, dans ce cas), provoquant la saturation du serveur et son incapacité à répondre.


L’entreprise qui héberge le serveur nous a informé que l’attaque continuait à être faite depuis une grande quantité d’adresse IP. Quelques-unes des adresses identifiées sont :
• rang 80.78.20.24, du Cameroun
• rang 80.78.20.32 des États Unis
• rang 93.170.11.125, de Russie.


Face à ce type d’attaques, la seule solution est de déconnecter l’équipement.
Pendant que l’équipe technique cherche à résoudre le problème de l’attaque du serveur et étant donné que notre intérêt est que celles et ceux qui veulent assister au séminaire « La Pensée Critique face à l’Hydre Capitaliste » n’en soient pas empêchés.e.s, nous demandons aux adhérent.e.s de la Sexta et aux médias libres qui nous soutiennent de répliquer le texte La Tormenta, el Centinela y el Síndrome del Vigía et de partager les formulaires de pré-inscriptions pour le séminaire.


D’un autre côté, si l’un de vous a une proposition qui nous aide à éviter ce genre de problèmes, nous les remercions de nous filer un coup de main en envoyant leurs idées à l’adresse mail :
[email protected]


L’équipe d’administration du site.
SOURCE : https://www.facebook.com/enlacezapatista?ref=ts&fref=ts
Information envoyée par Radio Pozol : http://www.pozol.org/?p=10480

 

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Pour participer au séminaire « La Pensée Critique face à l’Hydre Capitaliste »:
Adhérent.es. à la SextaFormatoAdherentes
Non Adhérent.e.s à la SextaFormatonoadherentes
Medias Libres: FormatoMediosLibres
Medias à Gages: FormatoMediosdePaga
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La tempête, la Sentinelle et le Syndrome de la vigie

source.

 

Traduction collective (@ValKaracole, @EspoirChiapas, et moi) du communiqué de l’EZLN publié le 1er avril. Vous pouvez donc retrouver cette traduction sur le site d’Espoir Chiapas, ainsi que sur le site de Liaison Zapatiste.

Le sⒶp

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Chèr-e-s ? Ami-e-s et enemi-e-s : euh… bon… c’est que… c’est à dire… vous souvenez-vous qu’à la fin du texte du 19 Mars 2015 « Sur l’Hommage et le Séminaire » nous vous avions mit que l’organisation de ce séminaire était une pagaille ? Eh bien, nous  faisons ce que nous promettions : l’adresse électronique où vous envoyez vos données d’enregistrement est mauvaise, c’est pas ça,  c’est erroné, etc. 
L’adresse correcte est [email protected]
Ok, ok, ok, c’est pour moi. Cordialement: Ma pomme à moi!

La tempête, la Sentinelle et le Syndrome de la vigie.

 

 

 

Avril 2015. 
Aux Companeroas de la Sexta :
Aux Intéressé-es :
En dépit des apparences, ceci est une invitation… ou un défi ?
Si vous êtes adhérents à la Sexta, si vous êtes un média libre, autonome, alternatif, indépendant ou comme vous vous présentez, si vous êtes intéressés par la pensée critique, donc, prenez pour vous cette invitation au Séminaire « La Pensée Critique face à l’Hydre Capitaliste ». Si, en plus d’accepter cette invitation, vous voulez y assister, s’il vous plaît, suivez ce lienhttp://enlacezapatista.ezln.org.mx/registro-al-seminario-de-reflexion-y-analisis-el-pensamiento-critico-frente-a-la-hidra-capitalista/ 
Si vous avez été invitée, invité, invité-e comme intervenant-e, une missive similaire à celle-ci arrivera par le même biais que celui par lequel on vous a contacté. La différence se trouve que dans la carte d’invitation aux intervenant-e-s se trouve une « clause secrète ».
Bien l’invitation est, comme qui dirait, l’enveloppe
Dedans, plus en bas et à gauche, se trouve…

Le Défi.

Oh je sais. Les classiques débuts des réflexions zapatistes: déconcertants, anachroniques, déplacés, absurdes. Comme réticents, comme juste comme ça, comme « on les pose là », comme « là, vous voyez », comme « ça va de soi ». Comme si vous jetiez une pièce de puzzle et que vous espériez qu‘il soit évident que ça ne décrit pas une partie de la réalité, mais qu’ils imaginent l’image complète. Comme si vous regardiez le puzzle déjà terminé, avec ses formes et couleurs parfaites, mais grâce aux bords des pièces visibles, comme en notant que l’ensemble l’est grâce aux parties, et, clairement que chaque partie prend son sens dans sa relation avec les autres.

Comme si la réflexion zapatiste appelle à voir qu’il manque ce qu’il manque, et pas seulement ce qu’il y a, ce qui se perçoit immédiatement.
Un peu comme ce qu’a fait Walter Benjamin avec « l’Angelus Novus » de Paul Klee. En réfléchissant sur la peinture, Benjamin la « complète »: il voit l’ange, mais aussi il voit que l’ange voit, il voit jusqu’à ce qu’il soit frappé par ce qu’il voit, il voit la force qui l’agresse, il voit l’empreinte brutale. Il voit le puzzle complété : 
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Angelus Novus – Paul Klee

« Il y a une peinture de Klee qui s’appelle Angelus Novus. Dans celle-ci on voit un ange qui parait sur le point de s’éloigner de quelque chose qui le paralyse. Ses yeux regardent fixement, il a la bouche ouverte et les ailes étendues; c’est ainsi qu’on peut s’imaginer l’Ange de l’Histoire. Son visage est tourné vers le passé. Où nous percevons une chaîne d’évènements, lui voit une catastrophe unique qui amoncelle ruine sur ruine et les jette à ses pieds. Il voudrait bien rester, réveiller les morts et reconstruire ce qui est en pièce, mais depuis le Paradis souffle un ouragan qui s’enchevêtre dans ses ailes, et qui est tellement fort que l’ange ne peut plus les fermer. Cet ouragan le pousse irrésistiblement vers le futur, auquel il tourne le dos, alors que les débris s’élèvent face à lui jusqu’au ciel. Cet ouragan c’est ce que nous appelons progrès. » (X, « Thèse sur la philosophie de l’histoire »)

Donc c’est comme si nos réflexions étaient un défi, une énigme de Sphinx, un défi de Mr. Bane, un passe-partout dans les mains du Joker alors qu’il demande : « Pour quoi êtesvous si sérieux ? ».
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Comme si le chat-chien, super héros et super vilain, Sherlock et Moriarty, faisait irruption avec une avalanche de questions : que regardons-nous ? pour quoi ? jusqu’à quand ? depuis quand ? dans quel but ? 
C’est comme si nous pensions au monde, interrogeant sa tournure maladroite, débattant de sa course, défiant son histoire, contestant la rationalité de ses évidences.  
C’est comme si, pour un moment à peine, nous étions… 
-*-

La Sentinelle.

 

Vous pouvez voir que, d’habitude, dans une installation militaire il y a des postes en périphérie. On les appelle « Postes d’Observation », « Postes de Garde » ou « Postes de la Vigie ». Le travail de ces postes est de surveiller les alentours et les accès à l’établissement, de façon à savoir ce ou qui approche ou bouge ou reste aux alentours du lieu. Bien, ces postes de surveillance (dans les campements zapatistes on les appelle « le relais », j’en ignore la raison; par exemple, nous disons « t’es de relais à 00h00 », « la relève du relais est à 12h00 », etc.) prévient ou avertit le reste de l’installation, et retient ou détient qui tente de rentrer sans autorisation. Celui qui occupe le poste d’observation c’est le garde, la vigie, la sentinelle. En plus d’observer et d’être attentif à ce qui se passe, la sentinelle est celui qui donne l’alarme en cas d’attaque et face à toute éventualité.
Selon nous, femmes et hommes zapatistes, la réflexion théorique, la pensée critique fait ce travail de sentinelle. Celui qui travaille avec la pensée analytique, c’est son tour de garde au poste de vigie. Je pourrais m’étendre sur la place de ce poste dans le tout, mais pour l’instant il suffit de dire que c’est une partie aussi, rien de plus, mais rien de moins. Je dis ça pour celles, ceux et celleux (ne pas oublier l’égalité de genre et la reconnaissance de la diversité) qui prétendent :
.- Soit être au-dessus et en-dehors du tout, comme quelque chose à part, et se cacher derrière « l’impartialité », « l’objectivité », « la neutralité ». Et qui disent qu’ils analysent et réfléchissent depuis l’asepsie d’un impossible laboratoire matérialisé dans la science, la chaire, la recherche, le livre, le blog, le credo, le dogme, la consigne.
.- Soit qui détournent leur rôle de vigies et s’attribuent celui de nouveau grand-prêtres doctrinaires. Tout en étant à peine des sentinelles, ils se comportent comme s’ils étaient le cerveau dirigeant se changeant en tribunal pénal selon leur convenance. Et depuis là-bas ils ordonnent ce qui doit être fait, ils jugent et absolvent ou condamnent. Bien qu’il faille leur reconnaître que le fait que personne ne leur prête attention, démontrant que la réalité est toujours rebelle, ne les inhibe pas dans leur délire (éthylique, pas peu de fois).
La sentinelle a quelque chose à voir avec le poste de surveillance en question. Mais nous reviendrons là-dessus dans l’une ou l’autre de nos interventions durant le séminaire.
Pour l’instant, il suffit de dire que, accablé, dépassé par la tâche d’observation critique dans un monde trompeusement instantané, lors de son tour de garde, le vigile peut tomber dans…
-*-

Le Syndrome de la Vigie.

 

Bon, en fait il se trouve que la sentinelle « épuise » sa capacité de vigilance après un temps.
Cet « épuisement » (que nous, femmes et hommes zapatistes appelons « le syndrome de la vigie ») consiste, grosso modo, en ce que la personne qui est au poste de surveillance développe, après un temps où il est de garde, une espèce de « perception en boucle » ou « constance de la perception ». C’est-à-dire qu’il reproduit dans sa perception consciente encore et encore la même image, comme si rien ne changeait, ou comme si les changements faisaient partie de la normalité même de l’image. Cela a à voir, je suppose, avec quelque chose de la perception visuelle, mais aussi avec le désir que rien ne vienne altérer la routine. Ainsi, par exemple, le vigile ne souhaite pas qu’un danger survienne, et ce désir il le projette sur ce qu’il surveille. « Tout va bien, il ne va rien arriver de mal », se répète-t-il encore et encore, et ce désir se projette sur son évaluation de la réalité. Son objectif est de pouvoir remettre un rapport de surveillance laconique: « rien de nouveau« .
Ce que je vous explique est le fruit d’une observation empirique, pas d’une étude scientifique. Après des années et des années de vigilance, c’est ce que nous concluons de notre propre (et réduite) expérience. Avec le doute persistant de science ou us et coutumes, nous demandons à quelqu’un s’il en est question en neuroscience. Il nous a dit que le phénomène existe, bien que ne soit pas précisé le mécanisme qui le provoque (avant que vous ne vouliez me mettre en travers de la gorge les différents courants ou positions en psychologie, je précise que la seule chose confirmée c’est que le phénomène est réel, vérifiable). Bon maintenant, pourquoi ça arrive ? bon, voyez vous-même – il serait bon que,  par rapport à ça, vous vous mettiez d’accord sur ce qu’est l’objet de connaissance de la « science » de la psychologie -.
Bon, cette personne nous a expliqué ce qu’est « l’attention sélective » et nous a envoyé un livre de ceux d’avant (c’est-à-dire qu’on comprend ce qui est expliqué). En quelques mots, il s’agit du fait que nous ne portons attention seulement qu’à une petite partie de ce que nous voyons à un moment donné et que nous ignorons le reste. Bon, hé bien ce reste que nous ignorons c’est la « cécité au changement » ou « cécité par inattention ». C’est comme si, en filtrant les parties de l’image que nous voyons, nous devenions aveugles à ce que nous n’avons pas sélectionné comme important.
Pour l’instant nous n’allons pas développer ceci, mais, en résumé, le « syndrome de la sentinelle » consiste en ce que:
a).- Tout n’est pas surveillé, mais juste une partie de ce tout. 
b).- Lorsqu’il se « fatigue », le garde ne perçoit plus les changements qui se présentent dans la zone surveillée parce qu’ils lui sont imperceptibles (c’est-à-dire, ils ne sont pas dignes d’intérêt).
Pour compenser cela, nous utilisons divers moyens :
L’un d’eux c’est la surveillance non directe, la « vision périphérique » ou, en langage courant, « regarder du coin de l’œil ». C’est que le regard indirect permet de détecter les altérations de la routine. Il doit aussi y avoir une explication de cela dans la neuroscience, mais je crois que nous manquons d’études.
Les autres manières de parer à la fatigue de la sentinelle, sont : mettre deux vigiles ou plus couvrant le même point; ou réduire le temps de surveillance et augmenter la fréquence de la relève.
Il peut et il y a d’autres manières pour que la tâche de la sentinelle soit accomplie.
Mais l’important c’est qu’il faut être attentif à tout signal de danger. Il ne s’agit pas alors d’avertir du danger lorsqu’il est déjà là, mais de regarder les indices, les évaluer, les interpréter, en somme, les penser de façon critique.
Par exemple: ces gros nuages à l’horizon, est-ce qu’ils signifient que vient une pluie passagère ? quelle est son intensité ? elle se dirige vers ici ou elle s’éloigne
Ou est-ce quelque chose de plus grand, de plus terrible, de plus destructeur ? S’il en est ainsi, il faudra alerter tout le monde de l’imminence de…

La Tempête.

 

Bon, l’affaire c’est que nous, hommes, femmes, zapatistes, nous voyons et nous entendons que s’approche une catastrophe dans tous les sens du terme, une tempête.
Mais…, il se trouve que nous, femmes, hommes, zapatistes, nous voyons et entendons aussi que des personnes ayant de grandes connaissances disent, parfois en livrant leur parole, toujours avec leur comportement, que tout continue comme avant.
Que ce que nous présente la réalité ne sont que de petites variations qui n’altèrent en rien d’important le paysage.
C’est-à-dire que nous, femmes, hommes, zapatistes, nous voyons une chose, et eux une autre.
Parce que nous voyons que sont toujours utilisées les mêmes méthodes de lutte. On continue avec les marches, réelles ou virtuelles, les élections, les enquêtes, les meetings.  Et, de façon concomitante, surgissent et se développent les nouveaux paramètres du « succès », une espèce d’applaudimètre qui, dans le cas des marches de protestation, est inversé: mieux tu te portes (c’est-à-dire moins tu protestes), plus grand est sont succès. Et des organisations des partis politiques, se font, des plans sont tracés, des stratégies et des tactiques, en faisant de véritables tour d’adresse avec les concepts.
Comme si étaient équivalents État, Gouvernement et Administration.
Comme si l’État était le même, comme s’il avait les mêmes fonctions qu’il y a 20, 40, 100 ans.
Comme si le système était aussi le même et de même les formes de soumissions, de destruction. Ou, pour le dire à la manière de la Sexta: les mêmes formes d’exploitation, répression, discrimination et spoliation.
Comme si en haut le Pouvoir avait maintenu son fonctionnement invarié.
Comme si l’hydre n’avait pas régénéré ses multiples têtes.
Nous pensons donc que chez nous ou chez eux, il y a le « syndrome de la sentinelle ».
Et nous, hommes, femmes, zapatistes, nous regardons du coin de l’œil ces mouvements dans la réalité. Nous portons alors une plus grande attention, nous montons au plus haut de l’arbre fromager pour essayer de voir plus loin, non pas ce qui se passe, mais ce qui vient.
Bon, hé bien ce que nous voyons n’a rien de bon.
Nous voyons qu’arrive quelque chose de terrible, plus destructeur si c’était possible.
Mais d’autres fois nous voyons que celles et ceux qui pensent et analysent ne disent rien de tout ça. Ils continuent de répéter la même chose qu’il y a 20 ans, 40 ans, un siècle.
Et nous voyons que des organisations, des groupes, des collectifs, des personnes, continuent de même, présentant de fausses options excluantes, jugeant et condamnant l’autre, le différent.
Et plus : nous méprisant pour ce que nous disons voir.
Bon alors, vous voyez, nous sommes zapatistes. Et cela veut dire beaucoup de choses, tellement que dans les dictionnaires de votre langue il n’existe pas de mot pour ça.
Mais ça veut aussi dire que nous pensons toujours que nous pouvons nous tromper. Que peut-être tout continue sans changements fondamentaux. Que peut-être le Commandeur continue de commander de la même manière qu’il y a des décennies, des siècles, des millénaires. Qu’il se peut que ce qui vient ne soit rien de grave, mais à peine une décompensation, un réarrangement de ce qui ne vaut même pas la peine.
Donc ou bien aucune pensée, analyse, théorie, ou bien la même chose que toujours.
Alors nous, hommes, femmes, zapatistes, nous pensons que nous devons demander à d’autres, d’autres calendriers, de géographies différentes, ce qu’ils voient.
Je crois que c’est comme quand à un malade on lui dit que oui en effet, c’est très grave, c’est-à-dire qu’il est « foutu », comme on dit ici. Et donc bon, comme on dit, il faut chercher une deuxième opinion.
Nous disons alors que la pensée, la théorie, sont en train d’échouer. Que ce soit la nôtre qui échoue, que ce soient les autres pensées qui échouent. Ou peut-être que ce sont les deux qui échouent.
Bon donc, nous sommes méfiants, méfiantes, bien évidemment. Mais oui nous faisons un peu confiance aux compañeras, compañeros et compañeroas de la Sexta. Mais nous savons bien que le monde est très vaste, qu’il existe des autres qui elles, eux, elleux aussi se dédient à ça, penser, analyser, regarder.
Nous pensons alors que nous avons besoin de penser le monde, et aussi de penser de cette manière chacun son calendrier et sa géographie.
Et nous pensons que ce serait encore mieux si nous faisions maintenant une sorte d’échange de pensées. Pas comme on parle d’échange de marchandises, comme dans le capitalisme, mais comme si nous faisions un marché moi je te dis ce que je pense et toi tu me dis ce que tu penses. Ou comme un réunion de pensées.
Mais nous ne pensons pas alors qu’il s’agit d’une réunion et rien d’autre, mais qu’elle doit être grande, très grande, mondiale dit-on.
Et bon, nous, hommes, femmes, zapatistes, nous ne savons pas grand chose. Enfin peut-être en luttant savons-nous quelque chose de nos compañeroas, compañeras y compañeros de la Sexta.
Nous voyons alors que ces réunions de pensées sont appelées en certains lieux « séminaires », nous croyons que parce que « séminaire » veut dire « pépinière » c’est-à-dire qu’ici se trouvent des graines qui parfois grandissent vite et parfois prennent leur temps. 
Et donc nous disons que nous faisons une pépinière d’idées, d’analyses, de pensées critiques de « où en est actuellement le système capitaliste ».
Alors le séminaire ou pépinière n’est pas un lieu unique ni dans un temps unique. Mais qu’il dure et qu’il est en plein d’endroits.
Et alors, hé bien c’est pour ça que nous disons que c’est disloqué, c’est-à-dire pas tout en un seul lieu, mais en plein de morceaux et en plein d’endroits. Et nous disons que c’est mondial, bon, hé bien parce que dans tous les mondes il y a des pensées critiques, qui se demandent ce qui se passe, pourquoi, quoi faire, comment, et ces choses qui se pensent dans la théorie.
Mais alors, nous pensons, ça commence en un lieu et en un temps.
Alors, hé bien, commence quelque part cette pépinière collective, et ce lieu est un escargot zapatiste. Pourquoi? Et bien parce qu’ici les peuples zapatistes, nous utilisons l’escargot pour alerter et pour appeler le collectif.
Et donc, par exemple, s’il y a un problème de la communauté, ou une affaire à résoudre, hé bien on joue de l’escargot et hop tout le village sait qu’il y a une réunion du collectif pour que la pensée dise sa parole.
Ou pour voir comment faire pour résister.
Nous disons donc que l’escargot est un instrument de la sentinelle. Avec lui il prévient qu’il y a un danger.
Le lieu est donc, hé bien, un escargot zapatiste: le caracol d’Oventik, montagnes du sud-est mexicain, Chiapas, Mexique.
Et la date du commencement c’est le 3 mai. Pourquoi le 3 mai ?
Bon, chez nos peuples c’est le jour des semis, de la fertilité, de la récolte, de la graine. C’est le jour de la Sainte Croix.
Les peuples ont pris l’habitude de planter une croix là où naît la rivière, le ruisseau ou la source qui donne vie au village. C’est comme ça qu’on signale que c’est un lieu sacré. Et c’est sacré parce que c’est l’eau qui donne la vie. Alors le 3 mai c’est le jour pour demander de l’eau pour la semence et la bonne récolte. Les habitants vont alors là où naît l’eau pour lui faire des offrandes. C’est-à-dire qu’en parlant à l’eau, ils lui donnent leurs fleurs, ils lui donnent leur tasse d’atole, leur encens, leur bouillon de poulet sans sel. Chez d’autres peuples ils lui donnent un petit verre de gnôle, mais chez les peuples zapatistes l’alcool est interdit et donc ils donnent à l’eau un rafraîchissement. Le bouillon de poulet qu’on donne à l’eau est sans sel, pour que l’eau ne se dessèche pas. En même temps qu’ils sont dans cette cérémonie d’offrande, ils jouent de la musique et tou-te-s, enfants, jeunes, ancien-ne-s commencent leur danse. Et quand l’offrande prend fin, commence la communion du peuple. Ils répartissent la nourriture qu’ils ont amenée : atole aigre, poulet, haricots, calebasse. Tout ce qui est nourriture, ils le mangent là collectivement, près de la naissance de l’eau. Et quand c’est fini, ils rentrent chez eux. Et alors par une pure allégresse, ils continuent de danser dans le village et ils mangent ensemble et ils prennent un café avec du pain. Il y a aussi des [email protected] zapatistes qui sont maçons, et alors ils le fêtent aussi et ils racontent qu’ils font une croix de n’importe quel bois qu’ils trouvent et qu’ils la posent quand ils commencent la construction. Ils disent que c’est parce que c’est de la responsabilité du travailleur. C’est-à-dire que le travailleur devient ainsi responsable de la construction et que ça lui donne l’envie que ce soit bien, parce que c’est à lui qu’on doit que ce soit bien.
Alors bon voilà vous savez. Là vous voyez. Accepter ou non le défi, à vous de jouer.
Attention : ce qui suit est seulement pour les intervenant-e-s. C’est-à-dire que ça ne sera que sur les invitations formelles que nous envoyons aux intervenant-e-s. Ne le publiez donc pas parce que c’est une…

Clause secrète :

 

Tout ça pour que vous compreniez, comme on dit, le contexte du séminaire. 
Qu’attendons-nous de vous ? 
Eh bien, il faut comprendre que des gens viennent de loin, qui font le sacrifice de leur salaire et leur temps pour venir écouter ce que vous allez exposer. Ils ne viennent pas pour le plaisir, ni parce qu’ils vont gagner quelque chose. Ils ne viennent pas pour la mode ou par ignorance. Ils viennent peut-être parce qu’ils voient les nuages dans leurs horizons, parce que les pluies et les vents les frappent déjà, parce que la famine ne se soucie pas d’essayer de comprendre, parce qu’ils sentent l’orage approcher.
Tout comme nous, hommes, femmes, zapatistes, nous vous respectons, nous vous demandons de respecter ces personnes. Il y aura des infiltré-e-s bizarre, mais la plupart sont nos [email protected]. Ce sont des gens qui vivent et meurent en luttant, personne, à part nous, hommes, femmes, zapatistes, n’en garde la trace. Pour elleux, il n’y a ni musées, ni statues, ni chansons, ni poèmes, et leurs noms ne sont ni sur les rames de métro, ni les rues, ni les quartiers. Ils ne sont personne, c’est sûr. Et ce n’est pas en dépit de cela, mais c’est précisément pour ça que, pour nous, femmes, hommes, zapatistes, ils sont tout.
Ainsi donc, ne vous offensez pas, mais n’apportez pas de slogans, de dogmes, actes de foi, modes; ne répétez pas ce que d’autres ont déjà dit avant ou ailleurs; n’encouragez pas la pensée paresseuse; n’essayez pas d’imposer la pensée dogmatique; ne diffusez pas la pensée mensongère.
Nous vous demandons d’apporter votre parole et qu’elle provoque la pensée, la réflexion, la critique. Nous demandons que vous prépariez votre message, que vous l’aiguisiez, que vous lui donniez du lustre. Qu’avec l’honneur, non du milieu universitaire et de ses pairs, mais de celui qui le reçoit, il soit comme un tremblement ou une gifle, ou un cri. 
La graine qu’appelle ce séminaire ou pépinière nous disions, est celle qui questionne, provoque, encourage, pousse à continuer à penser et à analyser. Une graine pour qu’il y ait d’autres graines qui entendent qu’il faut pousser et fassent à leur manière, en fonction de leur calendrier et de leur géographie.
Oh, oui, nous le savons : cela ne va pas accroître votre prestige, ni votre compte bancaire, ni votre côte de popularité. Mais on verra si vous avez de nouveaux adeptes, disciples, troupeaux.
En effet, le seul signe de réussite ne se verra pas, et ce sera que dans de nombreux endroits, dans d’autres calendriers et diverses zones géographiques, d’autres hommes, d’autres femmes, d’autres autres, défient tout et discutent, débattent, questionnent, critiquent, imaginent, croient.
C’est ce que nous demandons. Seulement ça !
Depuis la conciergerie de la Petite École, accréditée maintenant comme « Office du protocole, de la conception et impression des invitations pour les mariages, les XV ans, les divorces, les baptêmes, les avancements frustrés, les séminaires et autres », en accrochant des enseignes qui disent « Ne te fies pas à aujourd’hui, pas plus que demain » , « Bouées de sauvetage sur demande  » ,  » Prenez votre lorgnette, pirate, barrez-barrez-le-tout-juridique-mon-cher-qu’est-ce-qui-se-passsssssssse » ,  » Dans cet établissement  pas de discrimination fondée sur la myopie ».
Le SupGaleano.
Mexique, avril 2015. 
Hep, hep. Arrêtez votre voiture. L’adresse électronique où vous envoyez vos informations d’enregistrement n’est pas correcte. Elles doivent être envoyées à : [email protected] Pour votre compréhension, merci (que les injures soient à l’amande, elles n’ont pas lieu d’être).
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Solidarité avec les médias libres du Chiapas, du Mexique et du monde

Suite à l’agression dont ont été victimes les camarades des médias libres à San Sebastian Bachajon, Chiapas, notre modeste équipe de traduction – @ValKaracole, @EspoirChiapas et moi – a décidé de ne pas se contenter de traduire mais aussi de proposer un communiqué succinct afin d’exprimer notre solidarité avec toutes celles et tous ceux qui, par leur travail en tant que médias libres (autonomes, alternatifs ou comme ils se nomment), permettent aux expériences locales menées par les peuples qui s’organisent, de briser l’isolement, de nouer des échanges et de créer des solidarités.

Pour en savoir plus au sujet de la lutte menée par le peuple de San Sebastian Bachajon, vous pouvez consulter les articles sur le site d’Espoir Chiapas.

Si vous souhaitez signer cet appel à solidarité, vous pouvez laisser un commentaire ou contacter Espoir Chiapas.

Le sⒶp

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photo @ValKaracole

 

 

Aux médias libres du Chiapas,
Aux adhérent-e-s de la Sexta,
A nos frères et sœurs qui luttent pour proposer une autre information,

Nous avons été informé-e-s qu’au Chiapas, Mexique, nos [email protected], nos frères et sœurs de lutte, travaillant dans les médias libres, de manière bénévole, et accompagnant le mouvement  des peuples organisés en lutte contre l’installation d’un méga projet touristiques et d’une autoroute sur leur terre, ont été agressé-e-s par des groupes armés pro-gouvernementaux sous l’œil bienveillant des forces de l’ordre. L’agression s’est terminée par la rétention illégale de leurs outils de travail : un appareil photo Canon 70D et un téléphone portable contenant de nombreuses informations personnelles.

Cette agression a eu lieu dans un climat d’extrême violence : dans leur rapport, nos collègues journalistes indépendants ont déclaré avoir été menacé-e-s avec une machette sous le cou et sur le ventre pour notre sœur journaliste, et par une machette sur le ventre pour notre frère journaliste.  En tant que médias libres, cela nous rappelle des évènements qui se sont déroulés en France, et plus particulièrement durant la lutte contre la construction du barrage de Sivens au Testet où des journalistes indépendants avaient été menacé-e-s par une milice aux pratiques fascisantes  afin de les empêcher de travailler.

Nous n’acceptons pas et condamnons énergiquement ces actions. Le droit d’informer est universel. Si le fait de prendre des photos et de documenter leurs actions leur pose problème, c’est aux groupes paramilitaires et milices de tous les pays de stopper leurs pratiques illégales. 
LA PEUR DOIT CHANGER DE CAMP !

Loin de nous intimider, nous nous engageons à être plus attentif-ve-s aux futures actions qui se passeront au Chiapas comme ailleurs et à diffuser toutes menaces et agressions qui pourront se dérouler au Mexique et dans le monde entier et nous invitons chaque personne, chaque Être Humain, à devenir témoin chaque fois qu’il le faudra : les médias libres sont là pour recevoir et diffuser leurs témoignages et les protéger.

Nous nous solidarisons avec le travail de nos frères et sœurs des médias libres du Chiapas qui, depuis des années, s’organisent et diffusent « L’Autre Information » de manière exemplaire.

SOLIDARITÉ AVEC LES MÉDIAS LIBRES DU CHIAPAS, DU MEXIQUE ET DE LA TERRE !

Depuis la France, mars 2015.

Liste des signataires (en cours) :

★ Le communiqué est publié là:

https://nantes.indymedia.org/articles/31285
http://www.le-serpent-a-plumes.antifa-net.fr/solidarite-avec-les-medias-libres-du-chiapas-du-mexique-et-du-monde
http://zad.nadir.org/spip.php?article2959
http://forum.anarchiste-revolutionnaire.org/viewtopic.php?t=958&p=196272#p196272
http://www.franceameriquelatine.org/spip.php?article2278
http://www.opa33.org/solidarite-avec-les-medias-libres-du-chiapas.html
http://clap33.over-blog.com/2015/05/solidarite-avec-les-medias-libres-du-chiapas.html
http://atelier.mediaslibres.org/Des-liens-pour-les-medias-libres-8.html
http://www.reporterre.net/Solidarite-avec-les-journalistes