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ET ELLE TREMBLA ! RAPPORT DEPUIS L’ÉPICENTRE…

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Traduction du communiqué du Congrès National Indigène et de l’EZLN, annonçant la formation d’un Conseil Indigène de Gouvernement dont la porte-parole, une femme indigène, sera candidate à l’élection présidentielle mexicaine de 2018. Le communiqué a été publié le 2 janvier 2017, sur le site de Liaison Zapatiste.

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ET ELLE TREMBLA !

RAPPORT DEPUIS L’ÉPICENTRE…

 

Aux Peuples Originaires du Mexique

À la Société Civile du Mexique et du Monde

À la Sexta Nationale et Internationale

Aux Médias de Communication Libres

Frères, sœurs

Le moment des peuples est venu, de semer ce que nous sommes et de nous reconstruire. Le moment est venu de passer à l’offensive et voici l’accord qui se dessine sous nos yeux, dans les individus, dans les communautés, dans les peuples, dans le Congrès National Indigène ; le temps est venu que la dignité gouverne ce pays et ce monde et qu’à son passage fleurisse la démocratie, la liberté et la justice.

Nous annonçons que lors de la deuxième étape du Ve CNI, nous avons minutieusement évalué les résultats de la consultation des peuples que nous sommes, le Congrès National Indigène, qui a eu lieu les mois d’octobre, novembre et décembre 2016, résultats qui de toutes les manières, formes et langues qui nous représentent dans la géographie de ce pays, nous émettons les accords des assemblées communales, des terres collectives, des collectifs, municipales, inter-municipales et régionales, qui une fois de plus nous amène à comprendre et assumer avec dignité et révolte la situation que traverse notre pays, notre monde.

Nous saluons les messages de soutien, d’espoir et de solidarité qu’ont envoyés des intellectuels, des collectifs et des peuples qui reflètent l’espérance face à notre proposition que nous avons nommé « Que Tremble la Terre Jusque dans Ses Entrailles » et que nous avons rendue publique lors de la première étape du Ve CNI, nous saluons également les voix critiques, nombre d’entre elles avec des arguments fondamentalement racistes, qui reflètent une indignation rageuse et le mépris à la pensée qu’une femme indigène prétende non seulement concourir à l’élection présidentielle, mais envisager de changer réellement, depuis en-bas, ce pays endolori.

À eux tous, nous disons qu’en effet tremble la terre et nous avec elle, et que nous prétendons secouer la conscience de la nation, qu’en effet nous prétendons que l’indignation, la résistance et la rébellion figurent sur les bulletins électoraux de 2018, mais que notre intention n’est d’entrer en rien en compétition avec les partis et toute la classe politique qui nous doit encore beaucoup ; chaque mort, chaque disparu, chaque prisonnier, chaque expulsion, chaque répression et tout le mépris. Ne vous méprenez pas sur nous, nous ne prétendons pas rivaliser avec eux parce que nous ne sommes pas les mêmes, nous ne sommes pas leurs discours mensonger et pervers.

Nous somme la parole collective d’en-bas et à gauche, celle qui secoue le monde lorsque la terre tremble avec des épicentres d’autonomie, et qui nous rend si orgueilleusement différents que :

1. Alors que le pays est submergé de peur et de terreur qui naissent des milliers de morts et de disparus, dans les municipalités de la montagne et de la côte du Guerrero, nos peuples ont créé les conditions pour la sécurité et la véritable justice ; à Santa Maria Ostula, Michoacan, le peuple Nahua s’est uni à d’autres communautés indigènes afin de maintenir la sécurité entre les mains des peuples, où l’épicentre de la résistance est l’assemblée communale de Ostula, garante de l’étique d’un mouvement qui a imbibé les municipalités de Aquila, Coahuayana, Chinicuila et Coalcomán. Sur le plateau purépecha la communauté de Cheran a démontré que par l’organisation, en sortant les politiciens de leurs structures du mauvais gouvernement et en exerçant leurs propres formes de sécurité et de gouvernement on peut non seulement construire la justice, mais aussi comme dans d’autres géographies du pays depuis en-bas, depuis la rébellion se reconstruisent de nouveaux pactes sociaux, autonomes et justes, et nous ne cesserons pas de construire depuis en-bas, la vérité et la justice, niée pour les 43 étudiants de l’école normale d’Ayotzinapa, Guerrero, disparus, pour les 3 compagnons étudiants qui ont été assassinés et pour les compagnons blessés, tous par le narco-gouvernement mexicain et ses forces répressives.

Pendant ce temps, les mauvais gouvernements criminalisent la lutte sociale, la résistance et la rébellion, persécutant, traquant, faisant disparaître, emprisonnant et assassinant des hommes et des femmes accomplies qui luttent pour des causes justes.

2. Alors que la destruction gagne tous les coins du pays, sans connaître de limites, éloignant l’appartenance à la terre et au sacré, le peuple Wixarika, avec les comités de défense de la vie et de l’eau de l’altiplano de la région de San Luis Potosi ont démontré que peuvent être défendus un territoire, son environnement et équilibres, en se basant sur la reconnaissance que nous ne formons qu’un avec la nature, avec une vision sacrée qui renouvelle chaque jour les liens ancestraux avec la vie, la terre, le soleil et les ancêtres, incluant 7 municipalités sur le territoire sacré cérémonial de Wirikuta à San Luis Potosi.

3. Alors que les mauvais gouvernements déforment les politiques de l’État en matière éducative en la mettant au service des entreprises capitalistes afin que ça cesse d’être un droit, les peuples originaires créent des écoles primaires, des collèges, des lycées et des universités avec leurs propres systèmes éducatifs, basés sur la protection de note terre mère, la défense du territoire, la production, les sciences, les arts, sur nos langues et bien que la majorité des ces processus se développent sans soutien d’aucun niveau du mauvais gouvernement, ils sont au service de toutes et tous.

4. Alors que les médias de communication à gages, porte-voix de ceux qui prostituent chacun des mots qu’ils répandent et qu’ils trompent les peuples du champ et de la ville en les endormant, faisant passer pour des délinquants ceux qui pensent et défendent ce qui leur appartient et sont toujours présentés comme des méchants, des vandales, des inadaptés. Alors que ceux qui vivent de l’ignorance et de l’aliénation sont présentés comme socialement bons, et ceux qui oppriment, répriment, exploitent et spolient sont toujours les bons, ceux qui méritent d’être respectés et qui gouvernent pour se servir. Et pendant que cela se passe, les peuples ont créé leurs propres médias de communication élaborant diverses formes afin que la conscience ne soit pas occulté par les mensonges que les capitalistes imposent, les utilisant en plus pour renforcer l’organisation d’en-bas, où naît la parole vraie.

5. Alors que la « démocratie » représentative des partis politiques est devenue une façon de moquer la volonté populaire, où les votes s’achètent et se vendent comme une marchandise de plus et se manipulent par la pauvreté dans laquelle les capitalistes maintiennent les sociétés des champs et des villes, les peuples originaires continuent à prendre soin et à renforcer des formes de consensus et des assemblées en tant qu’organes de gouvernement où la voix de toutes et tous deviennent des accords profondément démocratiques, incluant des régions entières à travers des assemblées concernant les accords d’autres assemblées et ceux-ci à leur tour surgissant de la volonté profonde de chaque famille.

6. Alors que les gouvernements imposent leurs décisions bénéficiant à quelques-uns, supplantant la volonté collective des peuples, criminalisant et réprimant ceux qui s’opposent à leurs projets de mort qu’ils imposent sur le sang de nos peuples, comme pour le Nouvel Aéroport de la Ville de Mexico, feignant de consulter pendant qu’ils imposent la mort, nous, peuples originaires, possédons les manières et les formes constante de consultation préalable, libre et informée pour des sujets, grands ou petits.

7. Alors qu’à travers leurs privatisations les mauvais gouvernements remettent la souveraineté énergétique du pays à des intérêts étrangers et que les hausses du prix de l’essence dénoncent le mensonge capitaliste qui trace uniquement des voies inégalitaires, et que la réponse rebelle des peuples indigènes et non-indigènes du Mexique, que les puissants ne pourront ni occulter ni faire taire ; nous, les peuples, faisons front et luttons pour arrêter la destruction de nos territoires par le fracking, les parcs éoliens, les mines, les puits de pétrole, les gazoducs et les oléoducs dans des états tel le Veracruz, le Sonora, le Sinaloa, La Basse Californie, le Morelos, l’Oaxaca, le Yucatan et tout le territoire national.

8. Alors que les mauvais gouvernements imposent une alimentation toxique et transgénique à tous les consommateurs des champs et des villes, les peuples Mayas maintiennent une lutte infatigable afin d’arrêter la culture de transgéniques dans la péninsule du Yucatan et dans tout le pays afin de conserver la richesse génétique ancestrale, qui, en plus, représente notre vie et l’organisation collective et la base de notre spiritualité.

9. Alors que la classe politique ne fait que détruire et promettre, nous, les peuples, construisons non pour gouverner mais pour exister dans l’autonomie et la libre détermination.

Nos résistances et rébellions constituent le pouvoir d’en-bas, elles n’offrent ni promesses ni bons mots, mais des processus réels de transformation radicale où toutes et tous participent et qui sont tangibles dans les diverses et gigantesques géographies indigènes de cette nation. C’est pourquoi en tant que Congrès National Indigène, réuni pour ce Ve Congrès, 43 peuples de ce pays, nous nous sommes ACCORDÉS pour nommer un Conseil Indigène de Gouvernement avec des représentants, hommes et femmes, de chacun des peuples, tribus et nations qui le composent. Et que ce conseil se propose de gouverner ce pays. Et qui aura comme voix une femme indigène du CNI, c’est à dire ayant du sang indigène et une connaissance de sa culture. C’est à dire qui aura comme porte-parole une femme indigène du CNI qui sera candidate indépendante à la présidence du Mexique lors des élections de l’année 2018.

C’est pour ça que le CNI, en tant que Maison de Tous les Peuples, nous sommes les principes qui configure l’étique de notre lutte et dans laquelle tiennent tous les peuples originaires de ce pays, ces principes auxquels se réfèrent le Conseil Indigène de Gouvernement sont :

Obéir et non commander

Représenter et non supplanter

Servir et non se servir

Convaincre et non vaincre

Descendre et non monter

Proposer et non imposer

Construire et non détruire

C’est ce que nous avons inventé et réinventé non par goût, mais comme l’unique forme que nous avons de continuer à exister, c’est à dire ces nouveaux chemins sortis de la mémoire collective de nos propres formes d’organisation, qui sont les produits de la résistance et de la révolte, du faire front chaque jour à la guerre qui n’a jamais cessé et qui n’a jamais pu en finir avec nous. Dans ces formes il n’a pas seulement été possible de tracer la voie pour la reconstitution intégrale des peuples, mais aussi de nouvelles formes plus civilisées, des espoirs collectifs qui deviennent communautaires, municipales, régionales, d’état et qui apportent des réponses précises aux problèmes réels du pays, loin de la classe politique et de sa corruption.

Depuis ce Ve Congrès National Indigène nous appelons les peuples originaires de ce pays, aux collectifs de la Sexta, aux travailleurs et travailleuses, fronts et comités de lutte du champ et des villes, à la communauté étudiante, intellectuelle, artistique et scientifique, à la société civile non organisée et à toutes les personnes de cœur à serrer les rangs et passer à l’offensive, à démonter le pouvoir d’en-haut et nous reconstituer non seulement comme peuple, mais aussi comme pays, depuis en-bas et à gauche, à nous unir en une seule organisation où la dignité sera notre dernier mot et notre première action. Nous vous appelons à nous organiser et arrêter cette guerre, à ne pas avoir peur de nous construire et de nous semer sur les ruines laissées par le capitalisme.

C’est ce que nous demande l’humanité et notre mère qui est la terre, en cela nous découvrons qu’est venu le temps de la dignité rebelle que nous matérialiserons en convoquant une assemblée constitutive du Conseil Indigène de Gouvernement pour le Mexique au mois de Mai 2017 et dès ce moment-là, nous jetterons des ponts aux compañeros et compañeras de la société civile, les médias de communication et les peuples originaires afin de faire trembler la terre jusque dans ses entrailles, vaincre la peur et récupérer ce qui appartient à l’humanité, à la terre et aux peuples, pour la récupération des territoires envahis ou détruits, pour le retour des disparus du pays, pour la liberté de toutes et tous les prisonniers politiques, pour la vérité et la justice pour les assassinés, pour la dignité du champ et de la ville. C’est à dire, n’ayez aucun doute, nous y allons pour tout, après tout nous savons que nous avons face à nous peut-être la dernière chance, en tant que peuples originaires et en tant que société mexicaine, de changer pacifiquement et radicalement nos propres formes de gouvernement, en faisant que la dignité soit l’épicentre d’un monde nouveau.

Depuis Oventik, Territoire Zapatiste, Chiapas, Mexique

Plus Jamais un Mexique Sans Nous

Congrès National Indigène

Armée Zapatiste de Libération Nationale

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Pendant ce temps-là, au Chiapas…

Femmes zapatistes en marche pour l'Autre Camapgne, janvier 2006.

Femmes zapatistes en marche pour l’Autre Camapgne, janvier 2006.

Les zapatistes s’apprêtent à recevoir 82 (confirmés) scientifiques de diverses spécialités et de divers pays pour des ateliers, discussions de vulgarisation, assemblées générales, entre le 25 décembre et le 4 janvier.
Je sais pas vous, mais moi je trouve ça intéressant. Je trouve que c’est, de la part des zapatistes, une nouvelle façon de s’ouvrir. depuis quelques temps les zapatistes annoncent une tempête à venir sur le monde. Plutôt que de se replier sur eux pour résister à la tempête, ils s’ouvrent: petite école zapatiste, soutien au mouvement pour les 43 disparus d’Ayotzinapa, participation à la présidentielle avec le Conseil National Indigène, cette rencontre avec des scientifiques.
Il me semble que cette rencontre pourrait marquer une nouvelle étape dans l’évolution du mouvement zapatiste. Même si je pense que cette évolution était déjà en germe dès les débuts de l’EZLN, ils savent avec intelligence épouser le mouvement, à certains moments, ou au contraire apparaître là où on ne les attend pas. Ils ont su muter, traversant différentes époques, passant de la guérilla de leurs débuts, comme un reliquat des années 70/80 en Amérique Latine, à un mouvement indigène accoucheur de l’altermondialisme au passage du 21e siècle. Ils ont réussi à s’inscrire dans l’éclatement des luttes qui a suivi – je veux ici parler de l’omniprésence aujourd’hui de luttes « catégorielles »: précaires, LGBT, féminisme, antifascisme, etc -, en participant à la renaissance des mouvements indigènes sur le contient américain. Il me semble que rencontrer des scientifiques va plus loin dans l’intrication du zapatisme dans le tissus social. Il ne s’agit plus de rencontrer – comme avec l’Autre Campagne – les gens qui luttent, pas plus qu’il ne s’agit – comme avec la Petite École Zapatiste – de rencontrer celles et ceux qui souhaitent apprendre des zapatistes, mais de rencontrer des scientifiques. C’est à dire une catégorie professionnelle précise. Bien sûr, on peut supposer que les scientifiques qui passeront en 2017 en compagnie des indigènes du Chiapas sont « engagés », ou au moins intéressés par la lutte zapatiste. Il n’empêche que les zapatistes ne choisissent pas d’échanger avec des « politiques », ou des philosophes, des artistes, des travailleurs sociaux. Non, ces paysans indigènes décident de rencontrer des scientifiques. Le mouvement zapatiste veut faire reconnaître les cultures indigènes, tout en cherchant à les ouvrir sur le monde. Dans les cliniques zapatistes les médecines traditionnelles et modernes se côtoient déjà et là ce sont des conceptions du monde, des cosmogonies qui vont dialoguer. Et moi je trouve qu’à une période de l’histoire humaine où bien des groupes se replient autour de leurs cultures, ça fait du bien. Les zapatistes vont là sur un terrain où on ne les attendaient pas forcément. Un peu comme avec leur participation, avec le CNI, à la présidentielle mexicaine.
Avec cette candidature – qu’ils ont impulsé – les zapatistes investissent le terrain politicien qu’ils n’ont de cesse de fustiger. Paradoxal? Pas tant que ça, car il faut bien comprendre que l’EZLN a su tirer des leçons de l’Autre Campagne. Cette initiative – lors de la campagne présidentielle de 2006 – avait fait sillonner le Mexique des luttes au « défunt » Marcos, rebaptisé pour l’occasion « délégué zéro ». Il me semble qu’en choisissant de présenter une candidate indigène à la prochaine élection présidentielle, ils sont passés à une nouvelle étape. Après avoir écouté celles et ceux qui luttent, pour tenter de faire prendre conscience de ce qui relie ces luttes éparses, ils vont certainement utiliser cette campagne pour faire des propositions.
À travers cette candidature, des propositions issues d’un mouvement indigène, ils vont tenter d’agréger celles et ceux, au Mexique, qui ne se reconnaissent plus dans la classe politique dans son ensemble. Cette candidature ne vise pas la victoire, elle vise à utiliser l’ouverture de l’élection à des candidats indépendants pour s’adresser à des mexicainEs qui habituellement ne prêtent pas attention aux indigènes, pour faire parler d’eux, d’elles. Et pour l’instant ça fonctionne. Les semaines qui ont suivi l’annonce de la participation du CNI/EZLN à la campagne, ils avaient créé le buzz. Journaux, éditorialistes, politiciens, parlaient – mal en général – de la future candidature d’une femme, indigène qui plus est, dans ce Mexique où les indigènes sont toujours plus assignés à un folklore profitable au tourisme pour mieux les nier dans leur réalité sociale; où les femmes sont elles aussi exhibées sous forme de clichés pour mieux disparaître sous la domination machiste. Présenter une femme, une indigène c’est un immense éclat de rire, une provocation, une manière de démontrer qu’un candidat, ou une candidate, ne sont intéressant qu’en étant un éclat de voix, un coup de pied dans la fourmilière des représentants autoproclamés des peuples. Ça nous dit qu’unE candidatE est avant tout porteur d’un projet, d’une vision du monde qui n’est pas tant les siens, que ceux que la base place entre ses mains.
Car c’est bien de cela qu’il s’agit, il me semble, pour le CNI/EZLN: inscrire cette démarche électorale dans leur histoire propre, cette histoire qui n’est pas une simple lutte sociale, mais bien une lutte politique au sens noble du terme, c’est à dire d’organisation de la société. Une organisation basée sur les cultures politiques des peuples indigènes, sur leurs traditions, nourrie de leurs rencontres avec tous celles et toutes ceux qui luttent. Car il faut bien avoir en tête, que les peuples indigènes s’auto-organisent. Les zapatistes ont construit leurs cliniques, leurs écoles, forgés leurs propres mode de gouvernance. Ils ont, de ce point de vue, une expérience que peu d’entre nous peuvent se targuer de connaître, en tous cas sur un temps aussi long: l’expérience zapatiste coure maintenant sur sa 4e décennie! Combien d’autres mouvements peuvent en dire autant? Et en même temps, ils ne sont qu’un maillon de la chaîne qu’à imposer la colonisation à leur histoire. La résistance indigène à commencer il y a plus de 500 ans. Ils ne sont donc pas pressés, se permettent d’expérimenter, de se tromper, de recommencer, d’avancer, d’apprendre… dans une démarche finalement assez proche de la méthode scientifique.

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Vous trouverez le communiqué du Sous-Commandant Moisés, concernant l’avancée des préparatifs de la rencontre avec les scientifiques (en espagnol) sur la page de Liaison zapatiste.

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la présidentielle n’aura pas lieu

Poésie des meutes:
collage de slogans, entendus en manif, glanés sur les vitres, les murs, les banderoles.
Murs blancs, peuples muet ! dit-on. Depuis le début du mouvement contre la loi « travaille », le peuple pose ses couleurs sur les façades de ses cellules grises…

 

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À l’assaut du ciel.
Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s’annonce…
Nous sommes le peuple qui manque,
L’être et le néon.
Arrache la joie aux jours qui filent…
Nous sommes l’étoffe dont sont tissés les rêves.
Nous sommes de ceux qui font l’amour l’après-midi,
Nous naissons de partout, nous sommes sans limite!
Le ciel sait que l’on saigne sous nos cagoules contre la loi « travaille » !
Accommodez-vous de nous, ne nous accommodons pas de vous.
Ne nous vouons pas au pouvoir, dévouons-nous à pouvoir !
Donnons du sens à nos actes, ne soyons plus automates !
Et qu’il vienne! Le temps dont on s’éprenne !
Nos nuits sont plus belles que vos jours !
La révolte est notre seule boussole.
Paillettes et barres à mine…
Nos casseurs ont du talent,
Nos vies contre votre béton.
Nos éboueurs ont du talent.
L’enfance est notre seule patrie !
On veut 100 balles et le mois de mars !
On passera en avril quand on le décidera…
Nos banderoles ont de la gueule et des dents !
Si c’est eux qui ont raison, je ne suis pas raisonnable.
Nique les porsches, on veut des faucons millenium !
Si on se jette dehors avec le diable au corps,
c’est qu’on refuse de vivre comme des morts!
Se salarier pour étudier ou étudier pour se salarier?
Je veux vivre de grève si vivre c’est travailler.
Travailleurs de tous pays qui repasse vos chemises?
Nous sommes de celles qui s’organisent :
on ne repassera plus jamais vos chemises !
Notre éducation nous prépare à la soumission.
Arrêtons d’être des copies qu’on forme !
Ne vivons plus comme des esclaves !
On a rien et on en veut encore.
Notre sport préféré: l’émeute!
Organizadons-nous !
Spinozad partout !
Grèce générale !
Occupons tout!
Bloquons tout!
À très vitre…

 

Les banks pillent les états,
l’état ruine le peuple.
caca pipi talisme
Paradis pour les uns,
pas un radis pour les autres…
Une chaîne de télé ça reste une chaîne,
Ouvre les yeux éteins la télé !
Retrait de la loi travail
ou on spoil
Game Of Thrones !
Leurs règles ont toutes une tombe.
Néolibéralisme mange tes morts !
Le travail est en crise, achevons-le!
Ni loi ni travail, de la révolte en pagaille !
La bourgeoisie au RMI, le patronat au RSA.
Le lacrymo gène, le fumi gène… on ne vous dérange pas trop?
Ils ont du sang sur les mains, on a que nos colères et nos poings!
Le travail est la pire des polices… détruisons les 2!
Que fait la police? Ça crève les yeux!
Qui sème le gaz récolte le pavé.
Arrêtez de nous arrêter!
Embrasons la police…
Tout le monde déteste la police.

 

1789 les casseurs prennent la Bastille !
Une pensée aux familles des vitrines…
Dites-le avec des pavés !
acabadabra nous revoilà!
Je pense donc je casse,
L’émeute reforme la meute,
Nous sommes un peuple de casseur-cueilleurs!
Agir en primitif, prévoir en stratège…
kass kass bank bank !
Blackbloquons tout !
Paris est une fête…
Paris soulève-toi avec rage et joie !
Sans pétrole la fête est plus folle.
Paris, on nasse très fort à vous,
Pour l’unité il faut des ennemis communs.
Il est grand temps de rallumer les molotov.
Si en mai il n’y avait pas eu de pluie, le feu aurait déjà pris.
Il pleut des perles d’espoir ! 50 nuances de bris.
La liberté se prend comme se donne la vie…
avec violence et dans le bruit !
L’action est la sœur du rêve.
Et si le casseur, c’était ta sœur ?
Mort au symbolique, vive le réel.
Rêve général!
Ceux qui rêvent sans agir, cultivent le cauchemar…
Si vous nous empêchez de rêver, nous vous empêcherons de dormir.
C’est pas la manif qui déborde, c’est le débordement qui manifeste!
Deux émeutes par semaines, oh mon dieu qu’elles sont belles!
On n’entre pas dans un monde meilleur sans effraction !
Valls prend ton temps on s’amuse énormément.
Quand le gouvernement ment, la rue, rue…
Le vrai désordre c’est l’injustice.
En cas de 49.3 brisez la vitre!
Ça passe et ça casse!
Jusqu’ici tout va bien,
c’qui compte c’est pas la loi travail,
c’est l’insurrection qui vient!
La barricade ferme la rue mais ouvre la voie !
Il est l’heure de destituer le gouvernement,
Dernière sommation avant l’insurrection.
En cendres tout devient possible!
Pour la suite du monde
Demain est annulé !
Le monde ou rien,
Demain c’est plus très loin !
L’avenir ne nous dit rien et c’est réciproque…
La fin d’un monde s’annonce par des signes contradictoires.
Renverser l’irréversible et rendre l’éphémère permanent.
Une autre fin du monde est possible ;
Quand tout s’arrête, tout commence.
Demain s’ouvre au pied de biche.
Dans saboter il y a beauté.
Sans vous la vie est belle.
Tout bloquer devient vital !
Soyons ingouvernable!
Continuons le début !
Vainqueurs par chaos !
À ceux qui se soulèvent tôt…
2017, les urnes en miettes !
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Paroles de la Commandante Miriam de l’EZLN

source.

Traduction collective de l’intervention de la Commandante Miriam de l’EZLN au séminaire zapatiste « La Pensée Critique face à l’Hydre Capitaliste » publiée le 6 mai sur le site de liaison zapatiste. Vous pouvez donc retrouver cette traduction sur le site d’Espoir Chiapas, ainsi que sur le site de Liaison Zapatiste.

Photos: ValK

Le sⒶp

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Participation des compañeras zapatistas. 
Séminaire « La pensée Critique face à l’Hydre Capitaliste », 
6 mai 2015
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Parole aux femmes pendant le séminaire zapatiste

Commandante Miriam
Bonsoir compañeras et compañeros.
C’est à mon tour de vous parler un peu de comment était la situation des femmes avant 1994.
Depuis l’arrivée des conquistadors, nous avons souffert la triste situation des femmes. Ils nous ont volé nos terres, ils nous ont enlevé notre langue, notre culture. C’est comme ça qu’est arrivée la domination du caciquisme, des propriétaires terriens, et que sont arrivées la triple exploitation, l’humiliation, la discrimination, la marginalisation, la maltraitance, l’inégalité.
Parce que ces sales patrons nous traitaient comme si nous leur appartenions, ils nous envoyaient faire tout le travail dans les haciendas, sans considérer si nous avions enfants, maris ou si nous étions malades. Ils ne nous demandaient pas si nous étions malades. Si nous n’arrivions pas au travail, ils envoyaient leur garçon de ferme ou leur esclave laisser le maïs devant la cuisine pour que nous leur préparions leurs tortillas.
Et ainsi, pendant longtemps, nous avons travaillé dans la propriété du patron. Nous moulions le sel parce que le sel n’était pas comme nous le connaissons maintenant, le sel qu’on achète tout fin, le sel qu’ils utilisaient avant était gros, il faisait de grosses boules et c’était les femmes qui devaient le moudre ; et ils arrivaient pour faire moudre le sel pour le bétail, pour enlever la peau des grains de café quand c’était l’époque de la récolte du café. Si vous entrez à six heures du matin, vous sortez à cinq heures du soir. Toute la journée, la femme doit s’occuper de tous les sacs de café qu’on lui donne à faire.
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« Ils nous vendaient comme si nous étions de la marchandise, pendant tout le temps qu’a duré l’acasillamiento, il n’y a pas eu de répit pour nous les femmes. »

C’est comme ça que travaillaient les femmes. C’est comme ça qu’elles ont travaillé, maltraitées, à chercher l’eau, et la misère, c’est-à-dire ils lui donnent une misérable paye, ils leur donnent juste une petite poignée de sel ou une petite poignée de café moulu, c’est la paye qu’ils donnent aux femmes.
Et ainsi sont passées des années durant lesquelles les femmes souffraient, et quand parfois nos enfants pleuraient et que nous leur donnions le sein, ils nous criaient dessus, ils se moquaient de nous, nous insultaient physiquement, ils nous disaient que nous ne savions rien, que nous étions inutiles, que nous étions un poids pour eux. Ils ne nous respectaient pas, ils nous traitaient comme si nous étions des objets.
Eux, ils font ce qu’ils veulent aux femmes, ils choisissent les femmes jolies ou les jeunes filles jolies pour qu’elles soient leur maîtresse et abandonnent leurs enfants n’importe où, ça leur est égal que les femmes souffrent, ils les traitent comme si c’était des animaux avec des enfants qui grandissent sans père.
Ils nous vendaient comme si nous étions de la marchandise, pendant tout le temps qu’a duré l’acasillamiento, il n’y a pas eu de répit pour nous les femmes.
Je vais vous parler un peu de l’acasillamiento. L’acasillamiento, c’est quand ils arrivent dans les haciendas ou les fermes, qu’ils arrivent avec toute la famille, et qu’ils y restent, et qu’ils travaillent pour le patron parce que ce sont les hommes qui sèment le café, qui le nettoient, qui le récoltent, ils doivent aussi nettoyer les enclos, semer le fourrage, tout ça, travailler le champs de maïs, la culture des haricots, mais tout ça pour le patron ; c’est le travail que font les hommes.
Mais il y a en plus autre chose dont je peux vous parler, quelque chose comme l’acasillamiento, en plus, il y a ceux qu’on appelle domestiques ou esclaves, qui de toute façon vont rester pour toujours dans l’exploitation, des femmes et des hommes. Mais ces hommes et ces femmes qui sont esclaves ou domestiques, qui restent dans l’exploitation, sont des hommes et des femmes qui parfois n’ont pas de famille. Une famille arrive à l’exploitation juste pour travailler et parfois le papa, la maman tombent malades et ils meurent, et les enfants orphelins restent et le patron prend ces enfants et ils grandissent là, dans l’hacienda. Et que font ces enfants ? Parce qu’il ne les garde pas comme fils adoptifs mais comme esclaves. Ces enfants grandissent et il leur donne du travail, si le patron à des animaux de compagnie, enfin, il a des animaux de compagnie, que ce soit un chien, un singe, ou n’importe quelle sorte d’animal, il les confie à son domestique et il doit s’en occuper. Où va le singe, le domestique doit aller, il doit s’en occuper, il doit le laver, il doit nettoyer l’endroit où il dort, c’est comme ça que ça se passe.
Et ensuite, quand le patron faisait une fête, autrefois les curés venaient dans les grandes haciendas et ils baptisaient leurs enfants, ou célébraient leurs anniversaires, ou le mariage de leurs filles, ce sont les curés qui les mariaient. Et puis ensuite ils font des repas tous ensemble et ces rats demandaient de garder la porte pendant qu’eux faisaient la fête, célébrant entre compadres, entre amis, tout ça, pendant que le domestique garde la porte, il ne laisse même pas rentrer un chien là où ils festoient. Il doit y être toute la journée, tout le temps que dure la fête du patron.
Et les femmes esclaves ce sont elles qui préparent à manger, qui lavent la vaisselle, qui s’occupent de l’enfant du patron ou qui s’occupent des enfants de ses convives.
C’est comme ça que vivent les gens dans les haciendas, et il ne faut pas croire qu’il leur donne de ce qu’il y a à manger à la fête, ils ont du pozol s’il y a du pozol, des haricots s’il y a des haricots, ce qu’ils ont l’habitude de manger pendant que les patrons mangent de bonnes choses, mais seulement avec leurs amis.
Et ensuite, quand le patron veut aller en ville, de son hacienda à la ville il faut marcher pendant 6 jours, et le domestique le suit, ou si les patrons ont des enfants qui parfois sont invalides, le domestique doit porter l’enfant du patron jusqu’à la ville. Et si la patronne veut retourner à son hacienda, le domestique doit retourner jusque là-bas et de nouveau porter son enfant.
Et c’est comme pour la récolte du café avec tout ce qu’ils cultivent dans l’hacienda, et ce même domestique doit être attentif aux mules, avec les mâles, je ne sais pas si vous vous y connaissez en chevaux, ils doivent seller, desseller le cheval du patron, garder le bétail et apporter le chargement jusqu’à la ville où vit le patron. S’il vit à Comitán, les domestiques doivent aller jusqu’à Comitán, ils partent de l’hacienda et ils doivent y aller parce qu’on leur a dit qu’ils étaient muletiers. Et c’est ainsi qu’à cette époque ont souffert beaucoup d’hommes et de femmes esclaves.
S’il y a des arbres fruitiers dans l’hacienda, s’ils grimpent dedans pour cueillir des fruits, ils ne les laissent pas les cueillir, ils les font descendre à coup de fouet, je ne sais pas si vous imaginez, à coup de fouet, ils le frappent. Le domestique n’a pas le droit de cueillir des fruits sans la permission du patron parce que tout ce qu’il récolte, il doit l’emmener à la ville. C’est ainsi qu’ont souffert les hommes et les femmes.
Après tant de souffrances des femmes ou tant d’exploitation de l’acasillamiento, les hommes se sont rendus compte de comment ils maltraitaient leurs femmes. Certains ont pensé qu’il valait mieux partir de l’hacienda en acasillamiento. Un par un, ils sont partis et ils se sont réfugiés dans les montagnes parce qu’il y avait toujours les collines, les propriétaires terriens ne s’étaient pas accaparés les collines, ils les avaient laissées, et c’est là-bas qu’ils se sont réfugiés.
Après que certains soient partis dans les montagnes, il est passé un certain temps et ils se sont rendu compte qu’il valait mieux se rassembler et former une communauté, c’est alors que d’autres ont recommencé à gagner les montagnes. Ils se sont rassemblés, ils ont discuté et ils ont formé une communauté dans laquelle ils pouvaient vivre. C’est comme ça qu’ils ont formé la communauté.
Mais une fois installés dans les communautés, comme le patron, ou autrement dit comme l’acasillado a une autre vision, les hommes, comme ils ont travaillés avec le patron, ils sont chargés de mauvaises idées, et ils les appliquent à la maison, comme des petits chefs. Ce n’est pas vrai que les femmes se sont libérées, ce sont les hommes qui sont devenus les petits chefs de la maison.
Et une fois de plus, les femmes ont du rester à la maison comme si c’était une prison, pour que les femmes ne sortent pas une nouvelles fois, elles se sont trouvées enfermées à nouveau.
Dès la naissance, nous ne sommes pas les bienvenues dans ce monde parce que nous sommes des femmes, parce que c’est une petite fille qui est née, on ne nous aime pas. Mais si c’est un garçon qui naît, les hommes font la fête, ils sont content parce que c’est un garçon. En fait, ils ont une mauvaise habitude qu’ils tiennent des patrons. Une habitude qui dure depuis tant de temps. Et après, quand les femmes naissent, on les considère comme inutiles par contre, si c’est un garçon, lui il va pouvoir travailler.
Mais la bonne chose, celle qu’ils ont faite, c’est qu’ils ne se sont pas séparés et qu’ils ont formé la communauté, ils ont commencé à nommer des représentants de la communauté et ils ont commencé à faire de réunions, ils ont passé du temps ensemble. Ce qui est bien, c’est qu’ils n’ont pas laissé tomber cette idée, ils ne l’ont pas laissée tomber, au contraire, ils l’ont encouragée. Les patrons et la conquête ont voulu faire disparaître leur culture, mais ils n’ont pas réussi car les communautés se sont formées.
Mais les hommes sont ceux qui dirigent à la maison, et les femmes sont celles qui obéissent aux ordres. Et s’il te dit que tu vas te marier, tu vas te marier, c’est-à-dire qu’on ne va pas te demander si tu veux te marier, ou pas, avec l’homme qui vient te demander, parce que le papa a déjà bu « le coup », autrement dit, avant, il a déjà bu le verre qui t’oblige à partir avec l’homme que tu ne veux pas.
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« Dès la naissance, nous ne sommes pas les bienvenues dans ce monde parce que nous sommes des femmes (…) »

C’est ainsi que nous souffrons ensuite avec nos époux parce qu’ils disent que les femmes ne servent qu’à faire la cuisine, qu’elles ne servent qu’à servir leur mari et s’occuper des enfants. Et comme les hommes ne prennent même pas leurs enfants dans leurs bras, autrement dit, ils n’aident pas les femmes, il te donne juste un enfant, après ça lui est égal comment tu vas t’en occuper. Et comme on dit parfois nous les femmes -je vais vous dire vraiment ce qu’il s’est passé pendant des années- chaque année il naît un bébé, chaque année et demie il naît un bébé, en fait les enfants grandissent en se suivant, un an ou un an et demi plus tard il y en a déjà un autre, comme ça, comme de petites échelles, ils grandissent. Mais le papa ne se préoccupe pas de si la femme souffre parce qu’elle doit aller chercher du bois, parce qu’elle doit cultiver le champ de maïs, parce qu’elle doit nettoyer la maison, balayer, s’occuper des animaux, laver le linge, s’occuper des enfants, changer les couches, tout ça, tout ça c’est le travail des femmes.
C’est pour ça que nous disons que nous souffrons la triple exploitation de la femme, parce que la femme doit être dès trois ou quatre heures du matin à la cuisine, selon combien d’heures l’homme met pour se rendre travail, il faut qu’elles se lèvent tôt pour préparer le pozol, le café, le petit-déjeuner de l’homme. L’homme part travailler, il revient dans l’après-midi, il veut que la réserve d’eau soit pleine, que son bain soit prêt ; l’homme se douche, il part se promener et jouer, la femme doit rester de nouveau toute la journée à la maison, en attendant la nuit puisqu’elle n’a toujours pas pu se reposer, à huit heures elle peut aller se coucher.
Et c’est comme ça que nous avons beaucoup souffert. L’homme ne s’inquiète pas de si tu es malade, de comment tu te sens, il ne te le demande pas. C’est comme ça que ça s’est passé. C’est comme ça qu’elles vivaient en réalité, ainsi ont vécu les femmes, nous ne mentons pas parce que nous savons ce qu’elles l’ont vécu.
Et aussi quand ils vont à l’église ou dans un centre de cérémonie où ils font la fête, les femmes aussi y vont, parfois, mais en se cachant le visage. C’est-à-dire que tu ne dois pas lever la tête, tu dois marcher comme ça, à genoux, sans regarder autour de toi, en te couvrant la tête comme ça avec ton châle, pour que ton visage se voie juste comme cela.
Et pendant longtemps l’homme a traîné ces mauvaises idées, ces mauvais apprentissages. C’est comme ça que ça s’est passé compañeros. Comme si nous n’étions rien. Comme si seuls les hommes pouvaient avoir l’autorité, comme si seuls eux pouvaient sortir dans les rues et participer à la vie de la communauté.
Il n’y avait pas d’école. Puis, dans certaines communautés, il y a eu des écoles mais nous n’y sommes pas allées non plus car nous sommes des femmes, ils ne nous laissent pas aller à l’école parce qu’ils disent que nous n’y allons que pour chercher un mari, et qu’il vaut mieux qu’on apprenne à travailler à la cuisine puisque de toute façon nous allons avoir un mari et qu’il faut donc tout apprendre pour pouvoir le servir.
Et quand il nous frappe, quand notre époux nous insulte, on ne peut pas se plaindre. Et si on demande de l’aide aux institutions du mauvais gouvernement, c’est pire, parce qu’ils soutiennent les hommes, ils leur donnent raison et nous, nous restons muettes, humiliées, honteuses d’être femme.
Nous n’avions pas le droit de participer aux réunions parce qu’ils disent que nous sommes idiotes, inutiles, que nous ne servons à rien. Ils nous laissaient à la maison. Nous n’avions aucune liberté.
Et personne ne s’occupait de la santé bien qu’il y avait des cliniques, des hôpitaux du mauvais gouvernement, en fait on ne s’occupait pas de nous parce que nous ne parlions pas l’espagnol et nous retournions chez nous et souvent beaucoup de femmes et d’enfants mourraient de maladies guérissables parce que de toute façon nous ne sommes rien pour eux, ils nous discriminent parce que nous sommes indigènes, ils nous disent que nous sommes des indiens va-nu-pieds, qu’on ne peut pas entrer ni dans les cliniques, ni dans les hôpitaux, ils ne nous le permettent pas, ils ne s’occupent que des gens qui ont de l’argent.
Tout ça nous l’avons souffert en personne pendant des années, nous n’avons jamais eu l’opportunité de dire ce que nous ressentions, à cause des enseignements des conquistadors et des mauvais gouvernements.
C’est tout, compañeros. L’autre compañera continue.

Programme du Séminaire zapatiste « La pensée critique face à l’hydre capitaliste »

source.

 

Traduction du communiqué de l’EZLN, diffusé le 30 avril sur le site de Liaison Zapatiste. Cette traduction a été faite par @EspoirChiapas. Vous pouvez retrouver cette traduction sur le site d’Espoir Chiapas et sur le site de Liaison Zapatiste.

Le sⒶp

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ARMÉE ZAPATISTE DE LIBÉRATION NATIONALE.

MEXIQUE.

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PROGRAMME ET AUTRES INFORMATION SUR L’HOMMAGE ET LE SÉMINAIRE.
29 avril 2015.
Compas:
Je vous donne les dernières informations sur la célébration en hommage aux Compas Luis Villoro Toranzo et le Maître Zapatiste Galeano, la journée du 2 mai 2015 et du séminaire qui se célébrera du 3 au 9 mai 2015.
Premièrement.- Un groupe d’artiste graphiques participera aussi au Séminaire « La Pensée Critique face à l’hydre Capitaliste » avec une exposition intitulée « Signes et Signaux » avec une œuvre artistique propre et spécialement créée pour cette exposition participent:
Antonio Gritón
Antonio Ramírez
Beatriz Canfield
Carolina Kerlow
César Martínez
Cisco Jiménez
Demián Flores
Domi
Eduardo Abaroa
Efraín Herrera
Emiliano Ortega Rousset
Felipe Eherenberg
Gabriel Macotela
Gabriela Gutiérrez Ovalle
Gustavo Monroy
Héctor Quiñones
Jacobo Ramírez
Johannes Lara
Joselyn Nieto
Julián Madero
Marisa Cornejo
Mauricio Gómez Morín
Néstor Quiñones
Oscar Ratto
Vicente Rojo
Vicente Rojo Cama
La présentation de l’exposition sera le matin du 4 mai 2015 au CIDECI.
Deuxièmement:
– Nous vous donnons le programme des activités et participations pour le séminaire. Il pourra y avoir quelques changements (attention: tous les horaires sont à l’heure nationale).
HOMMAGE:
Samedi 2 mai. Caracol de Oventik. 12:30 hrs.
Hommage aux compañeros Luis Villoro Toranzo et Maestro Zapatiste Galeano.
Participent:
Pablo González Casanova (un écrit).
Adolfo Gilly.
Fernanda Navarro.
Juan Villoro.
Mère, Père épouse et fil-le-s du compañero maestro Galeano.
Compañeros et compañeras de lutte du compañero maestro Galeano.
Comandancia General – Comisión Sexta del EZLN.
Note: La journée du 2 mai on autorisera l’accès au caracol avant 12:30. Quand arrivera l’heure, nous vous demanderons de vous installer à l’extérieur, pour la cérémonie de réception des familles des « hommagés et invité-e-s d’honneur, et que tou-t-e-s entrés derrière eux au lieu précis de l’hommage. En terminant l’acte, vous devrez vous retirer tou-t-e-s parceque le caracol sera occupé dans sa totalité par les compañeras et compañeros bases d’appui zapatiste. Vous ne pourrez pas rester passer la nuit dans le caracol. On calcule que l’hommage se terminera au plus tard entre 16:00hrs et 17:00hrs de façon à ce que vous puissiez rentrer en sécurité et confort à San Cristobal de Las Casas.
SÉMINAIRE « LA PENSÉE CRITIQUE FACE A L’HYDRE CAPITALISTE »
Dimanche 3 mai. Caracol de Oventikl 10:00-14:00. On vous demande d’arriver un peu avant cette heure.
Inauguration à la charge de la Comandancia Générale de l’EZLN.
Don Mario González et Doña Hilda Hernández (video).
Doña Bertha Nava et Don Tomás Ramírez.
Participation de la Commission Sexta de l’EZLN.
Juan Villoro.
Adolfo Gilly.
Participation de la Commission Sexta de l’EZLN.
Transfert aux installations du CIDECI à  San Cristóbal de Las Casas, Chiapas, à partir de 14:00 hrs.
Dimanche 3 mai. CIDECI. 18:00-21:00.
Sergio Rodríguez Lazcano.
Luis Lozano Arredondo.
Rosa Albina Garavito.
Participation de la Comissión Sexta de l’EZLN.
Lundi 4 mai. CIDECI. 10:00 a 14:00.
María O’Higgins.
Oscar Chávez (enregistrement).
Guillermo Velázquez (enregistrement).
Antonio Gritón. Présentation de l’Exposition Graphique “L’Hydre Capitaliste ».
Efraín Herrera.
Participation de la Commission Sexta de l’EZLN.
Lundi 4 mai. CIDECI. 17:00 a 21:00.
Eduardo Almeida.
Vilma Almendra.
María Eugenia Sánchez.
Alicia Castellanos.
Greg Ruggiero (écrit).
Participation de la Commission Sexta de l’EZLN.
Mardi 5 mai, CIDECI. 10:00 a 14:00.
Jerónimo Díaz.
Rubén Trejo.
Cati Marielle.
Álvaro Salgado.
Elena Álvarez-Buylla.
Participation de la Commission Sexta de l’EZLN.
Mardi 5 mai. CIDECI. 17:00 a 21:00.
Pablo Reyna.
Malú Huacuja del Toro (écrit).
Javier Hernández Alpízar.
Tamerantong (video).
Ana Lidya Flores.
Participation de la Commission Sexta de l’EZLN.
Mercredi 6 mai. CIDECI. 10:00 a 14:00.
Gilberto López y Rivas.
Immanuel Wallerstein (écrit).
Michael Lowy (écrit).
Salvador Castañeda O´Connor.
Pablo González Casanova (écrit).
Participation de la Commission Sexta de l’EZLN.
Mercredi 6 mai. CIDECI. 17:00 a 21:00.
Karla Quiñonez (écrit).
Mariana Favela.
Silvia Federici (écrit).
Márgara Millán.
Sylvia Marcos.
Havin Güneser, du Kurdish Freedom Movement.
Participation de la Commission Sexta de l’EZLN.
Jeudi 7 mai, CIDECI. 10:00 a 14:00.
Juan Wahren.
Arturo Anguiano.
Paulina Fernández.
Marcos Roitman (écrit).
Participation de la Commission Sexta del EZLN.
Jeudi 7 mai, CIDECI. 17:00 a 21:00.
Daniel Inclán.
Manuel Rozental.
Abdullah Öcalan, du Kurdish Freedom Movement (participation écrite).
John Holloway.
Gustavo Esteva.
Sergio Tischler.
Participation de la Commission Sexta de l’EZLN.
Vendredi 8 mai. CIDECI. 10:00 a 14:00.
Philippe Corcuff (video).
Donovan Hernández.
Jorge Alonso.
Raúl Zibechi.
Carlos Aguirre Rojas.
Participation de la Commission Sexta de l’EZLN.
Vendredi 8 mai. CIDECI. 17:00 a 21:00.
Carlos González.
Hugo Blanco (video).
Xuno López.
Juan Carlos Mijangos.
Óscar Olivera (video).
Participation de la Commission Sexta del EZLN.
Samedi 9 mai. CIDECI. 10:00 a 14:00.
Jean Robert.
Jérôme Baschet.
John Berger (escrito).
Fernanda Navarro.
Participation de la Commission Sexta de l’EZLN.
Clôture…
Troisièmement.
– Jusqu’au 29 avril 2015 nous avons confirmé l’inscription de 1 528 personnes. Parmi elles: 764 disent être adhérentes à la Sexta, 693 disent ne pas être adhérentes, 117 disent être des médias libres autonomes alternatifs ou comme ils s’appellent, et 8 collaborent avec les médias commerciaux.
Quatrièmement.
– Ceux qui n’arrivent pas à s’enregistrer pour la journée du 2 mai 2015, pourront le faire directement au CIDECI à San Cristobal de Las Casas, Chiapas.
C’est tout pour l’instant.
Bon voyage.
Depuis la conciergerie.
SupGaleano.
Avril 2015.
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LA CONSTRUCTION LA PLUS CHÈRE DU MONDE

source.

 

Traduction collective (@ValKaracole, @EspoirChiapas, et moi) du communiqué Gracias III, publié sur le site de Liaison Zapatiste le 5 mars.

Vous pouvez donc retrouver cette traduction sur le site d’Espoir Chiapas, ainsi que sur le site de Liaison Zapatiste.

Le sⒶp

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MERCI III.

LA CONSTRUCTION LA PLUS CHÈRE DU MONDE.

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Sous-commandant Insurgé Moisés.   Sous-commandant Insurgé Galeano.

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Février-Mars 2015.

La veille. Au petit matin. Le froid mord sous les vêtements des ombres. Sur la table qui, solitaire, meuble la baraque (qui n’a aucun panneau, mais on sait que maintenant c’est le quartier général du commandement zapatiste) se trouve le papier froissé avec des lettres manuscrites où l’on trouve les détails de la construction de l’école-clinique dans La Realidad zapatiste. La voix résume les regards, les silences, la fumée, les rages :

Bon, les comptes ne sont pas du tout justes ! La vie de n’importe quel zapatiste vaut plus que la maison blanche de Pena Nieto et que toutes les maisons des riches du monde réunies. Ni tout l’argent que cela coûte de faire les grands édifices où les puissants se cachent pour réaliser leurs vols et leurs crimes n’arriverait à payer une seule goutte de sang indigène zapatiste. C’est pour cela que nous avons le sentiment que cette construction est la plus chère qu’il y ait dans le monde.

Ainsi, nous devons le dire clairement, ce qui n’apparaît pas dans les comptes d’argent, c’est le sang du Compagnon Galeano. Tous les papiers de l’histoire du monde ne suffiraient pas à écrire ces comptes.

Et donc, qu’ainsi vous le mettiez quand dans vos listes, dans les médias de communication, vous mettez qui est le plus riche, où est le plus pauvre. Car le riche a un nom et prénom, sa lignée son pedigree. Mais le pauvre a seulement une géographie et un calendrier. Mettez-le donc que la construction la plus chère de toute la planète est à La Realidad Zapatiste, Chiapas, Mexique. Et que les filles et les garçons indigènes zapatistes assistent à l’école la plus chère du monde. Et que les hommes, femmes, filles, garçons, anciens, anciennes, indigènes zapatistes, mexicaines et mexicains, lorsque l’on tombe malade à la Realidad, ils se font soigner dans la clinique la plus chère de la Terre.

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Mais l’unique façon de rendre des comptes justes c’est de lutter pour détruire le système capitaliste. Ne pas le changer. Ne pas l’améliorer. Ne pas le rendre plus humain, moins cruel, moins meurtrier. Non. Le détruite totalement. Annihiler toutes et chacune des têtes de l’Hydre.

Et malgré tout, en manquerait, puisqu’ici nous voulons lever quelque chose de nouveau et de bien mieux : construire un autre système, un sans maîtres ni patrons, sans autoritarisme, sans injustice, sans exploitation, sans mépris, sans répression, sans expulsion. Un système sans violence contre les femmes, les enfants, les différents. Un système où le travail est payé à sa juste valeur. Un système où ne règne pas l’ignorance. Un système où la faim et la mort violente seraient de mauvais souvenirs. Un système où personne n’est en haut parce que d’autres sont en bas. Un système raisonnable. Un système bien meilleur.

Alors, et alors seulement, nous hommes et femmes zapatistes pourrons dire que le compte est bon.

 

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Merci beaucoup aux autres, hommes, femmes, filles, garçons, anciennes et anciens, groupes, collectifs, organisations et comme on dit de la Sexta et pas de la Sexta, du Mexique et du monde, pour l’appui que vous nous avez donné. Cette clinique et école est aussi la vôtre.

Du coup, vous savez que vous avez une clinique de santé autonome et une école autonome à La Realidad zapatiste.

Nous savons pour l’heure que vous êtes un peu loin, mais on ne sait jamais, le monde est rond, il tourne et il peut advenir, peut-être, qui sait … que quelqu’un, un matin, comprenne que, c’est ça lutter pour que les comptes soient justes, et ainsi rentrer dans ses comptes.

 

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Depuis les montagnes du sud-est Mexicain

Sous-commandant Insurgé Moisés.        Sous-commandant Insurgé Galeano.

La Realidad Zapatiste, Chiapas, Mexique.

Mars 2015.

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SECTION « DU CAHIER DE NOTES DU CHAT-CHIEN » :

Notes de genre :

.- (…) C’est pourquoi, en tant que femmes de ce pays, nous avons besoin de nous organiser, parce qu’on voit bien qu’il y a de nombreuses disparitions. Nous sommes de nombreuses femmes à être mères, de celles qui subissent cette douleur, cette grande tristesse pour nos fils disparus, nos filles mortes. Parce que maintenant, au sein de ce mauvais système, en plus d’être humiliées, de nous faire disparaître, d’être exploitées, en plus de tout ça, ils viennent encore nous tuer et faire disparaître nos enfants. Tel le cas de ABC(1) et aujourd’hui celui des 43 disparus d’Ayotzinapa, les femmes disparues de Ciudad Juárez, le cas d’Aguas Blancas, et tout ceci est le système. Il ne résoudra pas nos problèmes, nous n’obtiendrons aucune réponse de ce système actuel. C’est pourquoi frères et sœurs, nous avons besoin de nous organiser car c’est ici, au sein du peuple lui-même, que nous allons décider, que nous allons trouver le chemin que nous voulons en tant que peuple. En tant que peuples d’hommes et de femmes, non seulement ceux des champs et les indigènes, mais vous aussi sœurs qui vivaient à la ville, car c’est entre nous que nous allons nous gouverner, et c’est ici, ensemble avec nos hommes, entre hommes et femmes, que nous allons construire un nouveau système, où nous serons réellement, en tant que femmes, prises en compte et peut-être qu’ici, compagnes, sœurs, trouverons-nous le soulagement à cette douleur qui nous tient aujourd’hui et de cette rage collective qui aujourd’hui nous unit.

 

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(…) Maintenant que nous sommes au XXIe siècle, pas plus de quelques femmes pour jouir de la richesse, soit rien de plus que les femmes de riches, rien de plus que les femmes de présidents, des gouverneurs et rien de plus que les députées, les sénatrices, mais dans notre cas de femmes indigènes nous continuons d’endurer la douleur, la tristesse, l’amertume, le viol, l’exploitation, l’humiliation, la discrimination, l’emprisonnement, le mépris, la marginalisation, la torture, et bien plus, car pour nous, femmes, il n’y a pas de gouvernement. C’est pour ça que pour le reste des femmes du pays tout demeure égale, à la manière dont vivaient les femmes avant, comme au temps de ejidos (2), des colonies, de cette mauvaise culture que les grand-pères ramenèrent de leur vie avec les patrons, qui les commandaient, comme s’ils étaient les patrons de la maison, et qui disent encore: « Je commande » et ça, d’être le père de famille. Et à qui commandaient-ils, à leurs femmes, et c’est ainsi qu’est apparu le plus horrible, que les femmes, ou soit les filles, les compagnes bien avant été obligées de se marier parce que les papas étaient ceux qui choisissaient qui leur convenait comme gendre. Ils choisissaient celui qui offrait le plus de verres à boire ou le plus d’argent et c’est comme ça que ça se passait au temps des ejidos, la femme n’était jamais prise en compte, comme lorsque les hommes s’organisaient, comme ils se sont organisés au travail, mais ici jamais n’était prise en compte la femme.

 

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(…) Combien de femmes disparues, mortes, violées, exploitées et personne ne dit rien pour elles. Parce que ces femmes riches, ne sont que quelques-unes à jouir de la richesse des autres femmes exploitées. Ces femmes riches ne souffrent pas, elles ne ressentent pas la douleur, l’humiliation d’être exploitées parce que pauvres. Mais ce n’est pas pour ça que nous allons renoncer à nous organiser et à lutter en tant que femmes, parce que pour les femmes, dans le système il n’y a que douleur, tristesse, emprisonnement, humiliation, viol. Comme les mères des 43 étudiants disparus, de la garderies ABC et de la mine Pasta de Conchos. De la même manière à Acteal, mais ce n’est pas pour ça que nous renoncerons à nous organiser et à lutter, au champ et à la ville. C’est pour ça que pour la première fois dans l’histoire, nous partageons ça avec vous.

 

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(…) et donc comme dans le système, il y a ici des hommes qui font des travaux que font les femmes mais ce n’est pas pour le bien d’une nouvelle société comme nous le faisons, comme femmes zapatistes; nous avons un exemple, eh bien dans certains lieux, dans les grands restaurants ce sont les hommes, très élégants hein, qui font le travail, ce que font les femmes, mais ici ils sont exploités et elles sont exploitées et pendant ce temps les femmes qui occupaient ces postes sont emmenées ailleurs, dans d’autres lieux pour leur donner un autre usage, comme des marchandises, les photographier pour les mettre dans des revues, sur les affiches des films, les publier sur internet, et comme nous le voyons donc, la vie dans ce système dans lequel nous sommes est des plus dures, eh bien, comme depuis 520 ans, parce que la situation, eh bien, ce que nous fait le mauvais gouvernement, eh bien, ce sont les propres petits-fils, ce sont les propres fils, hein, des propriétaires terrien qui continuent de nous exploiter, eh bien, c’est comme ça aujourd’hui dans ce pays et donc nous voyons qu’il n’y a jamais de changement dans le système et donc les sœurs et les frères continuent de subir cette souffrance dans cette douleur que provoque, eh bien, le mauvais gouvernement aujourd’hui. (Notes prises à la rencontre des femmes zapatistes lors du Premier Festival Mondial des résistances et des Révoltes contre le Capitalisme. La version intégrale dans la prochaine parution de « Rebeldia Zapatista. No.4 »)

 

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.- Dans ce système, naître, grandir, vivre et mourir peut être comme ramper longuement dans un enchevêtrement de fils barbelés. Mais cette douleur n’en est qu’une parmi les nombreuses souillures de l’histoire. Ce qui soulage, c’est qu’elles, toujours plus elles, décident de se lever et de marcher ainsi dressées. Pas comme si les barbelés étaient des fleurs, mais comme si les éraflures, et même les plus mortelles, les rendaient plus fortes… pour aller ouvrir le chemin. Non pas pour changer le genre de la domination, mais pour qu’il n’y ait plus de domination. Non pas pour avoir ainsi une place dans l’histoire d’en-haut, mais pour que l’histoire d’en-bas cesse d’être une blessure qui ne cicatrise pas. Ni autoritaire ni commandée. Ni reine ni plébéienne. Ni Khaleesi ni Jhiqui. Ni patronne ni employée. Ni maîtresse ni esclave. Ni propriétaire ni servante. Mais ce qui est terrible ce n’est pas que chaque être née femme le fait avec cette escroquerie comme calendrier de ce qui vient, dans n’importe quelle géographie politique. Ce qui est terrifiant c’est que ceux qui s’obstinent pour un monde meilleur, tissent bien souvent de leurs propres mains ces pièges blessants. Mais de temps à autres la réalité, qui est féminine, donne une claque au calendrier d’en-haut dans toutes les géographies d’en-bas. J’y crois.

 

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{notes des traducteurices}

(1) : l’incendie de la garderie ABC, qui a coûté la vie à 49 enfants, en juin 2009, à Hermosillo. http://www.lepetitjournal.com/mexico/breves-mexico/60176-justice-laffaire-de-la-garderie-abc.html

(2) : ejidos : terres communes

 

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Rojava: Fantasmes et réalités

Le texte « Du Chiapas au Rojava: plus que de simples coïncidences » m’a semblé intéressant mais malheureusement dénué de toute critique. Il est vrai qu’il est parfois bon de se laisser aller à un certain enthousiasme quant à des expériences révolutionnaires allant dans le bon sens, dans un monde dominé par les ravages d’un capitalisme et un retour à diverses formes d’obscurantismes. Pour autant, ce qui se passe au Rojava pose un certain nombre de questions. En effet, le rôle du leader kurde Öcalan, aussi bien dans le processus de « transformation » du mouvement marxiste-léniniste vers le confédéralisme démocratique, que dans l’unification de la luttes des kurdes (dont la libération de Öcalan est un vecteur), que dans l’imagerie et l’imaginaire des mouvements ne peut que poser problème pour celles et ceux qui pensent qu’il ne peut et ne doit exister ni César, ni tribun.

Passer d’un centralisme autoritaire à une décentralisation libertaire ou à l’autogestion semble un cheminement intéressant, mais lorsque ce changement de voie est impulsé (pour ne pas dire imposé) par le haut cela paraît paradoxale. Évidemment ce processus peut aussi être le fait d’un changement en-bas, après tout l’incarcération d’Öcalan depuis près de 15 ans, et donc son absence a pu également laissé se développer une nouvelle génération de militants ne l’ayant pas connu. N’ayant pas été sur place, je me contente donc de présenter des textes. Après l’enthousiasme d’un premier texte, en voici un plus critique. Quoi qu’il en soit, on ne peut que suivre et soutenir les révolutionnaire du Rojava, car le chemin suivi semble aller dans le bon sens, car ce point est plus important que le point d’où part chacun de nous sur le long chemin de l’émancipation.

Bonne lecture

Le sⒶp

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Ce texte critique en anglais est tiré du site « SERVET DÜŞMANI » (http://www.servetdusmani.org/rojava-fantasies-and-realities/) où il a été mis en ligne le 1er novembre 2014. Il a été traduit en français en décembre 2014 par une personne du Collectif Anarchiste de Traduction et de Scannérisation de Caen (et d’ailleurs) : http://ablogm.com/cats/

Le texte a été féminisé et il est librement utilisable par tous et toutes.

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Rojava: Fantasmes et réalités

Par Zafer Onat

La résistance de Kobanê qui a passé ses 45 jours a maintenant causé le fait que l’attention des révolutionnaires du monde entier s’est tournée vers le Rojava. Comme résultat du travail mené par l’Action Révolutionnaire Anarchiste1 des camarades anarchistes de nombreuses parties du monde ont envoyé des messages de solidarité à la résistance de Kobanê2. Cette position internationaliste a sans doute une grande importance pour les gens qui résistent à Kobanê. Toutefois, si nous n’analysons pas ce qui est en train d’arriver dans toute sa vérité et si, au lieu de cela, nous romançons, nos rêves se transformeront rapidement en déception.

En outre, afin de créer l’alternative révolutionnaire mondiale qui est urgemment nécessitée, nous devons avoir la tête froide et être réaliste, et nous devons faire des évaluations correctes. Sur ce point laissez nous mentionner en passant que ces messages de solidarité qui ont été envoyés à l’occasion de la résistance de Kobanê démontrent l’urgence de la tâche de créer une association internationale où les anarchistes révolutionnaires et les communistes libertaires peuvent discuter les questions locales et globales et être en lien solidaire durant les luttes. Nous avons ressenti le manque d’une telle internationale durant les quatre dernières années lorsque de nombreux soulèvements sociaux eurent lieu dans de nombreuses parties du monde – nous avons au moins ressenti ce besoin durant le soulèvement qui eut lieu en juin 2013 en Turquie.

Aujourd’hui, cependant, nous devons discuter du Rojava sans illusions et baser nos analyses sur le bon axe. Il n’est pas très facile pour des personnes d’évaluer les développements qui se produisent au sein du cadre temporel dans lequel elles vivent à partir de ce qu’elles voient en ce moment. Évidemment, des évaluations faites avec l’esprit obscurci par le sentiment d’être acculéEs et désespéréEs rendent encore plus dur pour nous le fait de produire des réponses solides.

Nulle part dans le monde d’aujourd’hui n’existe un mouvement révolutionnaire efficace dans notre sens du terme ou un fort mouvement de classe qui peut être un précurseur d’un tel mouvement. Les luttes qui émergent s’amenuisent soit en étant violemment réprimées ou soit en étant entraînées dans le système. Il semble qu’à cause de cela, juste comme dans le cas d’une importante partie des marxistes et des anarchistes en Turquie, des organisations révolutionnaires et des individus dans diverses parties du monde, sont en train d’attribuer à la structure qui a émergé au Rojava un sens qui est au delà de sa réalité. Avant tout autre chose, il est injuste pour nous de charger le fardeau de notre échec à créer une alternative révolutionnaire dans les endroits où nous vivons et le fait que l’opposition sociale est largement cooptée au sein du système sur les épaules des personnes qui luttent au Rojava. Ce Rojava, où l’économie est dans une large mesure agricole et qui est encerclé par des blocs impérialistes menés d’un coté par la Russie et de l’autre coté par les USA, par des régimes répressifs, réactionnaires et collaborateurs dans la région et par des organisations djihadistes brutales comme l’État Islamique qui ont prospéré dans cet environnement. En ce sens, il est également problématique d’attribuer une mission au Rojava qui est au delà de ce qu’il est ou de ce qu’il peut être ou de blâmer ces gens engagés dans une lutte à la vie à la mort parce qu’ils et elles escomptent du soutien de la part des forces de la Coalition ou qu’ils et elles ne mènent pas « une révolution à notre goût ».

Tout d’abord nous devons identifier le fait que le processus du Rojava a des caractéristiques progressistes telles qu’un important bond en avant dans la direction de la libération des femmes, la tentative de construire une structure laïque, en faveur de la justice sociale, démocratique et pluraliste et le fait que les autres groupes ethniques et religieux aient une part dans l’administration. Toutefois, le fait que la nouvelle structure émergente ne vise pas l’élimination de la propriété privée, c’est à dire l’abolition des classes, que le système tribal demeure et que les leaders tribaux prennent part à l’administration montre que le but n’est pas la suppression des relations de production féodales ou capitalistes mais, au contraire, dans leurs propres mots « la construction d’une nation démocratique ».

Nous devons également nous souvenir que le PYD est une partie de la structure politique dirigée par Abdullah Öcalan depuis 35 ans qui vise à la libération nationale et que toutes les limitations politiques que les mouvements nationalement orientés possèdent s’appliquent aussi au PYD. De plus, l’influence des éléments qui appartiennent à la classe dirigeante à l’intérieur du mouvement kurde est en augmentation constante avec le « processus de solution », spécialement en Turquie.

Sur ce point, il est utile d’examiner le Contrat de la KCK3 qui définit le confédéralisme démocratique qui forme la base du système politique au Rojava4. Quelques points dans l’introduction écrite par Öcalan méritent notre attention :

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Tandis que les photos des deux femmes portant des fusils correspondent à une similarité dans le sens de femmes combattant pour leurs libertés, il est clair que les personnes combattant l’État Islamique au Rojava n’ont pas, en ce moment précis, les mêmes buts et idéaux que les travailleurs-euses et paysanNEs pauvres qui luttaient au sein de la CNT-FAI afin de renverser à la fois l’État et la propriété privée.


« Ce système prend en compte les différences éthniques, religieuses et de classe sur une base sociale. » (..)

« Trois systèmes de lois s’appliqueront au Kurdistan : la loi de l’UE (Union Européenne), la loi de l’État unitaire, la loi confédérale démocratique. »

En résumé, il est déclaré que la société de classe demeurera et qu’il y aura un système politique fédéral compatible avec le système global et l’État-nation. De concert avec cela, l’article 8 du Contrat, intitulé  » Droits personnels, politiques et libertés » défend la propriété privée et la section C de l’article 10 intitulée « Responsabilités basiques » définit la base constitutionnelle du service militaire obligatoire et déclare « En cas de guerre de légitime défense, en tant qu’exigence de patriotisme, il y a la responsabilité de rejoindre activement la défense du pays natal et des droits et libertés basiques ». Tandis que le Contrat déclare que le but n’est pas le pouvoir politique, nous comprenons également que la destruction de l’appareil d’État n’est pas visée, ce qui signifie que le but est l’autonomie au sein des États-nations existants. Quand le Contrat est vu dans son ensemble, l’objectif qui est présenté n’est pas vu comme allant au delà d’un système démocratique bourgeois qui est appelé confédéralisme démocratique. Pour résumer, tandis que les photos des deux femmes portant un fusil, qui sont souvent répandues dans les réseaux sociaux, l’une prise durant la Guerre Civile Espagnole, l’autre prise au Rojava, correspondent à une similarité dans le sens de femmes combattant pour leurs libertés, il est clair que les personnes combattant l’État Islamique au Rojava n’ont pas, en ce moment précis, les mêmes buts et idéaux que les travailleurs-euses et paysanNEs pauvres qui luttaient au sein de la CNT-FAI afin de renverser à la fois l’État et la propriété privée.

En outre, il y a de sérieuses différences entre les deux processus en terme de conditions d’émergence, de positions de classe de leurs sujets, de lignes politiques de celles et ceux qui conduisent le processus et de force du mouvement révolutionnaire mondial.

Dans cette situation, nous ne devons ni être surpris ou blâmer le PYD s’ils et elles sont même forcés d’abandonner leur position actuelle, de manière à trouver une alliance avec les pouvoirs régionaux et globaux afin de briser le siège de l’État Islamique. Nous ne pouvons attendre des personnes qui luttent à Kobanê qu’elles abolissent l’hégémonie du capitalisme à l’échelle mondiale ou qu’elles résistent longtemps à cette hégémonie. Cette tâche peut seulement être réalisée par un fort mouvement de classe mondial et une alternative révolutionnaire.

Le capitalisme est en crise à un niveau global et les impérialistes, qui sont en train d’essayer de transcender cette crise en exportant la guerre à chaque coin du monde, ont transformé, avec l’aide des politiques des régimes répressifs de la région, la Syrie et l’Irak en un enfer. Du fait des conditions où n’existe pas une alternative révolutionnaire, le soulèvement social qui a émergé en Ukraine contre le gouvernement pro-russe et corrompu a eu pour résultat l’arrivée au pouvoir des forces pro-Union Européenne soutenues par les fascistes et la guerre entre deux camps impérialistes continue. Le racisme et le fascisme se développent rapidement dans les pays européens. En Turquie, les crises politiques se succèdent les unes aux autres et la division ethnique et sectaire de la société s’approfondit. Tandis que dans ces circonstances, le Rojava peut apparaître comme une planche de salut sur laquelle s’appuyer, nous devons considérer qu’au delà du siège militaire de l’État Islamique, le Rojava est également sous le siège politique de forces comme la Turquie, Barzani et l’Armée Syrienne Libre. Aussi longtemps que le Rojava n’est pas soutenu par une alternative révolutionnaire mondiale sur laquelle se reposer, il semble qu’il ne sera pas facile pour le Rojava ne serait-ce que de maintenir sa position actuelle sur le long terme.

Le sentier, pas seulement pour défendre le Rojava physiquement et politiquement mais aussi pour l’emmener plus loin, réside dans la création de terrains basés sur la classe pour l’organisation et la lutte, et reliés à une forte alternative révolutionnaire organisée globalement. La même chose s’applique pour prévenir l’atmosphère de conflit ethnique, religieux et sectaire qui saisit un peu plus chaque jour les peuples de la région et pour empêcher les travailleurs-euses de glisser dans un radicalisme de droite face à la crise du capitalisme à un niveau mondial. La solidarité avec Kobanê, bien qu’importante est insuffisante. Au delà de celle-ci, nous avons besoin de voir qu’il est impératif de discuter de ce qu’il faut faire pour créer un processus révolutionnaire et s’organiser pour cela à un niveau international, partout où nous sommes, pas seulement pour celles et ceux qui résistent à Kobanê mais aussi pour des millions de travailleurs-euses à travers le monde entier.

1 DAF en turc, pour Devrimci Anarşist Faaliyet. C’est une des principales organisations anarchiste en Turquie.

2 http://meydangazetesi.org/gundem/2014/10/dunya-anarsistlerinden-kobane-dayanismasi/

3 Le Contrat est lisible en français ici : http://blogs.mediapart.fr/blog/maxime-azadi/091114/le-contrat-social-de-rojava. Le sigle KCK désigne le « Groupe des Communautés du Kurdistan », un structure politique émanant du PKK, et qui regroupe le PKK de Turquie, le PYD de Syrie, le PJAK d’Iran et le PÇDK d’Irak ainsi qu’un certain nombre d’organisations sociales qui sont plus ou moins liées à ces partis frères. Le KCK est dirigé par une sorte de parlement appelé « Kongra Gelê » ou Congrès du Peuple du Kurdistan.

4 http://tr.wikisource.org/wiki/KCK_S%C3%B6zle%C5%9Fmesi

Du Chiapas au Rojava : plus que de simples coïncidences

source.

 

Traduction de l’article de Peter Stanchev, publié le 6 février 2015 dans Kurdish Question, à partir de la traduction espagnole de Joan Enciam publiée notamment sur le site Portal Libertario Oaca.

Les points communs entre la révolte des zapatistes et celle des kurdes du Rojava avaient attiré mon attention, suite à une implication dans l’organisation d’une tournée de militants de la cause kurde en France en ce début d’année. La tournée a finalement été annulée – ou repoussée? – bien que deux rencontres avec des militants de l’Action Révolutionnaire Anarchiste de Turquie, à l’initiative du Collectif Anarchistes Solidaires du Rojava, soient tout de même prévues sur Paris: le 13 février à la CNT, 33 rue des Vignoles (Métro Avron ou Buzenval) et le 14 février au centre social l’Attiéké, 31 bd Marcel Sembat, Saint-Denis (métro Porte de Paris ou Gare de Saint Denis).

Rencontres-DAF

C’est avec un plaisir non feint que j’ai donc traduit ce texte qui mettait en mots les simples intuitions qui tournaient dans ma tête. Toute fois, gardant un certains esprit critique derrière ce bel enthousiasme, je publierai dans quelques jours un texte plus nuancé sur le mouvement kurde…

En attendant, je vous recommande également l’article de Bruno Deniel-Laurent (écrivain et réalisateur) et Yvan Tellier (des Amitiés kurdes de Bretagne), « À Kobané, l’essor de l’utopie Rojava » publié dans Le Monde le 28 janvier dernier.

Le sⒶp

 

Du Chiapas au Rojava :

plus que de simples coïncidences

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L’autonomie réunie deux révolutions depuis en-bas à gauche

« « Le pouvoir pour le peuple » ne peut être mis en pratique que lorsque le pouvoir exercé par les élites sociales se dissout dans le peuple »

(Murray Bookchin, Post-Scarcity Anarchism)

 

La jusqu’il y a peu grande et méconnue ville kurde de Kobané est parvenue à attirer l’attention du monde par sa résistance féroce (1) face à l’invasion de l’État Islamique (EI) et s’est convertie en symbole international, comparé à la défense de Madrid et de Stalingrad. Le courage et l’héroïsme des Unités de Défense du Peuple et les Unités de Défense des Femmes (YPG et YPJ) ont été vantées par un large éventail de collectifs et d’individus : anarchistes, gauchistes, libéraux et même des personnes de droite ont exprimé de la sympathie et de l’admiration pour les hommes et les femmes de Kobané dans leur bataille historique contre ce qui en général est perçu comme le « fascisme » de l’État Islamique. Les médias mainstream ont été obligés de rompre le silence sur l’autonomie kurde aussi vite que les nombreux articles et nouvelles ont été retransmises et publiés, décrivant à minima la « dureté » et la détermination des combattants kurdes avec une certaine dose d’exotisme, évidemment. Néanmoins, cette attention à minima a été sélective et partiale : l’essence du projet politique au Rojava (Kurdistan ouest) a été laissé de côté et les médias ont préféré présenté la résistance à Kobané comme une étrange exception du supposé barbare Moyen-Orient. Il n’est pas surprenant que l’étoile rouge, brillant sur les drapeaux victorieux des YPG/YPJ, ne soit pas un symbole agréable aux yeux des pouvoirs occidentaux et de leurs médias. Les cantons autonomes du Rojava représentent une solution autochtone aux conflits du Moyen-Orient, comprenant la démocratie de base et les droits ethniques, sociaux et de genre, et tout cela en rejetant tout à la fois la terreur de l’EI et la démocratie libérale et l’économie capitaliste. Bien que l’Occident ait voulu maintenir le silence sur la question, ces fondements idéologiques sont la clé pour comprendre l’esprit qui a écrit l’épopée de Kobané et a fasciné le monde, comme l’a expliqué récemment l’activiste et universitaire kurde Dilar Dirik (2).

Pendant que s’intensifiaient les combats dans chaque rue, dans tous les coins de la ville, Kobané a réussi à captiver l’imagination de la gauche, et spécialement la gauche libertaire, en tant que symbole de la résistance et de la lutte, et n’a pas tardé à entrer au Panthéon des batailles pour l’humanité les plus emblématiques, telle la défense de Madrid contre les fascistes durant la décennie des années 1930. Ce n’est pas un hasard si le groupe marxiste-léniniste turc MLKP, qui a rejoint les YPG/YPJ sur le champ de bataille, a brandi le drapeau de la république espagnole sur les ruines de la ville le jour de sa libération et a lancé un appel à former des brigades internationales (3), suivant l’exemple de la révolution espagnole. Ce qui a donné lieu aux comparaisons avec la révolution espagnoles n’est pas tant la lutte pour Kobané elle-même, mais l’essence libertaire des cantons de Rojava, l’implémentation de la démocratie directe de la base et la participation des femmes et de différents groupes ethniques au gouvernement autonome. Dans beaucoup d’articles est brièvement mentionné une autre ressemblance : la révolution au Rojava et son gouvernement autonome a été comparé avec les zapatistes et leur autonomie dans le sud du Mexique. L’importance de cette comparaison pourrait être cruciale pour pouvoir comprendre le paradigme de la lutte révolutionnaire au Kurdistan et ce que cela signifie pour ceux qui croient qu’un autre monde est possible.

Le mouvement zapatiste est probablement l’un des éléments les plus symboliques et influents de l’imaginaire révolutionnaire dans le monde d’après la chute des régimes socialistes étatistes à la fin des années 80 et début des années 90. Au matin du 1er janvier 1994 une force guerrière inconnue, composée d’indigènes mayas, prit les principales villes de l’État mexicain le plus méridional, le Chiapas. L’opération militaire fut menée à bien avec une grande lucidité stratégique combinée à l’utilisation d’internet, alors innovant, pour diffuser le message des révolutionnaires ; ce qui eut un écho dans le monde entier inspirant la solidarité internationale et l’émergence du mouvement anti-globalisation. Les zapatistes s’étaient révoltés contre le capitalisme néo-libéral et le génocide social et culturel des peuples indigènes au Mexique. «¡Ya basta!» (« Ça suffit ! Ndt) fut son cri, né de la nuit de « 500 ans d’oppression », comme le disait la Première Déclaration de la Forêt Lacandone. Les zapatistes se sont soulevés en armes alors que le capital global célébrait la « fin de l’histoire » et que l’idée d’une révolution sociale paraissait être un anachronisme romantique appartenant au passé. L’Armée Zapatiste de Libération Nationale (EZLN) fut expulsée des villes après douze jours d’intenses combats avec l’armée fédérale, mais en fin de compte la profonde organisation horizontale dans les communautés indigènes ne put être éliminée par aucune intervention militaire ni par la terreur. Le porte-parole masqué de l’armée rebelle, le Sous-Commandant Marcos, questionnait la notion d’avant-garde historique comme opposée à une révolution depuis en-bas, n’aspirant pas à prendre le pouvoir mais à l’abolir, et ce concept est devenu central pour la majorité des mouvements anticapitalistes de masse, de Seattle à Gênes, jusqu’aux occupations de Syntagma et de la Puerta del Sol, et même le mouvement Occupy.

Qu’y a-t-il de commun avec la révolution au Rojava ?

Du marxisme-léninisme à l’autonomie : une trajectoire historique partagée

Les racines de l’autonomie démocratique au Rojava ne peuvent se comprendre qu’à travers l’histoire du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK), l’organisation qui depuis sa création en 1978 fut centrale dans le mouvement de libération kurde. Le PKK a été créé comme une organisation de guérilla marxiste-léniniste dans le nord du Kurdistan, partie de l’État turc, combinant les idéologies de libération nationale et sociale. Il a grandi jusqu’à être une force de guérilla substantielle sous le leadership d’Abdullah Öcalan et parvint à affronter la deuxième plus grande armée de l’OTAN dans un conflit qui coûta la vie à 40 000 personnes. L’État turc déplaça des centaines de milliers de personnes, et il est reconnu qu’ils recoururent à la torture, aux assassinats et aux viols contre la population civile, mais ne parvint pas à détruire la colonne vertébrale de la résistance kurde. Depuis ses débuts, le PKK a étendu son influence aussi bien en Turquie que dans d’autres parties du Kurdistan. La force politique leader dans la révolution du Rojava, le Parti de l’Union Démocratique (PYD) lui est affilié à travers l’Union des Communautés du Kurdistan (KCK), l’organisation parapluie qui englobe différents groupes révolutionnaires et politiques qui partagent les idées du PKK. L’idéologie qui unit les différents groupes civiles et révolutionnaires au sein du KCK s’appelle le confédéralisme démocratique et se base sur les idées de l’anarchiste étasuniens Murray Bookchin, qui défendait une société non hiérarchique basée sur l’écologie sociale, le municipalisme libertaire et la démocratie directe.

Bien que les zapatistes soient célèbres pour leur gouvernement autonome et le rejet de la notion d’avant-garde historique, les racines de leur organisation sont également liées au marxisme-léninisme et, de même que dans le cas du PKK, l’idée d’auto-gouvernement et de révolution depuis en-bas fut un produit d’une longue évolution historique. L’EZLN fut fondée en 1983 par un groupe de guérillas urbaines, majoritairement marxistes-léninistes, qui décidèrent de créer une cellule révolutionnaire au sein de la population indigène du Chiapas, d’organiser une force guerrière et de prendre le pouvoir par la guerre de guérilla. Ils comprirent vite que leurs dogmes idéologiques ne pouvaient s’appliquer aux réalités indigènes et ils commencèrent à apprendre les traditions communales de gouvernement des peuples indigènes. Ainsi naquit le zapatisme, tel une fusion entre le marxisme et l’expérience et le savoir de la population native qui avait résisté à l’État espagnol puis mexicain.

Cette trajectoire idéologique partagée est la manifestation d’un retournement historique de la compréhension du processus révolutionnaire. Le soulèvement zapatiste et l’établissement de l’autonomie au Chiapas supposait une rupture avec la stratégie de guérilla traditionnelle, inspirée majoritairement par la révolution cubaine. Ceci est rendu d’autant plus clair par la lettre que le porte-parole de l’EZLN, le Sous-Commandant Marcos, écrivit à l’organisation de libération basque ETA :

« Je chie sur toutes les avant-gardes révolutionnaires de la planète » (4).

Il ne fallait plus être l’avant-garde qui dirige le peuple, c’était le peuple lui-même qui construisait la révolution depuis en-bas et la soutenait comme telle. C’est vers cette logique que le PKK s’est tourné pendant la dernière décennie sous l’influence de Murray Bookchin et ce changement est le signe d’une évolution de l’organisation, d’un mouvement pour le peuple à un mouvement du peuple.

Cantons et Caracoles : la liberté ici et maintenant

Probablement que la ressemblance la plus importante entre la révolution au Rojava et celle du Chiapas est la réorganisation sociale et politique qui existe en ces deux lieux et qui se base sur l’idéologie libertaire des deux organisations.

L’autonomie zapatiste dans sa forme actuelle trouve ses origines dans la suite de l’échec des négociations de paix avec le gouvernement mexicain après le soulèvement de 1994. Pendant ces négociations les rebelles demandèrent au gouvernement qu’il adhère aux accords de San Andrés, qui donnaient aux peuples indigènes le droit à l’autonomie, à l’autodétermination, à l’éducation, la justice et l’organisation politique, basée sur leur traditions ainsi que sur le contrôle communal de la terre et des ressources des zones leur appartenant. Le gouvernement n’a jamais appliqué ces accords et en 2001 le président Fox proposa une version éditée qui fut votée au congrès mais qui ne satisfaisait pas les revendications des zapatistes et des autres groupes en résistance. Ceci fut qualifié de « trahison » et provoqua l’annonce par l’EZLN, deux années plus tard, de la création de cinq zones rebelles, autour de cinq Caracoles (notons que les caracoles nés en 2003 ont remplacé et transformé les Aguascalientes créés peu après le soulèvement de 1994, ndt) servant de centres administratifs. Le nom de Caracoles (escargots en français, ndt) montrait le concept de la révolution des zapatistes : « nous le faisons nous-mêmes, nous apprenons dans le processus et nous avançons, petit à petit, mais nous avançons ». Les Caracoles (5) incluent trois niveaux de gouvernement autonome : communauté, municipalité et Conseils de Bon Gouvernement. Les deux premiers se basent sur des assemblées de base alors que le Conseil de Bon Gouvernement est choisi, mais avec l’intention de parvenir à ce que le maximum de personnes participe au gouvernement tout au long des années à travers le principe de rotation. L’autonomie possède son propre système d’éducation, de santé et de justice, ainsi que des coopératives de production de café, d’élevage et d’artisanat, etc.

« Nous apprenons au moyen des erreurs que nous commettons, nous ne connaissions pas l’autonomie ni ne savions que nous allions construire quelque chose de semblable. Mais nous avons appris et amélioré les choses dans la lutte », m’a expliqué le gardien zapatiste Armando lorsque j’ai visité le territoire autonome à la fin de 2013. La liberté ne peut être pratiquée qu’ici et maintenant, la révolution était un processus de questionnement continu du statu quo et de construction d’alternative à ce dernier.

Effectivement, les cantons du Rojava ressemblent à l’autonomie du Chiapas. Ils ont été proclamés par le puissant PYD en 2013 et fonctionnent à travers des assemblées populaires et des conseils démocratiques. Les femmes participent à égalité dans les prises de décisions et sont représentées à tous les postes électifs, qui sont toujours partagés entre un homme et une femme. Tous les groupes ethniques sont représentés au sein du gouvernement et de ses institutions. La santé et l’éducation sont également garanties par le système du confédéralisme démocratique et récemment la première université a ouvert ses portes, l’Académie de Mésopotamie, proposant de questionner la structure hiérarchique de l’éducation et apportant une perspective différente sur l’apprentissage.

Comme dans le cas des zapatistes, la révolution au Rojava se projette elle-même comme une solution aux problèmes de tout le pays, non comme l’expression de tendances séparatistes. Ce système authentiquement démocratique, comme il fut appelé par la délégation d’universitaires d’Europe et Nord-Américain (6) qui a récemment visité le Rojava, pointe dans la direction d’un future distinct pour le Moyen-Orient, basé sur la participation directe, l’émancipation des femmes et la paix entre les ethnies.

Révolution des femmes

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Femmes zapatiste à San Cristobal de las Casas le 1er janvier 2006 lors de la lancée de l’Autre Campagne – photo @SerpentàPlumes

Le genre a toujours été central pour la révolution zapatiste. La situation des femmes avant le développement de l’organisation et l’adoption de la libération des femmes en tant que question centrale pour la lutte était marquée par l’exploitation, la marginalisation, les mariages forcés, la violence physique et la discrimination. C’est pour cela que Marcos dit que le premier soulèvement ne fut pas celui de 1994 mais l’adoption de la Loi Révolutionnaire des Femmes en 1993, établissant la base pour l’égalité et la justice de genre et garantissant les droits à l’autonomie personnelle, l’émancipation et la dignité des femmes du territoire rebelle. Aujourd’hui les femmes participent à tous les niveaux du gouvernement et ont leurs propres coopératives et structures économiques afin de garantir leur indépendance économique. Les femmes formaient et forment encore une large part des rangs de la force de guérilla zapatiste et ont des positions élevés dans son commandement. La victoire de San Cristobal de las Casas, la ville la plus importante prise par les troupes zapatistes durant le soulèvement de 1994, fut également mené par des femmes, la Commandante Ramona à leur tête, qui fut aussi la première femme zapatiste envoyée dans la ville de Mexico pour représenter la mouvement.

Il n’est pas difficile de comparer l’implication massive des femmes indigènes dans les rangs zapatistes au Chiapas avec la participation des femmes à la défense de Kobané et dans les YPJ (les Unités de Défense des Femmes), les deux décrites sur un mode sensationnaliste (7) par les médias occidentaux durant ces derniers mois. Cependant, leur courage et leur détermination dans la guerre contre l’État Islamique est le produit d’une longue tradition de participation des femmes à la lutte armée pour la libération sociale au Kurdistan. Les femmes ont joué un rôle central dans le PKK et ceci est indubitablement lié à l’importance du genre dans la lutte kurde. La révolution au Rojava pose une emphase forte sur la libération des femmes comme indispensable pour la véritable libération de la société. La base théorique démontant le patriarcat au cœur de la lutte est appelé « féminologie » (le mot original forgé par Öcalan – jineology – est dérivé du mot kurde pour femme « jin »), un concept développé par Abdullah Öcalan. L’application de ce concept a eu pour résultat un empowerment des femmes jamais vu en d’autres lieux, non seulement dans le contexte du Moyen-Orient mais aussi dans le contexte du féminisme occidental libéral. Les assemblées, les structures coopératives et les milices de femmes sont le cœur de la révolution, qui est considérée comme incomplète si elle ne détruit pas la structure patriarcale de la société, qui est l’un des fondements du capitalisme. Janet Biehl, une auteure et artiste indépendante, a écrit après sa récente visite au Rojava que les femmes dans la révolution kurde avaient le rôle idéologique du prolétariat dans les révolutions du siècle dernier.

L’écologie de la liberté

The Ecology of Freedom est probablement l’œuvre la plus importante de Bookchin, et son concept d’écologie sociale a été adopté par les révolutionnaires du Rojava. Son idée selon laquelle « la notion même de domination de la nature par l’être humain est causée par la domination réelle de l’être humain par l’être humain » relie le patriarcat, la destruction environnementale et le capitalisme et désigne son abolition comme l’unique chemin vers une société juste.

Une approche holistique comme celle-ci a également été implémenté par les zapatistes. La durabilité a également été un point important a souligner, spécialement depuis la création des Caracoles en 2003. Le gouvernement autonome a essayé de récupérer les savoirs ancestraux liés à l’usage durable de la terre et de les combiner avec d’autres pratiques agro-écologiques. Cette logique n’est pas seulement une question d’amélioration des conditions de vie dans les communautés et d’utilisation de produits agrochimiques, c’est un rejet de la notion entière qui prétend que l’agriculture industrielle à grande échelle est supérieure aux formes « primitives » avec lesquelles les peuples indigènes travaillent la terre et, en tant que tel, est un puissant défi à la logique du néolibéralisme.

Le chemin vers l’autonomie : le nouveau paradigme révolutionnaire

Les ressemblances entre le système du confédéralisme démocratique qui se développe dans l’ouest du Kurdistan et l’autonomie au Chiapas vont bien au-delà des quelques points que j’ai développé dans cet article. Des slogans comme «¡Ya Basta!», adapté en kurde en «êdî bes e», jusqu’à la démocratie de base, les structures économiques communales et la participations des femmes, le chemin semblable emprunté par le mouvement kurde et les zapatistes pointe une rupture décisive avec la notion d’avant-garde du marxisme-léninisme et une nouvelle approche de la révolution, venant d’en-bas et cherchant la création d’une société libre et non hiérarchique.

Bien que les deux mouvements aient reçu des critiques amères (8) d’éléments sectaires de la gauche, le fait que les seules expériences de changement radicaux importants et connaissant un succès, aient leurs origines dans des groupes non occidentaux, marginalisés et colonisés est une claque dans la gueule des « révolutionnaires » dogmatiques blancs et privilégiés du nord global qui bien qu’ils parviennent à peine à questionner l’oppression dans leurs propres pays tendent à croire qu’ils peuvent juger ce qu’est une révolution réelle et ce qui ne l’est pas.

Les révolutions au Rojava et au Chiapas sont un exemple puissant pour le monde, posant en actes l’énorme capacité d’organisation de la base et l’importance des liens communaux en tant qu’opposition à l’atomisation sociale capitaliste. Enfin, et non moins important, le Chiapas et le Rojava devraient faire que beaucoup à gauche, et même certains anarchistes, se défassent de leur mentalité coloniale et du dogmatisme idéologique.

Un monde sans hiérarchie, domination, capitalisme ni destruction de l’environnement ou, comme disent les zapatistes, un monde où tiennent beaucoup de mondes, qui a au minimum été décrit comme « utopique » et « pas réaliste » par les médias et les structures éducatives et politiques mainstream. Pourtant, ce monde n’est pas un mirage du future qui arrive dans les livres, ça se passe ici et maintenant et les exemples zapatistes et kurdes sont une arme puissante pour ré-enflammer notre capacité à imaginer un changement radical dans la société, ainsi qu’un modèle duquel apprendre dans nos luttes. Les étoiles rouges qui brillent sur le Chiapas et le Rojava illuminent le chemin vers la libération, et si nous devions résumer ce qu’apportent ces deux luttes en un mot, ce serait évidemment l’autonomie.

Notes :

(1) Dicle, Amed (2015) Kobane Victory, How it Unfolded
http://kurdishquestion.com/index.php/insight-research/analysis/kobane-victory-how-it-unfolded.html

(2) Dirik, Dilar (2015) Whi Kobane Did Not Fall
http://kurdishquestion.com/index.php/kurdistan/west-kurdistan/why-kobani-did-not-fall.html

(3) International Brigades Form in Rojava (2014)
http://beforeitsnews.com/alternative/2015/01/international-brigades-form-in-rojava-no-pasaran-video-3100250.html

(4) Marcos (2003) I Shit on All Revolutionary Vanguards on This Planet
http://roarmag.org/2011/02/i-shit-on-all-the-revolutionary-vanguards-of-this-planet/

(5) Oikonomakis, Leonidas (2013) Zapatistas Celebrate 10 Years of Autonomy With Escuelita
http://roarmag.org/2013/08/escuelita-zapatista-10-year-autonomy/

(6) Joint Statement of the Academic Delagation to Rojava
https://zcomm.org/znetarticle/joint-statement-of-the-academic-delegation-to-rojava/

(7) Dirik, Dilar (2014) Western Fascination With “Badass” Kurdish Women
http://www.aljazeera.com/indepth/opinion/2014/10/western-fascination-with-badas-2014102112410527736.html

(8) Anarchist Federation Statement on Rojava (2014)
http://www.afed.org.uk/blog/international/435-anarchist-federation-statement-on-rojava-december-2014.html

 

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Diane la chasseresse… de Ciudad Juarez

Source ici.

Je vous propose ici la traduction de l’article paru le 3 septembre sur le site de l’hebdo Proceso (signé de la « rédaction »), concernant « Diane, la chasseresse de chauffeurs. »

 

Feminicidios Ciudad Juarez

 

 La police du Chihuahua cherche « Diane, la chasseresse de chauffeurs »

Le ministère public du Chihuahua a déployé un une équipe pour arrêter Diane, la chasseresse de chauffeurs pour sa responsabilité présumée dans l’assassinat de conducteurs de bus de la ligne 4.

De plus, il suit le piste du compte de courrier électronique depuis lequel la femme s’est attribué les deux crimes.

Le 28 août dernier, une femme d’une cinquantaine d’année, peau mate, cheveux blond, attendait pour monter à bord d’un bus au croisement de Ignacio de la Peña et Colombia, quartier Partido Romero, à Ciudad Juárez, Chihuahua.

Il était 7h45 lorsqu’elle aperçut un bus – le numéro 718 – de la ligne 4, et le fit s’arrêter.

Le conducteur, Roberto Flores Carrera, 45 ans, arrêta le véhicule et ouvrit la porte pour que la femme monte, et une fois montée, au lieu de recevoir le paiement du trajet il vit devant lui une arme dans la main de la femme, qui lui demanda : « Vous vous croyez très méchants ? ».

Sans attendre, la femme a tiré à plusieurs reprises sur le chauffeur qui descendit du bus afin de fuir et demander de l’aide mais qui, abattu, resta sur l’asphalte. Personne ne su rien de la mystérieuse femme.

Le jour suivant, à 8h25, vêtu d’un pantalon de jeans, chemise à carreaux, fichu autour du cou et casquette, le même femme fit s’arrêter le bus numéro 744, de la même ligne, sur l’avenue Heroico Colegio Militar, à l’angle de la rue Universidad.

Fredy Zárate, 32 ans ouvrit la porte pour la laisser monter et connu le même sort que Roberto.

Le samedi, arriva aux rédactions de certains journaux locaux, dont le Diario de Juárez, un courrier électronique envoyé depuis le compte dianalacazadoradechoferes[at]hotmail.com et signé « Diane, la chasseresse de chauffeurs », avec le message suivant :

« Vous croyez que parce que nous sommes des femmes nous sommes faibles et nous le sommes parfois, seulement jusqu’à un certain point et bien que nous ne puissions compter sur personne pour nous défendre et que nous ayons besoin de travailler jusque tard dans la nuit pour nourrir nos familles, nous ne pouvons plus taire ces faits qui nous emplissent de rage (…)

« Mes compagnes et moi avons souffert en silence mais nous ne pouvons plus nous taire, nous fûmes victimes de violence sexuelle de la part de chauffeurs en poste la nuit depuis les maquilas (usines de montages) ici à Juárez et bien que beaucoup aient su ce que nous subissions personne n’a pris notre défense ni n’a rien fait pour nous protéger, c’est pourquoi je suis l’instrument qui nous vengera, femmes qui bien que paraissant faibles pour la société, ne le sommes pas en réalité, nous sommes courageuses et si vous ne nous respectez pas nous nous ferons respecter par nos propres moyens, nous, femmes de Juárez, nous sommes fortes ».

La nouvelle s’est propagée comme une traînée de poudre à Ciudad Juárez, habitué aux articles sur les assassinats de femmes, et non d’hommes, et moins encore comme vengeance des agressions dont sont victimes les femmes.

Suite à la diffusion de la nouvelle, le ministère public a enquêté sur l’authenticité des messages envoyés par « Diane, la chasseresse de chauffeurs » qui a maintenant un profil Facebook au même nom, ouvert par un utilisateur le 31 août dernier, seulement afin de suivre le cas.

Certains utilisateurs qui suivent la page – 71 jusqu’à aujourd’hui – questionnent la véracité du message mais affirment aussi qu’il s’agit du reflet du ras-le-bol des femmes qui vivent dans la région.

« Ouais, elle ils vont la traquer sur terre, sur mer et dans le ciel, et pourquoi n’ont-ils pas fait de même pour les meurtres de femmes ???? », demande Cachy Castillo.

« Je ne justifie pas les meurtres mais que justice soit faite pour les femmes et les abus commis contre elles », appuie Karentina RuMz.

Jorge González Nicolás, ministre de la Zone Nord du Chihuahua, a expliqué qu’ils suivaient actuellement deux pistes.

L’une pointe la vente de drogue, bien que certains chauffeurs aient nié participer à la vente de stupéfiants à bord de leurs véhicules.

L’autre pointe un règlement de compte, en lien avec les féminicides, puisque ces dernières années certains chauffeurs ont été impliqués dans ces crimes.

Jusqu’à maintenant on n’en sait pas plus, et « Diane la chasseresse » n’a pas éclairé dans ces messages, si les chauffeurs qu’elle avait tué avaient abusé sexuellement de femmes ou si ils avaient payé pour les abus commis par d’autres.

 

 

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Le Poulpe au Mexique

Pendant une longue décennie, un féminicide a été perpétré à Ciudad Juarez (nord du Mexique). Aujourd’hui, une femme abat des chauffeurs de bus afin de venger les femmes assassinées… Le Monde lui consacre un article.

Je vous propose ici un épisode du Poulpe, écrit en 2008 pour Rue89 qui avait relancé le héros créé par J-B Pouy. Le Poulpe y fait un premier voyage hors des frontières de l’hexagone en se rendant à Ciudad Juarez

 

Non identifiée Fée marraine Fée Traîtres aux carrefours présomptueux Brûlée Amour Bâillonnée Attachée La tête recouverte d’un sac plastique Des yeux pour les fées Sourire de communicateurs transis dans la poche des puissants. Violée Poignardée Souillée A moitié nue Glorification de l’horreur Étranglée Fée Fée Frappée NON IDENTIFIÉE.

L’écriture de Juan Pablo de Avila oscillait entre poésie et rapport d’autopsie. Son recueil Des yeux pour les fées, un fanzine photocopié, était un hommage aux mortes de Juárez.
« Prends ça comme ton cadeau d’anniversaire » avait dit Pedro. Il m’envoyait au Mexique enquêter sur la mort de la fille d’un de ses camarades de 36. Lupita venait d’être retrouvée dans une décharge. J’avais avalé la moitié des rapports d’Amnesty International, parcouru lacitédesmortes.net et lu de nombreux articles que La Jornada (1) avait consacrés à Ciudad Juárez. Tous mettaient en avant les dysfonctionnements de l’enquête qui n’avaient jamais inquiété les élites.

Dès mon arrivée, la ville d’entre deux mondes m’assomma. Un million et demi d’habitants, l’un des points frontaliers les plus traversés de la planète. Près de 150 000 passages par jour et un soleil de plomb. La sœur siamoise d’El Paso, à cheval entre le Mexique et Gringolandia, est le théâtre d’un féminicide. Depuis 1993 près de 450 femmes ont été tuées, beaucoup mutilées, certaines violées… Il y a autant de disparues ! Pourtant les autorités ne reconnaissent que 271 cas. Aucun n’a été résolu de manière satisfaisante… Le gouvernement fédéral et celui de Chihuahua ont montré plus de zèle à fustiger les tenues provocantes des victimes, qu’à mettre fin aux violences.

J’ai retrouvé le camarade de Pedro, Fernando, au siège de l’association Nuestras Hijas de Regreso a Casa (2), au sud de la ville. La rue longeait un terrain vague appartenant à l’une des 400 maquiladoras de Juárez. Beaucoup des victimes travaillaient pour ces usines tournevis. Nando et Norma, l’une des fondatrices de l’association, m’ont guidé dans la ville. Collés au premier monde s’entassent les bidonvilles, réservoirs humains corvéables à merci que les Ford, Thomson, Siemens, Electrolux, broient à tour de bras. Une main d’œuvre aussi inépuisable que leurs profits transnationaux. « Près de 80% des habitants viennent de l’intérieur du pays… beaucoup de femmes, attirées par un emploi à 6 dollars par jour ! », m’avait expliqué Norma.

A la nuit tombée, en arpentant les rues du centre, j’avais été assailli par une nuée de gamins qui offraient leur services pour une poignée de pesos : cireurs de pompes, suceurs de queues… Souvent défoncés à l’éther, la coco ou la piedra (3). Des filles de 12 ans, à la féminité outrancière vendaient leur corps aux jeunes gringos venus s’éclater de l’autre côté de la frontière ! Nando m’a aussi montré la face bling bling de Juárez, ses quartiers résidentiels au nord-ouest de la ville. L’endroit de la médaille. Près du tiers des 300 tonnes de blanche entrant chaque année chez l’Oncle Sam passe par ici. Si le trafic de drogue ronge la peau sur les os des pauvres c’est pour mieux nourrir les maîtres de la ville. Villas tape-à-l’œil et discothèques style narco-architecture. Des 4×4 énormes sans plaques, aux vitres fumées. Partout, des gorilles à lunettes noires et armés. Le Cartel tient Juárez par les couilles. Au-delà de la ville, il y a les ranchs où l’élite organise ses parties pas si fines, autour de pots de vin.

Lupita, comme beaucoup de ceux qui se battent pour que justice soit faite, avait reçu des menaces. « Profite de la vie tant que tu peux. » avait été la dernière. Elle étudiait le droit et militait avec Norma depuis 2 ans. Elle se battait pour que les femmes puissent à nouveau vivre à Juárez et plus seulement y mourir. « Bientôt quinze ans d’impunité, avait soufflé Norma. Ou cinq siècles, car il y a dans le sort des femmes de Juárez un peu de la malédiction de La Malinche. » Cette jeune indienne avait été offerte aux conquistadors à leur arrivée. Une fois baptisée elle devint l’interprète de Cortés et sa maîtresse. Ses connaissances facilitèrent la conquête du Mexique. Nando avait ajouté que « pour certains, La Malinche est la mère du Mexique métis. Mais dans la langue populaire elle est la mère de tous les maux, la catin vendue à l’étranger. » De la conquête espagnole à l’esclavage industriel demeure cette culpabilisation de la femme.

Avec le vieil anar on a croisé une manif pro-vie. Il m’a expliqué la double morale chrétienne qui ici réclamait le droit à la vie depuis sa conception, mais qui laisse mourir les femmes dans la clandestinité de l’avortement. L’impunité que vomit Juárez se nourrit du mépris qui fleurit à l’ombre de l’église. Pourtant même Norma, par respect pour la croix qu’elle porte, ne le reconnaîtra pas.

Cheryl n’aurait pas aimé Juárez et ses cantinas, ces bars souvent interdits aux femmes… Moi j’appréciais la bière : allez patron encore une Victoria ! Après quelques jours, je ne savais plus si c’était moi qui secondais Nando dans sa traque du meurtrier ou si c’était lui qui m’accompagnait dans cette enquête étouffante. Peut-être est-ce la ville elle-même qui tue ? Pourtant chaque victime a bel et bien rencontré la mort en chair et en os… Plus une série de tueurs qu’un tueur en série.

A mon retour au Pied-de-Porc, un article de La Jornada annonçait la mort d’un mec à Juárez. Patron des pompes funèbres La Paz et petit dealer, c’était un compagnon de route de certains cadres du Cartel et de l’équipe municipale. Il avait été retrouvé dans le parc Hermanos Escobar. Pedro me lança un sourire. Il n’y avait rien à dire.

 

(1) : Sorte de Libé mexicain
(2) : Puissent nos filles rentrer à la maison
(3) : Cailloux de crack
 
Il existe une traduction en espagnol de cette aventure « poulpesque », à découvrir sur Calle89: el pulpo en Mexico… ainsi que dans le supplément culturel du quotidien mexicain Pagina24, Caja de Arena.