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Le Petite école zapatiste VII.

Texte original ici.

Comme d’autres figures de la lutte pour la liberté, Mumia Abu-Jamal a été invité à participer à la Petite école par les zapatistes. Voici sa réponse:

 

Mumia vous remercie pour l’invitation à la Petite école zapatiste

 

Message au Mexique: Vive John Africa!

Chers frères et sœurs, cher Sous-commandant Insurgé Moisés, cher Sous-commandant Insurgé Marcos et tous les Zapatistes, chers fils et filles de la Petite École Zapatiste:

Bonjour.

Bravo pour le Mouvement Zapatistes, pour les pauvres, les paysans, les peuples des montagnes du Mexique!

Je m’appelle Mumia, un ami afro-américain d’Amérique du Nord.

Merci pour l’invitation à la Petite école. Vos maîtres vous dispenseront une vision du monde de lutte et de révolution.

Mes amis, l’histoire de l’Afroamérique est aussi votre histoire. Aux sombres jours de la captivité, le Mexique fut une maison de liberté pour les Africains et les indigènes échappés des États-Unis, maison de l’esclavage.

Fils et filles d’Emiliano Zapata, lisez, étudiez et apprenez le monde dont vous hériterez.

Mes amis, des prisonniers du capitalisme, je suis Mumia Abu-Jamal

mumia

VOTÁN IV.

Texte original ici.

Traduction de la quatrième partie de « Votán », communiqué de l’EZLN publié le 4 août.

 

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Sur un mur d’Oventic, Chiapas, janvier 2006 -photo @LeSerpentàPlumes

 

VOTÁN IV.

J -7

Où se dévoile quelque chose de ce que chez les autres le cœur zapatiste admire, on prévient qu’il y a des dispenséEs et on donnent des conseils oisifs que personne ne devra suivre.

 

Août 2013.

Bien, il ne manque plus grand chose. Je me réfère aux jours qui restent avant que ne commence la petite école, pas à ce qu’on veut ou qu’on a à dire.

Si vous cherchez une quelconque école qui vous attribue un maître, une maîtresse, à chaque élève individuellement, 24h/24, qui soit gratuite et laïque, et qui vous fournisse la nourriture et l’hébergement durant l’apprentissage-enseignement, ben nous vous souhaitons bonne chance.

Comme vous le savez, la scolarité de celles et ceux qui la suivent va de la maternelle jusqu’au doctorat à l’étranger (et par « étranger » nous ne faisons pas référence à d’autres pays différents du nôtre, mais au fait d’être différent, étrange et donc beaucoup d’institutions éducatives de nôtre pays sont étrangères). Et les calendriers s’agrandissent depuis les mois de vie jusqu’au-dessus de 90 ans. Tous et toutes seront accueiliEs dans le cœur collectif que nous sommes, sans qu’importe que vous veniez dans la communauté, ou que vous soyez au CIDECI, ou dans une autre géographie grâce à la vidéoconférence, ou que vous receviez le matériel de soutien, ou que vous soyez dans l’attente de votre tour.

Peut-être êtes-vous parvenu à vous rendre compte de l’effort d’organisation que ce truc de la petite école représente pour les peuples zapatistes.

Mais vous ne vous demandez pas pourquoi et comment un groupe de communautés indigènes a décidé d’héberger, de nourrir, de cohabiter et de partager ses connaissances avec un groupe d’étrangers, de différents, d’autres. Ou comment se fait-il que l’objet d’aumône, de pitié, de peine et ces autres mots derrières lesquels se cache le racisme, la discrimination et le mépris, c’est à dire, les indigènes zapatistes, ont l’audace de déclarer qu’ils ont quelque chose à enseigner et que pour ça ils construisent, comme avant un bateau absurde en pleine jungle, une petite école si grande qu’elle embarque le monde entier.

Ou peut-être que si, mais demandez-vous aussi comment il est possible que des personnes des 5 continents, des nationalités les plus variées (ce truc bon marché des drapeaux, des frontières et des passeports), avec de grandes ou petites connaissances, décident que oui, ils ont quelque chose à apprendre de personnes qui sont cataloguées dans les grands livres et dans les discours gouvernementaux comme « ignorants », « attardés », « marginalisés », « pauvres », « analphabètes », et les etc que vous pouvez trouver dans les « études » de l’INEGI (Institut National de Statistique, Géographie et Informatique, ndt), dans les manuels d’anthropologie, et dans les mots et les gestes de dégoût de ceux qui disent gouverner le monde.

Pourquoi des gens de renom ou sans noms, prennent de leur temps et l’utilisent pour écouter, et dans la majorité des cas voyager aussi, pour apprendre des peuples zapatistes ?

Parce que pour ce qu’il en est de nous, hommes et femmes zapatistes, ne nous émerveille pas notre continue et persistant haut et bas dans la lutte pour la vie, c’est à dire pour la liberté. Ce qui nous surprend vraiment c’est qu’existent des personnes comme vous qui, pouvant choisir des destins plus enviables, confortables et réconfortants, décident de poser leur cœur dans les montagnes rebelles du sud-est mexicain pour de cette manière, avec nous, illuminer d’un éclair, un mois d’août dans le plus reculé recoin, dans le plus petit.

Pourquoi ? Serait-ce que peut-être vous avez l’intuition, vous comprenez, vous savez, que la lumière ne vient pas d’en-haut, mais qu’elle naît et grandit d’en-bas ? Qu’elle n’est pas le produit d’un leader, d’un chef, d’un caudillo, d’un savant, mais des gens du commun ? Serait-ce que dans vos additions le grand commence petit et que ce qui secoue le monde de temps à autre, commence avec à peine un murmure, tranquille, bas, presque imperceptible ? Ou peut-être imaginez-vous ce qu’est le vacarme d’un monde qui s’écroule. Peut-être savez-vous que les mondes nouveaux naissent des plus petits.

Finalement, que ce qui doit véritablement surprendre, c’est vous ici et avec nous, de ce côté-ci, quoi. Et je crois qu’ils est clair que je ne parle pas ni de calendrier ni de géographie.

-*-

Les dispenséEs

Nous, hommes et femmes zapatistes, avons eu la chance de pouvoir compter sur l’écoute, les paroles et les mains complices d’hommes et de femmes que nous regardons jusqu’en-haut pour leur grandeur morale. CertainEs d’entre-elles, d’entre-eux, n’ont rien dit directement à notre propos, ni contre, ni en faveur. Mais leurs mots sur la manière dont tourne le monde, le font.

Et il y a des personnes qui pourraient bien être de l’autre côté, avec ceux d’en-haut, ou avec ceux qui de différents endroits, voient en nous des concurrents, un obstacle, une gêne, un ennemi, un animal impossible à dresser et à domestiquer. Là-bas, depuis de tels endroits, ils pourraient obtenir des honneurs, des hommages et des salutations. Pour les obtenir, il suffit qu’ils prennent leurs distances d’avec nos pas ou d’adjoindre leur silence à celui, complice, des autres.

Certaines de ces personnes ont accepté l’invitation à la petite école par générosité. Sur le détour de du chemin de leur digne marche, ils ont toujours maintenu des ponts vers le passage le plus étroit, vers le plus oublié, le nôtre.

Y en a-t-il eu d’autres pour nous soutenir avant ? Oui, beaucoup d’hommes et de femmes, qui après, sur la crête de la nouvelle vague à la mode, nous ont demandé soumission et asservissement à la nouvelle tenue que portaient nos oppresseurs de toujours, mais aujourd’hui « de gauche ». Ils ont exigé de nous que, abattus, nous remerciions leur soutien en nous taisant face aux injustices de toujours, ornées de paroles mensongères. Tel celui qui ordonne, ils ont exigé de nous obéissance. Comme à celui qui ordonne, nous leur avons répondu avec rébellion.

Mais ces autres personnes compas, hommes et femmes de divers calendriers et géographies, jamais n’ont exigé ni soumission ni abandon. Et bien que leur regard fut et soit, bien souvent, critique avec notre démarche, il a toujours été et est complice. Elles et eux, sont la preuve que soutien n’est pas subordination (quelque chose que la gauche mondiale n’a toujours pas compris).

Elles et eux, nous les invitons, oui. Mais pas en tant qu’élèves. Dans notre raisonnement, ils/elles comprennent bien ce qu’est la liberté selon nous, hommes et femmes zapatistes. Nous les invitons pour qu’ils participent de cette joie de voir que notre démarche, bien que posée et déconcertante, continue et avance vers une seule destination, qui est également la leur.

Je vais écrire un certain nombre de noms. Ils n’y seront pas toutes et tous. Mais en les nommant, elles et eux, nous nommons celles et ceux qui devraient apparaître à nos côtés et, aussi, celles et ceux qui ne seront pas là parce qu’ils ont croisé la mort sur leur chemin. Mais ils sont dans notre mémoire, qui est la meilleure arme et le meilleur bouclier que nous ayons. Nous manqueront, par exemple : l’infatigable activité de la compañera et sœur Chapis ; la fermeté de la compa Rosa du Querétaro ; le regard-pont de Beverly Brancroft ; le rire joyeux de Helena, la lutte obstinée de Martha de Los Ríos ; la parole limpide de Tomás Segovia ; l’écoute savante de José Saramago ; les sentiments fraternels de Mario Benedetti ; l’ingéniosité de Manuel Vázquez Montalbán, la sérénité conséquente de Adolfo Sánchez Vázquez ; la profonde connaissance de Carlos Montemayor ; l’accolade fraternelle de Andrés Aubry et Angélica Inda, entre beaucoup d’autres.

Elles et eux, et quelques autres, bien qu’apparaissant sur la liste des invitéEs comme élèves, ne le sont pas. Ils sont, pour utiliser le jargon scolaire, dispenséEs.

Ce serait bon de les accueillir et de leur donner l’accolade, ici ou dans la géographie depuis laquelle, avec générosité, ils nous observent et nous écoutent. Qu’ils viennent ou qu’ils ne viennent pas, ils seront avec nous, tel qu’ils sont : nos compañeras et compañeros.

Je ne mets maintenant que quelques noms. Il y en a plus. A elles toutes et à eux tous nous feront parvenir, avec nos baisers, notre admiration et respect réitérés, la lettre de dispense qui n’est qu’un faux académique pour leur faire connaître notre gratitude. Voici donc quelques-unEs de celles et ceux qui sont dispenséEs, avec honneur, du cours « La Liberté selon les hommes et les femmes zapatistes » :

.- Nos grands-mères et mères bien-aimées, les Doñas du Chihuahua et du Sinaloa, du Mexique d’en-bas et à gauche.
.- Nos grands-mères et mères de la Place de Mai, dans la digne Argentine.
.- María Luisa Tomasini, notre grand-mère au Chiapas.
.- Pablo González Casanova.
.- Luis Villoro.
.- Adolfo Gilly.
.- Paulina Fernández C.
.- Óscar Chávez.
.- John Berger.
.- Carlos Aguirre Rojas.
.- Antonio Ramírez Chávez.
.- Domi.
.- Vicente Rojo.
.- Immanuell Wallerstain.
.- Gilberto López y Rivas.
.- Noam Chomsky.
.- María Luisa Capella.
.- Ernesto Cardenal.
.- Neus Espresate Xirau.
.- Marcos Roitman.
.- Arturo Anguiano.
.- Gustavo Esteva Figueroa.
.- Jorge Alonso Sánchez.
.- Hugo Blanco Galdós.
.- Miquel Amorós.
.- Neil Harvey.
.- John Holloway.
.- Malú Huacuja del Toro.
.- Armando Bartra.
.- Michael Hardt.
.- Greg Ruggiero.
.- Raúl Zibechi.
.- Eduardo Galeano.
.- Daniel Viglietti.
.- León Gieco.
.- Sylvia Marcos.
.- Jean Robert.
.- Juan Villoro.
.- Mercedes Olivera.
.- Bárbara Jacobs.
.- Le plus grand insurgé honoraire Félix Serdán.
.- María Jesús de la Fuente Viuda de O’Higgins.
.- Inés Segovia Camelo.
.- Obispo Raúl Vera.
.- Bárbara Zamora.
.- El Mastuerzo.
.- Rocko Pachukote.
.- Francisco Segovia.
.- Zach de la Rocha.
.- Centre des Droits de l’Homme Fray Bartolomé de Las Casas.
.- Juan Carlos Mijangos Noh.
.- Syndicat Mexicain des Électriciens (SME), Mexique.
.- Ignacio Del Valle.
.- Confederation Générale des Travailleurs, État Espagnol.
.- Víctor Flores Olea.
.- Magdalena Gómez.
.- Brigade Ambulante “Elisa Martínez”.
.- la bande twittos.
.- la bande des médias alternatifs.

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Conseils oisifs (parce que je sais bien que vous n’allez pas m’écouter).

Au sujet des échecs et des cauchemars.

Si, par exemple, votre petite école à vous, se trouve dans la zone du Caracol de la Realidad. Après une journée harassante, avec des ampoules aux mains et aux pieds, mais avec cette douleur joyeuse que seul donne l’apprentissage, vous vous asseyez à l’extérieur de la cassine. Vous sortez une cigarette et l’allumez tout en regardant comment la lumière du soir cède la place aux ombres de la nuit. Vous voyez ce qui vous entoure comme si tout bougeait au ralenti. Il y a comme un silence du quotidien, qui vous permet d’apprécier l’obstiné crépitement des grillons, les petites lumières joueuses des lucioles, les bzzz des moustiques. Alors vous vous décidez et sortez votre jeux d’échec portable. Vous mettez en place les pièces, quand s’approche un petit garçon ou une petite fille (vous calculez : entre 8 et 10 ans) qui se colle à vous en s’accroupissant. Le gamin-gamine regarde avec curiosité ce que vous faites et vous demande, avec une innocence sans le moindre soupçon : « Qu’est-ce que c’est ? » Vous vous sentez alors flatté de pouvoir enseigner quelque chose, surtout que depuis votre arrivée vous n’avez pas cessé de vous faire corriger par votre Votán et par la famille avec laquelle vous vivez maintenant. Vous tirez donc une taffe sur la cigarette et dites : « Ah, c’est un jeux, ça s’appelle les échecs ». Et arrive maintenant le moment décisif. Vous avez la tentation de dire ce que vous ne devez pas dire. Vous pensez, qu’après tout, ce n’est qu’unE gamin-gamine et que ce sera amusant de lui apprendre ce mystérieux jeux d’intelligence, de tactique et de stratégie. Vous prononcez alors les paroles maudites  : « Tu veux que je t’apprenne à y jouer ? » Et voilà. Votre chance s’en est allée. Le gamin, la gamine dira, en toute innocence, « D’accord, voyons si j’y arrive. » Ensuite: le cauchemar. Une fois passées les premières explications « ça, ça s’appelle un pion », « ça un fou », « ça un cavalier » et donc, le gamin ou la gamine, s’assoira face à vous et hop. Vous passerez toute la soirée et une partie de la nuit à vous entendre dire « échec et mat », encore et encore. Et plus tard, un peu avant que le sommeil rêvé prenne la place du sommeil réel, vous murmurerez : « Maudit Sup, j’aurais dû l’écouter ». Et moi, à la fois proche et lointain, j’allumerai ma pipe, piocherai une nouvelle fois dans mon sac de biscuits en forme de petits animaux et je penserai : « je déteste dire que je vous l’avais bien dit, mais je vous l’avez bien dit ». J’ai entendu médire dans des dizaines de langues différentes, quand les « maîtres » des échecs se font écraser par les enfants de la zone de la Realidad. Après tout, ce n’est pas pour rien qu’on appelle ce lieu la Realidad (Realité, ndt), non ?

Au sujet du football.

Si, par exemple, vous êtes dans la zone du Caracol de La Garrucha. Même situation qu’antérieurement. C’est maintenant un gamin qui vient avec un ballon en en jouant avec les mains. Il vous dit-demande-défie maintenant d’un « Et de là où tu viens on sait jouer au football ? ». Vous sentez alors que dans vos veines se rassemblent Pelé et Garrincha, Maradona et Cruyff, Ronaldo et Messi (pas à une soirée table dance, on se comprend), Puskas et Di Stéfano (je suis remontée bien loin dans le calendrier?), ou ceux qui correspondent à votre géographie et à votre calendrier. Moi, je vous conseille de simplement sourire et de parler du temps ou de n’importe quoi d’autre, mais… vous commencez à voir rouge et, bon, vous avez toujours pensé que le chauvinisme sportif a toujours été bien toléré même chez la gauche la plus radicale, et donc, sans tenir compte de mes conseils, vous remettez vos bottes-bottines-tennis-sandales-orteils et vous mettez debout avec un « Si on sait jouer au foot là d’où je viens ? Tu vas bien voir. Allons-y ». Et dans la nuit, lorsque vous serez dans la langueur d’un bon repos, vous referez le match et vous direz que c’est la faute du gardien, de la défense, des milieux, des avants, de l’arbitre, du terrain en pente, de la boue et de la merde du bétail, qu’après tout la raclée reçue n’est pas si terrible que ça, qu’il y aura la revanche un de ces jours. Mais, dans un dernier bâillement, vous murmurerez : « Maudit Sup, j’aurais dû l’écouter ». Et moi, à la fois proche et lointain, j’allumerai ma pipe et je m’appuierai en pensant : « je déteste dire que je vous l’avez bien dit, mais je vous l’avez bien dit ». J’ai vu des équipes multinationales d’authentiques « cracks » du ballon-pieds sombrer sur les « terrain de foot » du Caracol de la Garrucha. Dans cette zone, même les vaches savent tout de la magie de faire rouler un ballon.

Le Pozol Aigre. (le pozol est une sorte de soupe à base de maïs concassé, ndt)

Quelque soit la zone des 5 Caracoles où vous serez. Vous entendez « C’est la fête ! ». Vous vous levez, bien que tout votre corps vous fasse souffrir comme si vous aviez passé la journée à essayer de monter dans les transports publics, à l’heure de pointe dans votre géographie. Vous vous approcherez d’où provient le raffut. Et vous entendrez crier avec jubilation : « Pozol aigre ! ». Écoutez-moi : faites demi-tour et retourner à la cassine qu’on vous a attribuée. Si on vous en offre, excusez-vous d’un « merci, mais j’ai le ventre plein » et frottez-vous la panse avec une satisfaction affectée. Mais, double contre-sens, peut-être vous direz-vous « Bon, je suis venu partager, alors je dois aussi partager la joie que semble provoquer ce qu’ils appellent pozol aigre », et vous allez demander qu’on vous serve un verre-une tasse. Lorsque vous passerez la nuit entière assis sur les toilettes, vous aurez besoin d’allumer une cigarette, même si vous ne fumez pas, et à la lumière fugace du briquet, vous penserez : « Maudit Sup, j’aurais dû l’écouter ». Et moi, pas si près et bien loin, j’allumerai ma pipe et, tout en murmurant « je déteste dire que je vous l’avez bien dit, mais je vous l’avez bien dit », j’irai encore un peu plus loin, parce que, croyez-moi, il n’y a aucun tabac pour couvrir cette odeur.

La nourriture.

Si vous pensez que quelque chose peut vous faire du mal, ou si vous savez que vous le sentez mal, ou que c’est pas du goût de votre estomac, ne le mangez pas. Ne vous sentez pas obligéE de manger ce que vous ne pouvez pas manger. On ne vous regardera pas de travers, vous ne serez pas expulsé de la petite école, on ne vous critiquera pas, ni rien de tout ça. Par contre on vous donnera des médicaments pour le ventre et on vous demandera ce que vous pouvez manger qui ne vous fasse pas vous sentir mal. Parce que nous savons bien nous autres, que de l’aliment, ce qui réjouie et nourrit se trouve dans les mots qui l’assaisonne. Et bien sûr, vous pouvez amener ce que vous aimez manger, tout le temps et quand vous le partager.

Je ne parle pas de donner à chacun un morceau, mais de partager la façon de le préparer, la façon de le manger, et son histoire. Et non, partager ses maux d’estomac ne fait pas partie de la vie communautaire.

La Récréation.

Bien sûr, vous pouvez emmener un ballon, une guitare, une pièce de théâtre, un film, une histoire à raconter. Mais souvenez vous : tout doit être collectif. Non, pas le collectif duquel ou avec lequel (colectivo/collectif, nom donné aux camionnettes qui relient les villages et communautés isolées, ndt) vous êtes venus, mais votre collectif d’ici : votre famille et votre Votán. Si vous entendez quelqu’un dire « quel joie cette tonne », ne pensez pas qu’il s’agisse du poids du tiers de bois ou du bidon d’eau. Ce n’est qu’une de ces étranges traductions qui abondent ici : par « tonne » il faut comprendre « vent ». De rien.

Les slogans.

« Abandonnez tout espoir de rime », devrait-on lire à l’entrée des communautés zapatistes. Si quelqu’un près de vous répète un « slogan » pour la fête de bienvenue ou de fin des cours, et que vous l’entendez dire « non de non, si mais si, nous sommes super nombreux et nous allons gagner ». Qu’il ne vous vienne pas à l’idée de dire que ça ne va pas ou que ça ne rime pas, parce que vous serez alors criblé de « Pourquoi ? Par hasard on est pas super nombreux ? Peut-être qu’on ne va pas gagner ? » Et finalement un « Mais tu m’as compris, non ? ».

-*-

Allez. Et n’oubliez pas d’empaqueter trois choses basiques : un truc pour le froid, un truc pour la pluie et un truc dans lequel amasser les souvenirs.

Depuis les montagnes du Sud-est Mexicain.

SupMarcos.

Mexique, Août 2013.

 

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De Alí Primera, le classique “No basta rezar” (Il ne suffit pas de prier, ndt) par la voix d’un zapatiste lors du dernier Festival de la Rage Digne, au Chiapas, Mexique.

ici.

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Groupe musical de compas zapatistes de Los Altos du Chiapas.

ici.

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Chanson dansante régionale interprétée par des petites filles zapatistes au Chiapas, durant le Festival de la Rage Digne.

ici.

VOTÁN III

Texte original ici.

Traduction de la troisième partie de « Votán », communiqué de l’EZLN publié le 1er août.

 

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« Tant que vous n’aurez pas trouver les armes pour détruire les rêves, nous continuerons à rêver. », mars 2006 à Aguascalientes – photo @LeSerpentàPlumes
 
 

 

VOTÁN III.

Section pas de FAQ.

Tout ce que que vous auriez toujours voulu savoir au sujet des zapatistes, de leur célèbre petite école et des conséquences qui pourraient en découler si vous y assistez.

 

Juillet 2013.

Bon, il semblerait que s’éclaircisse plus ou moins le panorama concernant ce que, diable, nous pouvons bien penser, nous zapatistes, quand nous parlons de la petite école.

Mais c’est l’espoir que vous ayez à présent plus de questions que de réponses. Bien que ce qui concerne la façon de se chausser ne vous préoccupe plus, il reste des questions. Peut-être alors pensez-vous que peut être vrai tout ça, que la rébellion zapatiste en est une du XXIe siècle, habile dans tout ce qui touche au cybernétique (ils ont même un graffeur de murs virtuels). Vous allez donc à l’internet-café le plus proche, ou allumez votre ordinateur et cherchez : « Petite école zapatiste, Doutes, questions fréquentes, FAQ, etc. ».

L’écran offre alors, comme on dit, un « élégant tour cybernétique » afin d’éviter la surveillance de l’Agence de Sécurité Nationale gringa, et vous fait entrer dans le serveur ultra-secret des transgresseurs de la loi : le ZPS (« Zapatiste Pozol Server », pour son acronyme anglais). Après que soit apparu sur l’écran un acéré « Fuck You XKeyscore », vous remarquez qu’on vous demande un mot de passe pour entrer. Vous essayez «  MARICHIWEU » et l’écran répond « Non ». Vous essayez « [email protected] » et apparaît sur l’écran « Non plus ». Essayez « DURITO » et l’écran vous prie «Heu, n’y pensez même pas ». IrritéE par les obstacles, vous laissez un message spirituel, pas d’esprit virtuel, adressé au gouvernement nord-américain, et, au moment de signer, l’écran s’ouvre comme s’il avait été une porte très en 3D, son dolby et tout le toutim, et apparaît un message qui dit « Petite école zapatiste, PAS DE FAQ, – « Questions Peu Fréquentes, Ajoutez la vôtre à la fin- », suivi d’une grande liste de questions et réponses, du genre de celles qui suivent :

.- Trouvez la description la plus semblable à la vôtre, reliée à la question et regardez la réponse correspondante :

– Je n’ai pas fait d’études supérieures / Je ne suis pas artiste / Je ne suis pas une personne de renom / Je ne représente personne / Je ne suis ni un dirigeant ni le leader de quoi que ce soit / Je suis très jeune / Je suis d’âge très avancé / Jamais avant je n’ai été à l’école / Je suis nouveau, nouvelle dans la connaissance du zapatisme et je n’ai jamais été dans une communauté / Je n’étais pas né ou j’étais très petitE quand vous êtes apparus publiquement / Je ne m’étais rendu compte de rien jusqu’au jour de la fin du monde / Je ne l’ai su qu’il y a à peine une semaine et j’ai demandé qu’on m’invite / Je ne sais même pas pourquoi vous m’avez invitéE, si les zapatistes me déplaisent, bon en fait si les zapatistes me plaisent bien, mais le Marcos c’est un clown qui profite des pauvres indiens et moi-je-vais-vous-expliquer-comment-ne-pas-vous laisser-avoir-et-je-vais-vous-libérer / le etc à la mode / _____ (votre cas particulier)…

Questions :

Allez-vous me traiter en égal de celui ou celle qui connaît l’hymne zapatiste par cœur, qui a assisté à toutes les activités du/sur le zapatisme, qui a un t-shirt de l’EZLN, qui connaît la rengaine du « c’est un honneur d’être… » – ah non, ça c’est sur une autre chaîne -, qui a de super bottes et un équipement d’alpinisme de haute-montagne, qui a souvent été dans les communautés et a soutenu beauuucoup, mais beauuuucoup les indigènes ? Ça a beaucoup d’importance ça, à la petite école ? Est-ce que ça représente un obstacle pour assister au cours ou pour demander qu’on m’invite ?

Réponses (dans l’ordre respectif des questions) :

Oui. Non. Non.

Question :

Est-ce que je peux rester vivre dans une communauté zapatiste ?

Réponse :

Non.

Question avec argument :

Mais j’y ai bien réfléchi et je suis vraiment décidéE. Oui ?

Réponse répétée :

Non.

Insistance emphatique :

S’il vous plaît ? S’il vous plaît ? S’il vous plaît ? Oui ?

Réponse également emphatique (dans l’ordre respectif des questions) :

Non. Non. Non. Non.

Question :

Puis-je donner plus de 100 pesos pour le matériel de soutien scolaire, comme marque de solidarité avec les communautés indigènes zapatistes ?

Réponse :

Oui, mais ni nous ni personne d’autre ne connaîtra le montant, ni qui l’a donné. En vous inscrivant, vous passerez devant un pot ou une boîte (je ne sais pas ce qu’ils mettront) où vous déposerez vos cent pesos ou ce que vous voudrez. Personne d’autre que vous ne saura si vous avez donné seulement les 100 pesos, ou plus, ou moins, ou si vous y avez glissé une carte prépayée, un ticket de métro, ou de l’essence (de l’esprit, on se comprend). A la fin des inscriptions, les compas désignés videront le pot ou la boîte, et remettront ce qu’elle contient à une commission de la Petite école Zapatiste. Comme ça nous ne saurons pas non plus qui, ni à quel hauteur, a participé. Comme ça personne ne pourra demander ou exiger un traitement spécial V.I.P. parce que « tu ne sais pas qui je suis, ni les responsabilités et les prix que j’ai obtenu, ni cooombien, mais cooombien j’ai aidé les communautés, / et moi vous n’allez pas m’humilier en me mettant avec des gens qui ne sont peut-être même jamais venu dans une communauté, / et à moi vous n’avez rien à apprendre et plutôt à la place à me remercier pour tout, / et la seule image d’indigène que je digère c’est celle de celui, prostré, qui m’adore, l’image d’indigènes rebelles, c’est à dire, ingrats, m’est indigeste » (comme l’a fait une « illustre » personnalité du milieu artistico-culturel).

Question :

Je peux emmener un petit quelque chose à offrir à la famille qui va me recevoir ?

Réponse :

Non.

Bien sûr il serait tout à fait naturel que vous construisiez une relation affective avec celles et ceux avec qui vous allez cohabiter. Mais les « cadeaux » personnels déséquilibrent la communauté et déplacent la relation du terrain politique au personnel. Vous cessez alors de vous lier à une cause et commencez à vous lier à une personne, ce qui n’est pas mal non plus, mais vous ne venez pas vous faire des amis, mais pour apprendre. Ce qui va se passer, c’est qu’au CIDECI, vous pourrez déposer ce que vous voulez donner, soit lors de votre inscription, soit à la fin des cours. Les dons seront acheminés jusqu’aux Conseils de Bon Gouvernement qui répartiront, EQUITABLEMENT et entre toutes les communautés zapatistes, ce qu’ils auront reçu. Mais gardez à l’esprit que pour nous, c’est à dire pour les familles qui accueilleront l’un ou l’autre d’entre vous, l’important c’est la personne, pas ce qu’elle possède ou donne. Pour vous aussi, ce qui doit importer ce sont les peuples zapatistes dans leur ensemble, pas la famille ou le Votán particulier auquel vous êtes lié, car ce n’est pas un groupe de personnes qui vous accueille mais l’ensemble des peuples zapatistes organisés, synthétisés pour vous en une famille et unE gardienNE.

Question :

Pourquoi n’acceptez-vous pas que j’offre quelque chose à celles et ceux qui vont me recevoir dans leur maison, vont me nourrir, vont veiller sur moi, et vont m’instruire ?

Réponse :

Regardez, il y a des familles zapatistes qui ne vont accueillir personne, mais qui ont participé et participent avec des aliments, du matériel, du transport. Ils participent autant que la famille qui reçoit chez elle. N’y aura-t-il pas de petits cadeaux pour ces familles parce que vous ne las avez pas vu ? A elles vous ne donnerez pas vos coordonnées pour si une fois elles vont dans votre géographie ou pour qu’elles vous appellent ou vous écrivent ? Pour ces enfants que vous n’aurez pas rencontrés il n’y aurait ni bonbons, ni vêtements, ni jouets, ni cadeaux ?

Par exemple, il y a certains peuples zapatistes sous la constante menace de groupes paramilitaires. Comme la sécurité y est très précaire, ils n’ont pu accueillir d’étudiantEs de la petite école, parce que nous ne pourrions veiller sur nos invitéEs en ces lieux. Mais ces familles aussi se sont préparées, ont aidé celles qui vont vous accueillir, ils ont construit, balayé, lavé, passé la serpillière, ils ont peint, cuisiné, amassé du bois, ils ont contribué en donnant des aliments qui vous seront offert. Vous ne les connaissez pas, et ne les rencontrerez pas à la petite école. Si les agressions paramilitaires et policières augmentent, ils devront se déplacer. Peut-être serez-vous au courant, ou non (regardez le nombre d’entrées-lectures pour la dernière dénonciation des CBG), mais pour vous ils n’auront ni noms ni visages.

Ils seront invisibles, de même que des milliers de zapatistes. Y aura-t-il quelqu’un pour les prendre en compte bien qu’ils soient invisibles pour vous et les autres ?

Oui, nous, leurs compagnonNEs. C’est pour ça que ce que nous recevons de l’extérieur, nous cherchons à le répartir équitablement : on le répartit plus et mieux aux plus nécessiteux.

Autre chose au sujet des dons. Nous savons bien que là, à l’extérieur, prédomine ce stéréotype qui dit que les indigènes sont objet de pitié et d’aumône, qu’il faut leur donner ce qui reste ou ce qui gêne, plutôt que de le jeter. Quelque chose comme une espèce de syndrome « Téléthon » généralisé. Son équivalent dans la classe politique est dans le photoshop de l’aumône (rien qui ne puisse se maquiller avec une campagne « contre la faim »… ou avec une photocopieuse).

« L’aspirine de la conscience » comme nous l’appelons, nous autres, hommes et femmes zapatistes.

Et par où nous sommes passés dans notre grand haut et bas de la lutte, nous avons vu beaucoup de choses. L’une d’entre elles c’est que dans les moments difficiles, ceux qui ont le plus, donnent ce qui reste ; et ceux qui ont le moins, donnent ce qui leur manque. Quelqu’un ayant de l’argent et des biens, donne les couvertures qu’il n’utilise plus, les vêtements qui ne lui vont plus, les chaussures passées de mode, la monnaie qui ne lui fait pas défaut. Et celles et ceux qui à chaque minute de chaque jour doivent se battre pour, avec une petite paye, avoir quelque chose à mettre dans leurs assiettes, en plus d’un manteau râpé ou même pas, donnent cette monnaie dont ils ont besoin pour couvrir le coût de leur survie.

Ce peuple indigène, le zapatiste, ne mérite pas votre pitié. Malgré le mépris reçu pour être une mode passagère ou pour nier que nous fassions partie des rouages du mouvement « historique » dans la conjoncture actuelle, nous nous sommes levés avec dignité, de même qu’il y a 20, 50, 500 ans. Et nous continueront à le faire. Ne nous insultez pas avec une aumône.

Nous ne vous avons rien demandé qui ne soit juste : le seul paiement du coût du matériel de soutien (cent pesos) et votre disposition à l’apprentissage. Nous vous hébergeons. Nous vous nourrissons. Ce ne sera ni un hôtel 7 étoiles ni un buffet gastronomique, mais dans chaque tortilla, chaque petit haricot rouge, chaque légume, chaque couche ou hamac, chaque nylon pour la pluie, se trouve la tendresse et le respect de nous toutes et tous pour vous, parce que vous êtes notre invité, notre invitée, notre compañero, notre compañera, notre compañeroa.

Vous ne nous devez rien et ne nous devrez rien. A la petite école ne succède pas la militance, l’appartenance organique, l’assujettissement au commandement, le fanatisme. Ce qui succède à la petite école c’est quelque chose qui, à vous et à vous seul, correspond de décider… et agir en conséquence. Nous ne vous invitons pas pour vous recruter, vous former ou déformer, vous programmer ou, comme on dirait aujourd’hui, vous faire un « reset ». Nous avons ouvert une porte et vous avons invité à entrer afin que vous voyiez à quoi ressemble notre maison, celle que nous avons bâtie avec l’aide de personne du monde entier, qui eux c’est vrai, ne nous ont pas donné leurs restes, mais leurs regards et leurs écoutes de camarades, et à qui jamais il ne serait venu à l’idée que nous devrions leur être éternellement reconnaissants, ni leur vouer un culte comme on voue un culte à ceux qui possèdent et ordonnent.

Vous êtes ce que vous êtes, et à vous seul devra correspondre la façon de continuer, ainsi ou d’une autre manière.

Et pour conclure ce bout de la section de Questions Peu Fréquentes :

Vous n’êtes pas une grande personnalité ? Vous n’avez pas fait de longues études ? Vous n’avez jamais été dans une communauté zapatiste ? Vous n’étiez même pas né quand l’EZLN a été rendue publique ? Vous ne vous étiez rendu compte de rien avant le jour de la fin du monde, ou après ?

Ne vous occupez pas ni ne vous préoccupez de ça. Ici on ne regarde pas les CV académiques, ni les calendriers d’ancienneté dans la vie ou dans la lutte, mais les cœurs. Ici viendront des doctorants et des gens qui n’ont peut-être même jamais été en maternelle ; des personnes de plus de 90 ans et d’autres qui n’ont pas encore effeuillé un calendrier. Toutes, tous, toustes, nous les recevrons avec la même tendre camaraderie, nous allons nous en occuper avec ce que nous avons de mieux, nous leur apprendrons de même ce que nous sommes, et nous allons veiller sur eux avec le même soin.

Alors laissez ces objections, ces traumas et ressentiments pour votre série-télé préférée.

Pensez plutôt, par exemple, qu’à votre retour, vous pourrez dire à votre famille, vos amiEs, ou mettre sur votre blog ou sur votre profil, quelque chose comme :

« Je me souviens du Pablo (González Casanova), le Luis (Villoro), l’Adolfo (Gilly), l’Immanuel (Wallerstein), la Paulina (Fernández Christlieb), l’Oscar (Chávez), untel qu’on appelait « le Cornichon » pour ce qu’il était, tel autre qu’on appelait « le Rocco » je ne sais pas pourquoi, quelques potes qui montaient des groupes aux noms étranges comme le Commando Cucaracha (commando cafard, ndt), SKA-P et Louis Ling et les Bombes, et d’autres compas dont je ne me souviens plus maintenant, on étudiait ensemble à l’école et on foutait le bordel à la récré, et bien entendu on nous punissait pour n’avoir pas fait nos devoirs. Et un jour ils ont surpris le Toño (Ramírez Chávez) et la Domi (la seule Domi qu’il y a) qui graffait le mur qui donne sur l’extérieur, sur nos mondes, et, avec eux, chacun ayant attrapé ce qu’il pouvait nous nous sommes tous et toutes mis à peindre. Mais là-dessus est arrivé le concierge, et bref on s’est tous et toutes mis à courir. Le concierge est resté là à regarder le mur, il est parti et est revenu avec un pot de peinture et un pinceau. Nous, on pensait qu’il allait effacer tout ce que, avec beaucoup de couleurs et de figures, nous avions tous et toutes peint. Mais non. Vous n’allez pas me croire mais en fait le concierge a pris le pinceau et s’est mis à peindre le mur. Mais le tout très différent, parce que le concierge a seulement dessiné une fissure sur le mur… et il est parti. Mais le plus bizarre c’est que, chaque jour que nous passions à l’école, la fissure dessinée est d’abord devenue réelle, puis s’est agrandie et est devenue plus profonde. Le dernier jour de classe, on s’est toutes et tous réuniEs face au mur, à regarder et espérer que la fissure finisse par casser le mur. On en était là quand est passé une compa zapatiste avec un passe-montagne plein de couleurs amusantes et elle nous a dit : « Que faites-vous ici puisque maintenant l’école est finie ? Dépêchez-vous de rentrer chez vous ! » On est tous et toutes partiEs. Bon, je vous raconte ça pour que vous voyez que oui, j’ai étudié. Hein ? Comment c’est pour quoi faire la peinture en aérosol ? Rien, juste qu’en voyant le mur, là, en face, celui derrière lequel vit celui qui ordonne. C’est un si grand mur, si bien gardé, si solide, si puissant, si intimidant, si indestructible, si gris. Et en y réfléchissant je me suis dit : « Ce qui manque à ce mur, c’est… une fissure ».

 -*-

Allez. Salut et n’achetez pas de peinture ni de pinceau, car vous les portez dans votre cœur. Simplement, cherchez-les bien. Ce que vous en faites est une partie de votre liberté.

Depuis les montagnes du Sud-Est Mexicain.

Le SupMarcos.

Concierge, surveillant et balayeur de la Petite École Zapatiste (ne laissez pas votre bazar!).

Mexique, juillet 2013.

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Écoutez et regardez les vidéos qui accompagnent ce texte.

Extrait d’une stupéfiante parodie du Téléthon et des équivalents festifs de l’aumône. La troupe entière donne 31 minutes de campagne afin de récolter des fonds et sauver l’archi-multimilliardaire Monsieur Manguera, propriétaire de la chaîne de télévision. Je vous recommande le programme complet, je n’ai pas tout mis car c’est très long.

ici.

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Sevillanes Indignées, jerezianas et andalouses, que débit, avec humour, grâce, talent et savoir coquin. Dedicacées à qui n’a pas peur.

ici.

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Eduardo Galeano raconte ce qu’est le monde, c’est à dire, ceux qui sont aux mondes, et prévient que… enfin bon, écoutez-le.

ici.

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Oscar Chávez (un de ceux qui nous a le mieux regarder, c’est à dire, compris) avec “Los Paliacates”, accompagné de Los Morales.

ici.

VOTÁN II.

Texte original ici.

Traduction de la deuxième partie du communiqué « Votán », publié le 30 juillet.

 

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Base de soutien de l’EZLN, lors du lancement de l’Autre Campagne,
le 1er janvier 2006 – photo @LeSerpentàPlumes

VOTÁN II.

Les GuardienNEs

 

Juillet 2013

Bon, maintenant je vais vous expliquer comment ça va se passer tout ça, la petite école (la liste des fournitures scolaires, la méthodologie, les maîtres et maîtresses, le programme, les horaires, etc.), en commençant par…

Ce dont vous avez besoin.

Objectivement, la seule chose dont vous ayez besoin pour assister à la petite école zapatiste (en plus d’être invité, bien sûr, et vos cent petits pesos pour le matériel, livres et dvd) c’est d’être disposé à écouter.

Vous n’avez donc pas à faire grand cas des conseils et recommandations de ces personnes, aussi bien intentionnées soient-elles, qui vous disent d’emporter tel ou telle équipement, en se vantant d’avoir « été dans les communautés ».

Qui a réellement été dans les communautés ne le crie pas sous les toits, et sait bien que que ce dont on a vraiment besoin c’est savoir regarder et écouter. Parce que des gens qui sont venus pour nous parler (et pour prétendre nous diriger ou pour nous offrir leur aumône en argent ou en « savoir ») il y en a eu et il y en aura encore, toujours trop. Et ceux venus pour écouter sont bien peu. Mais de cela nous reparlerons une autre fois.

N’achetez donc rien de spécial (j’ai lu que quelqu’un n’avait qu’une vieille paire de tennis, super). Emmenez n’importe quel cahier et porte-mines ou un crayon. Inutile de vous charger avec votre ordinateur, votre smarphone, votre tablette ou ce qu’on utilise aujourd’hui, mais vous pouvez les emmener si vous voulez. Par contre, il n’y aura pas de réseau là où vous serez. Il y a internet dans certains caracoles mais dont la vitesse est, comment dire… comme « Pégase », la monture de Durito. Mais, vous pouvez emmener votre comment-ça-s’appelle-déjà pour écouter de la musique. Oui, vous pouvez emmener appareils photos et caméras. Oui, vous pouvez enregistrer et prendre des photos et vidéos mais seulement en suivant les règles que le Sous-commandant Insurgé Moisés vous communiquera. Bien sûr, vous pouvez emporter votre ours en peluche ou son équivalent.

Quelques choses qui pourront vous être utiles : une lampe de poche. Votre brosse à dents et une serviette (au cas où vous auriez envie et qu’il soit possible de se doucher). Au moins une tenue de rechange, pour si vous vous roulez dans la boue. Vos médicaments, si vous en avez besoin et s’ils vous ont été prescrits par quelqu’un de qualifié. Une poche plastique pour vos pièces d’identité et votre argent (ayez toujours ces deux choses sur vous – la pièce d’identité ne vous sera demandé qu’à l’inscription afin de vérifier que vous êtes bien vous-même-). Une autre poche plastique pour les affaires de classe qu’on va vous remettre. Et vos vêtements (sous-vêtement – si vous en utilisez – et vêtement) mettez les aussi dans un sac plastique.

Rappelez-vous : vous pouvez emmener tout ce que vous voulez, mais tout ce que vous emporterez vous devrez le porter vous-même. Donc rien du genre « tiens je vais prendre mon piano au cas où j’ai le temps de m’exercer au do-ré-mi-fa-sol-la ». Et non, vous ne pouvez pas non plus emporter votre Xbox, ps3, wii, ni même cette vieille console Atari.

L’indispensable ne peut être acheté, mais vous l’emmenez incorporé à votre personne et vous pouvez le trouver, en partant de votre cou, en-bas et à gauche.

Bien, ceci étant clair, je vous mets ci-dessous la liste de ce dont vous aurez besoin pour assister à la petite école dans les communautés. Sans cela VOUS NE SEREZ PAS ADMIS :

.- Inaptitude à parler et juger.

.- Aptitude à écouter et regarder.

.- Un bon cœur.

Alors peu importe votre race, votre âge, votre genre, votre préférence sexuelle, votre lieu d’origine, votre religion, votre scolarité, votre taille, votre poids, votre apparence physique, votre équipe, votre « ancienneté » à suivre le zapatisme… votre manière d’être chaussé ou déchaussé.

Ah oui, au fait, n’emmenez pas vos chaussures à talons aiguilles qui bien sûr vous vont très bien, mais que vous casserez dès vos premiers pas dans…

L’espace scolaire et les horaires.

Selon nous, hommes et femmes zapatistes, le lieu d’apprentissage-enseignement, l’école quoi, est collectif. C’est à dire, la communauté. Et les maîtres et maîtresses, les élèves forment ensemble le collectif. Toutes et tous. C’est pourquoi il n’y a pas un maître ou une maîtresse, mais un collectif qui enseigne, qui montre, qui forme, et en lui et avec lui, la personne apprend et à son tour enseigne.

Ainsi donc, en assistant au premier jour de classe en communauté (à d’autres moments cela changera), n’espérez pas trouver le modèle traditionnel de l’école. Dans ce que nous vous avons préparé, « l’amphi » ou « la salle de classe » n’est pas un espace clos, avec un tableau et un ou une prof devant, dispensant son savoir aux élèves, les évaluant et les sanctionnant (c’est à dire, les classe : bons et mauvais élèves), mais l’espace ouvert d’une communauté. Et pas une communauté sectaire (ici se côtoient zapatistes et non zapatistes, et, parfois même, des anti-zapatistes), ni hégémonique, ni homogène, ni fermé (toute l’année des personnes de différents calendriers et géographies la visitent), ni dogmatique (ici on apprend aussi des autres).

En conséquence, ne pensez pas venir à une école avec des horaires habituels. Vous serez en cours à toutes heures et tout le temps que durera votre séjour. La partie la plus importante de votre présence à l’école sera de cohabiter avec la famille qui vous accueillera. Vous irez avec elles et eux chercher du bois, cultiver le maïs, à la rivière-fleuve-source, vous cuisinerez et mangerez avec elles et eux (évidemment, vous mangerez ce qui ne vous fera pas de mal et ce que vous permettent vos convictions – par exemple, si vous êtes végétarien ou vegan, on ne vous donnera pas de viande, mais prévenez avant parce que les compas, lorsqu’ils sont contents d’avoir de la visite, préparent du poulet ou du cochon (le cuche est un plat typique de la région de Costa Grande confectionné à partir de cochon, ndt), et la communauté ou la municipalité autonome ou le conseil de bon gouvernement, prend parfois sur le bétail collectif et fait du bouillon pour toutes et tous-), vous vous reposerez avec elles et eux et, surtout, vous vous fatiguerez ensemble.

Bref, comme on dit, ces jours-là vous ferez partie d’une famille indigène zapatiste.

C’est pour ça que nous n’accepterons pas que quelqu’un vienne avec sa tente ou sa caravane. C’est pour ça qu’il y a un nombre de place limité. Parce que ces terres peuvent accueillir beaucoup de monde, mais les cassines zapatistes seulement quelques-uns. Si vous voulez camper, profiter de la nature, et ses équivalents bucoliques, très bien, mais pas ici à ces dates.

Vous ne serez donc pas avec votre bande, groupe ou collectif. Ni avec d’autres citoyenNEs. Si vous venez avec votre famille, votre moitié ou votre paire, vous pourrez rester avec si vous le voulez, mais c’est tout. Pas de « nous qui venons de tel coin on va se réunir pour faire du raffut ou pour causer ou pour chanter à la lumière du feu ou pour quoi que ce soit d’autre ». Cela vous pouvez le faire dans vos géographies et d’autres calendriers. Vous venez ici (ou vous et votre famille, moitié ou paire) participer au quotidien et au savoir du peuple indigène zapatiste, et, bien sûr aussi d’indigènes qui ne sont pas zapatistes.

Le peuple zapatiste est un peuple qui a pour particularité non seulement d’avoir défier le puissant, et pas seulement non plus de s’être maintenu en rébellion et en résistance depuis 20 ans. Mais aussi, et surtout, pour avoir réussi à bâtir (dans les conditions que vous connaîtrez personnellement) la définition indigène zapatiste de la liberté : gouverner et nous gouverner en accord avec nos manières, en notre géographie et dans ce calendrier.

En effet, ce « en notre géographie et dans ce calendrier » marque une distance appréciable avec d’autres projets. Non seulement ça prévient qu’il ne s’agit pas d’un modèle à suivre (certaines choses nous ont réussi, d’autres non), un nouvel évangile ou une mode prête à être exportée. Ce n’est pas non plus un « manuel de construction de la liberté ». Pas même pour tous les peuples originaires du Mexique, et moins encore pour les peuples qui luttent aux quatre coins du monde.

De plus, faites bien attention, nous définissons une temporalité. Ce que vous verrez par vous-même, vaut pour nous maintenant. Les nouvelles générations avanceront en construisant leurs propres chemins, à leur propre manière et à leur rythme. Un concept de liberté ne s’hérite pas de l’esclavage de soi-même.

Parce que telle est pour nous la liberté : exercer le droit à se construire soi-même un destin, sans que personne ne nous commande ni ne nous dise ça oui et ça non. En d’autres termes : notre droit à tomber et à nous relever nous-mêmes. Et nous savons bien que cela se construit avec révolte et dignité, en sachant qu’il y a d’autres mondes et d’autres manières, et que, comme nous, nous construisons, chacun construit son identité, c’est à dire, sa dignité.

Deux fois seulement durant la semaine où vous vivrez avec les communautés zapatistes, vous assisterez au Caracol à une réunion de toutes et tous les élèves de la zone où vous serez. Lors de cette réunion, où seront réunis beaucoup de couleurs et de manières de différents calendriers et géographies, il y aura un maître ou une maîtresse qui sera là pour essayer de répondre aux questions et aux doutes qui auront surgi durant votre séjour. Cela parce que nous pensons qu’il sera bon pour vous de savoir quels doutes a eu, par exemple, celui ou celle venuE d’un autre pays, d’un autre continent, d’une autre ville, d’une autre réalité.

Mais ce que la petite école a de fondamental, vous l’apprendrez avec votre…

Votán.

Au cours de nombreux mois, des dizaines de milliers de familles zapatistes se sont préparées à recevoir celles et ceux qui viennent à l’école en communauté. Avec elles, des milliers de femmes et d’hommes, indigènes et zapatistes se sont conforméEs en un Votán en même temps individuel et collectif.

Il vous faut donc savoir quel est le lieux du Votán à la petite école. Parce que finalement le Votán c’est, comme on dit, la colonne vertébrale de la petite école. C’est la méthode, le programme d’étude, la maîtresse-maître, l’école, la salle, le tableau, le cahier, le crayon, le bureau avec la pomme, la récréation, l’examen, le diplôme, la toge et la toque.

Concernant ce que signifie « Votán » (ou “Uotán”, ou “Wotán”, ou “Botán”) il a beaucoup était dit et écrit : par exemple, que le mot n’existe pas dans la langue maya et que que ce n’est qu’un mot, mal entendu et mal traduit, de «  Ool Tá aan », qui serait quelque chose comme « Le Cœur qui Parle » ; en référence au tremblement de terre ; ou au rugissement du jaguar ; ou le palpitement du cœur de la terre ; ou le cœur du ciel ; ou le cœur de l’eau ; ou le cœur de la montagne ; ou tout ceci et plus encore. Mais, comme presque chaque fois qu’il est fait référence aux peuples originaires, il s’agit de version de version de qui a prétendu dominer (parfois avec la connaissance) ces terres et leurs habitants. Et donc, à moins que vous n’aimiez vous perdre en élucubrations sur les interprétations d’interprétations (qui finissent par ignorer les inventeurs), nous nous référerons ici à la signification que nous, hommes et femmes zapatistes, donnons à «  Votán ». Et ce serait quelque chose comme « gardien et cœur du peuple », ou « gardien et cœur de la terre », ou « gardien et cœur du monde ».

Chaque étudiant de la petite école aura dans son «  Votán », un gardien ou une gardienne, peu importe l’âge, le genre ou la race de l’élève.

C’est à dire, qu’en plus de la famille avec laquelle vous cohabiterez ces jours-là, vous aurez un tuteur ou une tutrice qui sera celui ou celle qui vous aidera à comprendre ce qu’est la liberté selon nous, femmes et hommes zapatistes.

Les gardiens et gardiennes sont des personnes comme toutes les autres. Seulement ce sont des personnes qui se sont rebellées contre le puissant qui les exploitait, les méprisait, les spoliait et réprimait, et ont mis leur vie là-dedans. Cependant, le «  Votán » que nous sommes ne prêche pas le culte de la mort, de la gloire ou du Pouvoir, mais il chemine à vie dans la lutte quotidienne pour la liberté.

Votre Votán personnel, votre gardien ou gardienne vous contera notre histoire, vous expliquera qui nous sommes, où nous avons été, ce pourquoi nous luttons, comment nous le faisons, avec qui nous voulons le faire. Il vous parlera de nos réussites et de nos erreurs, étudiera avec vous les textes des livres, lèvera les doutes qu’il pourra (s’il ne peut pas, c’est à ça que servira la réunion générale), vous parlerez avec lui en espagnol (la famille avec laquelle vous cohabiterez vous parlera dans sa langue maternelle tout le temps), il vous traduira ce que dit la famille, et traduira à la famille ce que vous voudrez dire ou savoir, il marchera à vos côtés, ira avec vous au champ ou au bois ou à l’eau, cuisinera avec vous, mangera avec vous, chantera et dansera avec vous, dormira près de vous, vous accompagnera lorsque vous irez au toilettes, vous dira quelles bestioles éviter, vérifiera que vous preniez vos médicaments, en résumé : il vous enseignera et prendra soin de vous.

Vous pourrez lui demandez ce que vous voulez : si nous sommes les rejetons de Salinas, si le SupMarcos est mort ou en train de se dorer la pilule sur les plages européennes, si le SupMoy va arriver, si la terre est ronde, si il croit aux élections, s’il supporte les Jaguars (équipe de foot du Chiapas, ndt), etc, etc, etc. A la différence d’autres maîtres et maîtresses, le gardien ou gardienne, s’il ne connaît pas la réponse, vous dira : « Je ne sais pas ».

Votre Votán sera aussi votre traducteur simultané sans piles. Parce qu’ici, autant que possible, on vous parlera toujours dans la langue maternelle. Seul le gardien ou gardienne peut vous parler en castillan. De cette manière vous percerez à jour ce qui se passe quand un indigène tente de parler dans la langue dominante. La différence fondamentale c’est que vous, ici, ne serez pas déprécié ou moqué pour ne pas comprendre ce qu’on vous dit ou à cause de votre mauvaise prononciation. Il y aura des rires, bien sûr, mais de sympathie pour vos efforts pour comprendre et vous faire comprendre. Et, attention, votre Votán ne traduira pas seulement des mots, mais des couleurs, des sons, des mondes entiers, c’est à dire, une culture.

A la réunion à laquelle vous assisterez avec vos condisciples de la zone, vous ne pourrez poser votre question directement à la maîtresse ou au maître, vous devrez la poser à votre gardienNE, qui la traduira au maître, qui répondra dans sa langue maternelle, et que le gardien vous traduira. Bien sûr vous resterez avec le doute de savoir si votre question a bien été traduite ou si la réponse reçue est celle donnée par le maître. Mais ne disent-ils pas qu’il est juste qu’un indigène comparaisse devant les instances gouvernementales de justice avec un traducteur de mots ? Ou peut-être que dans les tribunaux on traduit des cultures ? Vous comprendrez ainsi que ce qu’il nomme « égalité juridique » n’est qu’un épouvantail de plus de la justice dans notre monde. Où est l’égalité juridique quand la traduction de mots tels que « liberté », « démocratie », « justice », se fait avec les propres mots de ceux qui veulent faire de nous des esclaves, nous déposséder, nous faire disparaître. Où est l’égalité quand l’accusation, le jugement et la condamnation sont prononcés par un système juridique, qui en plus d’être corrompu, est imposé avec la langue du Donneur d’ordre ? Où est la justice quand le système qui juge est basé sur le principe d’une spoliation culturelle ?

Voilà pourquoi telle est la petite école. Voilà pourquoi tel est le Votán. Parce que…

Le nous sommes.

Votre Votán est un grand collectif concentré en une personne. Lui ou elle ne parle pas ni n’écoute en tant qu’individu. Nous toutes et tous les zapatistes, sommes chaque Votán.

Il y a une semaine, nous, les Sous-commandants Moisés et Marcos, avons avons rendu la charge de porte-voix de l’EZLN à des milliers d’hommes et de femmes indigènes zapatistes pour le temps de la petite école. Durant ces jours d’août (puis ensuite en décembre et janvier prochain), tout l’EZLN parlera par leurs voix, écoutera avec leurs oreilles, et dans leurs cœurs palpitera le grand nous que nous sommes.

Ainsi en ces journées de petite école, vous aurez comme maître et maîtresse, rien de moins ni rien de plus que l’autorité maximale zapatiste, le/la chef suprême de l’Armée Zapatiste de Libération Nationale : Votán.

Et Votán se charge aussi de…

Les enfants.

Si l’élève est mineur (12 ans ou moins), une gardienne par enfant accompagnera la mère/ou le père tout le temps, l’aidera à en prendre soin, pour qu’il/elle ne tombe pas malade, qu’il/elle prenne ses médicaments, qu’il/elle joue, qu’il/elle apprenne, qu’il/elle soit contentE. Si il/elle sait lire, elle étudiera avec les enfants le livre de textes, leur racontera comment vivaient les enfants indigènes avant le soulèvement et comment ils vivent maintenant, leur racontera des histoires terribles et merveilleuses, des contes, des blagues, leur chantera « la del moño colorado » (chanson populaire mexicaine, ndt). Et si ils se portent mal, elle leur dira de ne pas faire ainsi, car sinon viendra le SupMarcos avec son grand sac de gâteaux et il ne leur en donnera même pas un, même si se sont des petits animaux, et le grand Don Durito de La Lacandona ne leur racontera pas quand il s’est battu, tout seul, contre 3,141592 dragons édentés, ni la merveilleuse histoire de Petite lumière et le Chat-Chien qui, je me le suis laissé dire, laisse loin derrière les Ironman, Batman, Les Vengeurs, L’Homme-Araignée, X-Man, Wolverine, et tout ce qui sort actuellement.

Toutes et tous les enfants, avec celles et ceux de leur famille qui les accompagnent, seront dans la zone la plus proche de San Cristobal de Las Casas, dans les meilleurs conditions que nous pouvons leur offrir. Des lieux seront spécialement aménagés pour eux, avec leur mère/père, pour qu’ils n’aient pas trop froid, ni ne se mouillent s’il pleut. Seront présent également des compas qui connaissent bien la santé et les premiers soins. Et pour toute urgence, 24h/24 seront disponibles deux ambulances et deux véhicules pour transférer l’enfant à la ville si c’est ce que préconise le docteur, ou ils iront chercher des médicaments si besoin est. Si il est nécessaire que la famille retourne à sa géographie particulière, nous avons une petite réserve économique pour les aider pour les billets, ou l’essence, pour rentrer si cela est nécessaire avant la fin de la période scolaire.

Pour résumer : les enfants auront un traitement spécial. Mais ni elles et eux, ni les adultes n’éviteront…

L’évaluation.

C’est la plus difficile que vous ayez jamais imaginée. Elle ne consistera pas en un examen, une thèse ou un questionnaire à choix multiple ; il n’y aura ni jury ni assemblée de synodes avec des titres universitaires.

Votre réalité sera l’évaluation, dans votre calendrier et géographie, et votre synode sera… un miroir.

Et là vous verrez si vous pouvez répondre à l’unique question de l’examen final ! Qu’est-ce que la liberté selon toi/vous ?

-*-

Allez. Salut et croyez-moi, je dis ça d’expérience, ce qu’on apprend le plus ici c’est à demander. Et ça vaut la peine.

Depuis les montagnes du Sud-Est Mexicain.

SupMarcos.

Mexique, juillet 2013.

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Écoutez et regardez les vidéos qui accompagnent ce texte.

Eduardo Galeano nous narre une anecdote d’un maître et ses élèves.

ici.

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La liberté c’est, par exemple, exiger la liberté pour toutes et tous les prisonnierEs Mapuche. La chanson s’intitule « Cosas simples » (Choses simples », du groupe chilien Weichafe (Guerrier).

ici.

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“Luna Zapatista” (Lune Zapatiste), de Orlando Rodríguez et Miguel Ogando, avec “El Problema del Barrio”, dessins de Juan Kalvellido. Edition de la vidéo: Orlando Fonseca.

ici.

VOTÁN I.

Texte original ici.

Traduction de la première partie de « Votán », communiqué de presse de l’EZLN publié le 28 juillet. Cette série de communiqué complète les communiqués sur la petite école zapatiste.

 

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« Je ne veux pas voter, je veux vomir. Lesbienne Féministe » Prise de parole d’une lesbienne féministe pendant le meeting de l’Autre Camapgne à Aguascalientes. – photo @LeSerpentàPlumes

 

 

 

 

VOTÁN I.

Un scarabée sur le réseau

(Durito version freeware)

 

Juillet 2013.

 

Avant de vous expliquer comment ça va se passer la petite école (quelque chose comme un « manuel de voyage » ou « manuel de mauvaises manières » ou « manuel de survie »), nous allons sortit voir où ils en sont là-haut. Non que nous soyons dispersés (nous le sommes, sans aucun doute), mais parce que nous essayons de regarder leurs calendriers et leurs géographies, c’est -à-dire, que nous essayons de comprendre.

Donc, soyez aimables et patients, et accompagnez-nous dans ce regard depuis ici jusqu’à leur là-bas. On verra… mmh…

Tant de conjoncture-historique en essayant, en vain, d’attirer l’attention avec les gros titres des journaux. L’imposture médiatique mis maintenant en échec par les hashtags – peu importe comment on dit – (« viraux » dit-on, pour massifs, et par pour nocifs… Ou si?).

Ah, la désespérance des communicologues, politologues, éditorialistes, rédacteurs en chef : les thèmes « d’actualité » ils ne les écrivent plus, ils les signalent, imposent leurs analyses – bien souvent lubrifiées par des billets de toutes les couleurs-, mais chacun à sa manière, selon son calendrier, sa géographie.

Laissons pour un moment de côté cette pathétique relation entre les personnalités du spectacle et de la politique à tous les niveaux – la royauté, ministres, présidents, gouverneurs, législateurs-, dont la « transcendance » n’intéresse que le journalisme frivole (c’est-à-dire, toute la presse payante). Les réflexions des politologues et de journalistes sur ce sujet n’attire plus que les toujours plus rares « professionnels du commentaire » dans leurs colonnes.

Dans la phrase « twittesque » de Durito : « De la relation entre le boniment et la politique, il faut dire : photoshop les crée et elles et eux s’assemblent »

Parce que maintenant il ressort que les gens (cette masse rebelle qui ne regarde pas là où on lui dit de regarder, ni n’écoute ce qu’on lui ordonne d’écouter), a acquis la manière de ramener le quotidien au premier plan : comment se coiffer, ce qui m’est arrivé dans tel lieu, ce que j’aime-j’aime pas, ce que-j’ai-vu-entendu-qu’on m’a dit-qu’ils disent, les crimes qui n’apparaissent pas dans les médias de communication payant, les ridicules répétitions des gouvernants (avant occultées par des montagnes d’argent dans les placards de la communication payante), maintenant exposé sans contrôle.

Que le supposé chevalier de la liberté et de la démocratie, le gouvernement nord-américain, espionne impunément ou commette des barbaries et demi sur toute la planète ? Hop ! Le réseau devient aussi tôt la main irrévérencieuse qui fait tomber la mise en scène derrière laquelle se cache la grande obsession du Pouvoir : contrôler tout et tout le monde, en sachant tout de tout.

Et, rapidement, quand le Pouvoir se rend compte que ça ne valait pas le coup de payer autant pour que les réflecteurs principaux (les médiatiques) s’éteignent ou se concentrent sur le spectacle idiot à la mode, les respectables, les gens, la plèbe, la bande, allument leurs petites lumières, mais pas pour accompagner rythmiquement la petite chanson d’en-haut, mais pour mettre en évidence que le roi-prince-ministre-président-gouvernant-législateur est nu.

Se sachant exposé, le Pouvoir n’arrive qu’à balbutier des incohérences et, évidemment, à criminaliser ses découvreurs. Que tel ou autre gouvernant ou fonctionnaire affiche son allure pathétique du syndrome de « vous-savez-pas-à-qui-vous-avez-à-faire » ? Hop ! Ici vous avez sa trace cybernétique et que tout le monde va le voir-entendre-diffuser. Et, c’est clair, la logique réponse juridico-policière des politiciens : arrestation de twittos ; projet de loi pour contrôler les réseaux sociaux ; l’espace aérien mondial ravi par le gouvernement nord-américain, la pathétique servitude des gouvernements européens (« c’est qu’un indien, arrêtez-le »).

Mettez le nom de qui vous plaira parmi ceux qui sont en-haut, ou prétende l’être : Peña Nieto, Obama, Berlusconi, Rajoy, Putin, l’etcetera que vous subissez dans votre coin. Grands, moyens et petits (tous mauvais) comédiens dansant au rythme frénétique d’internet (vous sauriez dire qui mène la danse?) Résumons : internet = (égal) la globalisation immédiate et massive du ridicule et de l’impuissance de la classe politique.

Mais attention ! Parce que là-haut ils se sont rendus compte que l’instantané (la preuve massive de leur incompétence) est aussi fugace. Et que le remède à un scandale c’est un scandale plus grand encore. Le meilleur antidote contre le « hashtag » viral c’est un autre semblable. Tant que ces plaintes ne passent pas au « il faut faire quelque chose », de là au « il faut faire ça », et de là au calendrier et à la géographie (« il faut faire ça en tel lieux et à telle date »), ben y’a pas de problèmes. Le pouvoir se fiche que son ridicule soit au centre de toutes les discussions, mais, si par exemple, les nouveaux « terroristes internationaux », c’est à dire les réseaux sociaux, passent de la raillerie à la mobilisation… alors oui les « téléphones rouges » commencent à sonner (ok, je sais bien qu’on ne les utilise plus, mais je crois que vous me comprenez) dans les centres du Pouvoir Mondial, c’est à dire dans les centres financiers. Parce que c’est une chose de s’indigner individuellement face à l’injustice, et c’en est une autre de former des collectifs d’Indignés. En somme, les problèmes deviennent sérieux quand les « petites mains d’en-bas » sur le réseau, se transforment en poings provocants dans la rue… et à la campagne.

Mais là-haut, les analystes insistent sur la connue et reconnue « conjoncture » (le « contexte historique », mes braves). Il s’agit du même spectacle que toujours. Par exemple, les élections… Fraudes pré-électorales, électorales et post-électorales. La conclusion est alors presque unanime : « ça sert à rien »… jusqu’à ce qu’arrive une nouvelle saison électorale et un illuminé à la mode qui promet toujours la même chose : la liberté rêvée à porté d’un coupon électoral. Donc, le salut c’est de mettre une croix au bon endroit sur un bout de papier, le déposer avec ferveur dans une caisse, et espérer que cet être intangible qu’est la « majorité » apparaisse comme le déguisement ironique de qui décide vraiment : une poignée de grands messieurs et dames d’argent.

« La Société du Pouvoir », nous l’appelons, nous autres zapatistes, peut-être simplement pour montrer que ce n’est pas dans l’appareil traditionnel, exalté par la science politique idem et les politiciens ibidem, que réside le Pouvoir et son armée criminelle.

Ah, la classe politique et les raclures qui les accompagnent. Comme s’ils étaient à des années-lumières de la réalité, les politiciens d’en-haut n’ont pas compris que ce qu’ils prétendent gouverner n’existe plus. Leurs (mauvaises) actions ne sont que la scénographie derrière laquelle se cachent les décombres d’un monde… de leur monde…

DURITO Version π (3.14159265 etc.)

Un politicien c’est comme un zombie avec une pancarte « végétarien radical », et quelque soit son slogan de campagne au fond c’est : « je suis toujours le même mais maintenant je vais bien me comporter », me dit Durito, qui soutien qu’Hannibal Lecter n’est rien d’autre qu’un zombie avec de bonnes manières et un savoir-faire gastronomique (au fait, deux spécialistes en gastronomies viennent à la petite école, certainement intrigués par les ingrédients du plat « Le Marco’s Special », interdit aux végétarienNEs et si délicieux que tu peux oublier Ratatouille. Voudraient-ils voler la recette secrète?)

Ah oui, Durito est de retour. L’auto-dénommé « unique super-héros qui n’utilise ni collants, ni caleçons par-dessus les collants… ni sous les collants ».

ça fait des jours que Durito insiste pour que ce soit son tour. A mon argument que beaucoup ne se souviennent pas de lui et plus encore ignorent tout de son existence, Durito m’a répondu par sa carte de visite et m’a demandé de la publier. Il a insisté, et donc je vous la mets ici, pour si quelque distrait (ou distraite, n’oublions pas l’égalité de genre) décidait de la récupérer et de l’avoir sous la main :

Don Durito de La Lacandona S.A. à C.V. à (i)R. (i)L.

Chevalier Errant

Petie feuille de Huapác # 69.

Montagnes du Sud-Est mexicain.

Je sais que c’était une erreur, mais je lui ai demandé ce que diable pouvait bien vouloir dire « S.A. à C.V. à (i)R. (i)L » et il m’a répondu : « Seigneur Ambulant à Capital Variable à Irresponsabilité Illimitée ».

Je lui ai dit qu’aujourd’hui plus personne n’utilise de carte de visite, que maintenant il y a des « blogs », des « profils » et des équivalents cybernétiques. En réponse à mes objections, Durito m’a repris la carte, a griffonné dessus et me l’a rendue. Voilà ce qui y est écrit maintenant :

Don Durito Point Com.

Chevalier Errant et Graffeur cybernétique.

Arroba plus w (mais triple) point #jesuis69moijemoije.

(Décore les murs facebookien et les autres. Devis gratuit)

Version 7.7 bis.

Téléchargement gratuit seulement pour Linux.

Dites oui au software libre

Évidemment je ne lui ai pas demandé ce que tout ça voulait dire.

Enfin, le truc c’est que Durito m’a dit qu’il était temps, que quel meilleur moment pour faire sa réapparition que quand un petit, tout petit nombre de personnes, de géographies et de calendriers si divers, attendent le début des cours de la petite école zapatiste.

Pour ceux qui ne le connaissent pas ou ne l’ont pas reconnu (ou pour ceux qui, comme celui qui écrit ça, ont fait des efforts pour l’oublier), Durito est un scarabée. Bien sûr, ce n’est pas n’importe quel scarabée. Il se dit chevalier errant (et vas-y qu’il cite des passages entiers de « L’ingénieux Hidalgo Don Quijote de La Mancha »), il a un trombone mal déplié comme lance, un morceau de coquille de cacaté comme heaume, une capsule de bouteille de médicament comme bouclier, et comme épée, bon, oui ici c’est bien un grand mot, parce que son épée n’est rien de moins que « Excalibur » (bien que son apparence tienne plus d’une brindille). Pour finir, il a comme monture pas même une rosse, mais une petite tortue de la taille d’un pouce, qu’il nomme « Pégase » (« parce qu’on dirait qu’elle vole quand elle prend de la vitesse », explique Durito).

Durito ou Don Durito de La Lacandona, dit que sa mission est, je transcrit textuellement ce qu’il me dicte, défier le puissant, secourir le déshérité, arracher des soupirs aux femmes, être modèle de posters, et… et ce qui me passe par la tête parce qu’il n’est pas non plus question de se limiter, non ? Par exemple, je fais aussi de l’ingénierie – je suis maçon de demi-cuillère à café -, plomberie, peinture, conseiller matrimonial, boutiquier, webmaster, magicien, goûteur de glace aux noix, greffier, spécialiste en soin de beauté incluant le lavage, graissage, carrosserie et peinture, etc. N’oubliez pas de mettre de l’emphase dans le « etc ».

Et voilà que, profitant comme des milliers de personnes-, que la conjoncture historique ne tienne pas compte de nous, et alors qu’approche le jour fatidique où commenceront les cours de la petite école zapatiste, Durito va donner un cours propédeutique, dit-il, de « haute politique ».

Et pour faire ça, Durito se met en mode « Massively Multiplayer Online – MMO – » (pour que chacun se rende compte, dit-il, au moins dans Word of Warcraft et Call of Duty -) et commence avec… Un tweet ?!

« Les partis politiques institutionnels sont les « bioshackers » de la lutte pour la liberté »

(Durito sourit satisfait de sa capacité de synthèse, mais il sent la nécessité de s’étendre et donc… nous devons supporter…)

Pour comprendre le fonctionnement contemporain de la politique d’en-haut, il faut se rendre à son nouvel athénée : les médias de communication payant. Attention : notez qu’on n’utilise plus maintenant le traditionnel « médias de communication de masse » parce qu’il existe des médias alternatifs (ou libres ou quelque soit la façon de le dire) qui sont de masse et d’autres qui sont terrain de lutte (comme internet).

Prenons, par exemple, la télévision. Allumez votre appareil et vous distinguerez comment la réalité imite la publicité. Ici vous trouverez ces publicités avec des appareils merveilleux qui vous permettent non seulement de vider votre porte-monnaie, mais aussi de vous donner un visage de moijemoije, de cours-ou-je-t’attrape.

En acquérant l’un de ses appareils vous pouvez vous goinfrer de tortillas grasses, de farines, d’hydrates de carbone, d’hydrocarbures, de sucre, de benzoate de sodium en grande proportion, et en plus vous vautrer sur le lit ou le canapé ou le hamac ou sur le sol (il y a encore des classes sociales, qu’est-ce que vous croyez) devant un jeu-vidéo, un bouquin ou une série. En quelques jours, vous aussi aurez un visage comme le jeune homme ou la jeune femme qui en ce moment-même montre que l’appareil est facile d’utilisation, en plus d’être utile pour étendre le linge.

Bon, la politique d’en-haut est ainsi au moment où ils vous demandent votre vote. Il n’est pas nécessaire que vous vous organisiez, que vous luttiez partout et tous les jours, pour construire un destin. Pour cela, il n’y a besoin de rien d’autre, ce produit est là pour ça. Dans sa nouvelle version, nous avons inclus un bouton reset, et maintenant il inclus même un flacon de gel aux arômes de petites fleures. Il se charge de tout. Mettez-vous à l’aise et vous verrez comme abondent les offres d’emploi digne, les crédits à bas taux d’intérêt, les écoles laïques, scientifiques et gratuites, la culture à la portée de tous, les logements tout équipé et en état de marche et à petit prix, les aliments complets, les hôpitaux bien équipés et du personnel médical qualifié, les prisons pleines des vrais délinquants (c’est à dire, de banquiers, fonctionnaires et policiers), la terre à qui la travaille, les richesses naturelles propriétés de la Nation. Bref, le monde dont vous avez toujours rêvé profiter, mais sans avoir besoin de rien faire d’autre que de mettre une croix sur ce bulletin de vote. Non, vous n’aurez même pas à vous déranger pour vérifier qu’il n’y a pas de tricherie ou si on ne compte pas bien les votes. Nous le faisons pour vous !

Ah, le « bioshacker » de la liberté : il perd du poids sans se remuer (que l’appareil se remue pour eux) ; qu’il soit libre sans lutter (que le leader lutte pour eux).

Bien, maintenant n’éteignez pas vos téléviseurs : Voyons ce qu’il y a derrière ces publicités. Oui, ces jeunes hommes musculeux et ces frondeuses jeunes filles n’utilisent pas ces appareils. Si vous leur demandiez une fois descendu de scène ils vous diraient qu’ils sont inutiles, qu’il n’en achèteraient jamais un, qu’un corps sain ne s’obtient qu’avec une alimentation adéquate et en faisant de l’exercice. Vous me suivez ?

Et bien, c’est pareil en politique : ceux qui commandent vraiment dans ce monde ne croient pas en la démocratie électorale, ils savent bien qu’il ne s’y décide rien de fondamentale. Que le véritable commandement, le Pouvoir, n’est pas de ce côté, mais de LEUR côté.

Et comme ça, au moment où vous voudriez changer de chaîne ou mettre le dvd de « production alternative » pour voir « The Walking Dead », apparaît un autre monsieur, madame, mademoiselle qui vous dit de ne pas changer, que si vous votez pour lui/elle, maintenant oui vous allez avoir ce dont vous avez besoin et que vous méritez, que pour y arriver, vous voyez, vous n’avez qu’à cocher ce bulletin de vote ici sur ce logo qui, c’est vrai, ressemble à ceux de la mal-bouffe.

Bien, maintenant un questionnaire à choix multiple pour réussir ce cours propédeutique :

Sachant ce que nous avons vu antérieurement, vous…

a).- Faites confiance au monsieur-madame-mademoiselle et vous vous dites qu’il faut essayer, que peut-être cette fois-ci sera la bonne, qu’il faut faire un autre parti politique… avec les mêmes que toujours.

b).- Changez de chaîne ou faite « lecture » du dvd et commencez à commenter avec votre moitié ou votre chien ou votre chat, ou avec les 3, le fait que les zombies perdent toujours alors qu’ils sont la majorité écrasante : Bon, pas toujours, et même presque jamais / A la fin les zombies gagnent / C’est ce film de Romero, dans lequel joue celui du Mentaliste, où à la fin on voit que les zombies vont chercher un endroit à eux / Ah, il s’appelle « Zombie Land », « Le Territoire des Morts », / Oui, peut-être serez vous horrifiés par la sanguinaire cruauté des vivants / Mmh, tu voudrais dire que les zombies vont faire, comme qui dirait, leur municipalité autonome rebelle zapatiste ? / Ou qu’ils vont à la petite école zapatiste / Qui de fait sera pleine de gens bizarres / Oui, comme nous tous / Et toutes, idiot / Pschtt / Bon, bisou.

c).- Vous n’avez pas ou avez éteint la télévision et cherchez sur le réseau si quelqu’un a trouvé un autobus pour San Cristobal de Las casas, Chiapas, du 8 au 18 août, pour venir à la fête, aller à la petite école, et être dans la chaire des peuples originaires. Pendant que l’ordinateur s’allume, vous essayez ces horribles bottes dont quelqu’un vous a dit qu’elles vous serviraient quand vous irez au Chiapas.

d).- Je ne lis pas – ne comprend pas la question.

Auto-évaluation (ne trichez pas) :

Si vous avez choisi l’option a, ne venez pas, ça ne pourra que vous mettre en colère. Si vous avez opté pour la réponse b, ne vous inquiétez pas, nous toutes et tous aussi ressemblons à des zombies… bon, un coup de peigne ne vous ferez pas de mal. Si la c a été votre option, il est bon que vous sachiez que ces bottes ne vous serviront pas à grand chose. Si vous avez choisi la d, retournez au début du texte (non, pas celui-ci, mais celui qu’on a commencé à écrire il y a plus de 500 ans).

Ta-dam. Fin du cours propédeutique de Durito.

 -*-

Et les hommes et les femmes zapatistes, quel réponses avez-vous choisi ? Vous utiliseriez des appareils de gym ou une diète équilibrée, ou les deux ? Ou aucune – voyez comme tout de suite on présente les zapatistes comme ceux qui construisent leur propre option-.

Ah, peut-être verrez-vous ces réponses dans le cours « La Liberté selon les Zapatistes ». Je ne vous promets rien. Ce que vous devez tenir pour acquis c’est que, même si les réponses manquent, les questions abondent.

(Ah, Durito a aussi amené un conte, « l’histoire du chien-chat », mais ça on se le garde pour un autre jour).

Allez. Salut et, croyez-moi, ce qui en vaut la peine n’est pas facile, par exemple, monter sur cette colline pour, d’ici, voir comment la lumière s’abrite finalement à l’ombre de l’aurore.

( A suivre)

Depuis les montagnes du Sud-Est Mexicain.

SupMarcos

Mexique, juillet 2013.

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Écoutez et regardez les vidéos qui accompagnent ce texte.

« Images inédites de Durito. Top Secret. »

ici.

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Sur une idée de León Gieco et avec la voix de Carlos Karel, la chanson “Señor Durito”.

ici.

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Scénette où on parodie la série télévisée « The WalkingDead »

ici.

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De la populaire série « Hitler se rend compte », ici son chagrin pour les campagnes électorales au Mexique et les nouveaux candidats… comme le Chat Morris (Attention: contient des mots pompeux qui peuvent offenser, mais rien qui ne s’entende quotidiennement dans n’importe quel coin du monde):

ici.

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Le Petite école zapatiste VI.

Texte original ici.

Traduction du communiqué de l’EZLN, publié le 18 juillet, au sujet de la petite école zapatiste. Une version française a été publiée sur le site du CSPCL.

 

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Le Sous-commandant Marcos pendant une réunion de l’Autre Campagne à Aguascalientes,
en mars 2006. – photo @LeSerpentàPlumes

 

Nouvelles dates pour la petite école, information sur les vidéoconférences et autres choses.

 

Juillet 2013

A: Les compañeras et compañeros de la Sexta et étudiantEs de la Petite École Zapatiste.

De : Sous-commandant Insurgé Moisés.

Compañeras et compañeros.

Je vous transmets ici quelques informations sur la Petite École :

Premièrement.- Nous voulons vous dire camarades, hommes, femmes, enfants et anciens, ceux qui n’ont pas obtenu de place pour les débuts de la petite école zapatiste, au mois d’août 2013. Bien que les peuples zapatistes aient fait un effort pour que plus de gens puissent venir et arriver à 1700 étudiantEs, nous sommes au complet encore une fois. C’est à dire que nous avons donné des places supplémentaires à 200 personnes de plus et que nous les en avons informés, selon la liste de celles et ceux en attente. Mais pourtant beaucoup de ceux qui veulent venir continuent à demander. Bon, ce qu’on veut vous vous dire, c’est ne soyez pas tristes, ne continuez pas à vous mettre en boule ou en colère parce que vous n’avez pas eu de place.

Il en résulte que les camarades maîtres ont décidé que la classe se poursuivra, à la fin de l’année, c’est à dire en décembre 2013 et en janvier 2014. Concrètement :

Date du la deuxième session de la petite école :

Enregistrement les 23 et 24 décembre 2013.

Cours du 25 décembre au 29 décembre de cette année.

Fin le 30.

Et ceux qui veulent rester pour la fête du 20e anniversaire du soulèvement zapatiste, parce qu’ils sont d’accord aussi pour fêter et se souvenir du 1er janvier 1994, avec une fête les 31 décembre et 1er janvier.

Ou bien, comme il n’y aura pas de repos, parce qu’aussi c’est entendu que la fête terminé, le travail continue, c’est à dire la petite école :

Dates de la troisième session de la petite école :

Fête le 31 décembre 2013 et 1er janvier 2014.

Inscription les 1er et 2 janvier 2014.

Cours du 3 janvier au 7 janvier 2014.

Fin le 8 janvier 2014, retour de chacun de son côté.

Toute votre attention : Pour demander votre invitation et votre code d’inscription pour la deuxième et troisième session de la petite école, même si vous l’avez fait sur le site ou par mail, vous devez envoyer votre demande à l’adresse suivante (vous pouvez l’envoyer dès aujourd’hui) :

[email protected]

Nous faisons ça pour la bonne organisation et pouvoir vous prévenir à temps.

Deuxièmement.- Nous vous rappelons que la fête des 10 ans des caracoles et des Juntas de Buen Govierno est ouverte à toutes et tous. La fête commence le 8 et se poursuivra les 9 et 10. Les 9 et 10 il y aura un concert et des présentations de groupes artistiques de différentes parties du Mexique et du monde. Il y aura également un concert au CIDECI le 11 août, au moment des inscriptions.

Nous ferons passer le programme bientôt.

Troisièmement.- Nous voulons vous rappeler que, pour la première session de la petite école, en août de cette année :

.- L’inscription, avec votre code et une pièce d’identité, aura lieu les 10 et 11 août 2013 au CIDECI, San Cristobal de Las Casas, Chiapas, Mexique.

.- Vous devez amener $100.00 (cent pesos mexicains) qui est le coût du matériel d’étude qui comprend 4 livres de textes et 2 dvd (20 pesos par livre et 10 pesos pour chaque dvd).

.- Lors de l’enregistrement on va vous donner votre pass, on va vous remettre votre matériel scolaire et on vous dira dans quel caracol auront lieu vos cours. Si vous avez un véhicule on vous dira comment y aller et l’heure à laquelle partira la caravane avec un véhicule guide. Si vous n’avez pas de véhicule on vous dira quel bus ou camionnette vous devez prendre pour voyager en caravane. Si vous avez un véhicule, vous pouvez l’emmener au caracol où nous le garderons.

.- Le départ pour les caracoles se fera ce même jour du 11, en fonction du remplissage des camionnettes. S’il se fait tard, alors le départ aura lieu tôt le 12.

.- La classe commence le 12 août et finit le 16, les véhicules prendront le départ le 17 août et vous laisseront au CIDECI, San Cristobal de Las Casas, Chiapas. Là vous pourrez rester pour la Chair “Tata Juan Chávez Alonso” où donneront cours les dirigeants de différents peuples originaires de notre pays.

.- Temps de parcours :

Le plus éloigné des caracoles est : La Realidad et Roberto Barrios, en caravane de véhicules il faut compter 8 à 9 heures sans s’arrêter, sans se perdre et sans que les véhicules ne ne tombent en morceaux.

Le suivant en éloignement est : Le caracol de La Garrucha, en caravane de véhicules il faut compter de 5 à 6 heures sans s’arrêter.

Puis suit : Le caracol de Morelia, en caravane de véhicules il faut compter 4 à 5 heures sans arrêt.

Le dernier est : Le caracol de Oventik, en caravane de véhicules il faut compter d’une heure et demi à deux heures. Tous au départ de San Cristobal de Las Casas, Mexique, au CIDECI.

Une prochaine fois je donnerai les horaires des cours, mais avant cela le SupMarcos doit vous expliquer comment tout cela va se passer.

Quatrièmement.- Nous voulons aussi vous dire, prévenir nos camarades de la Sexta ceux qui ne vont pas pouvoir être à la petite école en août, qu’il y aura un moyen, parce que nous allons retransmettre des classes spéciales par vidéoconférences, avec un équipement spécial des compas zapatistes qui vont vous expliquer et éclaircir vos doutes concernant le « chat ».

Pour ça, vont nous aider les compas des médias libres Koman Ilel et d’autres médias libres.

De tout cela on reparlera dans un texte spécial. Mais je peux déjà vous dire que les vidéoconférences se dérouleront les 12, 13, 14, 15 et 16 août 2013. Et il y aura au moins deux horaires : l’un pour se connecter dans la soirée en Amérique et l’autre quelques heures plus tard pour pouvoir se connecter dans la soirée sur d’autres continents. Tout ceci en pensant que le soir vous rentrez du travail et pouvez suivre le cours, ou le suivre pendant la journée si vous travaillez de nuit.

Pour vous connecter à la vidéoconférence vous aurez besoin d’un code et d’un mot de passe. Ce mot de passe ne sera donné qu’à ceux qui ont été invités et qui ont demandé à suivre les cours ainsi. Si vous voulez suivre les cours par vidéoconférence et que vous n’avez pas d’invitations, veuillez écrire, pour qu’on vous prenne en compte pour la vidéoconférence, à l’adresse mail suivante :

[email protected]

Et alors on vous enverra le mot de passe pour vous connecter sur internet. De même, les compas qui vont organiser une session de vidéoconférences dans leur local dans le monde entier, doivent envoyer les inscriptions pour ceux qu’ils vont inviter dans leur local. Ceci pour nous donner une idée du monde qui suivra les cours de cette manière.

Voilà, c’est ce que nous avions à vous dire camarades de la sexta.

Sous-commandant Insurgé Moisés.

Mexique, Juillet 2013.

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Ecoutez et regardez les vidéos qui accompagnent ce texte :

La chanson « Soy el sol en movimiento » (Je suis le soleil en mouvement, ndt), avec le groupe “El Problema del Barrio”. Paroles de Orlando Rodríguez, Musique de Miguel Ogando.  Dessins de Juan Kalvellido. Édition de la video: Orlando Fonseca.

ici.

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Rock! Le groupe espagnol « Ilegales » avec la chanson « Tiempos Nuevos, Tiempos Salvajes » (Époque Nouvelle, Époque Sauvage, ndt). Édition de la vidéo: Zenodro 1000

ici.

 

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Reggae, depuis la Côte d’Ivoir, Afrique, avec Tiken Jah Fakoli et cette chanson qui s’appelle « Plus rien ne m’étonne ». Édition de la vidéo: Ben Magec.

ici.

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Tribu Yaqui: Bataille pour l’eau dans le Sonora

Texte original ici.

Traduction du communiqué de l’EZLN en soutien à la tribu Yaqui en lutte contre le détournement des eaux du fleuve yaqui dans l’état du Sonora.

 

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Communiqué du CCRI-CG de l’EZLN et du Congrès National Indigène en solidarité avec la Tribu Yaqui

A la Tribu Yaqui,

Au Peuple du Mexique,

A la Sexta nationale et Internationale

Aux gouvernements du Mexique et du Monde.

Depuis les montagnes du Sud-Est mexicain en territoire rebelle zapatiste nous diffusons notre parole ensemble comme Peuples, Nations et tribus Indigène qui formons le Congrès National Indigène, à travers laquelle nous envoyons un salut fraternel de force et solidarité aux membres de la Tribu Yaqui, à son Gouvernement et sa Police Traditionnelle, en espérant qu’ils aillent tous bien.

Nous saluons la mobilisation historique de la Tribu Yaqui en défense de son existence et de son territoire, la même qui lors de ces 40 derniers jours s’est manifestée par l’établissement d’un campement en résistance sur la Route Internationale à Vicam, base avancée de la Tribu Yaqui, face au vol de l’eau que le mauvais gouvernement prétend concrétiser à travers l’Aqueduc Indépendance, le même qui touche non seulement au yaqui mais à tout le sud du Sonora ; tout ceci bien que la Tribu Yaqui ait suivi les voies légales nécessaires, grâce auxquels ils ont obtenu des victoires que le propre gouvernement n’a pas respecté. Votre lutte, camarades est la nôtre aussi, ben oui, comme vous, nous entretenons la certitude que la terre est notre mère et que l’eau qui coule dans ses veines ne peut se vendre, car d’elle dépend la vie qui est un droit et qui nous n’ont pas été donné par les mauvais gouvernements ni par les patrons.

Nous exigeons l’annulation immédiate des mandats d’arrêt et la fabrication de délits contre les membres de la Tribu Yaqui et nous condamnons la criminalisation de leur lutte, en disant aux mauvais gouvernements émanant des partis politiques que le fleuve Yaqui a historiquement été le porteur de la continuité ancestrale de la culture et du territoire de la Tribu Yaqui et que nous, qui formons le Congrès National Indigène, réaffirmons que s’ils s’en prennent à l’un d’entre-nous ils s’en prennent à nous tous, raison pour laquelle nous répondrons en conséquence devant toute tentative de réprimer cette lutte digne ou n’importe quelle autre lutte.

Enfin, nous lançons un appel à la communauté internationale et à nos frères et sœurs de la Sexta Internationale à rester vigilants face aux événements qui se produiront dans le futur sur le territoire de la tribu Yaqui, renforçant la solidarité avec la Tribu et ses exigences.

Veuillez agréer

le 7 juillet 2013

Depuis le Caracol Zapatiste numéro 2 – Résistance et rébellion pour l’Humanité, de Oventic, Chiapas

Plus jamais un Mexique sans nous

Comité Clandestin Révolutionnaire Indigène – Commandement Général de l’EZLN

Congrès National Indigène

yaqui

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Texte original ici.

Afin de mettre en perspective la position zapatiste, vous trouverez ci-dessous la traduction du communiqué de Mario Luna Romero du peuple yaqui, qui reprend l’historique de cette lutte contre un méga-projet.

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Illégale, l’opération de l’Aqueduc Indépendance : Autorités Traditionnelles

 

Territoire Yaqui, Mexique. Pour se protéger du vol de l’eau de son fleuve, le peuple yaqui tient depuis dix jours (au bouclage de cette édition) bloquée la route fédérale numéro 15. Mario Luna, secrétaire des Autorités Traditionnelles de Vicam, décrit pour Desinformémonos la stratégie juridique de défense de leur territoire et rappelle que seule une attitude digne et ferme a mené son peuple a vaincre les invasions successives et tentatives de pillage de ses ressources. Il appelle à rester vigilant face à l’utilisation annoncée de la force publique pour évacuer la route.

Depuis la route fédérale numéro 15, dans le village de Vicam, base avancée des huit peuples de la Tribu Yaqui – par une température de 45°C à l’ombre, les Autorités Traditionnelles réunies, expriment par ma voix ce qui suit :

La défense de notre territoire, terre et eau remonte à des centaines d’années en arrière, depuis l’arrivée de l’autre culture, faite d’ambition et de pillage. L’une s’est signalé par des faits héroïques et une défense glorieuse, et l’autre par des actions inhumaines de mépris total de la vie, ethnocide et lèse-humanité.

A voir les visages des hommes et des femmes, des anciens, des jeunes et des enfants avec la détermination et la fermeté inscrites sur leurs visages, on ne dirait pas que pour exister il leur fallut de nombreuses générations durant, supporter les incursions militaires accompagnées d’expulsion de masse – ils ont été déportés de l’autre côté du Mexique pour être vendus comme esclaves, dans le meilleur des cas -, quand ils n’ont pas été tués de la main des armées du gouvernement qui cherche à s’approprier le territoire en se basant sur la politique de Terra Nullius (territoire sans maître, ndt).

Seule cette attitude digne et ferme a permis à ce peuple indigène de repousser par la voie armée les colonisateurs à chaque étape historique de ce Mexique. Bien plus encore, elle a permis de sortir victorieux de batailles contrer les troupes d’invasion d’autres nations et même du mauvais gouvernement mexicain, comme ce fut le cas pendant la guerre d’Indépendance, la Révolution Mexicaine – parvenant même à prendre le Palais National de la ville de Mexico, en compagnie des caudillos – et la sanglante guerre du Yaqui.

En se concevant comme Nation Indigène, le peuple yaqui exige et exerce une autonomie de fait reconnue par les différents gouvernements et affirmée dans divers traités de paix et conventions de concertation pour le développement économique, social et culturel.

Ces dernières années et depuis l’inaccomplissement des accords de San Andrés Larrainzar (document qui élève au rang constitutionnel les droits indigènes) s’est intensifiée la campagne de pillage et d’extermination à l’encontre les peuples indigènes qui n’ont pas cédé et ont conservé leurs territoires autonomes, comme c’est le cas de beaucoup de peuples du Chiapas, Guerrero, Oaxaca, Michoacan et d’autres états des quatre coins du pays. Dans notre cas, toutes les forces de l’appareil gouvernemental se sont retournées contre nous avec l’intention de mener à bien le dernier grand pillage, appelé « Aqueduc Indépendance », qui prétend dévier les eaux du fleuve Yaqui jusqu’au bassin du fleuve Sonora afin de satisfaire l’énorme besoin en eau de la zone industrielle de Hermosillo – où se trouvent des usines grandes consommatrices d’eau, telle l’usine de montage Ford et les usines de Coca-Cola, Pepsi, Big Cola et les brasseries Tecate et Heineken, par exemple. De la même manière, les grands patrons de l’industrie immobilière espèrent obtenir de fructueux gains avec de grandes extensions de terrains monopolisés, lesquels n’ont aujourd’hui aucune valeur commerciale mais qui avec l’arrivée de l’eau verront leur prix augmenté jusqu’à 2000 %.

Fatiguée de vivre dans un état de guerre de basse intensité depuis le traité de paix de 1927, la tribu yaqui a appris par différents médias de communication l’existence de ce méga-projet. Dans le village de Vicam, les Autorités Traditionnelles ont décidé de passer par une défense légale en utilisant les moyens juridiques et institutionnels pour présenter un nouveau front dans la bataille. Premièrement on a commencé une procédure de restitution de l’eau au Tribunal Unitaire Agraire numéro 35, siégeant à Ciudad Obregon, en août 2010. Grâce à ce recours nous avons obtenu une mesure préventive qui devait empêcher que soit entreprise des actions de fait ou de droit impliquant ou engageant l’extraction de volumes d’eau, spécifiquement du barrage « El Novillo ». En 2011 a été demandée la protection de la justice fédérale contre la déclaration d’impact environnemental autorisé par le Ministère de l’Environnement et des Ressources Naturelles (SEMARNAT) au profit du « Fond d’Opérations Sonora S.I. » pour la construction de l’Aqueduc Indépendance. Après que la protection nous fut refusée par de nombreux tribunaux, le cas fut résolu en faveur de la tribu yaqui par un tribunal auxiliaire siégeant dans la ville de Culiacan, Sinaloa, et fut avalisé et publié par le dixième tribunal du district siégeant à Hermosillo, Sonora.

En appel de cette protection, pour sa révision initié par la SEMARNAT, et motivée par la série d’irrégularités dénoncées par de nombreuses rapports d’enquête de la Commission Nationale des Droits de l’Homme et la Commission Plurielle (composée par la Chambre des Sénateurs et des Députés des différents partis politiques), la Cour Suprême de Justice de la Nation a usé de son habilitation d’attraction et résolution, en un fait historique pour les peuples indigènes et pour la tribu yaqui, ratifier l’autorisation de la protection de la tribu, reconnaissant son caractère de peuple indigène et la pleine validité du droit constitutionnel et international du peuple yaqui à une libre consultation, préalable et informée, respectant ses normes propres, représentations, usages et coutumes. Avec le jugement de la Cour Suprême du 8 mai 2013 la déclaration d’impact environnemental reste sans effets concernant l’Aqueduc Indépendance. Par ce fait a été ratifié le statut d’illégalité qui soutenait jusqu’à aujourd’hui la construction et l’opération de l’Aqueduc.

Avec l’expérience acquise par les années de lutte du peuple yaqui, et face à l’impunité affichée par le gouverneur du Sonora, Guillermo Padres Elias, commençant la soustraction d’importants volumes d’eau du barrage « EL Novillo », les autorités traditionnelles ont décidé de renforcer les actions de résistances civiles en s’alliant au Mouvement Citoyen pour l’Eau – composé de producteurs agricoles, de petits paysans cultivant un terrain commun et de la société civile des sept communes du sud du Sonora qui seraient affectées par le manque de liquide transvasé dans les réserves de l’Aqueduc.

Le 28 mai, après une manifestation de la multitude à Ciudad Obregon (plus de 30 000 manifestants selon les organisateurs), il fut décidé de prendre les routes en commençant l’après-midi même par le blocage des entrées nord et sud de la ville. A ces protestations se sont ajouté ensuite les manifestations sur les voies vicinales des localités de Bacum et Esperanza. Après n’avoir vu aucune avancée dans les intentions gouvernementales quant à l’arrêt des pompes qui subtilisent illégalement les eaux accumulées par le barrage, l’autorité traditionnelle, avec les troupes de plusieurs villages de la tribu yaqui et des autorités de Potam et Belem, ont lancé l’actuelle manifestation sur la route internationale 15 à la hauteur de Vicam.

Le 11 juin, après plusieurs jours de blocage continu en trois points de la route (Cajeme, Bacum et Vicam), le représentant du Ministère des Transports et Communications (SCT) du Sonora a annoncé avoir déposé plainte devant les services du Procureur Général de la République (PGR) à l’encontre de plusieurs leaders du Mouvement Citoyen pour l’Eau et de la tribu yaqui. Le procureur de justice du Sonora, Carlos Navarro Sugich, annonça cela comme une victoire du gouvernement de l’état et lança une campagne médiatique contre ceux qui, avec nous, composent la commission de défense de l’eau de la Tribu.

En prétendant recevoir l’approbation des autorités traditionnelles des autres peuples de la tribu yaqui, le gouvernement de l’état fut contrarié dans son intention d’orchestrer l’usage de la force publique contre les blocages de routes. Le principal problème étant que les manifestants ont comme seules demandes l’application de l’état de droit au Sonora – mis à mal par le pouvoir exécutif de l’état – et la fin de l’extraction illégale des eaux du barrage « El Novillo » – qui se trouve protégées par la résolution conférée par la Cour Suprême de Justice de la Nation à la tribu yaqui.

C’est dans ce climat de tension et de rébellion que nous nous trouvons ces jours-ci, partageant notre situation avec tout le peuple mexicain et international. Nous avons trouvé un écho favorable chez les peuples indigènes qui, comme nous, forment le Congrès National Indigène, dans la solidarité des maîtres de la Coordination Nationale des Travailleurs de l’Éducation (CNTE) et de la représentation populaire de la majorité des députés locaux des districts du sud du Sonora. Il existe un accord politique pour faire un appel commun à Guillermo Padrés de la part de députés locaux et de sept maires de localités du sud de l’état (présent à la police traditionnelle du peuple de Vicam le 15 juin) pour que cesse le vol d’eaux et que règne l’état de droit au Sonora.

Face à la constante menace et aux rumeurs d’usage de la force publique contre les manifestants, l’appel sert à vous tenir en alerte et que nous évitions que l’application de la justice soit sélective, prompte et expéditive contre ceux qui défendent notre droit à la vie et à l’usage et la jouissance de nos eaux. Évitons que prévalent l’impunité et l’intolérance de la part d’un gouvernement d’état qui fomente par ses actions la division et l’affrontement entre le sud du Sonora et la région nord de l’état.

Depuis le territoire de la tribu yaqui, juin 2013

Mario Luna Romero

Secrétaire traditionnel du peuple de Vicam

Base avancée des huit peuples yaquis

Publié le 17 juin 2013

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En rouge l’état du Sonora, au nord-ouest du Mexique.
(image Wikipedia)
 
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Liberté pour Patishtán

Texte original ici.

Alberto Patishtán est un indigène tzotzil engagé dans la défense de sa communauté, El Bosque au Chiapas. Il purge actuellement une peine de 50 ans de réclusion au Centre de Réadaptation Social n°5 de San Cristobal de las Casas.

Emprisonné depuis 13 ans pour le meurtre de sept policiers, pour port d’armes réservées à l’armée, vol, délinquance en bande organisée, etc, il est devenu un symbole pour ses partisans qui clament son innocence et voient en lui un prisonnier politique. Selon les organisations sociales qui le soutiennent, son arrestation et son procès sont entachés d’irrégularités et les accusations de meurtre infondées! Les autorités auraient également reconnu l’innocence du professeur mais la justice persiste à le maintenir derrière les barreaux. Régulièrement la société civile se mobilise afin de rappeler aux gouvernements qu’ils n’oublient pas Alberto Patishtán.

D’ici à la mi-juillet le tribunal Collégial Fédéral de Tuxtla Gutiérrez (capital du Chiapas) doit rendre son verdict. Son avocat Sandino Rivera explique: « Juridiquement, c’est le dernier recours, s’ils ne reconnaissent pas son innocence, il n’y aura plus aucun recours national et il ne restera plus qu’un recours en grâce. »

Pour en savoir plus vous pouvez visiter le blog qui est consacré au combat d’Alberto: ici (en espagnol).

Dans la deuxième partie de leur communiqué, « les condisciples« , l’EZLN invite Alberto Patishtán à la Petite école zapatiste. Ci-dessous la traduction de sa réponse, suivi de celle d’un article évoquant son cas:

 

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Réponse d’Alberto Patishtán Gómez à l’invitation de la petite école zapatiste

 

Prison No.5, San Cristobal de las Casas, Chiapas le 30 Juin 2013

 

FRERES SOUS-COMMANDANTS INSURGES

MARCOS ET MOISES

Depuis ce lieu de notre tranchée, recevez mon salut combatif, en même temps recevez les bénédictions de Dieu.

Compañeros c’est un honneur pour moi d’avoir eu le privilège d’être invité à la petite école, parce que nous en avons vraiment besoin pour continuer à cheminer ensemble, merci pour tout de cette grande opportunité qui sera d’un grand intérêt. Comme vous le savez il n’y a pas meilleur voie que l’Amour. L’Amour unifie, partage, se met au service, il est compatissant, cherche le bien commun, il est sincère, honnête, il sait écouter, il est patient, il dit la vérité quelle qu’elle soit, il exècre le mensonge, il se réjouit de la justice, il parle peu et quand il parle, il parle jusqu’à ce que les adversaires tremblent, il s’oublie lui-même, enfin l’Amour fait fuir la peur. Bien mes frères, merci pour vos leçons et avec le peu que j’ai vécu moi aussi j’enrichis mes connaissances pour continuer à livrer bataille à l’ennemi ; tout ça nous fait un pour tous et tous pour un dans l’exigence de justice. Compas, bientôt Dieu les bénira et recevez les salutations de mes frères de la Voz del Amate et solidaires de la Voz del Amate.

 

FRATERNELLEMENT.

Prisonnier politique de la Voz del Amate

Adhérent de la Sexta

Alberto Patishtán Gómez

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Texte original ici.

Traduction d’un article de l’hebdomadaire Proceso

La libération de Patishtán « serait un acte de justice » : gouverneur du Chiapas.

Isaín Mandujano
4 de julio de 2013

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TUXTLA GUTIÉRREZ, Chis. Le prisonnier indigène Alberto Patishtán Gómez a reçu une nouvelle fois dans sa cellule le gouverneur Manuel Velasco Coello, qui une fois encore a affirmé que « sa libération serait un acte de justice ».

Velasco Coello était arrivé à la prison numéro 5 de San Cristobal de las Casas pour libérer un groupe d’indigènes qui, depuis trois jours, avait reçu leur bon de sortie et leurs familles qui attendaient leur sortie devant la prison sous la pluie et le soleil.

Dans ce contexte le responsable avait demandé au maître bilingue Alberto Patishtán de l’accompagner à la cérémonie de libération du groupe d’indigènes.

« Nous vous serons toujours reconnaissant et nous vous souhaitons le meilleur dans la vie, agissez de manière responsable », a dit Velasco Coello aux libérés, après avoir officiellement remis les papiers de remise de peine en présence des familles des libérés.

De même, il a souligné qu’il continuera à lutter pour obtenir la libération de Alberto Patishtán, qui par son initiative a aidé à rendre la liberté aux personnes inculpées.

De son côté, Alberto Patishtán a remercié le gouverneur pour le soutien qu’il lui a apporté et toutes les autorités qui ont rendu possible cette cérémonie de justice.

« Moi je sais que ces hommes qui sortent sont tous des personnes qui n’ont réellement commis aucun délit, mais qui ont passé de nombreuses années en prison et qui aujourd’hui vont à nouveau intégrer la société ; nous ne devons pas perdre l’espoir de sortir tous », a-t-il souligné.

Les prisonniers libérés étaient : Juan Collazo Jiménez, Pedro López Jiménez, Enrique Gómez Hernández, Juan López González, Benjamín López Aguilar, Rosa López Díaz, Alfredo López Jiménez, Juan Díaz López y Rosario Díaz López.

La Petite école zapatiste V.

Texte original ici.

 

Traduction de la cinquième partie du communiqué de l’EZLN intitulé « Les Condisciples ».

Une version du texte est également disponible – comme l’intégralité des communiqués des zapatistes – sur le site du Comité de Solidarité avec les Peuples du Chiapas en Lutte (CSPCL).

 

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Le SupMarcos à Aguascalientes dans le cadre de l’Autre Campagne,
16 mars 2006 – photo @LeSerpentàPlumes

 

 

 

 

Les condisciples V.

Les étudiantEs

Juin 2013.

Aux adhérents et adhérentes de la Sexta du Mexique et du Monde :

Aux invitéEs de la petite école zapatiste :

Compañeros, compañeras y compañeroas:

Je vous mets ici quelques infos pour que vous vous fassiez une idée du genre de populo… humm, de personnes qui seront vos condisciples, ou camarades de classe, à la Petite école zapatiste. Allons-y :

.- Invitations envoyées : aux alentours de 3000.

.- Ont répondu affirmativement : aux alentours de 2500.

.- N’ont toujours pas répondu : aux alentours de 500.

.- Ont décliné l’invitation : 1.

Parmi ceux qui ont déjà rempli le formulaire, un peu plus de la moitié sont des hommes, un peu moins de la moitié sont des femmes (autrement dit les mecs gagnent – note du Supmarcos qui apporte comme qui dirait, la « perspective de genre » –), en plus d’un nombre indéterminé d’autres se revendiquant comme telLEs.

.- Elèves qui assisteront à la petite école en communauté, en août 2013 : 1500. Plus de la moitié sont des hommes (hum, hum), moins de la moitié sont des femmes et 9 se revendiquent autres.

.- De ces 1500 étudiantEs, plus de 60 sont des petits garçons et des petites filles de moins de 12 ans. De ces plus de 60 enfants, 19 ont moins de 4 ans. Notez la chose suivante : Pour chaque fillette qui vient, viennent deux petits gars : autrement dit chez les mineurs aussi on gagne – nouveau commentaire avec « perspective de genre » du Supmarcos-.

Des plus de 1400 adultes qui viendront dans la communauté, plus de 200 ont plus de 50 ans.

.- Près de 200 personnes assistent, au mois d’août 2013, au cours au CIDECI, à San Cristobal de la Casas, Chiapas.

.- Plus de 200 personnes suivront les cours par vidéo-conférence.

.- Plus de 130 personnes ont demandé le matériel parce qu’elles ne pourront y assister en communauté.

.- Près de 500 personnes ont demandé leur inscription pour le cours de décembre-janvier prochain. Attention: si l’invitation ne vous est pas parvenu c’est à cause de la capacité d’accueil, mais bien sûr nous allons vous inviter. Vous n’avez qu’à envoyer un mail sur le site web pour qu’on en prenne note, si ça n’a pas été fait, pour le prochain cours.

.- Il y aura des étudiantEs des 5 continents. Quelques-uns des pays d’origine des étudiantEs du cours La liberté selon les Zapatistes : Argentine, Bolivie, Brésil, Canada, Chili, Colombie, Costa Rica, Cuba, Équateur, Union Américaine, Honduras, Nicaragua, Panamá, Pérou, Puerto Rico, République Dominicaine, Uruguay, Venezuela, Allemagne, Autriche, Belgique, Danemark, Slovénie, État Espagnol, France, Grèce, Hollande, Italie, Pays Basque, Royaume Uni, Suède, Suisse, Corée du Sud, Inde, Iran, Sri Lanka, Australie, Nouvelle Zélande, Afrique du Sud, Îles Canaries.

Le lieu d’origine des étudiants le plus éloigné est le Sri Lanka, à plus de 17000 km du territoire zapatiste. Suivent : l’Inde (plus de 15000 km) ; l’Australie (plus de 13000 km) et la Nouvelle Zélande (plus de 11000 km).

.- Les étudiants les plus âgés ont plus de 90 ans.

.- Les étudiants les moins âgés auront 11 mois en août 2013. ET ce sont, of course, deux garçons. Leurs noms : Brian et Eduardo.

.- Parmi ceux qui participent à la petite école en tant qu’étudiantEs, au moins 34 ont fait des doctorats dans diverses branches : philosophie, sociologie, histoire, anthropologie, littérature, science politique, physique, mathématiques, psychologie, économie, urbanisme, et théologie.

.- Plus de 50 étudiantEs sont professeurs-chercheurs universitaires.

.- Plusieurs étudiantEs ont gagné des tournois de Mortal Kombat sur les machines. Nous ne donneront ni leur noms ni leurs « surnoms » pour protéger les innocents (c’est à dire les mecs, parce que ici aussi on est en majorité. Amen).

.- Quelques institutions d’Éducation Supérieur où certainEs camarades, maintenant étudiants de la petite école zapatiste, étudient, ont étudié, travaillent ou ont été professeurs-chercheurs :

Escuela Normal Superior.

Universidad Nacional Autónoma de México, México.

Facultad Latinoamericana de Ciencias Sociales, México.

Escuela Nacional de Antropología e Historia, México.

Universidad Nicolaíta de Michoacán, México.

Universidad Autónoma de Puebla, México.

Universidad de Ciencias y Artes de Chiapas, México.

Centro de Estudios de México y Centroamérica, México.

Universidad Autónoma Metropolitana, México.

Instituto Nacional de Antropología e Historia, México.

Universidad Iberoamericana, México.

Universidad Autónoma de Chiapas, México.

Instituto Tecnológico de Monterrey (TEC-Monterrey), México.

Universidad Autónoma de Sonora, México.

Universidad de Chapingo, México.

Universidad de la Tierra Chiapas, México.

Universidad de la Tierra Oaxaca, México.

Universidad Autónoma de la Ciudad de México (UACM), México.

Universidad Autónoma de Zacatecas (UAZ), México.

Universidad Autónoma de Aguascalientes (UAA), México.

Instituto Politécnico Nacional (IPN), México.

Escuela Superior de Guerra, México.

Instituto Maurer, México.

University of Cambridge, Inglaterra.

University of Oxford, Inglaterra.

École Nationale de Sciencie Politique, París, Francia.

Universidad de las Naciones Unidas, de la UNESCO.

University of California, Berkeley, USA.

Stanford University, Calfornia, USA.

University of Chicago, USA.

University of Maryland, USA.

Columbia University, New York, USA.

Yale University, USA.

National Humanity Center, Carolina del Norte, USA.

Université de Toulouse, Francia.

Universidad Nacional Mayor de San Marcos de Lima, Perú.

State University of New York at Binghamton: Fernand Braudel Centre, USA.

Centro ‘Juan Marinello’ de La Habana, Cuba.

Columbia’s Institute for Scholars at Reid Hal, París. Francia.

Universidad de Antioquia, Colombia.

Claremont Graduate University, California, USA.

City University of New York, USA.

Smith University, USA.

Mount Holyoke College, USA.

University of Massachusetts Amherst, USA.

New Hampshire University, USA.

Humanities Research Institute de la Universidad de California, USA.

Drew University, USA.

Harvard University, USA.

Univerza V Ljubljana, Eslovenia.

University of California Riverside, USA.

University of Utah, USA.

Universidad de La Habana, Cuba.

CIMI, Brasilia, Brasil.

University of Edimburgo, Gran Bretaña.

McGill University, Canadá.

Duke University, USA.

École des Hautes Études en Sciences Sociales, París, Francia.

University of New Mexico, USA.

Universidade Federal do Río de Janeiro, Brasil.

Université Paris- Sorbonne, Francia.

Universidad del País Vasco, País Vasco.

Universidad de la Laguna, Canarias.

.- CertainEs de ces maintenant étudiantEs de la petite école zapatiste ont vu leurs écrits traduits en : Allemand, Catalan, Chinois, Coréen, Espagnol, Français, Galicien, Grec, Anglais, Italien, Polonais, Portugais, Roumain, Russe et Turque.

.- Consoles de jeux-vidéos sur lesquelles quelques-uns de nos imbattables camarades ont confirmé leur suprématie avec le combo « mega-super-duper-hiper fatality-machoman » (Ah voilà ! Rien à voir avec angry birds et autres trucs de filles) : Petites machines de la petite épicerie du coin de la rue, Atari, Sega, Xbox, GameCube, GameBoy, Xbox360, PSP, PS1, PS2, PS3, PS4, PS5… hein?… y’a pas de PS5?… ok, ok, ok, faute de frappe. Je poursuis: PSVita. Nintendo 64, Wii, WiiU, Nintendo 3DS.

.- Plus de 100 étudiantEs sont acteurs, actrices, metteurs en scène, musiciens, producteurs, peintres, dessinateurs, photographes, promoteurs culturels, écrivains, éditeurs, militants politiques, avocats, syndicalistes et lutteurs sociaux.

.- En général, après analyse par les plus pré-modernes équipements de renseignement, à propos des étudiantEs je peux vous dire qu’un nombre indéterminé de personnes qui assisteront à la petite école – reste à les voir pour les compter –, sont sales, moches et méchants.

Quelque soit leur âge, leur credo, leur couleur, leur poids, leur jugeote et leur sexe, elles se sont conduites, pendant toute leur vie, avec une absolue irresponsabilité face au Pouvoir sous toutes ses formes ; elles ont reçu le désaveu de leurs cercles sociaux respectifs pour leur anticonformisme acharné ; elles ont scandalisé les bonnes consciences et les polices du comportement ; elles ont réitéré leur révolte et leur passion pour la liberté malgré les modérés, et elles ont milité selon leur conscience et non selon les modes du moment. En résumé : elles ne se sont pas vendu, elles n’ont pas cédé, elles ne se sont pas rendu.

Je vous préviens pour qu’après vous ne veniez pas vous plaindre qu’on parle mal de vous à cause de vos « mauvaises fréquentations ».

Ah, c’est sûr, l’immense majorité des personnes qui assistent comme étudiantEs sont des hommes, des femmes, des petits garçons, des petites filles, des vieux, des vieilles, des jeunots et des jeunettes, qui ont quelque chose d’extraordinaire dont nous, hommes et femmes zapatistes, les remercions : elles sont nos camarades.

Et je ne les ai pas tous et toutes misES, parce qu’il ne manque jamais unE quelconque balance venu voir si nous ne serions pas en train de faire de l’entraînement militaire, plutôt que d’enseigner notre cœur.

Allez. Salut et que soit bienvenu le cœur généreux qui nous ouvre ses fenêtres.

Depuis les montagnes du Sud-Est mexicain.

SupMarcos

Mexique, juin 2013.

P.S. Quel célébration.- Pour célébrer le fait que, pour la première fois en presque 20 ans de vie publique zapatiste, les hommes dépassent les filles… hein ?… ok, ok,ok, nous les battons seulement en quantité… pour l’instant… Quoi ? Bien sûr que je n’ai pas triché ! J’en suis incapable… Non, ce que je dis c’est que les comptes, c’est une femme de l’équipe de soutien qui l’a fait… quoi ?… Non, elles ne sont pas majoritaires dans l’équipe de soutien… Ou, si ?… Enfin, ça n’est pas le sujet, le point ou la question.

Je poursuis : pour célébrer ce fait qui confirme la supéri… hein ?… ok, ok, ok… pour célébrer le fait que l’équité de genre nous avantage au score, nous avons intitulé le prix « LES CANARDS FLINGUENT LES FUSILS », qui peut seulement être gagné par des enfants mâl… hein ?… ok, ok, ok… par des gamins et des gamines infantiles chronologiquement (parce que là j’ai vu la liste et il y en plusieurs d’âge mental infantile). Le prix c’est un bon que les petits garçons… ok, aussi les petites filles… peuvent remettre à leurs maîtres… oui, bon… ou maîtresses de la petite école. Avec ce bon ils pourront punir leurs mômans… quoi ?… aussi les pôpas ?… Mais si, c’est toujours les mômans qui donnent les punitions ! et ça c’est un bon, comment je peux dire ? De revanche, de « un retour pour tous les allers », de « tu l’as voulu, tu l’as », etc. Bon, et aux pôpas aussi… mais avec des circonstances atténuantes… ok, ok, ok, sans circonstances atténuantes.

Bref, le maître… ou la maîtresse, punira les mômans des enfants qui ont gagné le prix. Pourquoi ? Pour s’être mal comporté. Oui, même sans s’être mal comporté, parce que et bien oui parfois elles nous punissent sans que nous nous soyons mal conduit… Et aussi après elles nous font des piqûres, alors, que par définition, nous sommes innocents. Oui, les mecs, parce que les filles sont toujours coupables. Hein ? Bon, maintenant ne m’interrompez plus parce que je dois finir ça pour l’envoyer.

Pour gagner le prix, les enfants doivent choisir l’une des réponses selon les références de la vidéo ci-dessous et qui s’appelle « Carlitos Lechuga y el Drama del Globito » (Carlitos Lechuga et le Drame du Ballon, ndt). La question est :

A qui la faute si Carlitos Lechuga a perdu son ballon ?

a).- Du Ballon, ou disons la globalisation néolibérale.

b).- Des femmes.

c).- De la télévision et des mauvais gouvernements.

L’enfant qui répond correctement (sans copier et sans demander l’aide de personne) recevra un bon de « LES CANARDS FLINGUENT LES FUSILS », valable seulement en territoire zapatiste et une seule fois dans la période du 12 au 17 août 2013 (permis du Conseil de Bon Gouvernement numéro 696969). Aux petites filles, sans qu’importe la réponse qu’elles auront donné, on leur donnera une tape… Nan, c’est une blague, on va pas les frapper, mais, à la place du bon, on leur donnera un graphique statistique, taille poster, où on voit que nous, les garçons, on est en majorité… oui, pour les aider dans leur formation, comme qui dirait, de « genre ».

Attention mômans, pôpas, tuteurs et tutrices : pas le droit de souffler (pas de « la C mon bébé, la C ») ; ni d’échanger le bon contre un autre qui dispense de manger la soupe à la citrouille.

J’ai dit.

Pour l’équité de genre avec un score de 2-1 en faveur de, nous, les gars, c’est à dire les vrais mecs.

Le SupMarcos.

Études de Pilote d’Avion et Natation Synchronisée par correspondance (ah ah, c’est pour ça la Force Aérienne Zapatiste) et diplômé, avec les plus grands honneurs académiques, du Machist Institute Aplogy Research (MIAR, pour son acronyme anglais), dont le siège est dans les montagnes du Sud-Est mexicain, dernier bastion en résistance contre la domination de la femme dans le monde mondialement mondial. Le sus-dit (c’est à dire moi, andouilles) donne actuellement, dans le prestigieux institut, le cours : « Le problème a commencé quand notre mère Ève a manipulé notre père Adan… » Inscriptions ouvertes, nombre de places illimité. La devise du MIAR est « Nous récupérerons le contrôle, même si ce n’est que celui de la télé ou Pas question femme, tu as un poignard » Hein ? L’hymne ? Bien vu si vous pensez que c’est «  Que te ha dado esa mujer », de Gilberto Parra Paz, interprété par Pedro Infante dans le film du même nom. Allez-y ! Chantez ou je vous écrabouille le nid ! Oh, yeah !

J’atteste… hein ?… mais si il pleut !… ok, ok, ok,… après avoir lavé mes fringues, j’atteste… héhéhé, j’ai pas dit que j’allais les laver en les gardant sur moi, il ne pleut pas pour rien, ou quoi ?… mmh… ça me sert à me laver et comme ça j’économise le savon…

Hein ? Non, si vous m’avez vu me cacher… mais vous m’avez trouver. Bonjourrrr ma cousine. Faisez quelque chose. Vive les nordisss, vi môssieur !

Maintenant oui : j’atteste.

Moimême.

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Ecoutez et regardez les vidéos qui accompagnent ce texte:

Du meilleur JT qui ait existé à la Tv mondiale, « 31 Minutes », la séquence « Carlito Lechuga et le Drame du Ballon ». Attentions les enfants de moins de 12 ans: il est nécessaire de voir cette vidéo pour pouvoir concourir pour le prix « Les canards flinguent les fusils ».

ICI

 

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Pedro Infante et Luis Aguilar interprètent l’hymne du MIAR, « Que te ha dado esa mujer », de Gilberto Parra Paz, dans le film du même nom, de 1951:

ICI

 

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De Manuel Esperón “Mi Cariñito”, avec Pedro Infante dans le film “Dicen que soy mujeriego” [On dit que je suis un homme à femme, ndt] (mensonge, c’est rien que des bavardages, ne les croyez pas). Chanson dédicacée à la grand-mère des zapatistes, María Luisa Tomassini (qui a dit qu’elle viendrait), à nos admirables Grand-mères de la Place de Mai et à toutes les mères de disparuEs et de prisonniers et prisonnières politiques. Regardez la Tucita appuyant le « que souffre le condamné » (Qu’est-ce que j’avais dit? Bien sûr qu’on les éduque mal depuis toutes petites):

ICI

 

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Ok, j’ai pas réussi le combo fatality, mais ici vous verrez ce que j’ai réussi comme, of course, “Sub-Zero”:

ICI

et ICI

La Petite école zapatiste IV.

Texte original ici.

 

Traduction de la quatrième partie du communiqué « Les condisciples », de l’EZLN.

La première et la troisième vidéo sont vraiment excellentes!!! 😉

 

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École secondaire rebelle autonome zapatiste « 1er janvier »,
Oventic, Chiapas, janvier 2006 -photo @LeSerpentàPlumes

 

 

Les condisciples IV.

Nos maîtres ne seront pas là.

 

Juin 2013.

 

Aux adhérents de la Sexta du Mexique et du Monde :

Aux étudiantEs de la Petite école zapatiste :

 

Compañeros, compañeroas, compañeras:

 

Hé oui, en vérité vous aurez comme camarades de classe quelque chose du meilleur de ce monde.

Mais vous certainement, puisque vous serez sur ces terres en résistance, regretterez la présence de celles et ceux qui ont été, et sont, très importants pour nous, hommes et femmes zapatistes. Celles et ceux qui nous ont accompagné depuis toujours et nous ont guidé et appris par leur exemple. Celles-là et ceux-là, comme beaucoup d’autres hommes et femmes, ne sont pas de l’EZLN. Certains sont de la Sexta (adhérents de la sixième déclaration de la forêt Lacandona, ndt), d’autres du Congrès National Indigène, beaucoup d’autres ont bâti leurs propres maisons et, pourtant empruntent le même chemin que nous. Elles toutes et eux tous d’une manière ou d’une autre sont partie-prenante de nos succès, si grands ou modestes qu’ils soient.

De nos erreurs et échecs, qui ne sont pas rares ni petits, nous seuls sommes responsables.

Parce que peut-être vous demandez-vous qui nous a enseigné à résister, à lutter, à persévérer et coment.

Et, surtout, vous vous demandez pourquoi ne sont pas là, assis à vos côtés, comme d’autres étudiantEs, les peuples originaires du Mexique et du Monde, en particulier d’Amérique Latine.

La réponse est simple : parce qu’ils ont été, et sont, nos maîtres.

Ainsi seront absents les premiers des premiers, ceux sur le sang et la douleur desquels s’est érigé le monde moderne : les peuples originaires.

Ne seront pas vos condisciples les peuples indigènes ni leurs organisations les plus représentatives.

Nous ne les invitons pas à la petite école.

Peut-être vous demandez-vous si nous ne devenons pas fous, ou si c’est une sale manipulation, dans le genre des politiciens d’en-haut, pour nous substituer aux peuples indiens et nous présenter nous-même comme LE peuple indigène par excellence.

Mais non, nous ne les invitons pas seulement et simplement parce que nous n’avons rien à leur apprendre.

Pourrions-nous apprendre aux peuples indiens ce qui signifie d’être traité comme étranger sur les terres qui furent les nôtres, bien avant que le monde ne commence le décompte astucieux de l’histoire d’en-haut, et que dans notre ciel s’imposent des drapeaux étrangers ?

Leur apprendrions-nous ce qu’on ressent à être objet de moqueries pour les costumes, pour la langue, pour la culture ?

Leur apprendrions-nous ce que signifie être exploités, dépouillés, réprimés, méprisés des siècles durant ?

Que pourrions-nous leur enseigner, nous, aux frères de la Tribu Yaqui et au Mayo Yoreme sur ce que représente le vol des ressources naturelles et la nécessaire résistance face à ce pillage?

Qu’apprendre au Kumiai, au Cucapá, au Kikapú, au Pame, sur ce que c’est de se voir persécuté presque jusqu’à l’extinction, et, pourtant, persister ?

Qu’apprendre au Nahua, aux terres envahies par les mines et les fonctionnaires corrompus et, peu importe la persécution et la mort, qui continuent la lutte pour expulser les envahisseurs à la bannière de l’argent?

Qu’apprendre au Mazahua et au Ñahñu sur ce qu’on ressent à être moqué pour les vêtements, la couleur, la façon de parler, et, plutôt que d’avoir honte, peindre le vent de sons et de couleurs ?

Qu’apprendrions-nous aux Wixaritari sur la destruction et l’expropriation de la culture avec l’alibi du « progrès », et, résister, guidé par les anciens ?

On leur apprendrait au Coca, au Me´hpaa, au Teneke à ne pas se rendre ?

Au Amuzgo à lutter pour leurs droits ?

Aux Mayas que leur apprendrions-nous sur ce qu’est l’imposition, par la force, le vol et la criminalisation, d’une culture étrangère soumettant l’originale ?

Au Purépecha lui parlerions-nous de la valeur de vie de la culture indigène ?

Au Popoluca, Zapoteco, Mixteco, Cuicateco, Chinanteco, Chatino sur ce que représente de continuer à lutter envers et contre tout ?

Au Rarámuri sur la faim peu silencieuse et l’invincible dignité ?

Et dans l’Amérique latine endolorie :

Pourrions-nous apprendre quoi que ce soit à l’un de nos grands frères, le peuple Mapuche, de ce qu’est résister à la continuelle guerre d’expulsion et d’extermination ? A survivre à une longue liste de mensonges, d’offenses et de moqueries, maquillés de toutes les couleurs politiques d’en-haut ?

Et à n’importe quel peuple originaire du Mexique, d’Amérique, du Monde, que pourrions-nous leur apprendre, nous, hommes et femmes zapatistes, les plus petitEs ?

Que vont-ils apprendre de nous ?

A résister ?

Leur seule existence démontre qu’ils peuvent donner des cours à la grande école du Monde, pas en recevoir.

Non, nous n’invitons pas les peuples originaires à la petite école pour la simple raison que, dans notre histoire, c’est nous qui avons été de maladroits élèves de ces géants.

Bien sûr nous leur enverrons le matériel. Mais…

On va leur apprendre comment c’est de vivre dans une communauté, sentir ce qu’est d’avoir une autre culture, une autre langue, d’autres manières ?

A lutter ?

A imaginer et créer des résistances ?

Pas moyen.

Des peuples indiens, de toute façon, hommes et femmes zapatistes nous avons encore beaucoup à apprendre.

Alors, ils viendront plus tard, et nous irons chez eux, nous, continuer à apprendre.

Et, quand ils arriveront à la rencontre spéciale que nous feront avec eux, résonneront nos meilleures notes, les plus diverses et les plus vivantes des couleurs orneront leurs pas, et notre cœur s’ouvrira de nouveau pour accueillir celles et ceux qui sont nos grands frères, les plus grands, les meilleurs.

Parce qu’honorer celui qui enseigne, c’est aussi honorer la terre.

Ils viendront dans nos maisons, avec eux nous partagerons aliments et souvenirs.

Nous les hausserons au-dessus de nous.

Et, dressés sur nos épaules, ils s’élèveront toujours plus.

Et nous leur demanderons ce qu’ils regardent.

Nous leur demanderons qu’avec leurs yeux ils nous apprennent à voir plus loin, plus ample, plus profond, plus haut.

Que nous reçoivent leurs paroles et que nous nous abreuvions en elles.

Qu’ils nous aident à grandir et être meilleurs.

Pour eux ont été, sont et seront toujours nos meilleures accolades.

Ainsi ils ne seront pas là nos maîtres.

Mais ne soyez pas tristes. Il est certain que ces peuples, qui ont pu résister jusqu’à maintenant à toutes sortes d’attaques, sauront être généreux et, le moment venu, vous ouvrir leurs cœurs, comme nous le faisons, nous, maintenant.

Parce qu’ils nous ont appris à ne pas voir les bruits qui assourdissent et aveuglent.

Parce qu’ils nous ont appris à ne pas écouter les couleurs de la duperie et de l’argent.

Parce qu’ils nous ont appris à les voir et à nous voir, à les écouter et à nous écouter.

Parce qu’ils nous ont appris qu’être indigène c’est avoir la dignité pour toit et destin.

Parce qu’ils nous ont appris non pas à tomber, mais à nous lever.

Parce qu’ils nous ont appris la valeur qu’il y a à être de la couleur de la terre dont nous sommes.

Parce qu’ils nous ont appris à ne pas avoir peur.

Parce qu’ils nous ont appris que pour vivre, nous mourrons.

Allez. Salut et silence pour écouter le pas qui vient du plus profond des mondes qui dans le monde sont et ont été.

Depuis les montagnes du Sud-Est mexicain.

SupMarcos.

Mexique, juin 2013.

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Ecoutez et regardez les vidéos qui accompagnent ce texte.

Sub-verso, junto con Portavoz, avec la chanson « Lo que no voy a decir », avec honeur et salut. Longue vie au Peuple Mapuche:

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A la mémoire de Juan Vázquez Guzmán, indigène tzeltal membre du CNI (Conseil National Indigène, ndt) et adhérent de la Sexta, assassiné en avril 2013, au Chiapas, Mexique. Rappelé ici par ses compañeras y compañeros de l’Ejido (terrain collectif) San Sebastián Bachajón, et par nous toutes et tous:

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Ici le Aho Colectivo, avec Venado Azúl, Rubén Albarrán (Café Tacvba), Poncho Figueroa (Santa Sabina), Roco Pachukote (Sonidero Meztizo), Lengualerta, Hector Guerra (Pachamama Crew), Moyenei Valdés (Sonidero Meztizo), Valle González-Camarena, Memo Méndez Guiu et Moi Gallo pour la partie musicle, Marcoatl, el Gallo, Benjamin Ramauge, Gaby Fuchs, Damian Mendoza et Jose Matiella, exprimant clairement que WIRIKUTA NE SE VEND PAS, WIRIKUTA SE DÉFEND!

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